Nebraska

réalisé par Alexander Payne

avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb, Bob Odenkirk, Stacy Keach…

Comédie dramatique américaine. 1h55. 2013.

sortie française : 2 avril 2014

Nebraska

Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandi. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

Nebraska : Photo

Malgré la présence d’Alexander Payne derrière la caméra et un prix d’interprétation pour Bruce Dern au festival de Cannes l’an dernier, je n’attendais pas grand-chose de ce film, au pire à quelque chose de sympathique. Finalement, Nebraska est la bonne surprise de ce mois d’avril. A première vue, il n’y a rien d’exceptionnel dans ce petit road-movie en noir et blanc. Et pourtant, la magie opère, notamment grâce à une mise en scène particulièrement efficace et un regard subtil et intelligent. J’ai trouvé le film parfaitement équilibré entre l’humour, parfois noir (les cousins débiles qui ont commis un viol une agression sexuelle, la femme de Woody, qui ne se laisse pas faire, qui pisse sur des tombes et qui raconte que tout le monde voulait coucher avec elle durant sa jeunesse) et l’émotion (le père et le fils renoue des relations, la vraie personnalité de Woody est petit à petit révélée), sans jamais être lourd ou larmoyant. Il y a également un bon équilibre en ce qui concerne le rythme. En effet, le film dure presque deux heures  pourtant, même si le rythme n’est pas très rapide, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. De plus, à premier abord, le sujet semble assez simple, mais le scénario reste bien écrit, sachant aller dans la bonne direction. Au début, on ne comprend pas forcément le choix du noir et blanc. Finalement, en avançant dans le film, on peut voir où cela veut en venir. Je me suis aperçue que le film jouait beaucoup avec les contrastes. En effet, dans un road-movie, on s’attendrait à voir de beaux paysages, mis en valeur par de belles couleurs et le tout accompagné par une musique typiquement américaine. Or, même si on retrouve bien une bande-son excellente (par Mark Orton et Robert Burger), ici, les couleurs ne sont éclatantes. Visuellement, le film reste très beau et soigné (la photographie et la lumière permettent ce résultat splendide) mais ce noir et blanc fait ressortir un sentiment mélancolique, presque morbide. Toujours grâce à ce choix visuel et esthétique, Alexander Payne peint un portrait sombre du Nebraska et des vieux « amis » de Woody. Enfin, la famille au coeur de ce film est très attachante et servie par d’excellents interprètes. Bruce Dern est vraiment formidable dans le rôle de ce vieil alcoolique probablement un peu trop naïf et qui tente de retrouver sa fierté. Will Forte et Bob Odenkirk (le premier est le gentil fils loser, le second incarne l’aîné) sont également très convaincants. L’autre bonne surprise du film est June Squibb, qui incarne la vieille épouse de Woody : elle n’a pas remporté l’Oscar du meilleur second rôle féminin, mais personnellement, je trouve que c’elle qui le méritait le plus. C’est mon gros coup de coeur, et il faudrait regarder ce film rien que pour elle !

Nebraska : Photo

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Les Gazelles

réalisé par Mona Achache

avec Camille Chamoux, Audrey Fleurot, Anne Brochet, Naidra Ayadi, Joséphine de Meaux, Olivia Côte, Samuel Benchetrit, Franck Gastambide, Grégoire Ludig, David Marsais, Camille Cottin, Josiane Balasko, Sam Karmann, Lolita Chammah, Stéphane De Groodt, Mathieu Madénian…

Comédie française. 1h40. 2013.

sortie française : 26 mars 2014

Les Gazelles

Marie et Eric, trentenaires en couple depuis le lycée, signent l’achat de leur premier appartement quand Marie est saisie d’un doute vertigineux. Sa rencontre avec un beau brun ténébreux va précipiter sa décision : elle quitte Eric pour plonger dans le grand bain du plaisir et de la liberté.
Mais elle va surtout se manger le fond de la piscine…
Et découvrir un monde sans pitié : à son âge, le célibat est vite perçu comme une tare suspecte.
Eclairée par des amitiés nouvelles, Marie va apprendre à envisager son célibat comme une chance d’où elle pourrait sortir plus forte, et enfin prête à être heureuse.

Les Gazelles : Photo Anne Brochet, Audrey Fleurot, Camille Chamoux, Camille Cottin, Joséphine de Meaux

Les Gazelles est le deuxième long-métrage de Mona Achache. Son premier, Le Hérisson, ne m’avait pas plu. Honnêtement, je craignais le pire. Ce deuxième long a pour moi beaucoup de défauts mais il ne m’a pas non plus déplu. Dans l’ensemble, j’ai trouvé Les Gazelles très sympathique, frais, divertissant et même parfois drôle. Même s’il peut être énervant, le côté « girly » permet également au film d’être rythmé. Mais, comme beaucoup de comédies françaises actuelles (je pense notamment au récent Situation amoureuse : c’est compliqué de Manu Payet et Rodolphe Lauga), le film veut être dans la lignée des comédies américaines du moment sauf que ce n’est pas encore ça non plus. Camille Chamoux, qui tient le rôle principal et qui a également co-signé le scénario, affirme être une fan de Lena Dunham et de sa série Girls (produite par Judd Apatow) et cela se voit. Cependant, Chamoux n’a pas le talent de Dunham, cette dernière parvenant mieux à analyser le comportement et les sentiments de sa génération et surtout qui est bien plus cynique et cinglante. Les gazelles ne respire pas non plus par son originalité. Le film d’Achache se veut trash (Marie dégueule alors qu’à côté un mec fait un cunnilingus à une fille qui fume comme si elle s’en foutait, sa copine Sandra dit à peine bonjour à un mec et l’embrasse direct, Judith se trimballe limite qu’en soutif à une fête et évidemment des scènes de cul), au final, c’est un peu vulgaire pour pas grand chose. Je ne dirais pas que le film dérange par sa vulgarité. En réalité, même si c’est paradoxal, le film est trash, pourtant il reste sage. 

Les Gazelles : Photo Camille Chamoux

Même si je ne me suis pas ennuyée, la seconde partie du film est plus faible que la première, présentant une petite baisse de rythme, cependant on y trouve une mélancolie pas forcément déplaisante et la fin est un peu meilleure que prévue, surtout en ce qui concerne Marie. Heureusement que le propos reste intéressant, même s’il est présenté maladroitement. En effet, la vision de la trentenaire célibataire mal vue parait légèrement dépassée. Cependant, l’angoisse de l’avenir et les rapports amoureux sont traités plutôt judicieusement, notamment en faisant un parallèle intéressant avec le travail de Marie et Sandra, qui bossent au Pôle Emploi. Quant à cette bande de filles, elle attire la sympathie mais le scénario se concentre un peu trop sur Marie (Chamoux) et Sandra (Fleurot). Ainsi, les personnages de Gwen (Brochet), Myriam (Ayadi) et Judith (de Meaux) manquent trop de consistance. Du coup, leurs personnages se limitent à être des folles, des obsédées sexuelles, fumant comme des pompiers et buvant comme des trous. Heureusement, on arrive à oublier ce souci grâce à ses interprètes. Dans le rôle principal, Camille Chamoux séduit par son naturel et son bagout. Audrey Fleurot est également impeccable dans le rôle de cette séductrice qui, en réalité, manque confiance en elle et surtout a peur des véritables relations amoureuses. Anne Brochet, la vieille de la bande, et Joséphine de Meaux, sont très drôles en femmes délurées. J’ai juste eu un peu plus de mal avec Naidra Ayadi, son personnage étant pour moi plus effacé et moins marquant.

