[Dvdtrafic] Tamara vol. 2

Réalisé par Alexandre Castagnetti

avec Héloïse Martin, Rayane Bensetti, Sylvie Testud, Cyril Gueï, Noémie Chicheportiche, Idrissa Hanrot, Jimmy Labeeu, Oussama Kheddam, Blanche Gardin, Annie Cordy, Manon Azem, Karidja Touré, Panayatis Pascot, Jean-François Cayrey…

Sortie le 4 novembre en VOD, et le 7 novembre en DVD, Blu-Ray et Coffret Tamara 1 et 2 (TF1 Studio)

Quelques liens pour aller consulter le site et la page Facebook de TF1 Studio.
Merci à Cinétrafic pour cette nouvelle opération « DvdTrafic ». Je vous invite à aller voir sur leur site tous les films dans le top cinéma de l’année ainsi que le classement des comédies 2018.

Synopsis : Jeunes bachelières, Tamara et sa meilleure amie Sam montent à Paris pour leurs études. Face aux problèmes de logement, elles acceptent de vivre en colocation avec Wagner… et Diego, l’ex de Tamara, qui se consacre davantage à Instagram qu’à ses études…

A l’instar de Joséphine (également une héroïne avec un physique loin des diktats actuels aux problèmes sentimentaux existentiels), Tamara n’a pas été un carton au box-office. Pourtant, il bénéficie étonnamment d’une suite. Je ne garde pas un mauvais souvenir du premier volet malgré son aspect très téléfilm, c’est pour cette raison que je me suis intéressée à Tamara vol.2, sorti l’été dernier dans les salles françaises. Faisons le point sur ce film grand public (qui s’adresse tout de même davantage aux ados) sympathique mais avec de réels défauts.

Un scénario peu crédible

Tamara vol. 2 s’attaque à deux sujets : la vie étudiante et celle des « influenceuses ». Que Tamara n’aille jamais à la fac par glande est plutôt crédible. En revanche, que sa copine Sam refuse d’aller en cours alors qu’elle est en première année de médecine, j’y crois moyen mais admettons. En revanche, la colocation chez Wagner le riche a de quoi agacer dans le sens où le film n’a pas envie de se mouiller pour montrer la véritable vie des étudiants. C’est du TF1, c’est du beau, nos jeunes loulous sont logés dans un grand bel appartement parisien « style Rococco » uniquement, on ne veut pas montrer la misère et les difficultés des étudiants, nan, ça c’est pas vendeur. Puis, m’intéressant plus ou moins à l’univers des « influenceurs », l’histoire de Tamara l’Instagrammeuse en vogue ne m’a pas du tout convaincue. Je sais bien que des gens deviennent soudainement célèbres juste en faisant des photos ou en parlant de leurs chats, mais là on n’y croit pas. Les photos et vidéos postées sur le réseau ne donnent pas envie de s’intéresser davantage au personnage donc pourquoi deviendrait-elle célèbre ?

 

 

 

 

Arnaud Borrel / UGC Distribution

 

Parfois un sentiment de gêne

Je savais pertinemment que Tamara n’allait pas proposer la mise en scène de siècle, le premier volet en proposait déjà une proche des téléfilms diffusés sur TF1. Ce n’est pas un film qui prétend une quelconque ambition artistique, on sait très bien à quel type de long-métrage on a affaire, on va pas jouer les hypocrites non plus. Mais il y a vraiment deux séquences (en gros le générique d’ouverture et la danse à Deauville) qui sont vraiment gênantes avec des effets spéciaux pourris. Pas sûre que ce soit du volontairement kitsch. De plus, j’ai un petit souci avec Héloïse Martin, l’interprète du rôle-titre. Elle dégage beaucoup de sympathie (impression confirmée dans Danse avec les stars – ouais je me cultive parfois le samedi soir) mais son jeu m’a paru souvent faux, encore plus que dans le premier volet (en tout cas, à l’époque, cela m’avait moins frappée mais si ça se trouve j’ai vu le film en étant complètement déchirée). C’est dommage face à un personnage important en terme de « représentation ».

Des comédiens au service d’un film léger et bienveillant

Heureusement, en dehors de l’interprétation très discutable d’Héloïse Martin, la distribution est très convaincante et étonnamment cohérente en mêlant à la fois des acteurs confirmés et respectés, des moins connus pour le grand public, des « espoirs » ou encore des jeunes qui ne sont pas à l’origine des acteurs. Rayane Bensetti (décidément ils font tous Danse avec les stars) s’en sort pas si mal, le casting « jeunes » est par ailleurs très satisfaisant. Même le Youtubeur (pas drôle) Jimmy Labeeu s’en tire bien. Noémie Chicheportiche (qui reprend le rôle de Sam tenue par Oulaya Amamra dans le premier volet) est également la bonne surprise du casting, je suis persuadée qu’on reverra cette jeune actrice dans de bons projets. Parmi les « moins jeunes », Sylvie Testud en mère poule inquiète et Blanche Gardin en voisine bizarroïde apportent une véritable fraîcheur au film. De plus, le film a beau être bourré de défauts, ce n’est pas forcément celui sur lequel on a envie de taper. Tamara vol.2 prône avec certainement trop de gentillesse des valeurs louables pour le grand public. Je préfère encore ça à des comédies vulgaires, ennuyeuses, jamais drôles (même pas une seconde) avec des blagues douteuses.

 

Arnaud Borrel / UGC Distribution

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J’ai vu au cinoche… (octobre 2018)

Une sorcière a-t-elle jeté un vilain sort sur les films ou mes visionnages ce mois-ci ? Réponse ci-dessous !

 

The Little Stranger de Lenny Abrahamson

Lenny Abrahamson est un réalisateur « étrange » par son irrégularité : il a à son actif des bijoux (Garage, Room) et un film ignoble (le pourtant acclamé What Richard Did). Surtout, j’ai réalisé avec The Little Stranger que j’avais du mal à reconnaître chez lui sa patte artistique. Cela est particulièrement embêtant alors qu’Abrahamson sait tout de même faire son travail. Effectivement, dans cette adaptation du roman de Sarah Waters (publié en 2009), la mise en scène est plutôt maîtrisée, la charge esthétique soignée et la distribution (Domnhall Gleeson, Ruth Wilson, Charlotte Rampling) impeccable. Il est certain que le réalisateur a énormément misé sur l’atmosphère et c’est peut-être là où ça coince. D’un côté, il parvient bien à reprendre les codes de la littérature et du cinéma « de fantôme » et plus globalement du roman gothique. Mais hélas son film met trop de temps à décoller, j’ai même failli m’endormir à plusieurs reprises pour être honnête. Même le twist déçoit, pas à cause du contenu en lui-même mais parce qu’on finit par se désintéresser du récit. The Little Stranger manque de puissance et même de clarté car en dehors de la reprise des codes, le sous-texte social et historique est pourtant intéressant. Dommage qu’un film sur l’oppression sociale ne puisse pas être… plus oppressant justement.

 

Upgrade de Leigh Whannell

Acteur et scénariste de Saw et les Insidious de James Wan, Leigh Whannell était déjà passé derrière la caméra avec l’oubliable Insidious : Chapitre 3. Ce second long, Upgrade, est en revanche bien plus réussi (presque un petit coup de coeur). Ils’agit d’une sorte de mix entre Robocop, Black Mirror et John Wick. Derrière ce divertissement ultra efficace sans prétention mais pas simpliste pour autant, Upgrade offre une réflexion pertinente (certes pas révolutionnaire mais elle fonctionne comme il faut) sur l’aliénation de l’homme par la technologie. La mise en scène est inspirée, les violentes scènes d’action (jouissives mais sans tomber dans le gag facile) illustrent également bien la séparation entre le corps et l’esprit via la technologie. Servi par un twist bien mené, le film séduit également par son sens esthétique soigné juste comme il le faut (et par conséquent, en évitant de tomber dans une surcharge visuelle). Dans le rôle principal, Logan Marshall-Green (je ne vais pas être originale mais… C’EST LE SOSIE DE TOM HARDY), incarne avec conviction le rôle de cet homme brisé et assoiffé par la vengeance.

 

Upgrade – photo by Ben King, Universal Pictures

 

Girl de Lukas Dhont

Lauréat de la Caméra d’or et de la Queer Palm au festival de Cannes, Girl est pour moi la grosse déception de ce mois. Ce premier long-métrage du belge Lukas Dhont ne m’a pas réellement convaincue malgré les belles interprétations du danseur Victor Polster et d’Arieh Worthalter. La polémique sur le choix de l’acteur (d’après ce que j’ai compris, l’équipe avait en réalité fait auditionner des filles et des garçons transgenres, Polster, acteur cis, semblait finalement correspondre à ce que recherchait le réalisateur) me semble moins problématique que les choix adoptés par le scénario, certains d’entre eux étant pour moi douteux. Je n’ai jamais eu l’impression que réalisateur maîtrisait réellement son sujet, ce qui peut expliquer la construction bancale de son scénario : il est plat à 95% (dans le sens où le spectateur subit des scènes très répétitives : danses, discussions-disputes avec le papa, rendez-vous chez les toubibs, danses et rebelote). Par conséquent, l’acte final de Lara (je ne vous spoile rien), aurait pu être intéressant pour comprendre ce personnage, mais là il semble sortir de nulle part. Pour ne rien arranger, à l’image de la dernière scène très (trop) énigmatique, qui m’a laissée sur ma faim, Lara est une fille si taiseuse qu’elle en devient parfois antipathique. En comparaison, son père paraît  si sympathique et bienveillant que cela n’a fait que renforcer mon impression mitigée sur le personnage principal.

 

First Man de Damien Chazelle

« Intimiste », « Immersif », « du Terrence Malick dans l’air », bref Chazelle est toujours le petit chouchou des cinéphiles. Ne pensez pas que je trolle le 3/4 de la communauté cinéphile : je dois le reconnaître, Chazelle a du talent. Mais, en dehors de Whiplash (film qui m’épate toujours autant), je n’apprécie finalement pas tant que ça son travail, il y a toujours, bout à bout, des choses qui me chiffonnent dans ses films. Au moins, son précédent long-métrage La La Land ne m’avait pas laissée autant indifférente que First Man, biopic sur Neil Armstrong, le premier homme qui a marché sur la Lune. Non, le fait de connaître la fin (youpi, il réussit sa mission) ni quelques éléments clés de la vie d’Armstrong ne gâchent effectivement pas notre séance (et j’ai même envie de dire que connaître des éléments narratifs d’un film avant de le voir n’est pas pour moi gênant quoiqu’il arrive). En revanche, le film est vraiment trop long (2h20 !) et j’ai failli piquer du nez au milieu du film après d’interminables séquences sur les différents tests que doit passer Neil (survivant parmi tous ces morts qu’on nous énumère tout le long du métrage). La mise en scène est pourtant remarquable (surtout dans sa dernière partie), les acteurs sont également convaincants (même si je ne trouve pas qu’il y ait de quoi s’extasier non plus devant leurs interprétations). Oui, le film est parfois touchant mais j’ai envie de dire que la mort d’un enfant n’est pas quelque chose qui, à l’origine, peut nous laisser indifférent. Mais dans l’ensemble, le film manque pour moi d’émotion, faute également à un Neil Armstrong bien trop taiseux.

 

First Man – Universal Pictures International France

 

The House that Jack Built de Lars Von Trier

Provocateur, sulfureux… Lars Von Trier est surtout un cinéaste talentueux, même si j’ai conscience que son univers peut fortement déplaire à certains spectateurs (et c’est pas une mauvaise chose en soi !). The House that Jack Built, quidétrône enfin mon Hostiles adoré situé à la première place de mon classement annuel depuis des mois, est selon moi l’un des meilleurs films de LVT. En y réfléchissant, je me dis que c’est plutôt fou que j’aime autant ce film car j’aurais pu le trouver hyper-prétentieux : l’exercice de parler de soi et de son cinéma (Jack/Lars… il n’y a qu’un pas entre les deux) à travers un dialogue en s’auto-citant sans complexe, le tout avec un épilogue grandiloquent qui revisite comme il se doit L’Enfer de Dante était très casse-gueule. Mais l’éventuelle dimension narcissique s’efface au profit d’une réflexion puissante sur l’artiste et son oeuvre. L’oeuvre est souvent dérangeante (peut-être aussi parce qu’elle est souvent drôle et ludique) mais même les éléments qui peuvent choquer (même s’il n’y a pas pour moi de quoi quitter la salle, contrairement à ce que j’ai pu lire concernant sa projection à Cannes) s’intègrent logiquement dans le propos final du film. Chaque détail (le 3e cercle ou le découpage en cinq incidents pour ne citer que ces exemples) ne fait que renforcer ce sentiment de pure perfection qui traverse ce long-métrage époustouflant. J’ai déjà hâte de revoir ce chef-d’oeuvre d’inventivité et de pugnacité.

 

Johnny English contre-attaque de David Kerr

Je ne me souviens pas très bien du deuxième volet de la saga Johnny English, en revanche j’ai toujours eu une véritable sympathie pour le premier volet qui a le mérite de me faire marrer : les comédies pas drôles envahissent nos écrans, on se sent presque obligé de préciser une évidence, à savoir celles qui réussissent à provoquer le rire. Ce troisième volet, Johnny English contre-attaque, a beau être oubliable, il a réussi à me faire rire à plusieurs reprises, on passe un véritable bon moment devant cette comédie qui a un petit côté « old school » et c’est déjà pas si mal. Rowan Atkinson est toujours génial dans le rôle de cet espion boulet, reconverti en prof de géographie (et bizarrement, cette situation est crédible dans l’univers du film !). Les seconds rôles sont également très convaincants, que ce soit Ben Miller (l’acolyte d’English qui tente en vain de le raisonner), Emma Thompson en Premier Ministre ou encore Olga Kurylenko en espionne russe (certainement un clin d’oeil à son rôle de James Bond Girl). Je retiens surtout deux séquences : celle avec Johnny qui danse du disco pendant des heures sans s’épuiser et celle que j’aime nommer « la Ready Player One dans le vrai monde ».

The House That Jack Built – Concorde Filmverleih GmbH/Zentropa-Christian Geisnaes

 

A Star is Born de Bradley Cooper

Pour son premier long-métrage, Bradley Cooper, qui s’est également attribué le premier rôle masculin, ne s’en sort pas si mal malgré mes quelques reproches. Je précise que je n’ai pas vu les précédentes versions (celle-ci est donc la 4e version !), je ne peux pas comparer et quelque part, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose d’être allée le voir « vierge ». Nous sommes donc face à une histoire très bateau (et qui n’est pas forcément lié à son concept de « remake ») : un célèbre musicien, alcoolique et toxico sur les bords, découvre les talents de chanteuse d’une fille modeste (qui se déroule dans la première partie du film, la meilleure). La jeune femme se transformera en pop star (ou une soupe star) célèbre tandis que l’autre va sombrer dans la pure déchéance (cela se déroule dans la seconde partie – bien plus pénible cette fois-ci). Les longueurs se font souvent sentir, en dehors du titre phare déjà culte Shallows, la bande-originale déçoit, le film s’éternise sur beaucoup de drames (tu ressors de la salle avec une envie de te foutre en l’air). Pourtant, étonnamment, la relation torturée entre Ally et Jackson, qui ne se veut pas romantique mais complexe, séduit : les personnages ont beau être attachants, ils ne sont pas pour autant glorifiés, ils ont leurs failles qui les mènent à ce final émouvant. Surtout, Lady Gaga (pressentie pour l’Oscar – et cela n’aurait rien de honteux) et Bradley Cooper sont tous les deux formidables. L’alchimie palpable entre les deux ainsi que leur sincérité relèvent bien le niveau du long-métrage.

