Zootopie

réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

avec les voix originales de Ginnifer Goodwin, Jason Bateman, Idris Elba, Jenny Slate, Bonnie Hunt, J.K. Simmons, Octavia Spencer, Alan Tudyk, Shakira…

avec les voix françaises de Marie-Eugénie Maréchal, Alexis Victor, Pascal Elbé, Claire Keim, Fred Testot, Isabelle Desplantes, Thomas Ngijol, Teddy Riner, Lubna Gourion…

titre original : Zootopia

Film d’animation américain. 1h48. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia !
Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …

Zootopie : Photo

Zootopie a rencontré un véritable succès sur plusieurs niveaux. Il est devenu le quatrième long-métrage d’animation à dépasser le milliard de recettes au box-office mondial. Puis, l’accueil de la presse et des spectateurs (que ce soit sur le Net ou dans mon entourage) a été excellent. A force d’en entendre autant de bien (et histoire d’être dans le coup), j’ai eu naturellement envie de le découvrir. Dans l’ensemble, j’ai bien aimé ce film d’animation même si je dois admettre que je n’ai pas trouvé que c’était le fameux chef-d’oeuvre annoncé et que j’ai du mal à comprendre des critiques – vraiment – excellentes. Disons que je n’ai pas eu le coup de coeur « attendu ». Je vais tout d’abord commencer par les points positifs (parce qu’il y a tout de même beaucoup). Il s’agit tout d’abord d’un film réussi du point de vue de l’animation. Le résultat est effectivement époustouflant. On croit totalement à l’existence de cette ville fictive. Le travail de l’équipe d’animation est impressionnant et important à souligner car tous les détails semblent avoir été pris en compte. L’idée peut paraît pourtant simple (une ville peuplée de mammifères anthropomorphes) – on se dit presque « mais pourquoi on n’y avait pensé avant ? » mais elle fonctionne réellement à l’écran. L’autre grande idée qui séduit réellement en sortant de ce film est le message véhiculé qui touchera autant les petits que les grands. J’apprécie toujours quand il y a une grande part de maturité dans un film d’animation. Zootopie est donc un film qui dénonce avec une certaine intelligence le racisme, le sexisme et les préjugés. Il y a quelque chose de très actuel qui résonne dans cette oeuvre avec la présence du gouvernement voulant créer la peur entre les uns et les autres à partir de leurs différences. J’ai également ri devant les moqueries efficaces contre l’administration molle du genou et généralement le film parvient bien à souligner les travers des hommes. Certes, rien de révolutionnaire dans la mise en scène d’animaux pour pouvoir mieux parler de l’humain, ça s’est toujours fait dans divers disciplines artistiques, mais ici ce concept vieux comme le monde fonctionne toujours aussi bien. Parlons également du doublage très réussi : je n’ai pas vu le film dans sa version originale mais je reste en tout cas très satisfaite de la version française, le petit plus avec la voix très agréable (avec une dose de cynisme qui correspond bien au personnage de Nick Wilde) d’Alexis Victor, qui a pour l’habitude de doubler Bradley Cooper ou encore Patrick Wilson (oui, la team des beaux gosses).