Les Gazelles : Photo Camille Chamoux

Lulu femme nue

réalisé par Solveig Anspach

avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac, Pascal Demolon, Philippe Rebbot, Corinne Masiero…

Comédie dramatique française. 1h27. 2013.

sortie française : 22 janvier 2014

Lulu femme nue

À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.

Lulu femme nue : Photo Karin Viard

L’Islandaise Solveig Anspach, réalisatrice de Haut les coeurs ! (qui avait permis à Karin Viard de décrocher le César de la meilleure actrice en 2000) et surtout de nombreux documentaires (notamment Made in the USA) adapte la bande-dessinée Lulu femme nue d’Etienne Davodeau. Ce long-métrage a pour moi ses défauts. En effet, on pourra lui reprocher d’être un peu trop simple, que ce soit au niveau de l’histoire ou surtout en ce qui concerne la mise en scène. Selon moi, le film souffre également de quelques petits problèmes de rythme, surtout entre la partie avec Bouli Lanners et celle avec Claude Gensac. Je ne pense pas non plus que ce film me marquera. Mais c’est grâce à sa simplicité et à son humanité qu’on accroche à ce film à la fois touchant, attachant, humain, drôle, sincère, mélancolique et sensible, évitant avec intelligence les artifices. Il s’agit pour moi d’un bon feel good movie et surtout d’une bonne surprise (vu que je n’attendais rien de ce film). Il est clair qu’il est plein de bons sentiments, pourtant il n’est jamais niais. Le ton, plutôt léger, permet d’aborder avec subtilité de sujets graves comme la violence conjugale, la solitude et même la mort. Il s’agit d’un très beau portrait d’une femme qui s’émancipe.

Lulu femme nue : Photo Claude Gensac, Karin Viard

En effet, au début du film, Lulu, ou plutôt Lucie, est une femme timide, fragile, perdue, fatiguée de la routine, ne supporte plus les échecs (son dernier entretien d’embauche a été catastrophique) ni les responsabilités familiales et est écrasée par ses proches, tout particulièrement par son mari. Puis, notre héroïne va apprendre à s’affirmer et à se (re)découvrir en tant que femme (et non comme une épouse ou une mère de famille) au fil de son voyage initiatique grâce au contact de Charles, un ex-taulard bourru au premier abord mais en réalité tendre, et de Marthe, une personne âgée souffrant de la solitude mais dynamique. A travers les différentes rencontres de Lulu, Solveig Anspach réussit aussi parallèlement à livrer le portrait de gens modestes qui sont ici des laissés-pour-compte de la société. Elle va également reprendre goût à la vie et connaître enfin le bonheur et les joies de la liberté. Karin Viard est toujours autant formidable et confirme qu’elle est une des meilleures actrices françaises. Les seconds rôles sont également tous très bons. On retrouve notamment Bouli Lanners, très surprenant dans un rôle sensible, Claude Gensac, excellente en vieille dame qui aimerait sortir de la solitude, Corinne Masiero en patronne de bar connasse pas très sympa ou encore Pascal Demolon et Philippe Rebbot forment un très sympathique duo de frangins protecteurs.

Lulu femme nue : Photo Bouli Lanners, Karin Viard

Nos étoiles contraires

réalisé par Josh Boone

avec Shailene Woodley, Ansel Elgort, Nat Wolff, Laura Dern, Sam Trammell, Willem Dafoe, Lotte Verbeek…

titre original : The Fault in our Stars

Romance, drame américain. 2h05. 2014.

sortie française : 20 août 2014

Nos étoiles contraires

Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-normes, partageant un humour ravageur et le mépris des conventions. Leur relation est elle-même inhabituelle, étant donné qu’ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux lors d’un groupe de soutien pour les malades du cancer.

Nos étoiles contraires : Photo Ansel Elgort, Shailene Woodley

Le réalisateur méconnu Josh Boone adapte le best-seller de John Green Nos étoiles contraires (ou en V.O. The fault in our stars, titre qui est tiré d’une réplique de Julius Caesar de William Shakespeare). Beaucoup ont dit qu’il fallait sortir les mouchoirs. Effectivement, dans ma salle de ciné, j’ai entendu sangloter ou se moucher et en sortant j’ai vu beaucoup de gens sécher leurs larmes. Je suis plutôt une fille émotive. Quitte à passer pour une dépressive, j’ai pleuré tant de fois à cause d’un film, que ce soit au cinéma pendant la séance, en sortant du cinéma en pleine rue ou devant ma télé. Je m’attendais logiquement à verser quelques larmes. A ma grande surprise, je n’ai pas pleuré. Le film m’a évidemment touchée : je ne peux pas être insensible en regardant l’histoire de deux jeunes personnes, pratiquement des ados, face à la mort. Cependant, je pense pouvoir expliquer pourquoi je n’ai pas réussi à verser la moindre larme. En effet, dès les cinq-dix premières minutes, le réalisateur nous annonce que l’histoire va être tragique, quelqu’un de jeune va forcément mourir injustement à cause d’une maladie de merde. Plus on avance, plus le film est larmoyant. J’ai eu l’impression que Boone me mettait un couteau sous la gorge en me disant « Chiale sinon je t’exécute ». Bon j’exagère un peu mais on n’en est pas si loin.

Nos étoiles contraires : Photo Nat Wolff, Shailene Woodley

J’ai l’impression que l’émotion était trop forcée, presque un peu fausse. Par exemple, les personnages prononcent des phrases tellement lourdes et surécrites qu’elles semblent sortir tout d’un droit d’un roman (en gros, ce sont des phrases qu’on ne dirait jamais dans la vraie vie), l’histoire en elle-même est prévisible (mort de l’un des protagonistes, l’écrivain est alcoolique car sa fille est morte elle-même d’une maladie etc…). On a également du mal à trouver une quelconque patte du réalisateur. Au final, le long-métrage semble formaté, comme si son principal souhait était de séduire les adolescentes ou les femmes qui veulent retrouver leur âme de midinettes. Cependant, malgré tout, Nos étoiles contraires reste tout de même, à sa manière, sympathique et divertissant, malgré quelques longueurs. Le film a beau être très larmoyant, il n’est pas non plus dégueulasse à regarder (contrairement à de nombreux films pour ados) ni plombant, notamment grâce à la présence de quelques scènes drôles et légères et d’une jolie bande-originale. Les personnages sont également très attachants. Le film doit également beaucoup à ses acteurs. Décidément, j’aime toujours autant la fraîche et spontanée Shailene Woodley. Le très souriant Ansel Elgort est également une très bonne surprise. En tout cas, le couple entre Woodley et Elgort fonctionne parfaitement car on les voit très complices. Laura Dern et Sam Trammell sont également très émouvants dans les rôles des parents de la jeune héroïne. Nat Wolff s’en sort également très bien dans le rôle du pote de Gus, un jeune ayant lui-même de sévères soucis, puisqu’à cause d’une maladie, il devient aveugle. Enfin, même si on le voit peu, j’ai également aimé l’interprétation de Willem Dafoe en auteur alcoolique et détestable. 