Petite précision de haute importance : Ally devient une pop star qui chante des titres assez nazes même si elle cartonne. Or j’ai toujours eu apprécié Lady Gaga qui est pour moi une véritable artiste, et ce film aura peut-être le mérite de prouver à ses détracteurs ses différents talents.

 

RBG de Betsy West et Julie Cohen

Avant de vous précipiter en janvier 2019 devant On the Basis on Sex (Une femme d’exception) de Mimi Leder (Lady Gaga a beau être la favorite aux Oscars, n’ignorons pas Felicity Jones pour remporter l’Oscar), par pitié, débrouillez-vous pour regarder RBG. Je croise les doigts pour qu’il remporte l’Oscar du meilleur documentaire, ce prix serait tellement mérité ! Betsy West et Julie Cohen signent un film passionnant sur Ruth Bader Ginsburg, avocate puis juge à la Cour Suprême depuis 1993, qui a changé la vie des femmes aux Etats-Unis. L’exercice est périlleux dans le sens où on aurait pu tomber dans une retranscription biographique plate, en plus la mise en scène ne se veut pas inventive. Pourtant, son mélange de sobriété, de simplicité et de légèreté rend ce documentaire captivant. Sans chichis, il sait absolument viser juste, à l’image des plaidoyers de RBG. Le long-métrage trouve également un bel équilibre entre les sphères privées et professionnelles, tout comme il réussit aussi à mêler les différents procédés de narration (documents d’archives, témoignages de RBG elle-même, de ses proches, d’étudiants en droit etc…) sans s’éparpiller. Surtout, au-delà d’un résultat prenant, rythmé, bien documenté, la personnalité de Ruth Bader Ginsburg est si exceptionnelle et attachante qu’on ne peut être que happé par ce film qui aborde intelligemment la lutte pour l’égalité entre les sexes.

 

Halloween de David Gordon Green

Je bouffe (un peu) du Halloween depuis quelque temps. J’ai découvert récemment les deux Halloween réalisés par Rob Zombie qui méritent d’être vus et estimés. Le jour J, sublimement déguisée en sorcière, j’en ai profité pour revoir sur grand écran le film culte de John Carpenter qui sait toujours me foutre les chocottes à partir pourtant d’un postulat simple (et efficace). Enfin, j’ai également regardé Halloween II réalisé par Rick Rosenthal qui est plutôt intéressant même s’il est très en-dessous du premier opus (scénarisé par Carpenter et Debra Hill). Bref, tous ces visionnages ne m’ont fait que confirmer mon avis plutôt négatif sur le Halloween 2018 par David Gordon Green (réalisateur qui touche à tous les genres depuis des années) : certes, quelques séquences sont plutôt réussies dans le sens où la tension est tout de même présente, avec parfois des idées de mise en scène, le travail est également propre, l’ensemble reste un divertissement tout à fait correct, notamment par rapport à son genre. Mais en fait, plusieurs choses me chiffonnent : je ne supporte plus ces concepts de film qui effacent des pans entiers de saga, la démarche terriblement malhonnête et même prétentieuse. Surtout pour pour proposer un film ni original ni cohérent par rapport au Halloween de Carpenter, qui sous-exploite complètement ses personnages, avec une affichage girl power familial vraiment lourdingue.

 

RBG – L’Atelier Distribution

[Dvdtrafic] Midnight Sun

Réalisé par Scott Speer

avec Bella Thorne & Patrick Schwarzenegger

En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 16 octobre (TF1 Studio)

Quelques liens pour aller consulter le site et la page Facebook de TF1 Studio.

Merci à Cinétrafic pour cette nouvelle opération « DvdTrafic ». Je vous invite à aller voir sur leur site tous les films à l’affiche en 2018 ainsi que les films récents avec des ados pour héros.

Synopsis : Katie Price est une adolescente de 17 ans atteinte de la maladie du Xeroderma Pigmentosum. Il s’agit d’une « Enfant de la Lune », c’est-à-dire que la lumière du jour pourrait la tuer. Une nuit, sortie chanter et jouer de la guitare à la gare, elle rencontre Charlie Reed, un de ses voisins. Peut-elle vivre une histoire d’amour comme toutes les filles de son âge ?

Remake du film japonais Taiyo no Uta, Midnight Sun est un énième drame pour ados qui a rencontré un cuisant échec au box-office l’été dernier. Les producteurs ont certainement cru pouvoir surfer sur le succès de Nos Etoiles Contraires, mais les histoires d’amour entre deux jeunes brisés par la maladie ne séduisent pas toujours.

Midnight Sun est selon moi un mauvais film même s’il n’est pas pire qu’un autre dans sa catégorie. Il reprend inévitablement quelques tics bien énervants du drame pour ados :

Des ados beaux gosses

Midnight Sun (et ses films copains) s’adressant à un jeune public, les personnages principaux sont logiquement des adolescents. Et ils sont beaux. Lisses. Instagrammables. Il faut savoir vendre du rêve en toutes circonstances, même lorsque son personnage principal est atteinte d’une grave maladie. C’était déjà le cas dans Nos Etoiles Contraires ou même dans Everything Everything (je cite ce film en particulier que j’avais chroniqué pour CineSeriesMag, même s’il ne s’agit pas des mêmes maladies, leurs contraintes semblent parfois proches sur certains points) : les héros ont beau être malades, ils sont rarement affichés sous leur pire jour. Dans Midnight Sun, en dehors de la fin qui expose Bella Thorne avec une bouche peinte en blanc pour montrer son état de fatigue, l’actrice-chanteuse est plutôt pimpante. C’est même inquiétant de se dire dans un premier temps « tiens les acteurs sont mims » plutôt que « ils jouent pas mal ». Hélas, Thorne et Schwarzy jr livrent une faible interprétation (même s’ils ne sont pas pires que d’autres mauvais acteurs qui percent à Hollywood).

Copyright SquareOne/Universum

Du sous Roméo et Juliette

Les mélos sont faits pour nous faire chialer. Surtout quand il y a potentiellement un adolescent qui risque de mourir. Enfin, on essaie de vous faire pleurer quitte à vous placer un couteau sous la gorge. Presque l’impression d’entendre systématiquement quelqu’un de la prod’ me crier « PLEURE MAINTENANT ». C’est ce qui m’avait déjà insupporté durant la séance de Nos Etoiles Contraires (je ne déteste pourtant pas ce film) où je me sentais cruellement seule à ne pas verser une larme. Je parle beaucoup des films récents mais je peux même me référer à Love Story (là aussi, une histoire d’amour qui tourne en tragédie suite à la maladie de l’héroïne) qui avait produit chez moi ce même effet de rejet. Midnight Sun n’échappe pas à la règle mais sans pour autant montrer qu’il s’agit d’une tragédie : les décors donnent envie de se prendre quelques jours de vacances, la bande-originale se veut cool même si elle sort les violons dans la dernière partie du film. De plus, dans Midnight Sun, , la tragédie aurait pu être évitée. En effet, l’héroïne parvient à ne pas révéler sa maladie à son amoureux pendant le ¾ du film et fait tout pour le fréquenter la nuit. Même Robert Pattinson dans Twilight n’a pas gardé son secret autant de temps. Cela dit, au moins, Midnight Sun a un mini-mérite, celui d’aller au bout de sa promesse (le fameux Everything Everything était pour moi bien pire dans le sens où la fin sort de nulle part).

Du Nrj dans tes oreilles

Vous allez me dire, il n’y a pas que les films destinés à un jeune public qui sont victimes de ce phénomène (et ça m’agace fortement). Trop de films en général sont gâchés par cette poudre aux yeux (enfin plutôt aux oreilles). Cela dit, ce choix reste plus répandu dans les films pour ados (mélos ou non d’ailleurs). Les bandes-originales sont de plus en plus des playlists qui n’apportent pas grand-chose aux scènes, juste là pour combler les scènes, qui souffrent déjà d’une absence de mise en scène (Scott Speer était réalisateurs de clips… il aurait dû en rester là) et d’un scénario accumulant les clichés et facilités. Par ailleurs, cela n’est pas un hasard de voir Bella Thorne tenir le rôle principal. L’ancienne égérie Disney est également chanteuse, elle a alors droit à quelques scènes où elle interprète quelques titres, une sorte de soupe pop qu’on aura vite oublié une fois le morceau terminé. L’actrice parvient tout de même à rater ses scènes en playback, c’est fort.

Paramount Pictures France

 

Tellement dommage de voir encore une romance pour un jeune public plutôt ratée même s’il n’est pas non plus si désagréable que ça – j’ai pas voulu me jeter d’un pont durant mon visionnage (et si ça se trouve, les ados fleur-bleue y trouveront leur compte !).

Réalisateurs, acteurs, youtubeurs… ils sont devenus écrivains #1

On pourrait débattre longuement (et peut-être sans se taper dessus) sur ce que signifie être écrivain, il serait alors difficile de pouvoir réellement répondre à cette question, d’autant plus face à un monde du livres en crise. Ces interrogations semblent resurgir face aux sorties de romans ou recueil de nouvelles (ou autres formes de fictions) écrits par des personnalités qui ne sont pas, à l’origine, issues du monde littéraire. On ne va pas se mentir : voir le nom d’une célébrité sur la couverture donne envie de s’intéresser à ce qu’elle (ou aurait) écrit. Mais en réalité, si on enlève ce contexte, ces oeuvres méritent-elles d’être lues ? Je me suis concentrée sur cinq exemples mais j’ai encore des tas de romans de personnalités du cinéma, de la chanson ou de Youtube à lire donc je suis certaine que je reviendrai avec ce type de chroniques dans le futur ! J’attends aussi tous vos conseils (et également vos retours si vous avez lu l’un ou plusieurs romans cités ci-dessous).

BREF C’EST TIPAR POUR CETTE PETITE SELECTION VARIEE (avec une Youtubeuse, un musicien, un acteur, un réalisateur et un scénariste).

 

Carnets de route de Marie Lopez (alias EnjoyPhoenix)

La Youtubeuse beauté/lifestyle EnjoyPhoenix avait déjà sorti un premier ouvrage #EnjoyMarie, gros succès dans les librairies pseudo autobiographique, qui donnait des conseils aux ados mal dans leur peau. C’était très naze (ne me demandez pas pourquoi mais je l’ai lu) mais quelque part, je m’y attendais (je veux dire, ça reste un livre commercial pour faire plaisir aux 12-14 ans qui suivent sa chaîne). Mais EnjoyPhoenix, de son vrai nom Marie Lopez, n’en est pas restée là avec l’écriture. Elle a donc publié son premier roman Carnets de route qui concerne son intrigue autour du permis de conduire et plus précisément autour du lien noué entre cinq apprentis automobilistes (certains ressemblant fortement à Marie Lopez). Je ne sais pas du tout si c’est Lopez qui a réellement écrit ce bouquin de A à Z (après tout, on a appris que Zoella, l’équivalent d’EnjoyPhoenix en Grande-Bretagne, n’avait pas écrit ses romans). L’ensemble n’est pas si mal, surtout par rapport à cette horreur de #EnjoyMarie. Honnêtement, ce roman se lit volontiers. Il ne faut pas cracher à 100% sur ce texte parce qu’il y a écrit Marie Lopez sur la couverture. Cela dit, oui, il est bourré de défauts : l’écriture n’est pas toujours fluide, certaines phrases sont parfois lourdes, parfois simplistes, des mots pseudo cool et anglophones font tâche, surtout par rapport à la poésie que veut faire dégager ce texte en permanence, les portraits-croisés restent laborieux, des personnages clichés, des thèmes survolés. Un roman plutôt agréable à lire mais il prouve qu’on ne s’improvise pas écrivain…

Carnet de routes de Marie Lopez – Anne Carrière éditions 2016

Heather par-dessus tout (Heather, the Totally) de Matthew Weiner

Matthew Weiner (le créateur de la série Mad Men) a publié en 2017 un premier roman prometteur qui mérite d’être promu. Heather par-dessus est un court, intense et étouffant roman qui suit sur plusieurs années une famille bourgeoise new-yorkaise, de la rencontre entre Mark et Karen jusqu’aux quatorze ans de leur fille Heather. Parallèlement, on suit également le parcours du jeune Bobby qui va bouleverser la vie de la famille de Heather. Heather se situe au-dessus des personnages par sa pureté, elle est aussi malgré elle le personnage qui va permettre de les réunir autour d’un drame. Tous les autres personnages, jamais épargnés par son auteur, agissent par une sorte d’animalité enfouie en eux. Surtout, la classe sociale à laquelle ils appartiennent les pousse à la destruction. Ainsi, nos pulsions sont-elles liées à notre milieu social ? Ces pulsions peuvent-elles se transformer au contact d’un milieu différent du sien ? Il est possible de deviner la fin du roman, pourtant, en sachant installer une tension permanente, Matthew Weiner parvient à scotcher son lecteur jusqu’à la dernière page. Il s’agit donc d’un roman addictif et accessible, présentant des personnages complexes face au déterminisme. Un vrai coup de coeur (qui mériterait selon moi une adaptation ciné).

Heather par-dessus tout, de Matthew Weiner – Gallimard, 2017.

Questions de caractère (Uncommon Type) de Tom Hanks

Au-delà de son immense talent, Tom Hanks est certainement l’un des grands acteurs hollywoodiens les plus sympathiques. Je suis tombée sur son recueil Questions de caractère totalement par hasard en traînant dans le rayon « librairies » de mon Géant Casino ! Je n’ai pas hésité à l’acheter, surtout après constaté qu’il s’agissait de nouvelles (j’aime particulièrement cette forme littéraire encore trop sous-estimée). Pour son premier coup d’essai littéraire, Tom Hanks s’appuie sur un concept plutôt plaisant : la machine à écrire, sous toutes ses formes, se retrouve dans les dix-sept histoires. Elle est parfois au coeur des récits ou alors Tom Hanks joue avec les différentes typographies vintage. Le projet ressemble à l’image qu’on a de Tom Hanks dans ses films (et en plus, le cinéma revient également souvent au fil des nouvelles) : candeur, tendresse et archaïsme y trouvent leur place. Pourtant, la sauce ne prend pas vraiment. On va dire que Tom Hanks est meilleur acteur qu’écrivain. L’ensemble est plutôt inégal : certaines nouvelles sont plutôt plaisantes tandis que d’autres (pour ne pas dire « la majorité ») m’ont laissée sur ma faim. Je pensais terminer rapidement le recueil et en fait à force je l’ai laissé de côté pour lire d’autres ouvrages.