Zootopie : Photo

Donc pourquoi ne suis-je pas totalement fan à 100% de Zootopie ? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, et là je ne peux rien y faire, mais j’ai globalement du mal avec les films, même parfois avec des films d’animation (même si c’est moins pire dans ce dernier cas) mettant en scène des animaux ayant des traits ou fonctions proches de l’humain, je ne m’y fais pas et je ne m’y ferai jamais en dehors de quelques exceptions. De plus, si j’ai beaucoup aimé le personnage de Nick Wilde, je ne dirais pas autant de bien de Judy Hopps. Je ne dis pas que je n’ai pas aimé ce personnage qui défend des causes justes et qui a des défauts qui la rendent finalement plus humaine. Mais je ne trouve pas qu’elle a un charisme aussi imposant que son partenaire. Dans un sens, si je ne trouve pas ce personnage aussi fort que je l’espérais, c’est parce que la partie concernant le buddy-movie, sans dire qu’il s’agit d’un ratage (il ne faut pas non plus exagérer – il s’agit plus d’un bémol de ma part) n’est pour moi pas aussi réussie qu’elle devrait l’être.Je suis sceptique sur le travail des scénaristes sur ce point. Certes, comme je le disais, c’est divertissant, également plutôt rythmé (même si là encore je trouve qu’il y a une petite partie du film qui souffrent légèrement de ce problème – ce qui peut aussi expliquer mon scepticisme) donc on suit l’enquête (sans réelle surprise) sans problème, les personnages restent sympathiques, le duo fonctionne un minimum malgré selon moi un petit souci d’équilibre. Mais je suis restée sur ma faim malgré les qualités évidentes de ce bon divertissement. Je m’attendais à quelque chose de plus fort que ce soit en ce qui concerne le duo qui m’a paru déséquilibré ou au niveau de l’enquête qu’on suit mais sans plus finalement. Je comprends la volonté des scénaristes de vouloir faire passer un certain message mais du coup j’ai parfois eu l’impression que la forme n’était pas toujours aussi travaillée que voulue. Pour moi, il s’agit donc d’un bon Disney mais pas d’un grand Disney. On est pour moi loin de La Reine des Neiges et des Nouveaux Héros, les derniers bijoux des studios. Et même si ça ne remet pas du tout le film en question, la chanson de Shakira Try Everything est une catastrophe pour mes pauvres petites oreilles (contrairement au travail du compositeur Michael Giacchino). Je m’excuse vraiment auprès des fans (surtout que je n’ai rien à l’origine contre cette chanteuse). En plus, le personnage qu’elle double m’a vraiment rappelé les pubs Orangina (je les déteste), ça m’a perturbée !

Zootopie : Photo

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

Drop Dead Fred

réalisé par Ate de Jong

avec Rik Mayall, Phoebe Cates, Carrie Fisher, Marsha Mason, Tim Matheson, Bridget Fonda, Ashley Peldon, Ron Eldard…

Comédie américaine. 1h43. 1991.

Movie Challenge 2016 : Un film recommandé par quelqu’un

Amandine de Dis-moi média a consacré une rétro à Rik Mayall notamment avec l’article « Hommage à l’artiste généreux et génie comique ».

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Durant son enfance, Elizabeth avait un ami imaginaire surnommé Drop Dead Fred qu’elle était seule à pouvoir voir et qui l’incitait à commettre des bêtises. Sa mère, exaspérée, lui confisqua la boîte à musique dans laquelle Fred s’était dissimulé. Devenue adulte, Elizabeth perd en une seule journée son argent, sa voiture, son fiancé et son travail. Obligée de retourner vivre chez sa mère avec laquelle elle est en froid, Elizabeth retrouve dans un placard la boîte à musique. La nuit venue, la boîte se met à fonctionner toute seule, et Drop Dead Fred refait son apparition !