Nos étoiles contraires : Photo Laura Dern, Shailene Woodley

Mister Babadook

réalisé par Jennifer Kent

avec Essie Davis, Noah Wiseman, Daniel Henshall, Tim Purcell, Barbara West…

titre original : The Babadook

Film d’épouvante-horreur, thriller australien. 1h34. 2013.

sortie française : 30 juillet 2014

interdit aux moins de 12 ans

Mister Babadook

Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé ‘Mister Babadook’ se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le ‘Babadook’ est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations…

Mister Babadook : Photo Essie Davis, Noah Wiseman

Jennifer Kent avait réalisé en 2005 le court-métrage Monster qui mettait en scène une mère et son fils harcelés par un monstre qui a pris les apparences d’une peluche. Son long-métrage Mister Babadook reprend le même schéma à part qu’il ne s’agit plus d’une peluche mais d’un personnage d’un livre pour enfants. Ce film australien a séduit le jury du festival de Gérardmer puisqu’il est reparti avec quatre prix dont le prix du jury, le prix du public et le prix de la critique internationale. Je dois avouer que j’ai pris connaissance de ce film à peine un jour avant sa sortie. Au final, il s’agit d’une bonne surprise. Les fans d’épouvante et de films d’horreur pourront être déçus. En effet, je dois avouer que le film n’est pas vraiment effrayant. Dans ma définition, quand je parle d’un film effrayant, c’est qu’il s’agit d’un film qui est capable de me faire sortir d’une salle de cinéma en beuglant ou je me cache tout le long derrière mes petites mains ou un coussin (je ne me trimballe pas avec un coussin, ça, c’est quand je suis chez moi bien sûr) ou autre objet afin d’en voir le moins possible. Cependant, l’ambiance pesante est omniprésente, notamment à travers l’apparence du monstre, qui permet à la réalisatrice de rendre hommage au cinéma expressionniste allemand.

Mister Babadook : Photo

Même si elles ne sont pas spectaculaires (mais on n’est pas à Hollywood, rappelons-le), certaines scènes restent angoissantes. Je pense notamment à celle où on découvre le livre en question et surtout l’horrible contenu. Mais surtout, en réalité, Mister Babadook est plutôt un thriller psychologique. En effet, on suit surtout une femme sombrant dans la folie, ne se remettant toujours pas de la mort de son mari, décédé le jour de son accouchement. La mise en scène est parfois maladroite, même si elle reste tout de même intéressante. En revanche, Jennifer Kent aborde avec beaucoup de profondeur et d’intelligence certains sujets, comme le deuil, l’imagination et la folie. Mister Babadook surprend donc à travers son mélange habile de genres. De plus, il n’est pas seulement angoissant, il est également émouvant. L’humour, assez noir, apparaît également durant certaines scènes. Enfin, les deux acteurs principaux sont vraiment excellents et contribuent réellement à la réussite de ce film. Essie Davis (héroïne de la série diffusée sur France 3 Miss Fisher enquête) est absolument fabuleuse. Elle est à la fois touchante et terrifiante dans le rôle de cette femme fragile, fatiguée par la vie et par son propre enfant et déprimée. Noah Wiseman, qui incarne le fils de Davis, est également un jeune acteur remarquable. Son personnage aurait pu être agaçant – au début du film, j’ai plaint la mère – mais en réalité il est vraiment attachant. En conclusion, même s’il a ses maladresses, Mister Babadook vaut tout de même le détour et est bien meilleur que toutes ces productions hollywoodiennes insipides.

Mister Babadook : Photo Essie Davis, Noah Wiseman

Under the skin

réalisé par Jonathan Glazer

avec Scarlett Johansson, Jeremy Williams, Paul Brannigan…

Film de science-fiction britannique. 1h47. 2013.

sortie française : 25 juin 2014

Under the Skin

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

Under the Skin : Photo Scarlett Johansson

Avant d’avoir réalisé Sexy Beast et Birth, Jonathan Glazer était un très bon vidéaste. En effet, c’est lui qui a signé les clips de Radiohead (Street Spirit, Karma Police), Blur (The Universal) ou de Jamiroquai (Virtual Insanity) – à voir pour ceux qui ne les auraient toujours pas vus. Pour ce troisième long-métrage, Glazer adapte le roman Sous la peau de Michel Faber. Under the skin est un long-métrage qui se veut expérimental, original et innovant. En effet, certaines scènes ont été filmées en caméra cachée. Glazer joue également beaucoup sur le son, l’espace, le rythme, les sensations et je dois reconnaître que c’est maîtrisé techniquement. Hélas, les belles images et un talent technique ne font pas forcément un bon film. J’ai eu l’impression d’assister à une énorme arnaque cinématographique. J’étais même à deux doigts de sortir de la salle et les gens autour de moi n’en pouvaient plus. Il n’y a tout simplement pas d’histoire. On voit quand même durant une bonne demie-heure, voire même plus une nana dans son camion en train de draguer des hommes puis les ramener dans de l’eau sur un fond noir (ne cherchez pas d’explication) enfin ces derniers disparaissent. Il faut avouer que ce n’est pas très passionnant.

Under the Skin : Photo

A cause de ce problème narratif, on finit même par se demander de quoi ça parle. Il parait aussi que le personnage incarné par Johansson s’appelle Laura. Je n’avais pas remarqué ce petit détail car le film ne dit tellement rien (et je ne crois pas m’être endormie). On ne sait pas non plus qui est ce fichu mec qui poursuit Scarlett tout le long du film. En réalité, le problème de ce film est qu’on ne comprend rien car on ne fait que supposer : d’habitude, j’apprécie les films subtils ou ceux qui jouent beaucoup avec les interprétations mais le scénario est tellement vide qu’on ne peut pas s’intéresser à ce qu’on nous « raconte ». On ne saura pas vraiment pourquoi le personnage de Johansson attire des hommes (je suppose que c’est pour vivre… mais voilà ce n’est qu’une supposition, il n’y a absolument rien de clair sur le sujet) ni ce qui se passe une fois les hommes dans l’eau. La fin est également très ratée. Elle aurait pu être intéressante mais elle arrive comme un champignon justement toujours à cause d’une histoire très inintéressante. On a presque l’impression d’avoir une sorte de « twist » sauf qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. En effet, même si au bout d’un moment, on ne sait toujours pas de quoi parle le film, vu les scènes expérimentales et surtout la toute première scène (et aussi au synopsis), on se doute bien que le personnage de Johansson n’est pas trop « normale ». Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette fin. On a presque envie de rire, ce qui est assez terrible vu que ce n’est pas son but.