 

Questions de caractère de Tom Hanks – Seuil, 2017

Consumés de David Cronenberg

Au lieu de sortir un nouveau long-métrage, David Cronenberg a publié en 2016 son premier roman Consumés. Il expliquait aux journalistes que son histoire n’était pas adaptable pour le cinéma. Sans surprise, en reprenant ses thèmes habituels, le réalisateur canadien raconte ici une histoire tordue qui mélange cancer, cannibalisme, sexe et nouvelles technologies. Je fais toujours de mon mieux pour terminer un roman (et c’est la même chose pour les films). Même en me forçant, je n’ai tout simplement pas pu aller au bout. On m’avait pourtant prévenu (et même défié) : « Tina, tu ne réussiras pas à le terminer ». Sur le moment, cette remarque m’avait fait rire étant donné que j’abandonne rarement mes lectures. Là il ne s’agit pas d’une lecture dite « difficile », Consumés est surtout une oeuvre indigeste, un des pires romans que j’ai pu lire jusqu’à présent. En dehors de s’appuyer sur le nom de Cronenberg pour vendre, je ne comprends pas trop pourquoi les éditeurs ont laissé ce texte dans cet état-là (et encore, j’imagine qu’ils ont dû faire des corrections !). Ce pénible récit est mal construit, les personnages sont inintéressants, on ne comprend pas où l’auteur, qui caricature tous les thèmes qui traversent ses films, veut nous mener. Un désastre.

 

Consumés de David Cronenberg – Gallimard, 2016

Mort de Bunny Munro de Nick Cave

Pour les quatre premiers exemples cités ci-dessus, oui, j’ai voulu lire les textes parce que c’était untel ou untel qui avait pris la plume. Ce n’est pas le cas ici, étant donné que je ne connais pas plus que ça le travail musical de Nick Cave. Je suis tombée sur ce bouquin par hasard en fouinant dans les différents rayons de ma médiathèque. J’ai alors flashé sur le triste lapin sur la couverture est ce qui m’a donné envie de m’intéresser au roman de Nick Cave. « Triste » est effectivement ce qui traverserait a priori ce texte. Mais cela ne le rend pas pour autant bon. Il aurait pu l’être mais Nick Cave s’acharne à rendre des passages très vulgaires (et non « crus »). J’ai même eu l’impression que le type s’était engagé dans une course contre la montre pour pouvoir placer le plus de phrases tournant autour du sexe dégueulasse dans son bouquin. Pour moi, il n’a pas su trouver la juste limite entre la noirceur et le dégoût, il n’a pas non plus le talent d’un Bukowski pour se permettre autant de trash pour du trash finalement. Le Bunny Munro du titre est alors un personnage rapidement imbuvable, je ne suis jamais parvenue à le comprendre ou autre. Résultat ? J’avais juste hâte qu’il crève comme on me l’annonçait sur la couverture.

Mort de Bunny Munro de Nick Cave – Flammarion, 2010

Movie Challenge 2018 [1/4]

Petit rappel sur les consignes du Movie Challenge 2018

Continuez à partager ici ou ailleurs où vous en êtes dans le Challenge !

Bref, j’ai quasiment terminé le Movie Challenge (je suis plus rapide et organisée que l’année dernière) donc je vous prépare mes différentes impressions sur les films sur quatre billets différents étalés jusqu’à la fin de l’année. Et j’ai toujours envie de continuer l’aventure en 2019 !

 

Petite précision : j’ai supprimé les anciens billets, notamment les « critiques » des films vus dans le cadre du Movie Challenge. Etant donné que je repars à zéro, ne vous étonnez pas si vous avez l’impression d’avoir déjà lu mes avis sur certains films.

 

◊Un film dont tu voudrais changer la fin◊ 

28 jours plus tard de Danny Boyle

Un peu partagée par ce film de zombies qui mérite tout de même le coup d’œil. C’est surtout sa première partie qui m’a déçue : j’aurais aimé sentir le poids de la solitude et du silence (Cillian Murphy se réveille seul dans un hôpital situé dans un Londres désertique), or il faut qu’on nous balance à tout prix du rock à fond les ballons comme s’il fallait à tout prix séduire le jeune public. En revanche, 28 jours plus tard m’a davantage convaincue dans sa seconde partie se déroulant dans un château avec des militaires : certes, rien de nouveau à l’horizon, les méchants ne sont pas forcément les zombies mais les hommes, mais cette représentation fonctionne bien. Surtout, le changement physique de Cillian Murphy, plus proche de la créature que l’être humain, crée à lui seul une véritable tension. Bref, heureusement qu’il y a cette seconde partie hyper jouissive !

Attention spoilers (qui explique mon choix de catégorie dans le cadre du Movie Challenge):

Dans la version que j’ai pu voir, le personnage de Cillian Murphy survit. Or, je me suis amusée à regarder les différents bonus du DVD (c’est rare que je les regarde, allez savoir ce qui m’a poussé à les consulter). J’ai donc découvert qu’il existait une fin alternative qui me semble finalement bien plus logique (et entre encore plus en phase avec le titre du long-métrage).

 

28 jours plus tard – Sundance/WireImage – © 2002 Fox Searchlight – Image courtesy gettyimages.com

 

Un film qui t’a déçue

Petit Paysan de Hubert Charuel

Issu d’un milieu agricole, le réalisateur Hubert Charuel, ex-étudiant de la FEMIS (THE school en vogue), signe un premier long-métrage indéniablement intéressant mais qui hélas n’a pas su m’enthousiasmer davantage. J’ai réellement été sensible à sa dimension sociale et politique (il faut dire que le monde agricole est souvent ignoré voire moqué dans les médias et le cinéma). En revanche, son basculement vers le thriller ne me semble pas si convaincant, comme si le réalisateur avait peur de se mouiller : j’ai senti qu’il avait du mal à se détacher d’un cinéma social installé en priorité. En revanche, j’ai été séduite par le jeu impeccable de Swann Arlaud (qui mérite amplement son César du meilleur acteur) qui incarne un personnage intriguant et attachant. De plus, étant donné que je ne porte pas Grave de Julia Ducournau dans mon coeur (oui, ce tacle est totalement gratuit), je ne suis pas mécontente que l’Académie des César ait récompensé l’honnête film de Charuel dans la catégorie « meilleur premier film ».

 

Un film qui a reçu de mauvaises critiques

Le Bonhomme de Neige de Tomas Alfredson

Faisant partie de la saga « Harry Hole », Le Bonhomme de Neige est avant tout un roman passionnant et addictif de Jo Nesbø (j’ai lu ces 600 pages en une seule journée : je crois que ça veut tout dire). J’attendais impatiemment son adaptation. Je voulais avoir confiance en ce projet au-delà même de mon amour pour le roman : le réalisateur de l’excellent Morse était derrière la caméra, papi Scorsese fait partie de l’aventure (avec sa monteuse Thelma Shoonmaker) et le casting était très alléchant. Pourtant, le film est une CATASTROPHE ! Ca va au-delà du massacre improbable du roman (qui était déjà « cinématographique », il n’y avait pas besoin de changer 3000 choses ni de charcuter un million de choses). En tant que lectrice, j’ai déjà eu du mal à comprendre tout ce qui se passe à l’écran. Je n’ose pas imaginer ce qu’ont pu « ressentir » les spectateurs qui ne connaissaient absolument rien à l’histoire originelle. Le roman parvenait à brouiller les pistes sur l’identité du tueur. En mêlant l’histoire personnelle de Harry Hole et celle du tueur, Nesbø exposait en réalité certaines tares de son pays (je ne vous révèle pas lesquelles histoire de ne pas spoiler). Dans le film, Harry Hole n’a pas l’air si torturé (Fassbender n’était pas un si bon choix), l’identité du tueur est trop évidente et surtout point de constat social. Un immense gâchis.

 

Un film que personne ne s’attendiez à ce que vous aimiez

Wonder Woman de Patty Jenkins

Wonder Woman est devenu indéniablement un produit culturel important pour des raisons assez évidentes : au-delà d’un chouette record (il s’agit du film le plus prolifique réalisé par une femme), une nouvelle génération va porter un nouveau regard et donc de nouvelles attentes sur la question des représentations, ici féminines. Ainsi, face à toute une flopée de bonshommes à la tête de super-héros (qui font la joie de l’industrie du blockbuster depuis quelques années), Wonder Woman est enfin L’HEROINE qu’on attendait toutes et tous depuis des lustres et il en était temps. Cela dit, ne limitons pas le film de Patty Jenkins (réalisatrice de l’oubliable Monster) à des questions de record et de représentations pourtant bienvenues. Déjà remarquable dans Batman v Superman (tant qu’on y est, autant découvrir les derniers films DC), le personnage de Diana Prince / Wonder Woman séduit par son mélange entre force, courage et innocence. Gal Gadot s’en sort par ailleurs très bien dans le rôle-titre en parvenant à exprimer justement toutes les émotions. Le film en lui-même est plutôt un film tous publics qui tient la route en dehors de sa dernière partie qui part parfois dans tous les sens et de son méchant peu surprenant.

Wonder Woman – Copyright 2016 Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC / Clay Enos/ TM & (c) DC Comics

 

Un film européen hors France

Les Merveilles d’Alice Rohrwacher

Les Merveilles était reparti avec le Grand Prix du jury au festival de Cannes présidé par Jane Campion. Si cette récompense avait agacé un grand de spectateurs, elle n’est pas non plus très surprenante. Je ne peux pas dire que ce long-métrage m’ait totalement enchantée. Par sa volonté de se rapprocher d’un cinéma très naturaliste, Les Merveilles pourra déconcerter un certain nombre de spectateurs. De plus, difficile d’être tenu en haleine par ses longueurs. Pourtant, je ne peux pas dire non plus que le film m’ait laissée totalement indifférente. Son onirisme ne s’intègre pas toujours bien dans ce récit très brut, pourtant il permet de faire naître ce petit quelque chose qui finit par toucher. Malgré la débilité prônée par les médias et plus globalement la violence de notre monde, la solidarité et la différence pourront toujours y trouver une place. En tout cas, sans dire que je compte y aller avec enthousiasme, je suis tout de même plutôt curieuse de découvrir le prochain long-métrage de la réalisatrice (également récompensé à Cannes), Heureux comme Lazzaro.

Un film ni américain ni européen

A Taxi Driver de Jang Hoon

A Taxi Driver de Jang Hoon, sorti directement en e-cinema en France, n’a rien à voir avec le long-métrage culte signé par Martin Scorsese. Il n’y a pas de prostituée à l’horizon, ni de « You’re talking to me », ni d’un De Niro au regard fou. Plus grand succès de 2017 au box-office sud-coréen, A Taxi Driver est tiré d’une histoire vraie : en 1980, un journaliste allemand se rend à Séoul et demande à un chauffeur de taxi de l’emmener à Gwangju, lieu de la révolte étudiante. Le journaliste a pu diffusé les terribles images et informations sur cet événement historique grâce à sa complicité avec ce banal chauffeur. La production du film a tenté en vain de retrouver la trace du conducteur. Le film navigue alors avec une belle aisance entre la comédie (voire même la comédie sociale), le film historique et le drame. Même si elle reste facile avec un tel sujet, l’émotion finale a su emballer mon petit coeur de sensible. La star coréenne Bong Joon-ho et le discret acteur allemand Thomas Kretschmann forment un duo joliment complice.

Les Merveilles – Ad Vitam

Un film qui se déroule dans le milieu médical

To the Bone de Marti Noxon

To the Bone est la preuve vivante que les meilleures intentions du monde ne font pas les bons films. Sorti directement sur Netflix (toujours une poubelle concernant leurs productions cinématographiques), ce long-métrage a été réalisé par une ancienne anorexique avec dans le rôle-titre une ancienne anorexique. Je suis également persuadée que la réalisatrice Marti Noxon s’est réellement documentée sur ce sujet. Pourtant, le résultat n’est pas convaincant pour plusieurs raisons. Pour ma part, je commence sérieusement à en avoir ras la casquette des personnages faussement cool juste. De plus, comment ne pas rire en voyant Keanu Reeves en psy ? J’aime bien l’ami Keanu mais là il ressemble à Patoche Sébastien dans T’aime (vous savez, il incarne ce genre de psy pseudo révolutionnaire aux méthodes ra-di-ca-les pour mieux guérir, parce que vous comprenez, les médecins = caca). Pour ne rien arranger, je ne suis pas si sûre que ce film aide vraiment les anorexiques à s’en sortir. Le film se concentre un peu trop sur la question de l’apparence physique (et donc du poids) mais ne s’interroge étrangement jamais sur ce qui entoure sur le côté mental de la maladie. Surtout, représenter le personnage de Lily Collins quasiment morte dans un ses cauchemars (parce que, vous comprenez, elle prend consciiiiiiience de son état selon Patoche Keanu Reeves) n’est pas le truc le plus intelligent que j’ai vu. Pas sûre que les personnes souffrant d’anorexie l’aient bien pris…

Un film dont le personnage a le même prénom que toi

L’Adversaire de Nicole Garcia

On ne le dit pas assez mais selon moi L’Adversaire d’Emmanuel Carrère est un grand moment de littérature. Pour pouvoir s’interroger sur l’impossible réalité, cette oeuvre puissante et honnête interroge avec pertinence sur le rapport entre le rôle de l’auteur et le processus de création. L’écrivain peut-il toujours s’inspirer du réel pour créer de la fiction ? Comment imaginer ce qu’on ne devrait même pas imaginer ? Nicole Garcia elle-même semble se retrouver dans certaines interrogations. Elle a alors tranché : le terrifiant Jean-Claude Romand, qui a éliminé plusieurs membres de sa famille après 18 ans de mensonges, est devenu à l’écran Jean-Marc Faure. La réalisatrice instaure également un autre type distance avec le triste fait divers en ne cherchant pas à tomber dans le sensationnel. Mais le film qui semble s’éterniser manque cruellement de force et tout simplement de cinéma. Ce récit ne méritait pas un ensemble aussi plat. Où est passée la tragédie même de cette histoire ? Cela dit, le casting, Daniel Auteuil en tête, est impeccable.

Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre

Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Je dois être le cadavre du titre vu mon état à la fin du film. Une torture. Depuis quelques petites années, il y a cette envie voire même ce besoin d’encourager le cinéma de genre en France. Je ne peux évidemment pas être contre cette idée. Mais, quitte à ne pas me faire d’amis (quoi que, ça ne vaut pas la peine de se tuer pour des films), je n’ai clairement pas envie d’encourager des films comme Laissez bronzer les cadavres ni ses confrères (coucou Grave). Alors oui, les gens dans l’équipe technique ont très bien bossé et le film est esthétiquement réussi, on ne va pas se mentir. Mais cette esthétique devient rapidement pompeuse, ne signifie en fait rien et camoufle un énorme vide intersidéral. Résultat : on finit par s’en foutre royalement de ce qui peut se passer à l’écran (pour ne rien arranger, l’action est parfois à peine lisible). J’ai l’impression que Cattet et Forzani ont voulu se réapproprier les codes de plusieurs genres (le western, le film noir mais aussi le giallo) sans réellement en saisir leurs enjeux (ou alors ils le montrent très très mal). De plus, j’ai trouvé ce film sexiste (et le fait qu’une femme ait co-réalisé ce film ne change strictement rien), assez étonnée de ne pas avoir davantage lu de critiques concernant ce point…

 

Un film avec une saison dans le titre

Dernier été à Staten Island de Rhys Thomas

Je suis tombée sur ce film disponible sur Netflix totalement par hasard (les soirs où je traîne un peu sur la page d’accueil avant d’aller dodo histoire de remplir ma liste de films à regarder. Au-delà de vouloir regarder un film sans prise de tête et pas profond pour un sou, il m’en fallait de toute façon correspondant à cette catégorie du Movie Challenge (car je compte bientôt le terminer pour de bon !). Dernier été à Staten Island a été crée par plusieurs membres du Saturday Night Live. Ils sont peut-être bons dans leur émission mais à chaque fois qu’ils tentent de faire un film, on va dire que c’est pas vraiment ça. Cela dit, surtout par rapport à son affiche, je m’attendais à un résultat bien plus catastrophique ! Le film ne casse pas des briques, ça m’est arrivé de rire vite fait (surtout grâce au personnage du maître-nageur con et obsédé sexuel), ça n’a aucune prétention artistique ou autre. En fait, on dirait un peu du Superbad (film que je trouve déjà surcôté) en moins bien !

