Deux jours, une nuit

réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne

avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Catherine Salée, Baptiste Sornin…

Drame belge. 1h35. 2014.

sortie française : 21 mai 2014

Deux jours, une nuit

Sandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail.

Deux jours, une nuit : Photo Fabrizio Rongione, Marion Cotillard

Je suis allée voir Deux jours, une nuit quelques heures avant la cérémonie de clôture du festival de Cannes. En effet, la presse a été très enthousiaste et voyait même une troisième Palme d’Or pour les frères Dardenne ou un prix d’interprétation pour Marion Cotillard. En sortant de la salle, même si ça peut paraître vache, j’espérais qu’il n’apparaisse pas au palmarès cannois et je suis plutôt soulagée que le jury ne l’ait finalement pas mis. J’avoue ne pas comprendre l’emballement de la presse pour ce film que je trouve vraiment surestimé. Je n’ai pas trouvé le film mauvais, mais il y a des éléments qui m’ont gênée. Je vais commencer par aborder les points positifs. Comme souvent, j’apprécie ce cinéma réaliste, qui se concentre sur l’actualité, le monde difficile et cruel du travail et la misère sociale. Au fil des rencontres, Sandra, qui est quand même bien dans la merde, va s’apercevoir finalement qu’il y a des gens qui vivent une situation bien pire que la sienne. En effet, elle a à peu près une maison correcte et accueillante et un mari aimant. Ceux qu’elle rencontre travaillent soit au black à côté, vivent dans des HLM minables, ont des maris violents etc… Grâce à ces rencontres, les Dardenne peignent un portrait plutôt alarmant de la société belge. La mise en scène peut sembler simpliste, pourtant elle ne l’est pas. Elle est à la fois dynamique et combative. Je ne suis pas vraiment fan de Marion Cotillard mais je dois avouer qu’elle joue particulièrement bien dans ce film. Finalement je l’apprécie davantage dans des rôles de femmes plus « simples », plus « modestes ». Son partenaire Fabrizio Rongione est également très bon et son personnage est plutôt attachant. Il a de la présence mais tout en restant un personnage secondaire.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard

Cependant, même si je ne connais pas les raisons exactes des choix du jury de Cannes, le fait que Cotillard joue plus d’une dizaine de fois la même scène a pu jouer un rôle important dans le palmarès. En effet, même si on sent du dynamisme dans la réalisation, le film est trop répétitif à cause d’un scénario trop faible et un peu sur-écrit et finit par lasser assez rapidement. En effet, tout d’abord, Sandra dit sa fameuse réplique  (« Je viens te voir parce que vendredi, avec Juliette, on a vu Dumont. On refait le vote lundi matin… Parce que je veux pas aller au chômage. »), puis lorsque un de ses collègues dit non, Sandra commence à s’en aller puis elle entend le collègue qui l’appelle par son prénom, alors elle se retourne et il lui explique pourquoi il doit avoir la prime tout en précisant qu’il n’a rien contre elle. De plus, même si j’ai aimé l’interprétation de Marion Cotillard et que son personnage est tout de même plutôt attachant, montrant son humanité, j’ai quand eu du mal pourquoi les Dardenne ont fait d’elle une si grande dépressive. Sincèrement je comprends les spectateurs qui voudront lui mettre une gifle. D’ailleurs, on ne connait jamais les raisons de cette dépression : beaucoup diront que c’est sans importance. Pourtant, pendant que je regardais le film, je me suis demandée si cette dépression était liée à son travail, ce qui changerait à ce moment-là beaucoup de choses dans le point de vue des personnages. Elle chiale tellement qu’on finit par comprendre pourquoi les autres ont préféré avoir la prime. Puis surtout, même si son acte est courageux, la fragilité de Sandra est trop mise en avant. A part quand elle décide d’aller voir les collègues de sa liste la nuit volontairement, elle montre rarement sa force. En réalité, c’est son mari qui semble se battre à sa place, pour tenter de préserver son foyer et ses enfants et de sauver son couple. Attention pour la suite, je vais devoir révéler quelques éléments importants du scénario.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard

Ce qui m’a également gênée, c’est que le comportement de Sandra change radicalement en deux jours et une nuit. Par exemple, un coup elle se vide une boite de Xanax, puis juste après, comme une warrior, elle veut aller voir ses collègues la nuit. Et surtout à la fin, elle sourit du genre « je remonte la pente » alors que concrètement, elle est quand même dans la merde puisqu’elle n’a plus de travail et que les temps sont quand même difficiles. Ce film m’a en fait vaguement rappelé Precious, le pénible film de Lee Daniels. Oui, dit comme ça, on ne voit pas forcément le rapport mais je m’explique. En effet, le côté misérable est très appuyé (même si c’est un peu plus subtil chez les Dardenne, je le reconnais), d’un côté Marion Cotillard qui chiale et qui se gave de Xanax comme elle boufferait des Haribos, de l’autre Precious qui enchaîne les merdes inhumaines. Puis surtout, cette fin, du style « j’ai toujours des emmerdes mais je suis optimiste et je vais marcher fière dans ma Belgique, comme si je marchais dans les rues de New York ». Bon, je caricature un peu (beaucoup) mais au final le rapprochement n’est pas si absurde que ça. Beaucoup ont aimé cet optimisme final, mais pour moi c’est un peu méchant mais j’ai trouvé cette fin un peu bidon, du genre « regardez, on ne veut pas déprimer les spectateurs, l’humanité c’est beau ». Fin des spoilers. Au final, à cause de toutes ces raisons réunies, je n’ai pas été bouleversée. Contrairement à la presse, je n’ai pas forcément trouvé le résultat puissant, pourtant j’aime bien à l’origine ce type de cinéma. Oui, il y a quelques scènes qui peuvent toucher mais je ne trouve pas forcément le film en lui-même très émouvant. Pour conclure, selon moi, Deux Jours, Une nuit est une intéressante chronique sociale bien interprétée mais ne parvient pas à aller au-delà.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard

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2 réflexions au sujet de « Deux jours, une nuit »

  1. Assez d’accord avec tout ce que tu dis, Tina. J’aime bien la façon dont tout ça est filmé, cette caméra quasi-documentariste, et l’interprétation très correcte de Marion Cotillard – qui lâche un peu son côté « star hollywoodienne » pour l’occasion, ça fait du bien !

    En revanche, pour ce qui est de la dépression, je vois ça comme le point de départ du personnage. C’est ce qui l’affaiblit par rapport aux autres. Elle ne fait au fond que payer une longue absence préalable. Ses collègues se sont déjà un peu coupés d’elle.

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  2. @ Martin : Certes la dépression est un point de départ, je suis d’accord mais pourquoi l’est-elle à ce point ? Le problème, les Dardenne victimisent ce personnage à cause de sa dépression. Or, on ne connait pas les raisons, ni réellement son passé du coup j’ai eu du mal en tant que spectatrice à avoir totalement de la compassion pour elle.

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