Under the Skin : Photo

Mais surtout, à force de jouer sur l’expérimental et de se prendre pour Kubrick, Jonathan Glazer ne raconte rien. En clip ou en court-métrage, le film aurait pu être intéressant. Le projet a du mal à tenir sur un long-métrage. Pour essayer de réaliser son long-métrage, non seulement Glazer accumule les scènes répétitives, mais aussi les scènes ridicules ou grotesques : je pense par exemple à ce pauvre gosse qui chiale sur la plage ou encore à cette interminable scène de repas (en gros, Johansson met une plombe pour bouffer une part de gâteau). Surtout, et c’est peut-être le plus pathétique, c’est qu’on ne ressent rien. Normalement, les films expérimentaux, les fameux « OFNIS », peuvent plaire aux spectateurs car ils provoquent des sensations inédites. Pour ma part, je n’ai absolument rien ressenti, si ce n’est de l’ennui car le film est très mou. Je ne vois pas non plus où veut en venir le film. En gros, l’homme est mauvais, les extraterrestres développent des sentiments humains et Glasgow c’est moche et pluvieux, avec que des goujats. Wow, il a fallu se coltiner un film interminable pour savoir ça (à part pour l’Ecosse – vu que je n’y suis jamais allée), bravo John (ouais, j’ai donné un p’tit surnom au réalisateur, ça le rend plus sympathique). Scarlett Johansson, sexy pour certains, mais pour moi qui ressemble à une prostituée avec son immense rouge à lèvres, son horrible manteau en fourrure et son pull rose (et aussi, personnellement et sans aucune jalousie, je n’aime absolument pas sa coupe de cheveux – on dirait un Lego – mais bon une bonne partie du public a sûrement délaissé ce détail pour regarder autre(s) chose(s)) fait de son mieux pour qu’on s’intéresse à son personnage mais le scénario manque trop de consistance pour qu’elle puisse faire quelque chose d’intéressant.

Under the Skin : Photo

Situation amoureuse : c’est compliqué

réalisé par Manu Payet et Rodolphe Lauga

avec Manu Payet, Anaïs Demoustier, Emmanuelle Chriqui, Philippe Duquesne, Jean-François Cayrey, Jean-Charles Clichet, Romain Levy, Manon Kneusé…

Comédie, romance française. 1h40. 2013.

sortie française : 19 mars 2014

Situation amoureuse : C'est compliqué

À trente ans, Ben est sur le point d’épouser Juliette. Sa petite vie tranquille et sans danger va basculer lorsqu’il retombe sur la personne qu’il a secrètement le plus envie de revoir : Vanessa, la bombe du lycée qui ne l’avait jamais regardé. Elle est de retour à Paris et ne connaît, aujourd’hui, que lui…

Situation amoureuse : C'est compliqué : Photo Emmanuelle Chriqui, Manu Payet

Manu Payet est décidément un véritable touche-à-tout. En effet, après avoir été animateur radio, présentateur à la télévision, humoriste, acteur et scénariste, il devient réalisateur. Cependant, il n’a pas réalisé ce premier film tout seul puisqu’un certain Rodolphe Lauga (cadreur de Radiostars) en est également le réalisateur. Cette première oeuvre a séduit le jury du festival de comédie de l’Alpe d’Huez puisqu’elle est repartie avec le Grand Prix. Dans l’ensemble, Situation amoureuse : c’est compliqué est une sympathique comédie romantique sans prétention plutôt fraîche divertissante qui transmet beaucoup d’énergie et de bonne humeur et qui est un poil mieux que la plupart des comédies françaises qu’on nous propose actuellement. Le film est effectivement plutôt représentatif de ces trentenaires nostalgiques de leur enfance/adolescence (on le voit notamment durant la scène du slow). Mais je ne comprends pas vraiment l’emballement d’une certaine presse. Certes, il y a des scènes assez drôles, notamment la toute première qui présente l’adolescence de Ben. Cependant, je n’ai pas non plus ri tout le long principalement parce que je l’ai trouvé vulgaire inutilement (la vulgarité ne me gêne pas forcément mais il faut au moins que ce soit drôle). Si on attend une comédie romantique, ce film peut également décevoir. Certes, il propose quelques scènes qui sont réussies en ce qui concerne ce domaine, mais encore une fois, à force de se prendre pour Apatow, Payet n’atteint pas tous ses objectifs. 

Situation amoureuse : C'est compliqué : Photo Manu Payet

Les personnages m’ont plutôt agacée. Il n’y a rien de bien révolutionnaire dans ce film assez prévisible, caricatural et plat. Ben est un trentenaire qui est toujours bloqué sur son amour de jeunesse car ado c’était plutôt un loseur. Or, au moment où il revoit la belle Vanessa, monsieur est sur le point de se marier avec Juliette. D’un point de vue masculin, comme le dira d’ailleurs Ben à la fin, il est passif et toujours ado dans sa tête. De mon point de vue, que je juge féminin, Ben est un connard. Du coup, je n’ai pas vraiment eu de la sympathie pour le personnage principal. En revanche, heureusement que j’en ai un minimum pour Manu Payet, sinon ça ne serait pas passé. J’ai également eu du mal à apprécier un minimum la fameuse Vanessa. Pourtant Emmanuelle Chriqui s’en sort plutôt bien mais son personnage de bombasse est trop caricatural et trop énervant pour qu’on puisse vraiment s’y attacher un minimum. Heureusement que les seconds rôles sont plus réussis. J’ai tout d’abord bien aimé Anaïs Demoustier dans le rôle de Juliette (la vraie chérie de Ben), très drôle et pétillante à la fois. Ce sont surtout Philippe Duquesne en beau-père assez fêlé et Jean-François Cayrey en pote lourdingue qui sont hilarants et qui apportent un vrai plus à cette comédie romantique moyenne. 

Situation amoureuse : C'est compliqué : Photo Manu Payet, Philippe Duquesne

Le conte de la princesse Kaguya

réalisé par Isao Takahata

avec les voix V.O. de Aki Asakura, Kengo Kora, Takeo Chii, Yûji Miyake…

titre original : Kaguya-hime no monogatari

Film d’animation japonais. 2h17. 2012.

sortie française : 25 juin 2014

Le Conte de la princesse Kaguya

Adapté d’un conte populaire japonais Le couper de bambou, un des textes fondateurs de la littérature japonaise, Kaguya, « la princesse lumineuse », est découverte dans la tige d’un bambou par des paysans. Elle devient très vite une magnifique jeune femme que les plus grands princes convoitent : ceux-ci vont devoir relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main.

Le Conte de la princesse Kaguya : Photo

Le Conte de la Princesse Kaguya, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes, marque le retour du réalisateur Isao Takahata. En effet, son dernier long-métrage, Mes Voisins Les Yamada, date de 1999. Comme Hayao Miyazaki avec Le Vent se lève,Takahata fait ses adieux au cinéma. Il adapte ici Le Conte du coupeur de bambou, un conte japonais datant du Xe siècle. Il s’agit du plus ancien texte narratif japonais, écrit par une dame de cour, Murasaki Shikibu. Le conte a déjà été adapté sous plusieurs formes mais il s’agit de sa première adaptation animée longue. Takahata finit sa carrière en beauté en signant un pur chef-d’oeuvre. Certains pourront reprocher à ce film ses longueurs : en effet, le film dure 2h17 et il s’agit actuellement du plus long film produit par les studios Ghibli depuis Princesse Mononoke de Miyazaki, qui durait 2h14. Personnellement, même si je les ai un peu senties vers la fin, les longueurs ne m’ont pas gênée car l’histoire est tellement puissante et captivante qu’on les oublie. Puis, ce n’est pas non plus le premier film des studios Ghibli qui est très long. C’est sûr que le film pourra ennuyer les enfants, mais en même temps, il n’est pas non plus destiné à un jeune public. Les sujets abordés sont traités avec beaucoup de subtilité et d’intelligence. Ils sont parfois très actuels, comme ce père qui vit son rêve à travers sa fille, ou plus universels, comme par exemple les questions éternelles sur l’amour, le bonheur, la liberté et même la mort. Le film semble également avoir un penchant féministe.