 

Laissez bronzer les cadavres – Koch Films

Twist et croyances dans les contes de Shyamalan

La suite d’Incassable et Split fera partie des films événements de 2019. En tout cas, Glass est l’un des longs-métrages que j’attends le plus l’année prochaine. Cela va au-delà de mon amour pour les deux premiers volets de la trilogie. M. Night Shyamalan est l’un des réalisateurs à l’origine de ma cinéphilie (et non, je n’ai absolument pas envie de débattre sur la définition de la cinéphilie, on en parle déjà trop sur Twitter). Revoir sa filmographie a été bénéfique pour avoir une vue d’ensemble sur son travail.

Chez Shyamalan, il y a des choses très bonnes et aussi des moins bonnes, on ne va pas se mentir. Mais même dans ses petites erreurs de parcours ou du moins ses films les plus sous-estimés, Shyamalan est toujours resté très cohérent. Il a ses obsessions, sa vision propre du monde, ses références, crée également des correspondances entre ses oeuvres. Surtout, pour beaucoup de spectateurs, il est le réalisateur qui doit absolument nous surprendre par le twist. On est capable de le descendre en flèche car le twist proposé pourrait décevoir ou même tout simplement parce qu’il n’est pas apparent. Le twist n’est pourtant pas une finalité qui doit absolument secouer le spectateur, il constituerait quasiment un point de départ sur les personnages de ses contes face à leurs croyances.

Dans quelle mesure Shyamalan est-il alors un immense conteur, se servant du twist pour confronter ses personnages à une croyance ayant pour fonction de reconstruire ?

 

Incassable – Buena Vista International

 

1. L’art du « twist »

Sixième Sens n’est pas le premier film de Shyamalan (mais pas grand monde – dont moi – n’a pu voir Praying with Anger ni Wide Awake). Il s’agit pourtant du film qui l’a propulsé au monde entier. Et nous avons tous retenu ce twist final. Ainsi, à chaque nouveau film, nous avons tendance à attendre cette révélation finale (qui parfois n’a pas lieu) qui va nous secouer quitte à ce que cela finisse par se retourner contre Shyamalan. En réalité, depuis ses débuts, le réalisateur n’a jamais cessé de jouer avec cet art du twist jusqu’à le détourner étant donné qu’il a totalement conscience des attentes du public. On a parfois accusé Shyamalan de tomber dans la facilité avec ce procédé vieux comme le monde. Au fond, tout en restant ludique et sans aucune prétention, la révélation est à l’origine ce qui doit permettre autant aux spectateurs qu’aux personnages de mieux interpréter les Signes qui les entourent.

Dans Le Village, les deux twists dépendent du décalage entre les infos apprises par Ivy (le premier twist – qui semble volontairement débarquer trop tôt dans le récit) et celles acquises uniquement par le spectateur : par sa cécité, Ivy ne pourra donc pas révéler aux autres membres du village ce que les spectateurs ont pu apprendre dans le dernier acte (deuxième twist). La situation initiale ne pourra donc pas évoluer, les personnages devant fermer littéralement les yeux face à un mensonge qui se veut bienveillant. En principe, le fameux coup de théâtre a pour but d’informer les personnages principaux éventuellement pour espérer un changement de situation. Quant à Split, la toute dernière scène avec le caméo de Bruce Willis n’est pas simplement « cool » pour faire plaisir aux fans d’Incassable : cette scène, aussi courte soit-elle, représente alors le véritable « twist ». On cherchait tout le long du film un autre twist. Des pistes d’interprétation étaient jusqu’à présent possibles. Ainsi, on pouvait alors croire que Kevin se métamorphosait en bête parce que la société lui disait qu’il en était une par sa maladie mentale. Il y a évidemment toujours une réflexion sur ce rapport entre l’esprit et le corps, mais ce petit twist donne un autre souffle au récit : nous ne sommes plus dans le « croire » mais désormais dans le « voir« . Par ailleurs, Incassable présentait lui-même un twist particulier. En effet, dans le cadre d’un film de super-héros, cette révélation aurait dû conduire à une confrontation entre les protagonistes qui n’a pourtant pas lieu dans ce film. Surtout, David Dunn accepte enfin son statut de super-héros grâce à cette révélation tout comme il accepte enfin l’individu qu’il doit être au quotidien avec sa famille.

The Visit a débarqué sur les écrans après deux échecs successifs de Shyamalan. Produit par Jason Blum, il devait envoyer du pâté aux spectateurs. Traduction : ce film avait pour but de refaire venir les anciens fans du réalisateur. Cette stratégie a été payante puisque le film a rencontré le succès au box-office. Et effectivement, Shyamalan a tenu sa promesse : oui, il est ce fameux réalisateur qui envoie du pâté avec ses twists, alors il va vous en mettre du twist. Dans un premier visionnage, surtout face à une attente certainement légitime, même si on comprend immédiatement l’étrangeté des personnages, on ne fait véritablement attention à tous les indices et on a quelque part envie de se laisser surprendre par cette révélation déjà attendue. Chez Shyamalan, chaque second visionnage est évidemment essentiel pour ne rater aucun détail. Cette expérience est particulièrement troublante dans The Visit, qui n’a rien d’un film mineur dans sa filmographie. On sait alors dès le début qu’il s’agit d’une mise en abîme reconstituée : l’héroïne est une jeune réalisatrice (ou veut l’être) qui a pu monter une fois qu’elle a connu la vérité. Dans ce montage fictif, elle-même a pleinement conscience qu’elle va devoir insérer malgré elle ce twist. Surtout, ce twist n’a évidemment rien de surprenant, le réalisateur ne cache pas du tout ses indices. Ainsi, par le malaise qu’il instaure dès les premières minutes puisqu’on connaît désormais « le truc » (on a désormais un temps d’avance sur les jeunes protagonistes), The Visit devient alors une comédie noire, même un anti-film d’horreur !

Le twist ne se veut alors pas sensationnel, il est potentiellement présent pour confirmer la présence de signes dégagés tout le long de ses oeuvres.

 

Sixième Sens – Buena Vista Pictures

 

2. Les secrets enfouis du conte

Les films de Shyamalan sont tous plus ou moins des contes. Le réalisateur a souvent accordé une grande place à des enfants dans les rôles principaux et secondaires : Cole (Sixième Sens), Joseph Dunn (Incassable – ce personnage sera de retour dans Glass), Morgan et Bo (Signes), Aang (Le Dernier Maître de l’air), Kitai (After Earth), Rebecca et Tyler (The Visit) ou encore Casey (Split). Ces personnages-là sautent aux yeux par leur âge ou leur physique. Mais en réalité, même les adultes sont puérils. Par leurs croyances et leurs actes parfois impulsifs, Ivy, Lucius et Noah (The Village) sont encore des gosses. Même si les acteurs sont vraiment à côté de la plaque – quel dommage – les personnages interprétés par Mark Wahlberg et Zooey Deschanel dans Phénomènes sont également enfantins et c’est certainement pour cette raison que leur couple va si mal. Il faut qu’il se produise le « phénomène » annoncé dans le titre français pour que le couple puisse mûrir. Kevin de Split n’est pas tout à fait un adulte lorsque certaines personnalités resurgissent malgré lui. Quant à la nymphe de La Jeune fille de l’eau, elle est le synonyme même de la candeur. Cet ensemble de personnages, liés de près ou de loin, enfants ou juste candides, ne font que confirmer la présence de contes dans la filmographie de Shyamalan, même s’il s’agit d’une observation qui reste encore en surface. Mais, par le prisme du fantastique et les codes de l’horreur (Hitchcock fait partie des modèles de Shyamalan) pour ne citer que ces deux gros exemples, le réalisateur partage cette idée de vouloir faire vivre une marge et une certaine idée de la normalité ensemble (et quelque part, les enfants symbolisent aussi cette marge). Mais plus globalement, et c’est pour cette raison que ses films parviennent aussi à toucher, le conte, genre qui à l’origine éduque, approprié par le grand candide Shyamalan, permet alors la confrontation des gens ordinaires aux situations ou aux gens littéralement extraordinaires.  C’est peut-être pour cette raison que le twist semble aussi présent dans la filmographie de Shyamalan. Le rôle du conte est de faire prendre conscience aux lecteurs (et donc ici aux spectateurs, et pas que les jeunes), le twist joue finalement ce même rôle.

Le conte étant un des genres les plus codifiés, il faut, comme pour le twist, tenter de trouver les différents signes pour mieux les interpréter et donc également mieux lire l’ensemble du récit. Justement en parlant de signes… revenons à Signes. Ce film est souvent perçu au premier degré à savoir une histoire familiale avec des extraterrestres un peu moches, inspirés de Predator mais en moins bien fait (je dois bien l’admettre). Sans forcément nier à tout prix ce récit tel qu’on le voit à l’écran, je me suis toujours dit qu’il fallait véritablement traduire toutes les métaphores visuelles. On reviendra sur ce point plus tard mais il ne faut jamais oublier que Shyamalan est un conteur. Et comme dans tout conte, les éléments grossiers traduisent des angoisses plus profondes et des interprétations proches de la psychanalyse. Ainsi, première grande question dans Signes : les extraterrestres existent-ils vraiment ? Ne sont-ils pas simplement une représentation de la figure maternelle disparue ? Surtout, l’histoire peut-elle éventuellement être perçue à partir du regard d’une enfant ? Les quelques répliques de la petite Bo (Abigail Breslin) ne semblent pas anodines. « Est-elle encore en train de rêver ? » demande-t-elle sans jamais obtenir de réponses. Peut-être est-ce le film qui doit nous éclairer. Par ailleurs, beaucoup d’éléments appartenant au monde de l’enfance constituent des étapes dans notre nouvelle lecture du film : le baby-phone, l’attitude puérile de l’oncle Merrill (quel adulte se mettrait sur la tête un chapeau en aluminium ?), les dessins issus du livre, le goût des enfants pour la télévision et même la vision la plus cliché possible sur les aliens. Quant à la mère, décrite quasiment déchiquetée suite à son accident de voiture, elle apparaît dans les flashback au meilleur de sa forme. Aucun enfant n’aurait envie ni ne pourrait imaginer sa mère avec un corps coupé en deux, tel le doigt de l’extraterrestre. Enfin, au-delà de ses diverses charges symboliques, l’eau fait également potentiellement référence au Magicien d’Oz, un des livres/films les plus importants et vus par les enfants. En effet, l’Alien est éliminé de la même manière que la méchante sorcière de ce conte culte.

Le film qui assume le plus les codes du conte (quitte à se faire moquer) est certainement La Jeune fille de l’eau. La jeune narf, qui est déjà un personnage issu des légendes transmises de génération en génération, s’appelle Story. Les humains jouent alors tous un rôle fonctionnel pour aider notre héroïne dans sa quête. On retrouve également dans le récit une part importante de merveilleux. Et là encore, on l’a fait court. Au-delà d’y voir éventuellement un regard de Shyamalan sur sa filmographie, et même de détecter une réponse de sa part aux spectateurs et aux critiques qu’il pu décevoir avec ses précédents films (Le Village et Signes ont beau avoir marché au box-office, ils ne font toujours pas l’unanimité), La Jeune fille de l’eau se sert du conte pour illustrer des théories qui touchent autant au cinéma qu’à littérature (et certainement ailleurs). Ainsi, le long-métrage parle du lien étroit entre l’auteur et le spectateur/lecteur : celui qui « reçoit » l’oeuvre a en fait un rôle à jouer aussi important dans le processus créatif que l’auteur lui-même. Ce n’est certainement pas anodin qu’il y ait autant de twists dans le cinéma de Shyamalan. Même si le réalisateur expose nettement les indices qui conduisent le récit à la révélation finale, le spectateur est impliqué en quelque sorte dans ce processus créatif en reconstituant lui-même les indices, en interprétant aussi des effets de mise en scène (par exemple, les couleurs vives sont également récurrentes chez Shyamalan). Quelque part, nous revenons aussi l’exemple des twists dans Le Village avec cette discussion autour du décalage entre ce que sait le spectateur et ce que ne savent pas les protagonistes : ce décalage implique encore plus le spectateur dans le processus créatif. Par ailleurs, on revient toujours à cette obsession concernant l’interprétation des signes. Avant Robert David Mitchell et son Under the Silver Lake, Shyamalan mettait déjà en scène un personnage qui tente de trouver une résolution en lisant une boîte de céréales. Comme il s’agit de Shyamalan, il était de bon ton de se moquer de son procédé; désormais, on trouve ce schéma similaire absolument formidable chez Mitchell alors que ce dernier n’est pas non plus subtil. La Jeune fille de l’eau est alors un condensé récréatif de la quête du sens dans l’art, qui hante tant les plus grands théoriciens. Et pour se référer aux oeuvres de Shymalan, ses personnages se cherchent eux-mêmes, doivent détecter des signes pour mieux se retrouver.

C’est peut-être pour cette raison que Shyamalan divise : comme tout genre marqué, le conte grossit les traits, affiche nettement ses métaphores, se veut accessible. Paradoxalement, en partant de cette forme, Shyamalan parvient alors à évoquer avec une réelle habilité des sujets qui mêlent la question de l’intime et celle de la collectivité.

Signes – Buena Vista International

 

3. Croire pour se reconstruire

Fait plutôt évident : la foi traverse la filmographie de Shyamalan. Le personnage de Mel Gibson dans Signes est certainement le plus représentatif, le plus premier degré. Mais associer Shyamalan systématiquement à une foi serait mal connaître le réalisateur, même si ce dernier a effectivement toujours placé des symboles spirituels dans ses oeuvres (symboles aussi bien purement bibliques ou davantage inspirés des codes de la spiritualité orientale). En réalité, il s’agit d’une croyance au sens large du terme. Le pasteur retrouve aussi une « foi » en l’humanité et en ce qu’il est. Avant sa fonction d’homme d’église, il est avant tout un homme et il peut tout simplement redevenir un père et pas uniquement pour sa communauté religieuse, mais aussi littéralement pour ses deux enfants. Les personnages des films de Shyamalan doivent alors traverser des épreuves pour se reconstruire. Et cette reconstruction passe par une croyance, terme faisant appel à plusieurs sens. Il y a d’abord cette interrogation avec la vraisemblance. Peut-on croire aux fantômes, aux extraterrestres, aux super-héros, à une société utopique, à la nature qui se rebelle contre les hommes ? Chez Shyamalan, c’est accepter son sort et son identité. Accepter la mort (autant la nôtre que celle des autres), accepter de vivre dans une illusion, accepter d’être un être littéralement extra-ordinaire, accepter d’être plus faible que la Nature traverse sans cesse les personnages. Et ils peuvent aller de l’avant grâce à cette acceptation.