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Je ne connaissais pas du tout l’existence de ce film jusqu’à ce que ma copine blogueuse Amandine (qui a fait une excellente rétro sur Rik Mayall, je ne peux que vous inviter à la découvrir – sous la fiche de présentation – même si vous ne connaissez pas du tout cet acteur-humoriste) m’en parle et me demande même d’y jeter un oeil. Je ne connaissais pas alors sa mauvaise réputation à sa sortie (Mayall s’en est également pris plein la gueule). Ne rien savoir sur le film m’a certainement aidée à l’apprécier. En tout cas il ne méritait pas un tel cassage. Je ne crie pas au chef-d’oeuvre mais ça m’a surprise d’avoir bien aimé. Pourtant, pour tout vous avouer, les premières minutes ne m’ont pas spécialement rassurée. Je trouvais l’image assez vieillie (et je n’avais pas encore vu certains effets spéciaux) et j’avais peur d’être confrontée à une histoire très niaise, dépassée pour moi (parce que hélas, au cinéma, films pour enfants signifie souvent films pour crétins, comme si les gosses étaient demeurés). Certes Drop Dead Fred a effectivement mal vieilli, notamment visuellement, on ne va pas se mentir. La mise en scène n’est pas non plus ce que j’ai vu de mieux (après j’ai aussi vu pire, je relativise), on évite également pas certains clichés. Sans être pour les remakes, je comprends le projet qui avait été mis en place (avec Russell Brand) pour dépoussiérer même si ça ne s’est pas fait visiblement. C’est aussi clairement un film adressé à un jeune public. Le risque avec ce genre de films est donc de se sentir un peu à l’écart. Cela n’a pas été le cas. Ca m’a fait plaisir de me sentir comme une grande enfant. Le film, qui passe très vite car il est assez bien rythmé, est enfantin mais je ne l’ai pas trouvé pour autant abrutissant, en tout cas cela n’est pas paru chez moi comme quelque chose de négatif, ça fait partie de son concept. En réalité, cela m’a surprise de constater un film plus adulte qu’il en a l’air. Et finalement plus profond qu’il en a l’air. Drop Dead Fred aborde alors le thème de la solitude (c’est-à-dire le fait de se mettre alors avec quelqu’un non pour des raisons sentimentales mais juste pour éviter d’être seule) et dans un autre sens celui de l’émancipation féminine. On est donc bien loin de quelque chose de « crétin » en apparence.

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Je ne connaissais pas du tout Rik Mayall avant les articles d’Amandine. Comme vous le verrez sur son blog, il a fait beaucoup de télé (et les séries en question ont eu du mal à trouver leur place en France, il faut donc savoir chercher !). On aurait pu le voir davantage au cinéma, notamment dans les Harry Potter dans lequel il incarnait Peeves mais hélas ses scènes ont été coupées (ce qui est dommage vu que le personnage est très amusant dans les bouquins, je suis sûre que Mayall collait bien en plus). En tout cas, si vous le ne connaissez pas et que vous souhaitez comme moi mieux connaître le « personnage » (oui parce que, en ce qui le concerne, on peut pratiquement parler de personnage) avant de s’attaquer à ses rôles marquants à la télé, n’hésitez pas alors à regarder le film rien que pour lui. Le bonhomme (hélas plus de ce monde puis 2014) ne méritait pas ces critiques dures à l’époque. Le personnage est certes caricatural rien que par son apparence, Mayall (c’est un peu sa « marque » de fabrique) en joue clairement en grossissant les traits de cet ami imaginaire espiègle. Après, je dirais que ce n’est pas uniquement de la caricature (en tout cas pas son interprétation négative), mais plutôt un esprit cartoonesque qui apparaît dans son interprétation, à l’image de tout le film d’ailleurs (après on y adhère ou non). Mais son interprétation ne peut pas se limiter à ça. Mayall parvient à montrer les différentes facettes du Fred du titre. Finalement, Fred est certes malin, parfois « vache », mais c’est aussi un personnage très attachant voire même étonnamment touchant, notamment en ce qui concerne son lien avec Elizabeth. Enfin, en ce qui concerne l’interprétation de Phoebe Cates (souvenez-vous, madame Kevin Kline dans la ville), j’étais au début sceptique pour tout vous avouer. Il faut dire qu’elle n’est pas nécessairement aidée par son personnage, un peu neuneu (il ne faut pas oublier qu’elle a un côté très gamin même avant de revoir Fred alors qu’elle est censée avoir pratiquement 30 piges). Mais petit à petit, je me suis attachée à elle et la présence de Cates n’y est pas totalement étrangère (même si encore une fois, je ne prétends pas.

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The Following

Créée par Kevin Williamson

avec Kevin Bacon, James Purefoy, Shawn Ashmore, Natalie Zea, Annie Parisse, Valorie Curry, Adan Canto, Nico Tortorella, Kyle Catlett, Connie Nielsen, Sam Underwood, Jessica Stroup, Zuleikha Robinson, Gregg Henry, Valerie Cruz, Tiffany Boone…

Thriller / policier / drame américain. 3 saisons. 2013-2015.