Le Conte de la princesse Kaguya : Photo

Tout d’abord, j’ai vraiment adoré les dessins aux allures d’aquarelle qui sont d’une beauté exceptionnelle. Ils ont à la fois un aspect simple et fluide. Takahata n’a pas cherché la perfection, il a préféré aller à l’essentiel et grâce à cela, le film est encore plus émouvant, poétique et onirique. L’histoire en elle-même est magnifique. La première partie, lorsque notre héroïne grandit dans un univers champêtre sous les yeux ébahis de ses parents adoptifs, est très touchante et jamais niaise. La seconde partie est en revanche plus sombre, très dure à voir : en effet, la jeune fille ne supporte pas le manque d’humanité des protocoles de la cour et d’être convoitée par des hommes qui n’ont aucun sentiment pour elle. Pour ne rien arranger, elle est toujours amoureuse de Sutemaru et son père adoptif, qui était pourtant si aimant lorsqu’il l’a élevée, est devenu un gros égoïste, ne pensant qu’à accéder au plus gros statut social possible. Cependant, le film n’est jamais manichéen : le père développe effectivement cet énorme défaut qui va conduire Kaguya au plus bas moralement, mais il est pourtant évident qu’il aime profondément sa fille. Enfin, dans la dernière partie du film, on en sait un peu plus sur les origines de la princesse et la fin sera particulièrement déchirante. Le film est très émouvant, cependant on trouve quelques scènes drôles (je pense surtout à celles avec les prétendants humiliés par Kuguya). On peut également noter la très belle musique de Joe Hisaishi qui accompagne ces dessins et histoire magnifiques. Pour conclure, Le Conte de la Princesse Kaguya est un magnifique film et un très beau portrait d’une jeune femme, d’une grande beauté et d’une rare sensibilité.

Le Conte de la princesse Kaguya : Photo

Boyhood

réalisé par Richard Linklater

avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Lorelei Linklater, Ethan Hawke…

Comédie dramatique américaine. 2h45.

sortie française : 13 juillet 2014

Boyhood

Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte…

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Ethan Hawke

Le jury du festival de Berlin a décidé de récompenser Richard Linklater de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur pour Boyhood. On comprend pourquoi même avant d’avoir regardé le film : le tournage a duré douze ans, avec les même acteurs et la même équipe technique. Il s’agit d’une véritable expérience cinématographique. Ainsi, Ellar Coltrane, qui incarne le jeune Mason, avait au début du tournage six ans et à la fin dix-huit ans. Pour être franche, même si le projet m’emballait, j’avais peur de découvrir ce film en salles principalement à cause de sa durée (2h45). Heureusement, dans l’ensemble, Boyhood est plutôt agréable à regarder et on s’aperçoit rapidement qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet ambitieux mais bien d’un très beau film sur l’enfance et l’adolescence, la famille et le temps qui passe. Linklater a su capter les moments joyeux ou parfois difficiles d’une partie de l’existence d’un enfant et de sa famille. L’évolution touche puisqu’on la voit vraiment sous nos yeux rien que physiquement : les traits du visage, les voix, le corps, les coupes de cheveux, le style vestimentaire changent. Se dire qu’il s’agit des mêmes interprètes derrière ces changement touche forcément. On se sent vraiment impliqué dans la vie de cette famille. De plus, cette évolution ne concerne pas seulement cette famille, mais aussi l’époque qui l’entoure : ainsi, on passe de Bush à Obama, de Britney Spears à Lady Gaga, les jeux vidéos changent également au fil du long-métrage ou encore la présence de Harry Potter.

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Lorelei Linklater

Boyhood aurait pu être un chef-d’oeuvre. Cependant, il a tout de même ces défauts. En effet, alors que les étapes passent plutôt rapidement, ce qui permet au film d’être rythmé (du coup on oublie la durée), la dernière partie, qui se concentre sur les dernières années de lycée, est un peu trop longue. On a l’impression que Linklater a du mal à se séparer de ses personnages et qu’il commence à être fatigué par l’ampleur du projet. Contrairement aux deux premières heures, dans cette dernière partie, le film a également du mal à échapper aux clichés et perd sa subtilité (par exemple : le discours final de Patricia Arquette sur la mort, assez inutile). A force de tirer en longueur, la fin déçoit alors que Linklater avait de quoi terminer sur un magnifique dernier plan. Le casting est à la hauteur car on croit vraiment à cette famille. Ellar Coltrane est remarquable dans le rôle de Mason, ce gamin qui grandit et passe les différentes étapes de sa jeune existence. Lorelei Linklater (la fille du réalisateur) est également très à l’aise et a beaucoup de potentiel. Patricia Arquette est bouleversante dans le rôle de la mère forte qui se relève à chaque difficulté. Ethan Hawke illumine chaque scène avec son jeu si spontané. Malgré ses quelques défauts, Boyhood doit être vu car il s’agit tout de même d’une merveille, à la fois drôle et émouvante qui nous parlera forcément un peu.

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Ethan Hawke, Patricia Arquette

Supercondriaque

réalisé par Dany Boon

avec Dany Boon, Kad Merad, Alice Pol, Jean-Yves Berteloot, Judith El Zein, Marthe Villalonga, Valérie Bonneton, Bruno Lochet, Jérôme Commandeur, Le Comte de Bouderbala, Stéphane De Groodt, Arthur…

Comédie française. 1h48. 2014.

sortie française : 26 février 2014

Supercondriaque

Romain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu…

Supercondriaque : Photo Dany Boon

Supercondriaque est le quatrième film de Dany Boon en tant que réalisateur et scénariste. Il était très attendu et devait rencontrer le succès, à l’image des autres films de Boon qui avaient su trouver leur public. Le film a réuni plus de cinq millions de spectateurs, ce qui est relativement un bon score car depuis l’immense succès de Bienvenue chez les Ch’tis, Boon a tout de même perdu un sacré nombre de spectateurs. De plus, le film n’a pas été très soutenu par la presse, ce que je comprends après l’avoir vu. Je précise que j’avais défendu les autres longs-métrages de Boon. En effet, j’avais bien aimé Bienvenue chez les Ch’tis (même si j’ai toujours du mal à comprendre ses vingt millions d’entrées) et j’avais trouvé La Maison du Bonheur et Rien à déclarer plutôt corrects. Mais là, il faut avouer que Boon s’est raté. L’acteur-réalisateur a voulu se moquer de lui-même : en effet, lui-même serait hypercondriaque. Boon a également dit qu’il avait voulu montrer les dérives de l’auto-médication. Le sujet, qui n’est pourtant nouveau (on pense beaucoup au sujet du Cactus de Gérard Bitton et Michel Munz, ou même à Michel Blanc dans Marche à l’ombre), et dans la vraie vie, cela n’a rien de drôle, pourtant c’est quelque chose qui peut fonctionner dans une comédie.