La croyance prend alors également une autre dimension, plus humaniste. Quitte à le traiter de Bisounours, Shyamalan reste bienveillant envers notre humanité, notamment par le biais de la famille. C’est certainement aussi pour cette raison que la figure de l’enfant est autant présente dans sa filmographie. Ainsi, le réalisateur nous présente souvent des enfants qui souffrent de l’absence d’un des parents (Sixième Sens, Signes, The Visit) et des parents qui souffrent aussi à leur tour de l’absence de leurs enfants (Le Village, La Jeune Fille de l’eau, After Earth). Retrouver son identité permet alors également à la famille de se reconstruire. La famille de David Dunn dans Incassable subit également des troubles : en cachant son identité par le passé, il est sur le point de briser son mariage. En acceptant sa véritable identité sans se cacher, il va pouvoir éventuellement continue à prolonger son mariage. De plus, il noue aussi une complicité avec son fils avec qui il partage ce secret.

Cette famille peut également être synonyme de société. Shyamalan a exposé à plusieurs reprises des micro-sociétés solidaires (sans forcément approuver leur idéologie) : celle du Village et celle de La Jeune fille de l’eau. En fait, dans un sens, sur cette interrogation autour de la reconstruire de la collectivité, les deux films pourraient se répondre. Dans le premier film cité, la solidarité repose sur le mensonge en créant un monde merveilleux de toutes pièces; dans le second, le véritable merveilleux est ce qui permet de créer du lien entre des individus différents. Enfin, dans Phénomènes, les lois naturelles bafouent la société en la plongeant dans l’horreur. On a beaucoup caricaturé ce film avec cette idée que la nature tuait les gens. On pourra trouver le procédé naïf mais il faut pourtant rectifier un point : la nature ne se contente pas de tuer, elle conduit à l’auto-destruction de l’homme (le film a de réels défauts mais chaque scène de suicide parvient toujours à me foutre les jetons). Elle n’a plus même le temps de faire son deuil, d’avoir conscience de l’état de l’homme en tant que mortel, contrairement aux précédents longs-métrages de Shyamalan. La société doit passer par le chaos pour pouvoir ne plus répéter ses erreurs et par conséquent pour espérer de pouvoir se refonder. Phénomènes confirme l’amour que Shyamalan porte en la nature. Si la nature est à l’origine de l’auto-destruction humaine, les grandes scènes de suicide démarrent dans des parcs situés dans de grandes villes. Par ailleurs, la nature n’agit plus lorsque les personnages principaux se retrouvent dans un milieu champêtre avec le vent qui souffle abondamment. Shyamalan croit profondément en ses bienfaits au point d’en emprunter son folklore pour La Jeune fille de l’eau et ses immenses champs de blé pour Signes. After Earth est un très mauvais film et Le Dernier Maître de l’air n’assure pas sur certains points (mais n’est pas du tout la catastrophe tant annoncée). Pourtant, ce sont peut-être les films qui parlent le plus de la nature ! Etablir une connexion entre la nature, la famille (dans tous ses sens) et le conte reste possible. Ces trois notions ont en commun le retour au primitif.

 

Le Village – Buena Vista International

 

Chercher le sens des choses, que ce soit dans l’art ou à soi, n’est alors pas une quête qui se veut intellectuelle – par ailleurs, les films de Shyamalan n’ont jamais cherché à être dans une démarche, bien au contraire. Chercher qui on est, ce que l’art veut dire, c’est peut-être aussi ce qu’il y a aussi de plus primitif pour n’importe quel humain. Shymalan est alors ce conteur qui offre les clés, des signes à ses spectateurs pour qu’ils puissent aller dans cette quête de l’essentiel. Le twist n’est pas qu’un moyen de surprendre le spectateur. Comme le conte, le twist marche toujours au premier degré : par conséquent, ces charges symboliques permettent à Shyamalan de raconter et mettre en scène des histoires profondément humaines, touchant à nos interrogations, nos doutes et nos peurs les plus fondamentaux.

 

Split – Universal Pictures

J’ai vu au cinoche… (septembre 2018)

Faisons le point sur les films vus au cinoche en septembre qui méritent plutôt de bonnes notes !

  • Blackkkslansman de Spike Lee

Lauréat du Grand Prix au dernier festival de Cannes présidé par Cate Blanchett, Spike Lee mérite toutes ses louanges. Avec sa mise en scène inspirée et un ton plaisant, le long-métrage a le mérite de vouloir parler au plus grand nombre sans autant tomber dans un résultat consensuel. Sa fin coup-de-poing, qui casse avec cette légèreté a priori omniprésente, est nécessaire pour pouvoir réveiller le spectateur : alors que le film riait des membres du KKK dans une époque qui peut nous sembler « lointaine », cette fin présentant des images d’archives des événements de Charlottesville rappelle que ces gens idiots dont on s’est moqué pendant une grande partie du film sont toujours dangereux. Peu importe notre couleur de peau, notre combat commun contre un racisme monstrueux doit continuer à exister. Enfin, Spike Lee a su mettre en avant des interprètes talentueux : John David Washington (le fils de Denzel pour ceux qui auraient raté l’info) est impeccable dans le rôle principal, Adam Driver (qui, décidément, sait choisir ses films) est toujours aussi charismatique, Topher Grace parfait en chef raciste ou encore Laura Harrier (vue dans Spiderman : Homecoming) est une sacrée révélation.

  • Burning de Lee Chang-Dong

Je ne prétends pas connaître de A à Z la filmographie de Lee Chang-Dong (je n’ai pas encore rattrapé Oasis), je peux juste vous dire que Poetry et Secret Sunshine font partie de ces bijoux à regarder absolument. J’attendais logiquement Burning, adapté d’une nouvelle de Murakami (Les Granges Brûlées). Beaucoup de spectateurs se sont insurgés de le voir repartir les mains vides au dernier festival de Cannes. Sans dire que je m’en réjouis (je n’aurais pas non plus été scandalisée en cas de victoire), je comprends plutôt ce choix de la part du jury. J’ai eu du mal à entrer dans le film, au point où j’ai failli m’endormir au bout d’une heure de film (cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie comateuse devant un film). La seconde partie, davantage tournée vers le thriller, a su me réveiller en quelques secondes. Enfin, l’arrivée du troisième acte est si brutale (pourtant, j’aime le fait que le scénario ne nous donne pas réellement de réponses). Lee Chang-Dong signe pourtant un film énigmatique, naviguant sans cesse entre une réalité sociale brutale et des zones volontairement floues voire même oniriques (n’oublions pas que le personnage principal veut devenir écrivain). Dommage que je n’ai pas été plus sensible à l’ensemble du long-métrage.

 

BlacKkKlansman – Universal Pictures

 

  • Thunder Road de Jim Cummings

Pour son premier long-métrage, l’acteur-réalisateur-scénariste Jim Cummings a réussi à faire sensation auprès des professionnels (notamment en remportant le Grand Prix du festival de Deauville) et du public. Thunder Road, dont le titre fait référence à une chanson de Bruce Springsteen (jamais utilisée alors qu’il s’agit de la chanson citée pendant l’enterrement de la mère du personnage principal) fonctionne effectivement par moments. Le plan-séquence d’ouverture séduit d’emblée avec ce mélange d’empathie et de malaise qu’on ressent pour Jim. La scène devant le commissariat est également très intéressante, la caméra se concentrant essentiellement sur le protagoniste, en oubliant les autres personnages autour de lui. Cela dit, l’ensemble m’a tout de même plutôt mitigée. Je ne me suis pas ennuyée mais je ne peux pas dire non plus que j’ai pris réellement mon pied. La faute à ce sentiment permanent d’égocentrisme (les personnages secondaires sont particulièrement mal employés) et de pleurnicherie trop accentuée (même si je comprends la démarche du réalisateur) ainsi que cette fin à la « deus ex-machina » qui m’a fait sortir du film.

  • Première année de Thomas Lilti

Le premier long-métrage de Thomas Lilti, Hippocrate, ne m’avait pas réellement convaincue malgré des critiques très positives à sa sortie. Je n’attendais donc pas spécialement Première année (avec le même Vincent Lacoste de Hippocrate : on pourrait connecter les films et leurs personnages dans un hypothétique « Lilti Universe »). On pourra évidemment voir dans Première année une critique contre l’absurde système des concours de médecine. Mais heureusement on n’a pas besoin d’être ex-étudiant en médecine ou autre pour apprécier pleinement ce film. Chaque spectateur a été confronté à des interrogations et des obstacles en tous genres sur l’avenir professionnel (comment savoir travailler en fonction de son milieu social ? Choisit-on des voies professionnelles sous influence familiale ?). Dans l’ensemble, le long-métrage est donc plutôt réussi avec sa maîtrise du sujet (Lilti était médecin), des personnages attachants (et parfaitement interprétés), le tout sur un montage rythmé, avec quelques bonnes petites idées de mise en scène. Le tout séduit également par son réalisme constant (notamment par sa reproduction sonore). Cela dit, la fin du long-métrage reste discutable. Elle est mignonne (pour ne pas dire touchante) et logique si on en reste à l’attachement que l’on porte aux personnages. Mais s’éloigne aussi de ce même réalisme constamment mis en place.

Première Année – Denis Manin / 31 Juin Films

  • Climax de Gaspar Noé

Tiré d’un faits divers, Climax raconte l’histoire d’une soirée qui prend des tournures tragiques, l’un des invités ayant mis de la LSD dans la sangria. Alors que j’avais détesté Love, Gaspar Noé est parvenu à me surprendre avec son dernier long-métrage présenté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs. En l’espace de ces deux films, j’ai l’impression que le réalisateur a gagné en « maturité ». Il ne faudrait pas limiter son film à un « trip » qui nous rappelle à quel point la drogue peut rendre les gens fous. Climax est pour moi avant tout un film sur une jeunesse qu’on veut éclater. Cette collectivité, avec ses différences en tous genres (sexuelles, géographiques, physiques), a tout pour être forte, comme le montre cette chorégraphie au début du long-métrage avec ces corps sont si proches, bougeant au même tempo. Il faut qu’une personne extérieure, littéralement étrangère, bousille cette unité et surtout cet espoir de collectivité possible. Chez Noé, la tragédie prend des accents de cauchemars, le film prenant presque des allures de film d’horreur dans son troisième acte. Pour chipoter, je dirais juste que Noé explique parfois un peu trop son film, comme s’il ne faisait pas suffisamment confiance en son spectateur. Mais ce film a le mérite de me hanter et de m’avoir fait vivre une expérience à part. Une des bonnes surprises de l’année.

  • Les Frères Sisters de Jacques Audiard

Le western étant désormais un genre rare dans le paysage cinématographique, j’étais curieuse de découvrir Les Frères Sisters, adapté du roman de Patrick DeWitt. Je n’ai jamais été une grande fan d’Audiard (même s’il ne fait partie de ma liste de mes « bêtes noires » – certains d’entre vous les connaissent déjà) et je ne vais pas le devenir avec son nouveau film, son premier en langue anglaise. Pourtant, Les Frères Sisters est plutôt réussi, je dois bien l’admettre. Il n’y a pas de faux-pas : le quatuor d’acteurs est impeccable, la mise en scène est maîtrisée, les paysages sont sublimés par la photographie. On voit où Audiard veut en venir : malgré la violence des personnages, affichée dès la première scène, et plus globalement du monde dans lequel ils vivent, Les Frères Sisters est un film qui se veut tendre en exploitant notamment différentes définitions de la fraternité (le duo Jake Gyllenhaal-Riz Ahmed éclipse même parfois nos fameux frangins cités dans le titre). Même si ce choix est volontaire, cette tendresse signe aussi pour moi la limite de ce film qui manque de grandeur. Bref, quitte à faire du forcing, le western de l’année reste donc pour l’instant Hostiles.

Climax – Wild Bunch Distribution

Au revoir, ma balance

 

Je me suis bien pesée, nue, à jeun, chaque samedi matin. Je me suis infligée cette torture pendant huit ans. La balance est pourtant toujours dans mon appartement et je la ressortirai certainement à la fin de l’année, un peu avant Noël (traduction : avant la période où nos bides prennent cher). Elle n’a pas toujours été mon ennemie et j’aimerais qu’elle devienne tout simplement une copine lointaine, histoire de s’échanger quelques nouvelles.

La balance ne devait pas devenir ma meilleure amie malgré moi. J’étais même persuadée de contrôler son utilisation: « nan mais d’abord, je ne me pèse pas tous les jours, c’est rien qu’une fois par semaine, c’est pas une obsession, je gèèère ». Effectivement, au début, la balance n’était pas une source de préoccupation, en tout cas, pas plus que ça. Après tout, j’avais commencé à prendre cette habitude pour lutter contre mes problèmes de surpoids, survenus suite à des TCA (j’en reparlerais peut-être plus tard sur le blog). Je voulais être en bonne santé et me sentir plus globalement mieux dans ma peau : j’avais donc besoin d’être stimulée et de voir mes efforts récompensés.

Blue Tape Measuring on Clear Glass Square Weighing Scale

Pendant mes études, j’étais ravie (non, je n’exagère même pas) de retrouver ma balance (j’ai même hésité à lui donner un petit nom). Il faut savoir que j’ai perdu durant cette période plus de dix kilos. Pourtant, il y a un moment où les chiffres ne descendaient plus alors qu’il me restait encore quelques derniers kilos à perdre. Avec le temps, j’ai fini par comprendre réellement pourquoi je ne parvenais pas totalement à les éliminer : la balance ne permettait pas de se débarrasser de mes TCA. Certes, les crises étaient moins fréquentes mais elles n’avaient pas disparu pour autant. C’est à partir de ce moment-là où j’ai compris que la balance ne faisait qu’entretenir mon problème. Elle me foutait même une pression folle et pourrissait mes journées. « Oh je n’ai perdu que 100 grammes », « oh j’ai pris 200 grammes ». Résultat : je mangeais énormément durant cette journée juste pour oublier ma contrariété. Un cercle vicieux. Comment alors ai-je pu avoir le déclic de mettre de côté la balance ?

Mes crises sont revenues en force en 2017. En l’espace de trois mois, j’avais bousillé des années d’effort. J’avais déjà du mal à me supporter sur tous les points. Mais alors voir le chiffre croître au fil des semaines était désormais insupportable. Un jour, certainement plus insupportable que d’autres, j’ai zappé la pesée habituelle du samedi pour éviter le schéma habituel (déception puis se réfugier dans la bouffe). Je ne dirais pas que j’avais passé une excellente journée mais elle n’était pas non plus exécrable ou déprimante puisque je n’avais pas consulté un quelconque chiffre sur une balance. Alors, j’ai suivi le même modèle le samedi d’après. Et le samedi d’après. Je me suis alors regardée dans le miroir. J’avais légèrement dégonflé des joues. Ma mère me l’a toujours dit : « on sait si tu as maigri ou grossi en regardant ton visage ». J’avais alors enfin compris que je n’avais pas besoin de cette balance pour connaître mon évolution corporelle ni pour me sentir bien dans mes baskets.

Je prends alors une des meilleures décisions de mon existence : j’arrête de me peser hebdomadairement.

 

Vous n’imaginez pas le bien fou que ce choix m’a apporté en l’espace de quelques mois (bientôt un an mine de rien !). Je n’aurais jamais cru dire ça mais je suis fière de moi. J’ai alors appris à toucher, observer et même à écouter mon corps et mon visage. Cet exercice était extrêmement difficile pour moi auparavant. Je ne suis pas non plus devenue narcissique mais j’ai tout simplement appris à aimer mon corps et à lui faire confiance. Un pas énorme. On pourra suivre tous les rééquilibrages alimentaires et régimes qu’on veut, mais selon moi une grande partie du travail vient en partie de notre mental. Mes crises de TCA se sont espacées au fil du temps (précision : je suis parvenue à les contrôler depuis novembre 2017 et depuis deux mois je sens même que je n’ai même plus besoin de lutter pour manger normalement). J’ai alors perdu tout le poids pris et même certainement plus. Je n’ai pas besoin de chiffres. Je le sais, je le vois et je m’aime de plus en plus avec ce corps que j’ai choisi de construire sans pression.

 

Photo of Woman Looking at the Mirror

Je lis…

… plutôt des livres papier.

Je ne vais pas vous faire dire que j’adore les livres papier pour leur odeur. C’est faux. Je ne vais pas non plus vous dire que j’adore collectionner les belles éditions à tout prix. Oui, ça m’arrive d’en acheter pour embellir ma bibliothèque mais ça reste rare (entre nous, le livre de poche permet de faire de sacrées économies). Je dois tout simplement admettre que j’ai juste un côté très matérialiste concernant mon amour pour les oeuvres littéraires et cinématographiques. Cela peut paraître idiot mais j’ai l’impression de mieux soutenir ces oeuvres (et les artistes) en possédant l’objet chez moi. J’aime aussi le fait de pouvoir les consulter quand j’en ai envie (pour mon plaisir, pour mon travail ou autre) ou avoir le pouvoir de les prêter aux gens de confiance pour leur faire partager des objets culturels qui me semblent intéressants.

Cela dit, même si je lis moins de textes sur la Kindle, j’apprécie tout de même son côté potentiellement ludique, notamment avec le calcul de pages par pourcentage et la possibilité de consulter un dictionnaire pendant leur lecture.

Matilda – TriStar Pictures

… en réfléchissant à mes pauses.

J’aimerais avoir la possibilité de lire un roman en un laps de temps limité (c’est la grande différence avec les films), malheureusement entre le manque de temps, la fatigue et tout simplement le manque d’envie selon les jours et les heures, cela n’est pas toujours possible. Quand je me lance dans une lecture, j’ai besoin de savoir quand vais-je y faire des pauses. Avant d’ouvrir le manuscrit, je repère la page qui marquera ma pause dans ma lecture du jour. Les chapitres pas trop longs facilitent évidemment la tâche. Mais face à des bouquins sans délimitation précise ou avec des écarts trop longs entre les parties / chapitres, je suis obligée de trouver une solution afin de ne pas perturber ma lecture. En général, je compte le nombre de pages que je compte lire par rapport à mon temps disponible et je m’arrête à un nombre se terminant par zéro. Allez savoir pourquoi, ça me motive, je me sens apaisée une fois que j’ai établi ce petit objectif !

… parfois à haute voix.

Cela va de soi que je pratique ce type de lecture chez moi quand je suis seule dans une pièce (remarque, ça peut être marrant de lire à haute voix dans la rue ou dans les transports en commun). Je ne lis évidemment pas non plus un bouquin entier en parlant toute seule, sinon je n’aurais pas déjà lu 30 bouquins cette année. Mais de temps en temps, ça m’arrive de lire quelques passages juste pour le plaisir – bref, je deviens à ce moment-là une sorte de comédienne en plein délire (j’aime être ridicule sans témoin). Je vous explique mon délire : pour moi, lire n’est pas limité à une activité visuelle. Les mots sont aussi faits pour être entendus. La lecture a un aspect musical qu’on néglige trop (en dehors de la poésie et éventuellement du théâtre). Un essai, un roman, une nouvelle, une autobiographie… peuvent aussi être agréables à l’oreille (et j’ai même envie de dire « doivent »). En fait, chaque texte peut être poétique sans qu’on le soupçonne dans une simple lecture traditionnellement silencieuse.

The King’s Speech – Wild Bunch Distribution

… pour travailler mon anglais.

Depuis le collège, j’ai toujours aimé l’anglais, même si je n’ai pas vraiment l’occasion de le parler quotidiennement. Comme beaucoup d’étudiants, j’ai continué à suivre des cours dans cette matière à la fac en option, j’ai également pu continuer à lire des oeuvres en anglais dans le cadre de mes études en littérature comparée. Je prenais également déjà l’habitude de lire de temps en temps des romans en anglais (pour ne rien arranger, il existe une très chouette librairie anglaise dans ma ville natale). Cela dit, toutes les bonnes aventures s’achèvent. La lecture de romans en VO me permet de maintenir mon niveau (certes uniquement dans la compréhension de l’écrit mais c’est toujours mieux que rien !). J’essaie de lire quasiment tous les jours un roman en anglais, même si ce n’est que quelques petites pages. J’essaie de trouver un rythme entre le plaisir de lecture et l’apprentissage / les révisions (vérifier de temps en temps un mot dans le dico). Je ne lis pas en majorité des romans anglophones dans l’année (3 ou 4 par an contre trente voire même quarante ouvrages en français par an) mais je trouve que c’est toujours satisfaisant de parvenir au bout d’une lecture qui n’est pas rédigée dans notre langue maternelle. Petit regret : ne pas avoir réussi à maintenir ce cap pour d’autres langues étrangères.

… plusieurs livres à la fois

J’ai pris cette habitude à la fac (j’étais en lettres modernes) histoire de mieux organiser mon travail. Depuis, je continue à multiplier les lectures. En fait, c’est comme si je regarde plusieurs séries télé à la fois ! Par contre, cela peut peut-être expliquer un des points précédents évoqués : le fait de devoir déterminer des pauses précises. Petite précision : je n’encourage pas la quantité pour la quantité, même si je me suis fixée un objectif sur mon compte Goodreads. Je suis tout simplement curieuse ! J’ai toujours envie de découvrir encore et encore des livres de tous les genres, de toutes les époques, de toutes les nationalités ! Il faut dire que je me suis mise à aimer la littérature relativement sur le tard, ma profession tourne en plus autour de cet amour pour cet art, donc je ne peux pas m’empêcher de vouloir vider mes piles de bouquins ! Du coup, quand je me retrouve à m’attaquer à des textes qui ont une sacrée longueur voire même des monuments de plus 1000 pages, je ne me vois pas lire QUE ça pendant un temps conséquent.

– par Florencia Viadana

Et toi, quel type de lecteur es-tu ?

Bilan des films vus au cinéma cet été (3/3)

Et voici la dernière partie des films que j’ai vus cet été au cinéma !

PREMIERE PARTIE

DEUXIEME PARTIE

Under The Silver Lake de David Robert Mitchell

Même si je lui avais reconnu quelques qualités indéniables, j’ai toujours trouvé It Follows surestimé (et plus j’en parle, plus ce film m’agace). Mais je n’étais pas encore fâchée contre David Robert Mitchell. Depuis son dernier film, je le suis. Under the Silver Lake, présenté à Cannes en mai dernier (en compétition), semble pourtant avoir été très aimé par la presse et la blogosphère (je me sens seule contre tous). Oui, c’est bien réalisé, oui la photographie est soignée, oui Andrew Garfield s’en sort pas trop mal. Mais j’ai passé une exécrable séance, à deux doigts de péter un câble. Under The Silver Lake représente absolument tout ce qui m’insupporte au cinéma : prétentieux et interminable, se voulant faussement cool, complexe et subversif alors qu’il est juste vulgaire et indigeste. Il aurait pu autant durer 1h que 4h, cela n’aurait strictement rien changé vu qu’il n’a pas grand-chose à raconter en réalité. Le pire, c’est que DRM semble se complaire dans son concept qu’il croit révolutionnaire alors qu’il ne l’est pas, à savoir, dans les grandes lignes, chercher à déchiffrer une vérité – indéchiffrable ou non – dans l’art, ici populaire (pop culture, contre-culture, classique du cinéma, culture bis, bref un beau bordel pour le réalisateur). Dire qu’on se foutait de la gueule de Shyamalan avec le gamin de La jeune fille de l’eau qui trouve la solution en lisant une boîte de céréales…

Mission Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie

Avant d’aller voir ce 6e opus, en l’espace d’un petit mois, j’ai rattrapé rapidement les précédents volets. Et même si cette saga est par moments imparfaite, je la trouve très attachante. Elle m’a parfois fait penser à James Bond mais en plus dépoussiéré (même si elle a aussi ce petit côté vintage et ce même attachement aux génériques d’ouverture). Chaque opus, réalisé par un réalisateur différent, a sa patte et ses propres problématiques. Ethan Hunt évolue également au fil des longs-métrages, son équipe aussi. Ce sixième volet passe alors pour une petite exception dans la saga puisqu’il complète l’histoire du cinquième opus (Rogue Nation – alias mon chouchou de la saga), déjà réalisé par Christopher McQuarrie (le scénariste de Usual Suspects). Certes il est parfois un chouïa trop long, le scénario est parfois prévisible et la poursuite en hélicoptère paraît irréaliste (nos personnages deviennent des surhommes). J’ai aussi regretté qu’on en sache trop peu sur les Apôtres. Cela dit, en dehors de ces quelques petits détails, quel spectacle de qualité ! Je me suis ré-ga-lée ! J’ai littéralement perdu mon souffle devant pas mal de scènes – surtout celles à Paris. Qu’on aime ou pas Tom Cruise, le bonhomme est toujours à l’aise dans les scènes d’action (surtout quand on sait comment il s’investit dans les cascades qu’il réalise). Toujours aussi un plaisir de revoir Rebecca Ferguson et très convaincue par Henry Cavill avec sa moustache déjà mythique !

Mission Impossible : Fallout – Paramount Pictures

L’espion qui m’a larguée de Susanna Fogel

Oui, on passe bien d’un ambitieux film d’espionnage à un autre plus… léger disons. Je n’avais pas du tout prévu d’aller voir cette comédie, m’attendant à une véritable daubasse (et vous allez me dire : mais pourquoi l’as-tu vu ? J’ai accompagné ma frangine, vous savez tout). Finalement, l’ensemble est étonnamment plutôt sympathique, je me suis même surprise à rire par moments. Je ne vous dis pas que c’est la comédie du siècle non plus mais le film remplit grosso modo ses objectifs : être un divertissement rythmé et drôle. Même si Mila Kunis s’en sort pas trop mal, c’est surtout Kate McKinnon qui excelle. Justin Theroux incarnant l’espion du titre est également toujours aussi charismatique. Et n’ayez pas peur de l’apparition de Kev Adams, on le voit très peu et sa scène est plutôt cool. Même s’il ne les développe pas réellement, cette comédie d’action se moque aussi gentiment des touristes américains en Europe (par conséquent, ce n’est pas gênant de filmer toutes ces belles villes européennes comme des cartes postales). Après, dans le même genre, j’avais tout de même préféré Spy !

Under the Tree de Hafsteinn Gunnar Sigurðsso

Plutôt vendue comme une comédie, Under The Tree est en réalité une tragi-comédie islandaise plaisante et plutôt réussie même si elle ne restera certainement pas dans les annales. Le scénario est plutôt bien écrit en confrontant trois couples (tous très bien interprétés) : un premier couple va avoir son premier enfant ensemble, leurs voisins doivent vivre sans un fils disparu tandis que leur second fils est mis à la porte par sa compagne suite à une sextape gênante. Au-delà d’une explosion finale inévitable qui secoue, l’étude du couple (lambda et tempéré) est plutôt intéressante. Même si cela ne m’a pas gênée, je peut admettre que cette observation pourrait certainement agacer par son schéma binaire (les femmes sont à l’origine des conflits, les hommes en tentant de les résoudre à leur façon trinquent, des gosses qui en souffriront). Petit bémol : la mise en scène, plutôt sobre, ne met pas suffisamment en avant le fameux arbre de la discorde alors qu’il peut certainement symboliser l’état mental de tous les protagonistes.

Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke

J’ai terminé mon été cinéma avec une nouvelle adaptation d’un roman de Ian McEwan, qui signe encore une fois le scénario. Le début du récit met un peu de temps à se mettre en place. On se demande aussi où vont nous mener tous ces retours en arrière relativement récents par rapport à ce qui passe dans la chambre d’hôtel puis la plage réunissant le jeune couple. Petit à petit, comprenant où le film nous amène, je me suis laissée transporter par cette belle histoire où s’en entremêlent à la fois le destin, le temps et les différentes sociales. La fin m’a rappelé celle de La La Land (cette même fin qui m’avait énervée parce que je la trouve putassière, ce qui n’est pas le cas dans le film de Cooke). Au-delà d’une fin bouleversante et d’un scénario plutôt fin, Sur la plage de Chesil possède un véritable charme esthétique, avec des couleurs vives ressortant parmi un arrière-plan parfois grisâtre. L’amour et les souvenirs eux-mêmes sont vifs tandis que certains choix de vie seront à jamais sombres. Sans surprise, Saoirse Ronan, qu’on ne présente plus, est excellente. Mais on retient surtout la brillante interprétation de son partenaire Billy Howle (un acteur méconnu qui ne devrait plus le rester).

Sur la plage de Chesil – Mars Films

Bilan des films vus cet été au cinéma (2/3)

Je vous l’avais promis : je continue de vous parler des films vus au cinéma cet été.

PREMIERE PARTIE ICI

  • Tully de Jason Reitman

En général, j’ai plutôt du mal à apprécier les films de Jason Reitman (même Juno – oui, je prends le risque de passer pour un monstre). J’ai particulièrement détesté Young Adult, avec déjà Charlize Theron dans le rôle principal et scénarisé par Diablo Cody. Retrouver le trio Reitman/Cody/Theron ne me réjouissait pas plus que ça, je n’avais même pas prévu d’aller le voir.Finalement… j’ai pu le voir grâce à une place gratuite. Tully est alors une bonne surprise qui peint avec justesse le baby blues. Je redoutais la performance de Charlize Theron qui a pris du poids pour le rôle (je me méfie un peu de ce type de procédé, l’interprétation pouvant tomber selon moi dans une certaine « facilité »). En réalité, elle est excellente dans le rôle de cette femme qui ne prend plus de plaisir à être une maman et qui regrette le temps de sa vie de jeune adulte où elle était loin de toutes ces responsabilités et du regard des autres. Mackenzie Davis (qui incarne la « Tully » du titre) est également très convaincante. Enfin, même en la devinant, la révélation finale permet de rendre le film certainement plus consistant.