Supercondriaque : Photo Judith El Zein, Kad Merad

Les premières minutes sont plutôt drôles car le personnage que Boon incarne a des réactions disproportionnées à cause de sa maladie et on sent Kad Merad et Judith El Zein au bout du rouleau. On aurait pu avoir une comédie correcte, voire même réussie, or, après avoir passé les dix-quinze premières minutes, on a du mal à rire. Je ne dis pas que Boon a l’habitude de faire des films profonds mais on a du mal à ressentir réellement le mal-être de ce personnage. Il n’est juste là qu’à faire des gags. Et justement, en ce qui concerne la critique de l’auto-médication, elle n’est pas vraiment appuyée alors que ce point était pourtant intéressant à souligner. Surtout, on ne rit pas car Boon nous parle de moins en moins de la maladie, pourtant présente dans le titre. En fait, Boon sabote son propre film. Il part dans un autre film, c’est-à-dire en nous servant une histoire hors-sujet complètement tirée par les cheveux  (et je ne vous parle même pas de la fin) : en effet, Boon va être confondu avec un sans-papiers venu d’un pays de l’Est. Evidemment, on a droit à des gags très lourds et pas très originaux. De plus, je n’ai rien contre le fait de parler de politique mais là Boon se viande à cause de sa vision très lourde de la tolérance et de la misère. En ce qui concerne les histoires d’amour, Boon ne s’en sort pas non plus (d’ailleurs il n’a jamais su s’y prendre dans ses autres films) car sa vision de l’amour semble très niaise. Pour conclure, Dany Boon signe un mauvais film, peu drôle, mal écrit, poussif et même ennuyeux du coup, qui n’arrive pas à être sauvé par la bonne volonté et l’énergie du casting.

Supercondriaque : Photo Alice Pol, Dany Boon

Je voyage seule

réalisé par Maria Sole Tognazzi

avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Fabrizia Sacchi, Gianmarco Tognazzi, Alessia Barela, Lesley Manville, Bruno Wolkowitch…

titre original : Viaggio sola

Comédie italienne. 1h25. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

Je voyage seule

Irene vient d’avoir 40 ans. Elle n’a ni mari, ni enfants mais un travail dont tout le monde rêve : elle est « l’invitée surprise » des hôtels de luxe, ce client redouté qui note et juge incognito les standards des services hôteliers. En dehors de son travail, il y a sa sœur Silvia et son ex Andrea. Irene ne recherche pas la stabilité, elle se sent libre et privilégiée. Pourtant, un événement va remettre en question ses certitudes…

Je voyage seule : Photo Margherita Buy, Stefano Accorsi

En France, on a un peu entendu parler de ce film à cause du lamentable résumé qu’a bafouillé Claire Chazal au Journal de 20 heures (notamment « Je voyage seule est l’histoire d’une femme de 40 ans qui voyage toute seule » ou encore « un événement va remettre la question en vie, sa question en jeu »). A cause de ses explications pourries mais involontairement hilarantes, j’imagine que beaucoup n’ont pas voulu aller voir ce film (ça peut se comprendre). Heureusement, Je voyage seule vaut bien mieux que ce très mauvais synopsis. Certes, la mise en scène de Maria Sole Tognazzi (oui, il s’agit bien de la fille d’Ugo Tognazzi) n’est pas exceptionnelle, ni très inventive. Cependant, elle et ses scénaristes Ivan Cotroneo (Amore) et Francesca Marciano (Miele) ont peint avec intelligence et subtilité le portrait d’une femme célibataire et sans enfants, dans une société italienne qui privilégie pourtant la famille (c’est ce qu’on voit d’ailleurs à travers la soeur de l’héroïne), qui trouve son bonheur dans la solitude. Même si un ton frais et léger est omniprésent, les doutes d’Irene touchent. En effet, doit-elle se marier et fonder une famille comme sa soeur histoire qu’elle ne soit plus montrée du doigt ? Aurait-elle dû poursuivre une relation amoureuse avec son meilleur ami ?

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

Même si l’héroïne se remet en question, pour une fois, la solitude n’est pas perçu ici comme quelque chose de négatif, contrairement à ce qu’on peut voir d’habitude dans d’autres films. Certaines scènes sont répétitives cependant elles ne sont pas gênantes car il s’agit du quotidien de l’héroïne et surtout à chaque nouveau voyage professionnel, on trouve un nouvel élément important pour comprendre Irene. Ces répétitions passent également plutôt bien car le film est rythmé et drôle. Margherita Buy (vue dans Le Caïman et Habemus Papam, tous deux réalisés par Nanni Moretti), qui a remporté le Donatello de la meilleure actrice pour son interprétation, est excellente dans le rôle de cette femme qui aspire à la liberté et à l’indépendance. Son personnage est très intéressant, profond et complexe. En effet, Irene vit dans son monde faux (et apparemment cela finit par lui convenir). Pourtant, paradoxalement, elle n’est pas forcément une femme fausse. Rien qu’en faisant le choix de ne pas rentrer dans le moule montre qu’elle n’en est pas une. Les scènes avec le couple « pas assez chic » pas bien accepté par le personnel d’un hôtel de luxe montrent également l’humanité dégagée par Irene alors qu’elle se révèle plutôt froide lorsqu’elle procède à ses quotidiennes inspections. Les seconds rôles sont également bien travaillés et bien interprétés.

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

Maléfique

réalisé par Robert Stromberg

avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley, Sam Riley, Brenton Thwaites, Juno Temple, Ella Purnell, Imelda Staunton, Leslie Manville, Peter Capaldi, Miranda Richardson, Vivienne Jolie-Pitt…

titre original : Maleficent

Film fantastique américain. 1h37. 2014.

sortie française : 28 mai 2014

Maléfique

Maléfique est une belle jeune femme au coeur pur qui mène une  vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son coeur pur en un coeur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption…