  • 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick

J’adore Stanley Kubrick (non, c’est pas hyper original) et 2001 fait partie de mes films préférés (non c’est pas non plus original). Philosophique, poétique, métaphysique et mythologique (bref, le film total par excellence), 2001, L’Odyssée de l’espace est donc ressorti dans les salles pour son cinquantième anniversaire. Quel bonheur de pouvoir revoir sur grand écran ce chef-d’oeuvre qui traverse sublimement le temps ! J’ai de nouveau vécu une puissante expérience, difficile à décrire totalement vu qu’elle touche quelque chose d’intime en moi (et chez beaucoup de spectateurs). Il s’agit d’une expérience contemplative fascinante autant visuelle que sensorielle, et surtout plus émotionnelle qu’intellectuelle, ce qui me semble essentiel à mes yeux : même si le film aborde des notions indéniablement complexes et passionnantes (l’homme déshumanisé qui utilise l’outil pour dépasser la nature, la peur de l’inconnu et de la solitude), permettant de livrer maintes analyses pertinentes, il ne faut pas chercher à le rationaliser à tout prix. A l’image de Hal, 2001 me bouleverse autant qu’il m’angoisse. Enfin, ce visionnage m’a aussi permis de m’attarder sur un détail (dites-moi si je suis la seule à avoir tilter ou non dessus) : la bouffe. Il y en a absolument dans chaque acte sous des formes différentes. Et la bouffe, c’est la vie (ouais, j’ai osé caler cette phrase en parlant d’un film de Kubrick, je sors).

2001 : l’Odyssée de l’espace – Turner Entertainment co. A Time Warner Company

 

  • Au poste ! de Quentin Dupieux

Je ne prétends pas connaître tout l’univers de Quentin Dupieux ni être une de ses grandes fans. A l’heure où j’écris ce billet,je peux juste vous dire que j’avais beaucoup aimé Réalité, son précédent long-métrage (et je ne suis pas trop fan de Steak, au moins vous savez tout). J’étais juste curieuse de découvrir Au poste ! Certes, le film comporte quelques bonnes idées. Il semble également aussi représenter pour Dupieux une sorte de prise de recul par rapport à son propre cinéma. Malheureusement, il m’a énormément déçue. Tout d’abord, il ne dure qu’1h15 mais j’ai l’impression qu’il en durait au moins le double : INTERMINABLE. Au-delà de ses problèmes de rythme, je ne suis pas convaincue par le non-sens revendiqué ni par son twist paradoxalement peu surprenant. Le non-sens ne doit pas être synonyme de foutage de gueule et c’est pourtant le ressenti. Je commence à en avoir ras-le-bol de la fameuse excuse « c’est absurde, donc ça doit tout justifier, c’est normal ». En dehors de Marc Fraize (qui mériterait d’obtenir plus de rôles au cinéma), même le casting m’a un poil déçue. Poelvoorde fait du Poelvoorde et Ludig (que j’adore pourtant dans les sketchs du Palmashow) joue souvent à côté de la plaque.

  • Paranoïa de Steven Soderbergh

Paranoïa a fait du bruit pour avoir été entièrement filmé par un Iphone. Un choix pertinent pour plusieurs raisons. Le tout appuyé par la manipulation fluide et légère de la caméra et une mise en scène inventive, les images du téléphone font naître un sentiment d’étouffement et d’inquiétude en permanence. Surtout, l’objet est aussi un élément phare du scénario : Sawyer (incarnée par une épatante Claire Foy) se sent sans cesse persécutée, la technologie actuelle ne faisant que renforcer ce fait. Pourtant, la jeune femme cherche aussi des solutions pour pouvoir s’échapper de l’asile. Au-delà d’une critique forte sur le système hospitalier, Paranoïa livre aussi un constat effarant sur la peur des femmes d’être harcelée par des hommes. Un film qui tombe à pic à l’ère du mouvement #MeToo. Enfin dernier point essentiel : selon moi, le long-métrage ne doit pas être vu qu’au premier degré. Retrouver les indices (le passé de l’héroïne avec le père, les interventions de sa mère, le rôle de Juno Temple et sa manière d’interagir ou non avec le personnage principal) pour tenter de trouver un semblant de vérité passionne même si au final on n’a aucune réelle réponse, que des suppositions… à l’image de ce qui se passe durant les affaires de harcèlement sexuel.

Paranoïa – Twentieth Century Fox

  • Sicario : la guerre des cartels de Stefano Sollima

Sicario réalisé par Denis Villeneuve était plutôt réussi mais un point en particulier m’avait réellement gênée : Kate Macer (Emily Blunt) n’est pas très intéressante : son personnage est plat, pas crédible (comment peut-on être autant ébahie par les événements quand on bosse pour le FBI ?) et même lourdingue dans sa description physique pour bien appuyer sa fatigue (« MAIS REGARDE KATE TU AS DE GROS SOURCILS, TU ES MAIGRE, TU VAS PAS BIEN »). Ainsi, ce second opus, réalisé cette fois-ci par Stefano Sollima (A.C.A.B., Suburra), opte pour une autre approche : il se veut plus « coup de poing », plus réaliste aussi, moins contemplatif. Un thriller efficace et glaçant qui aborde plusieurs sujets de société : le terrorisme, les migrants, le trafic d’humains… Passer après le talentueux Denis Villeneuve n’était pas forcément évident et pourtant Sollima s’en sort haut la main. Il ne cherche pas à copier le réalisateur canadien et parvient s’imposer naturellement dans la saga. Verdict : j’ai préféré ce deuxième opus et j’attends désormais le dernier volet de la trilogie scénarisée par Taylor Sheridan.

  • My Lady de Richard Eyre

J’ai déjà mis My Lady dans mon top 3 de mes films préférés de cette année sur mon compte SensCritique et je tiens qu’il y reste le plus longtemps possible. La mise en scène classique correspond aussi bien à l’état d’esprit même de l’excellent roman L’Intérêt de l’enfant : le court texte écrit par Ian McEwan (qui a signé le scénario) est lui-même sobre. Comme le demande Fiona, qui doit prendre une décision de justice rapidement, on n’a pas de temps à perdre. L’économie et la justesse permettent autant à la juge Fiona Maye qu’au récit (livre et film) d’aller à l’essentiel. Cela n’empêche pas de comprendre la complexité de notre héroïne, ni de mettre en place des enjeux forts, interrogés avec autant de pertinence et de subtilité. Certains spectateurs pourraient être surpris par la tournure de l’histoire : non, il ne s’agit pas d’un film de procès ou d’histoire autour de la religion (même si la croyance, au sens large du terme, est y traité avec intelligence). Il s’agit avant tout d’un magnifique portrait de femme face à ses responsabilités et aux conséquences des décisions qu’elle prend. Une femme tiraillée entre ses sentiments et son devoir. Les beaux rôles féminins au cinéma ne sont pas si nombreux. Cela fait du bien d’en voir un aussi réussi, qui fait appel à une large palette d’enjeux (approche de la soixantaine, mariage, maternité, carrière professionnelle) sans qu’on n’ait l’impression que ce soit survolé. La très classe (et naturelle) Emma Thompson est absolument parfaite : elle mériterait tous les Oscars du monde pour sa brillante interprétation (et cela m’a donné envie de me plonger plus sérieusement sur sa filmographie). Le jeune Fionn Whitehead (vu dans Dunkerque de Christopher Nolan) est également surprenant et prometteur. A la fois fidèle et complémentaire au roman, My Lady est un film profondément bouleversant, sensible, intime.

 

My Lady : Photo Emma Thompson, Fionn Whitehead

My Lady – Concorde Filmverleih GmbH

La dernière partie sera publiée ce week-end !

Bilan des films vus au cinéma cet été (1/3)

Me voici de retour comme promis ! Je démarre tranquillement cette rentrée en présentant quelques films que j’ai vus au cinéma cet été (à partir de juin jusqu’à fin août). On ne changera pas la cinéphile que je suis (mais, comme je l’avais annoncé en juin dernier, des billets qui ne concerneront pas le cinéma débarqueront bien dès ce mois-ci). J’ai vu une bonne quinzaine de films au cinéma cet été (dont deux classiques) : histoire d’éviter de faire un article trop long, je préfère étaler mes micro-critiques sur trois billets (et puis comme ça, c’est comme si on était encore en vacances, si si, c’est bon pour la tête). C’EST TIPAR !

Jurassic World: Fallen Kingdom : Photo

Jurassic World : Fallen Kingdom – Universal Pictures France

  • Jurassic World : Fallen Kingdom de Juan Antonio Bayona

Je n’avais pas spécialement adhéré à Jurassic World de Colin Trevorrow, même s’il s’agissait d’un divertissement tout à fait correct. Les personnages idiots et la trop grande dose de nostalgie m’avaient parfois pas mal gavée. Cette suite, mise en scène par le talentueux réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, The Impossible, Quelques minutes après minuit) est selon moi légèrement au-dessus (même si Trevorrow est toujours de la partie en étant cette fois-ci co-scénariste). Il faut admettre qu’il y a quelques bonnes idées de mise en scène, ce qui fait naître quelques scènes effrayantes. Cela dit, pour obtenir ces quelques moments de tension et d’hommages aux productions de la Hammer, le scénario a le don de mettre en avant des personnages adoptant des réactions particulièrement stupides (on ne change pas une équipe qui change). On a aussi une histoire de clonage qui n’est pas forcément improbable (après tout, on a bien fait renaître des dinos !) mais qui semble sortir de nulle part dans le film. En revanche, avec cette fin proposée (toujours liée à la légendaire stupidité des personnages), j’attends tout de même un minimum le prochain volet (et je pense que certains acteurs de la trilogie Jurassic Park feront leur retour).

  • Hérédité d’Ari Aster

Non, Hérédité n’est pas au même niveau que L’Exorciste (merci la presse pour vos propos démesurés, ne changez rien). Cela dit, il s’agit d’une œuvre indéniablement captivante, bien plus que la plupart des films d’horreur sortant actuellement dans les salles obscures. Je n’ai pas forcément apprécié tous les choix du jeune réalisateur (qui signe ici son premier long-métrage), surtout sa fin – même si on pourra reconnaître qu’Ari Aster a le mérite d’aller au bout de ses idées. Malgré les événements surnaturels, le film est surtout un drame psychologique. Mais justement, la dernière partie du long-métrage casse selon moi cette part psychologique mise en place pendant la majorité du film et qui, selon moi, le rendait justement si intéressant à mes yeux. Avec le recul, cette fin me dérange moins car j’ai une vue plus globale sur le film qui a le mérite de faire peur. Le film, très inspiré par le cinéma d’horreur des années 1970, ne cherche pas à faire des jump scares à tout prix, c’est plutôt son ambiance qui crée cette tension permanente. Surtout, ce sont des éléments relativement simples (on en parle par exemple de ce terrifiant bruit de langue ?) qui m’ont foutu les jetons. Enfin, toute la distribution est formidable, en particulier Toni Collette qui est absolument monumentale !

Hérédité

Hérédité : DeaPlaneta

  • Sans un bruit de John Krasinski

J’ai du mal à comprendre l’engouement autour Sans un bruit de (et avec) John Krasinski qui passe pour moi à côté de son concept (à savoir jouer autant du silence). Seule la toute première scène m’a parue très réussie. Le reste est selon moi trop bancal (et la toute fin consternante), entre manque de tension et accumulations d’incohérences et de facilités. Je n’ai pas cru en ces monstres représentés par une esthétique assez décevante. En dehors d’une raison pseudo psychologique qui n’émeut pas, on se demande ce qui a pu pousser le couple incarné par Krasinski et Blunt (également époux à la ville) à concevoir un bébé pendant une catastrophe qui est en train d’exterminer le monde. Comment dire ? Un bébé, ça fait du bruit ! Enfin, j’ai buggé sur un point du scénario (en ayant conscience qu’il s’agit d’un détail MAIS TOUT DE MEME) (ATTENTION SPOILERS) : suis-je la seule à n’avoir pas compris pourquoi il y avait autant de sang pendant l’accouchement ? (je suis pas toubib mais je trouve qu’il y en a… beaucoup). Je pensais qu’il s’agissait d’un élément utile pour la suite du film (du genre, notre héroïne ou le fameux bébé pourrait être en danger immédiatement après la naissance) mais en fait non. Du coup, je trouve cet aspect dans la scène gratuit.

  • How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell

Adapté d’une nouvelle de Neil Gaiman, How to talk to girls at parties est a priori une bouffée d’air frais face à un cinéma actuel peu original. Je ne vais pas vous mentir : j’ai plutôt passé un bon moment. Elle Fanning (je suis de près sa carrière), le jeune Alex Sharp (vu dans le mauvais To the Bone, vu dans le cadre du Movie Challenge 2018) et Nicole Kidman (qui semble s’éclater) sont excellents. Impossible également de passer à côté de quelques scènes musicales énergiques. Mais finalement, une fois cette petite euphorie passée, on a un peu l’impression d’être face à un pétard mouillé : on regrette alors un scénario assez brouillon prônant l’ouverture d’esprit et la marginalité en général. Paradoxalement, la vision m’a parfois déconcertée. D’un côté, le réalisateur est assez lucide sur ce qu’est devenu ce mouvement mais en même temps, j’ai trouvé son approche assez superficielle, comme s’il ne connaissait pas suffisamment sa toile de fond choisie. Surtout l’ensemble reste assez convenu, ce qui est un comble quand on a un film se déroulant autour de l’univers punk.

How To Talk To Girls At Parties

How To Talk To Girls At Parties : Colony Films Limited, photograph by Dean Rogers

  • Ocean’s 8 de Gary Ross

Je ne peux pas être déçue par rapport aux autres volets d’Ocean de Steven Soderbergh : ils ne m’ont pas du tout marquée (et j’ai même pas vu l’épisode 3). Je voulais avant tout être un minimum divertie. Je ne dirais pas que je me suis emmerdée de A à Z mais le film ne remplit pas selon moi ses objectifs de divertissement : il manque parfois de rythme, l’histoire est déroulée platement, le braquage se déroule sans stress (parce qu’il y a point S ?) et les personnages bling-bling ne sont pas très intéressants malgré un casting excitant mais inexploité (et pour ne rien arranger, Sandra Bullock est devenue le sosie de Michael Jackson). Seules Anne Hathaway (une actrice que j’apprécie de plus en plus) et Helena Bonham Carter se détachent de cette bande dans laquelle on ne ressent aucune alchimie entre les personnages. Paradoxalement, malgré ce casting féminin, je retiens aussi la performance très drôle de James Corden à la troisième partie du film !

  • Les Dents de la Mer de Steven Spielberg

Ses derniers films (The Post et Ready Player One) ne m’ayant pas convaincue des masses cette année, cela ne m’a pas fait de mal de revoir un excellent film de Spielberg (non, Steven, je ne suis pas fâchée contre toi, je ne peux pas). Revoir Les Dents de la Mer au stade Vélodrome (ouais, le mélange « requin méchant + pays de l’OM » est unique) fut une belle expérience pour un film inoubliable. Adapté du roman de Peter Benchley, lui-même inspiré par Moby Dick, le long-métrage de Spielberg vieillit merveilleusement bien : il fout toujours autant les jetons. Suggéré principalement en hors champ durant la première partie du film, le requin est présenté comme une créature monstrueuse mythique. Les analyses sur le film restent nombreuses : métaphore sexuelle (les mâchoires du requin qui bouffe Quint ressemblent à un vagin), chasse à l’homme (alors qu’il s’agit à l’origine d’une chasse au requin) et littéralement à la virilité incarnée et à la bêtise capitaliste, métaphore également d’une peur collective ennemie du symbole américain (l’attaque du requin pendant un 4 juillet n’est pas anodine tout comme le récit de Quint sur l’Indianapolis)… les interprétations restent nombreuses. Accompagné par la partition culte de John Williams, Les Dents de la Mer joue sans cesse avec différents genres (film d’aventures, film « fantastique » sur certains de ses aspects, conte initiatique). Immanquable !