Maléfique : Photo Angelina Jolie, Sam Riley

La Belle au bois dormant est à l’origine un conte populaire, qui a notamment été repris par Charles Perrault dans Les contes de ma mère l’Oye ou par les frères Grimm. Mais on connait surtout cette histoire grâce au film des studios Disney, réalisé par Clyde Geromini, Wolfgang Reitherman, Eric Larson et Les Clark. Pour ma part je préférais d’autres Disney car je trouvais Aurore très niaise (oui, oui, même gamine, j’étais odieuse). Cependant, j’aimais beaucoup Maléfique ainsi que les trois gentilles fées. Les studios, décidément toujours aussi peu inspirés, se sont attaqués à la célèbre méchante Maléfique du dessin animé. Je n’attendais pas forcément ce film mais j’étais tout de même curieuse de voir le résultat. Le film aurait pu me plaire car les réflexions derrière sont réellement profondes : en effet, Aurore peut être vue ici comme la victime d’un couple qui se déchire, qui divorce même. Ici, même si le prince charmant est présent (j’en reparlerai d’ailleurs un peu plus loin), le véritable amour qui apparaît à l’écran est celui d’une mère pour un enfant. Le film prend également un parti clairement féministe. Cependant, tout l’aspect profond du film s’écroule à cause d’une accumulation incroyable de défauts. On a l’impression que Robert Stromberg, qui signe ici son premier long-métrage, a saboté son propre film ! Le vrai problème, c’est que le film veut trop s’adresser à des enfants considérés apparemment comme des débiles profonds. Déjà, lorsque le film débute par une insupportable et mielleuse voix-off, on se dit que ça part mal. Après, on découvre des décors et des couleurs bien moches, qui te font bien mal aux yeux car c’est très kitsch. Puis, Maléfique parle avec des animaux et d’autres bêbêtes très étranges et également bien laides. J’avais l’impression de revoir le mauvais « Gnangnan » Narnia. Mais surtout, on voit une relecture du conte finalement peu inspirée, même un peu survendue. Pour vous faire le résumé, sans vous révéler la fin, la première partie est consacrée à l’adolescence de Maléfique, qui drague le futur roi Stéphane, mais qui est trahie par ce dernier car il veut devenir roi. La deuxième partie est une version raccourcie du dessin animé. Enfin la troisième partie fait quelques modifications du long-métrage de Disney.

Maléfique : Photo Angelina Jolie, Vivienne Jolie-Pitt

Au final, on ne voit pas tant que ça les origines de la célèbre méchante, ce qui finit par ennuyer. Le film ne m’a jamais réellement intéressée, c’est un mauvais divertissement, ni vraiment drôle (allez, on sourit deux minutes maximum quand Jolie dit à Vivienne « je ne t’aime pas » ou quand elle traite Aurore de « mocheté », mais les enfants dans la salle n’ont pas ri, croyez-moi), ni émouvant (mais plutôt guimauve). D’ailleurs, elle n’est pas si méchante. D’un côté, vu qu’ils ont voulu évoquer certains thèmes spécifiques, je peux comprendre que le personnage soit plus sympathique. Mais là, elle est trop douce. C’est pas Maléfique, mais « Jalouse en voie de rédemption », ou « Je culpabilise à mort mais je vais arranger ce bordel que j’ai mis en place ». Il n’y a pas que Maléfique qui pose problème. Aurore, qui s’émerveillerait limite en marchant dans une crotte de chien, sourit comme une crétine tout le long dans pratiquement toutes les situations possibles (sauf une scène ou deux, par exemple elle couine un peu quand elle apprend que Maléfique est maléfique justement). Philippe sourit également comme un crétin (au moins, Aurore et lui vont parfaitement ensemble) et ressemble au prince Lu (tiens, comme dans Narnia !) avec ses horribles cheveux et ses dents Colgate. Les trois fées (d’ailleurs très laides, surtout en version miniature) ne sont plus gaffeuses comme dans le dessin animé, mais bien trois connes pas foutues de surveiller une mioche. Quant à Sam Riley, le corbeau de Maléfique (qui prendra d’autres apparences très gênantes, sans en révéler, une de ses métamorphoses enlève vraiment trop la dimension maléfique de la célèbre fée), il est ridicule : il m’a rappelé un membre d’Indochine ou du Tokio Hotel. A cause de ces personnages particulièrement ratés, les acteurs rament totalement, à part Angelina Jolie qui est très à l’aise (à part quand elle crie comme un veau : cette scène est vraiment pathétique), même si c’est un peu le Angelina Jolie show : elle est à la fois le personnage principal, une des productrices, et elle a réussi à placer dans le film ses enfants (dont l’adorable Vivienne, interprète d’Aurore jeune, qui est absolument adorable).

Maléfique : Photo Elle Fanning

Un été à Osage County

réalisé par John Wells

avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Julianne Nicholson, Benedict Cumberbatch, Abigail Breslin, Sam Shepard, Juliette Lewis, Margo Martindale, Dermot Mulroney, Misty Upham…

titre original : August : Osage County

Drame américain. 2h. 2013.

sortie française : 26 février 2014

Un été à Osage County

En famille, on se soutient. En famille, on se déchire… Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…

Un été à Osage County : Photo Meryl Streep

Un été à Osage Country est adapté de la pièce August : Osage County de Tracy Letts (qui a d’ailleurs signé le scénario), qui a remporté plusieurs Tony Awards dont celui de la meilleure pièce ainsi que le prix Pulitzer. Ce film a permis à Meryl Streep et Julia Roberts de décrocher une nomination aux Oscars. Je n’ai pas vu la pièce et honnêtement vu la qualité du film, je n’ai aucune envie de la découvrir. Il n’y a que les beaux paysages, la photographie et un peu Julia Roberts qui sont des éléments positifs, le reste est à balancer ! On assiste à une véritable catastrophe. Qu’est-ce que s’ennuie dans ce sous-Festen en Amérique (je précise que je ne suis pas une grande fan du film de Thomas Vinterberg) ! La réalisation de John Wells (The Company Men) est mauvaise, pour ne pas dire inexistante et l’histoire en elle-même n’est pas très intéressante. Honnêtement, au bout d’un moment, on finit par se foutre des problèmes familiaux tordus des personnages tous très antipathiques. On ne croit pas non plus une seule seconde à ces personnages trop hystériques, cyniques et méchants : les traits sont trop forcés et superficiels.

Un été à Osage County : Photo Julianne Nicholson, Margo Martindale, Meryl Streep

Le scénario a trop mis le paquet : la mère (Streep) est une cancéreuse et toxico qui hurle tout le long, une des filles (Roberts) est trompée par son mari, la fille de Roberts (Breslin) est une ado autant rebelle qu’un Tokio Hotel parce qu’elle est végétarienne, elle fume de la marijuana et elle répond mal à sa maman, une autre fille (Nicholson) est amoureuse de son cousin, la troisième fille (Lewis) est une bimbo qui sort avec un pédophile (Mulroney). Il faut dire que le film est long et surtout trop bavard (le gros piège des pièces adaptées au cinéma – mais bon cela n’excuse pas tout). Au final, on a droit à tout ce bordel pour un propos bien pauvre. En résumé, attention aux secrets de famille car il y a des gens pas normaux, la méchanceté se transmet par les liens familiaux et quand les gens sont méchants, on ne peut rien y faire, même si on partage le même sang. Les acteurs gueulent et bougent dans tous les sens pour pas grand-chose, du style « regardez, là, grande scène puissante » ou « attention, émotion », mais au final les scènes ne produisent aucun effet : pas d’effets chocs, ni d’émotion, mais que de l’agacement d’entendre autant de cris et de voir autant de pathos. Enfin, même le casting de rêve sur le papier est décevant : à part Julia Roberts (mais elle ne relève pas suffisamment à elle seule le niveau du film : en même temps, il y a beaucoup de boulot), les acteurs ne sont pas convaincants. Ils sont en dessous de leurs capacités habituelles. Même Meryl Streep est mauvaise. Elle en fait des caisses ! Je l’aime beaucoup mais sa nomination aux Oscars est incompréhensible.

Un été à Osage County : Photo Benedict Cumberbatch, Chris Cooper

The Homesman

réalisé par Tommy Lee Jones

avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, John Lithgow, William Fichtner, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep, Evan Jones, Hailee Steinfeld…

Drame, western américain. 2h02. 2014.

sortie française : 18 mai 2014

The Homesman

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

The Homesman : Photo Grace Gummer, Tim Blake Nelson, Tommy Lee Jones

Après Trois enterrements, l’acteur Tommy Lee Jones réalise son second long-métrage, The Homesman, tiré du roman Le Charlot des Damnés de Glendon Swarthout. Il a présenté son film au festival de Cannes en compétition, mais contrairement à son précédent film (qui lui avait permis de décrocher le prix d’interprétation masculine ainsi que le prix du scénario pour Guillermo Arriaga), celui-ci est reparti les mains vides. J’avais largement préféré Trois enterrements et je comprends que The Homesman n’ait rien remporté à Cannes. Le film a clairement des défauts. En premier, le film a quelques longueurs. Puis, Tommy Lee Jones ne met pas toujours en valeur ses personnages féminins, je pense surtout aux trois folles du film. En effet, au début on connait l’histoire de ces trois femmes qui ont perdu la raison, et une fois que le voyage commence, finalement pas grand chose ne se passe. On a l’impression même que le réalisateur ne sait pas comment filmer ces personnages-là comme des femmes et finit finalement par les délaisser. On ne comprend pas non plus comment Mary Bee Cuddy, qui vient de New York, a pu se retrouver dans un coin perdu à l’Ouest. La fin n’est pas non plus totalement satisfaisante, comme si Tommy Lee Jones ne savait pas comment terminer son film alors qu’il avait la possibilité de lui donner une magnifique fin et surtout le spectateur peut être perdu, ne voyant pas toujours cela veut en venir.

The Homesman : Photo

Cependant, malgré ses maladresses, The Homesman n’est pourtant pas un ratage, loin de là. Même si le côté féministe m’a paru bancal par moments, Tommy Lee Jones parvient cependant à peindre une époque dans laquelle la femme ne trouve pas sa place. Mais surtout, au-delà de l’aspect féministe, en mêlant sensibilité et dureté, il réussit à toucher en mettant en scène des personnages, homme (George Briggs) et femmes (les trois femmes ainsi que Mary Bee Cuddy), qui n’arrivent pas à trouver leur place dans ce monde et qui se détruisent. La question de l’espace est également bien exploitée, que ce soit à travers le voyage qui va de l’ouest à l’est (le trajet a un réel sens) ou la manière de filmer les magnifiques paysages. Le duo formé par Tommy Lee Jones-Hilary Swank est tout simplement fantastique. D’un côté, le réalisateur s’est donné un rôle à la fois drôle (il dit les choses « cash »), émouvant (il va se retrouver très attaché aux quatre femmes) et dur. De l’autre, Swank, qui semble retrouver enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, incarne parfaitement cette femme qui semble forte de l’extérieur mais qui est en réalité fragile (elle souffre de la solitude), mystérieuse, et finalement qui est en train de sombrer dans la folie (ce qui est compliqué, vu sa mission envers les trois autres femmes). La manière d’avoir traité les personnages des folles m’a semblé maladroite, cependant, les trois actrices qui les interprètent (Grace Gummer, Mirando Otto, Sonja Richter) sont toutes convaincantes et surtout elles ont beaucoup de présence.

The Homesman : Photo Hilary Swank

The Double

réalisé par Richard Ayoade

avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska, Wallace Shawn, Noah Taylor, Yasmin Paige, Cathy Moriarty, James Fox, Sally Hawkins, Chris O’Dowd, Craig Roberts…

Drame, thriller britannique. 1h33. 2013.

sortie française : 13 août 2014

The Double

Garçon timide, Simon vit en reclus dans un monde qui ne lui témoigne qu’indifférence. Ignoré au travail, méprisé par sa mère et rejeté par la femme de ses rêves, il se sent incapable de prendre son existence en main. L’arrivée d’un nouveau collègue, James, va bouleverser les choses, car ce dernier est à la fois le parfait sosie de Simon et son exact contraire : sûr de lui, charismatique et doué avec les femmes. Cette rencontre amène James à prendre peu à peu le contrôle de la vie de Simon…

The Double : Photo Jesse Eisenberg

Après la bonne surprise Submarine, l’acteur de la série The IT Crowd Richard Ayoade, reconverti en réalisateur, signe son second long-métrage The Double, adapté du roman de Dostoïevski. Quant au scénario,il a été co-écrit par Avi Korine (le frère de Harmony, ce dernier étant l’un des producteurs exécutifs). Hélas, The Double est beaucoup moins convaincant que Submarine, même s’il a ses qualités. Esthétiquement, le film est remarquable. Les décors permettent de plonger le spectateur dans un temps à la fois indéfini, décalé et sombre. Les jeux avec l’espace et la lumière sont également intéressants et la photographie est très belle. Le film est également sauvé par son humour noir. Hélas on a l’impression de regarder une oeuvre pas aboutie, qui manque de consistance et qui n’apporte rien de neuf à un sujet passionnant, celui de la dualité. Je m’attendais aussi à un film plus dérangeant. Si le thème de la solitude est plutôt bien traité, par contre, les questions de l’identité et de l’affirmation de soi ne sont pas forcément toujours bien exploitées. En effet, en utilisant qu’un seul point de vue, tout m’a semblé un peu trop facile et clair, les pistes n’étant pas assez brouillées. Malgré un montage hystérique, l’effet schizophrène ne fonctionne pas du tout. Surtout l’angoisse fait souvent place à l’ennui, le début étant particulièrement mou. Du coup, malgré des procédés théâtraux pourtant bienvenus, la dimension tragique qu’aurait dû posséder ce film n’est pas suffisamment présente.

The Double : Photo Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska

La musique d’Andrew Hewitt est très réussie mais elle n’est pas toujours bien utilisée et devient même lassante. Heureusement qu’il y a Jesse Eisenberg, qui parvient parfaitement à donner vie à deux personnages différents (d’un côté, un asocial invisible aux yeux de la société, de l’autre un homme sûr de lui et aimé de tous) avec le même physique. En revanche, Mia Wasikowska est pour moi une erreur de casting. Elle n’arrive jamais à trouver son interprétation : elle est soit trop théâtrale, sauf qu’elle ne trouve jamais son rythme (ce qui se voit encore plus quand on entend le débit impressionnant de Eisenberg), soit elle a l’air de s’en foutre (le risque quand on joue une dépressive). En conclusion, même s’il s’est un peu raté (il ne s’agit pas non plus d’une catastrophe), Richard Ayoade reste pour moi un réalisateur à suivre. Certes, il n’a pas tout inventé (les références, de Hitchcock à Lynch en passant par Gilliam ou Kafka, sont très – trop ? – visibles), mais il a tout de même un univers intéressant, décalé, avec de l’humour noir. Peut-être qu’il a vu un peu gros pour un deuxième film.

The Double : Photo Jesse Eisenberg