Les Dents de la Mer – Universal Pictures

 

La suite débarque mardi prochain !

Je dois vous dire un truc…

Les fidèles lecteurs et lectrices l’auront peut-être constaté : je suis moins présente sur le blog depuis quelques mois. Tout d’abord, je blogue moins par manque de temps. Quand j’ai commencé à bloguer, j’étais une adolescente puis une jeune étudiante insouciante ayant du temps devant moi. Désormais, je suis enfin une adulte (et je le vis bien !), qui travaille et qui a une vie privée bien remplie. On ne peut pas être partout à la fois.

De plus, quelque chose qui me tracasse depuis des mois et des mois : je ne parviens plus à parler de cinéma comme je le fais depuis tant d’années.Le plaisir d’écrire sur des films s’est perdu : je le ressens et je me dis quelque part que des lecteurs doivent aussi le ressentir. J’aime pourtant toujours autant le cinéma, ma passion est toujours intacte mais en terme de contenu, je suis arrivée selon moi au bout d’une expérience.On pourra toujours me dire de créer d’autres types de contenu toujours en rapport avec le cinéma. J’y ai pensé, j’ai parfois essayé mais l’envie n’y était pas. Est-ce l’exercice d’écrire sur un thème unique qui me fatigue ? Mon sentiment de manque de légitimité qui ne parvient pas à disparaître au fil du temps ? Etre fatiguée par la blogosphère cinéphile ? La curiosité de m’ouvrir sur d’autres sujets et exercices ? Il s’agit certainement d’un tout.

De plus, écrire sur des films m’empêche d’écrire sur d’autres thèmes. J’ai pensé à créer un autre blog parallèlement à celui-là. Et puis finalement, on revient toujours au manque de temps : je ne peux pas être à deux endroits en même temps. Je préfère avoir un endroit où je fais les choses avec passion qu’être sur deux fronts et bâcler tout ce que je fais juste par manque d’énergie.

J’aime créer, imaginer, ressentir, parler de sujets qui me tiennent à coeur, et ça va au-delà du cinéma que je chéris tant et qui ne me quittera jamais. Mes tentatives d’écriture allant vers d’autres horizons restent dans des tiroirs : oui, ça devient frustrant. Je ne sais pas si j’écris bien, si je raconte de la merde ou non, mais j’ai de plus en plus envie d’expérimenter d’autres choses sur mon blog. Je me suis toujours promis qu’à partir de 25 ans, je devrais aller de l’avant dans mes projets d’écriture et de création. Et j’ai enfin 25 ans. Je le vis bien, je me sens mature comme jamais. Et peut-être que ce blog où je parlais de films refermait toutes mes frustrations, mon immaturité et mon manque de confiance en moi. Attention, cela ne veut pas dire que je ne parlerai plus jamais de cinéma. J’en parlerai toujours, peu importe l’outil (blog, réseaux sociaux et évidemment dans la vraie vie !). Je parlerai de cinéma sur ce blog. Mais je ne parviens plus à me restreindre qu’à ça. Je ne me revendiquerai pas comme une blogueuse cinéphile, même si je me sens toujours cinéphile. Et dire que je pensais que je ratais ma vie parce que je ne m’étais pas suffisamment consacrée au cinéma durant mes études. Je suis heureuse de m’être réveillée.

Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Finalement, j’ai décidé d’aller vers de nouvelles aventures d’écriture… en préservant ce blog. C’est tout simplement plus pratique pour des tas de raisons (pseudo, domaine, contacts, outil que je maîtrise déjà). Je compte travailler le format tout l’été. Petit à petit, le blog va se transformer visuellement pour faire place à ce nouveau départ. Je réfléchis aussi au sort des précédents articles : cela me ferait de la peine de les virer, mais je vais tenter de trouver un système pour les réunir tous ensemble sans qu’ils gênent trop mon nouveau projet en septembre. Le but est d’avoir une sensation de nouveau départ en allant sur mon blog après ces vacances d’été.

Je tenais avant tout à remercier toutes les personnes qui me suivent et échangent avec respect et bienveillance. Je vous suivrai toujours sur vos blogs quoiqu’il arrive. Et je peux tout à fait comprendre que le virage que va prendre ce blog va en dérouter. Certain(e)s ne me suivront pas et je ne peux que le comprendre.

Bref, je suis de retour à la rentrée prochaine !

SWAP n°2 avec Lily

Lilylit et moi sommes toutes les deux nées en avril (mais nous ne sommes pas du même signe astrologique, et on n’aime même pas les mêmes films). Comme l’an dernier, nous avons décidé de renouveler l’expérience avec une deuxième édition de ce swap pour fêter notre vieillesse voyons (mais si, j’ai un quart de siècle).

Qu’est-ce que le swap ? Chacune envoie à l’autre un colis dans lequel sont emballés plusieurs objets. Et pour chaque emballage, histoire de créer du suspense (on devrait faire ça pour Noël, tiens !), on écrit sur un post-il ou une feuille des phrases en guise d’indice.

Comme l’an dernier, nous nous sommes fixées des règles histoire de ne pas aller dans tous les sens. :

  1. ne pas dépasser un budget de 30 euros
  2. 4 types de cadeaux : 1 dvd, 1 livre, 1 objet, 1 truc à manger
  3. thème : les héroïnes (bon, j’avoue que j’ai pas réussi à respecter le thème pour Lily, ahahah je suis un boulet)

Avant de vous présenter les fameux objets en question, je me permets de vous montrer ce que j’ai trouvé avant même d’ouvrir chaque colis (Lily est la reine du jeu de piste) :

BREF, voici le petit déballage !

 

Un dvd : L’Olivier de Icíar Bollaín

J’ai très hâte de découvrir ce film pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’avais beaucoup aimé Même la pluie, un des précédents longs-métrages de la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín. Paul Laverty, qui travaille pour Ken Loach depuis une vingtaine d’années, était déjà le scénariste de ce film poignant. Il collabore de nouveau avec Bollaín, qui est en réalité son épouse depuis de nombreuses années (et ouais, vive les potins people).

Un livre : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

ammm

J’entends tellement du bien sur cette auteure nigériane, dont l’essai Nous sommes toutes des féministes me fait de l’oeil depuis un moment, que je suis ravie d’avoir désormais ce roman dans cette bibliothèque. Ca peut être un bon moyen de faire connaissance avec son univers et son écriture puis de découvrir plus tard ses autres ouvrages qui m’intéressent. Apparemment, un projet d’adaptation cinématographique serait prévu !

Un truc à manger : des Cookies

Bon, j’ai pris une photo sur Google Images… ouais je les ai déjà mangés, je crois que ça veut tout dire.

Un porte-clés Wonder Woman (FunkyPop)

Quelle drôle de coïncidence de publier cet article quelques jours après celui sur Wonder Woman ! Je suis fière d’avoir cet objet qui m’accompagne désormais au quotidien !

Cet article n’a pas pour but d’étaler des petits cadeaux fort sympathoches sur la toile. Le but est avant tout de montrer les liens possibles, des amitiés qui naissent même entre des individus grâce à la blogosphère J’invite évidemment à la prudence car il y a toujours des tarés derrière un écran, on ne connait pas toujours qui se trouve derrière un écran (d’où aussi l’intérêt de ce billet). Et je ne suis pas là pour idéaliser la blogosphère, loin de là (et encore je me retiens de ne pas balancer tout ce que je peux penser d’elle). Mais j’avais aussi envie de partager une expérience positive possible que peut créer la blogosphère. Et ce SWAP est un bon moyen de créer un projet commun entre blogueurs(ses), même s’il n’y a évidemment pas que celui-là qui existe pour réunir des passionné(e)s.

Et voici le swap du côté de Lily !!

[Je lis, je regarde] Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Cela fait un moment que j’ai envie de lancer cette nouvelle catégorie (même si j’en ai déjà d’autres à réellement mettre en place) : « Je lis, je regarde ». Il s’agit tout bêtement d’un exercice comparatif entre une oeuvre littéraire et son adaptation cinématographique. Cela dit, il y a évidemment le souhait d’aller d’élargir la catégorie mais je préfère pour l’instant commencer doucement mais sûrement. Enfin, façon de parler car je ne me limite pas aujourd’hui à une adaptation mais deux !

Je m’attaque aujourd’hui à Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, roman de Stieg Larson adapté à deux reprises :

  • par  Niels Arden Oplev avec Noomi Rapace et Michael Nyqvist (2009)
  • par David Fincher avec Rooney Mara et Daniel Craig (2011).

 

Je connais assez mal la littérature scandinave et je ne lis pas tant que ça de polars / thrillers en général. J’ai pourtant pris un énorme plaisir à lire le roman de Stieg Larson. J’ai littéralement dévoré les 570 pages (et des poussières) en très peu de temps, même face à mon manque de temps et de sommeil. A travers une enquête sur la disparition mystérieuse d’une adolescente dans les années 60, Stieg Larson évoque de sujets peu glorieux sur la société suédoise, traumatisée par son passé avec les nazis, et toujours violente envers les femmes. Par ailleurs, chaque partie s’ouvre sur des statistiques effrayantes sur la violence que subissent les Suédoises. 

Une sorte de montage (tous deux bien repris dans les films) se met en place, par l’alternance entre l’histoire de Mikael Blomkvist, journaliste économique dans la merde jusqu’au cou (il a pris une grosse amende et doit même purger quelques mois en prison pour diffamation – son ennemi lui a alors tendu un terrible piège) et celle de Lisbeth Salander, sombre hackeuse souffrant officiellement de problèmes mentaux (et doit donc encore subir des tuteurs). La palpitante enquête est évidemment ce qui nous incite à tourner les pages de ce roman. Mais savoir que la future rencontre entre Blomkvist et Salander va avoir lieu au bout d’un moment est certainement aussi ce qui explique pourquoi la lecture est si addictive. Et évidemment, cette rencontre s’avère explosive : chacun va alors apprendre à s’apprivoiser et surtout leurs personnalités, pourtant si opposées, vont se compléter.

Millénium, le film : Photo Michael Nyqvist, Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Dans l’ensemble, ces deux versions sont plutôt fidèles au texte de Larson, même si, dans les détails (si on veut s’amuser à fouiner et titiller), le film de Fincher l’est étonnamment plus que celui de Niels Arden Oplev. Il faut dire que la version américaine a le mérite de proposer réellement une nouvelle perception du bouquin et non un remake du film suédois, comme cela peut hélas arriver dans le cinéma américain, qui aime bien s’emparer de succès européens. Pourtant, les choix de mise en scène et esthétiques prennent des chemins différents. Le long-métrage suédois, à la mise en scène assez classique, ne poussant pas non plus son esthétisme (le résultat n’est pas non plus décevant, mais il est plus « simple » et – à côté de la version américaine – semble plus « lumineux ») semble axer davantage le récit vers l’enquête autour de la disparition d’Harriet. Beaucoup ont taxé cette première version de « téléfilm ». Le mot est peut-être un peu fort mais certainement pas totalement choisi par hasard : il existe aussi la série (avec le même casting) Millenium comportant six épisodes. Le film de Fincher affiche clairement une mise en scène plus ambitieuse, une photographie soigneusement froide et des décors plus rectilignes. L’affiche et même le générique (un des meilleurs que j’ai vus) du film américain annonce cette couleur glaciale, tout comme elles offrent un autre point, moins présent dans la version suédoise : l’importance de la technologie.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Daniel Craig, Rooney Mara

Qui dit personnages forts dit choix de casting crucial. Commençons d’abord par Lisbeth Salander, interprétée par Noomi Rapace (Seven Sisters) et Rooney Mara (Song to Song). Il est difficile de départager les deux interprétations, même si j’admets avoir une petite préférence pour celle de Rapace (mais je pense aussi que je préfère globalement cette actrice). Chacune semble en fait prendre différentes facettes de la Lisbeth du roman : les deux interprétations, tout comme la manière d’aborder ce personnage, sont alors complémentaires. La Lisbeth de Mara m’a semblé plus fragile, plus déconnectée de la réalité et plus jeune (on nous dit dans le roman qu’elle ressemble littéralement à une gosse). La fin du film de Fincher, inexistante dans la version suédoise (cette fin est justement plus solaire, il n’y a qu’à voir le tout dernier plan, alors que le dernier plan dans le long-métrage de Fincher se déroule la nuit, avec un geste de désespoir), insiste encore plus sur cette fragilité chez ce personnage qui sait pourtant répliquer face à la violence inouïe des hommes. Le personnage proposé par Rapace semble plus violent, plus adulte même dans son approche physique et comportementale. C’est toujours difficile de décrire le ressenti que peut provoquer un personnage par son apparence, nous sommes clairement dans une phase de jugement. Mais je dirais que dans son look, la Lisbeth de Rapace semble moins dangereuse que celle de Mara. Pourtant, justement, concernant la dangerosité et la violence enfouie en elle, c’est pour moi bien Rapace qui remporte la mise.

Millénium, le film : Photo Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Mon avis est plus tranché concernant le personnage de Mikael Blomkvist. Je préfère largement Michael Nyqvist (décédé en juin 2017) qui correspond largement plus à la description qu’en a fait Stieg Larson dans son texte. Et je le préférais même avant de lire le bouquin, qui n’a fait que confirmer certains de mes doutes. Mikael Blomkvist est un excellent journaliste qui n’a rien d’une bombe mais qui est pourtant charismatique sur tous les points. J’ai alors un mal fou avec Daniel Craig dans le même rôle chez Fincher : je ne sais pas si c’est parce que j’ai une certaine image de l’acteur britannique en tête (est-il même trop connu pour interpréter le rôle ? est-ce que je l’associe trop à son James Bond ?) mais j’ai vraiment du mal à concevoir qu’il puisse jouer un journaliste économique brillant mais lambda. Les lunettes et les pulls moches ne le rendent pas pour moi plus « banal ». Surtout, je ne trouve pas qu’il dégage ce charisme (je ne dis pas qu’il n’en a pas dans d’autres films mais pas dans celui-là pour moi).

J’ai revu les deux films (que j’avais déjà visionnés au cours de leur année de sortie) après avoir enfin découvert récemment le roman de Stieg Larson. Je pensais avoir une préférence pour l’un en particulier, mais finalement, il est pour moi difficile de trancher étant donné que ces deux films sont complémentaires si l’on s’en tient à la question de l’adaptation. Cet exercice de comparaison entre deux oeuvres cinématographiques, toutes les deux tirées d’une même source littéraire, est particulièrement enrichissant. Il prouve bien que la fidélité reste relative, où chaque réalisateur et scénariste a sa propre vision d’une même histoire.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Rooney Mara