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Joe Carroll, un serial killer diabolique, utilise la technologie pour créer une secte de tueurs en séries, tous reliés les uns aux autres alors qu’ils sont dispersés aux quatre coins des Etats-Unis. L’ancien agent du FBI Ryan Hardy, qui l’a traqué et capturé par le passé, qui a même écrit un livre sur lui et qui connait la moindre de ses ruses, se voit contraint de reprendre du service…

Photo James Purefoy

Connu pour avoir écrit le scénario des Scream, Souviens-toi… l’été dernier ou encore The Faculty, Kevin Williamson est aussi le créateur de deux séries ultra connues (pour l’une, on peut vraiment dire culte) : Dawson et Vampire Diaries. Il a aussi crée une série un peu moins connue mais qui valait au départ le tour : The Following. Une secte très dangereuse est au coeur de ce programme qui a duré en tout trois saisons, chacun comportant quinze épisodes d’une quarantaine de minutes. La secte meurtrière est celle fondée par un certain Joe Carroll, un charismatique professeur de littérature, fan absolu d’Edgar Allan Poe. Les crimes paraissent absurdes dit comme ça mais finalement à peine plus que ceux perpétués par des terroristes actuellement soi-disant au nom d’une religion. La série a donc le mérite de dénoncer les dérives du fanatisme sans prendre le risque de viser une communauté. Il y a quelque chose d’assez réaliste dans la manière de présenter la secte, la folie des membres, l’horreur des actes etc… Mais en même temps, le fait de choisir une figure aussi culte que celle de Poe en guise de cause donne une autre dimension à la série, qui va au-delà de la question de la fiction. Disons que ça donne du piment, ce petit quelque chose particulier qui a su me séduire quand je l’ai découverte. Dans la première saison, on suit alors la traque de Joe Carroll, évadé de prison, et encore plus motivé pour commettre un max de crimes odieux. Le premier épisode était vraiment fort : très violent (j’étais là tout le long « nooon mais la nana va pas faire ça… OHHH ELLE VIENT DE FAIRE UN TRUC DEGUEU ! »), très intense, on comprend les enjeux assez rapidement,  on cerne également bien la dualité entre Carroll et le flic Ryan Hardy et on a tout de suite envie d’enchaîner les autres épisodes. Et effectivement, la première saison est vraiment addictive. Pour moi, il s’agit d’un critère essentiel lorsque je regarde une série. J’ai limite besoin d’avoir ma dose et là c’était véritablement le cas au point où je faisais abstraction de certains défauts, le principal étant celui de faire passer le FBI pour une bande d’incapables, il faut bien l’admettre. Mais encore une fois, la première saison est si captivante que je n’ai pas forcément fait gaffe sur le moment sur certains détails.

Photo James Purefoy, Kevin Bacon

Quand on voit la fin de la première saison, on a l’impression qu’une boucle est bouclée et que rien ne laisse présager une seconde saison. Finalement, face aux bonnes audiences (au début donc, car après ça s’est bien cassé la gueule… étonnant que cette série ait tenu trois saisons !), une deuxième saison voit donc le jour. On sent les scénaristes pris au dépourvu. En tant que spectatrice de lat première saison, face à cette annonce, j’étais partagée. D’un côté, en tant qu’addict’, j’étais ravie de voir l’aventure se prolonger; de l’autre, j’avais peur que ça tourne en rond, qu’on n’ait plus à dire. Etrangement, cette deuxième saison se situe entre les deux. Je fais en tout cas partie des spectatrices (plus que) satisfaites par la suite même si je comprends les critiques davantage négatives à son égard. Certes, si on regarde bien, il n’y a pas beaucoup de nouveautés, il y a des effets de répétition mais encore une fois étrangement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Je trouve que l’histoire de la deuxième saison tient debout par rapport à ce qu’on a vu au cours de la première saison. Certes, ça tourne un peu en rond mais en même temps c’est assez réaliste dans le sens où on ne se débarrasse pas d’une secte du jour au lendemain. Le comeback de Joe Carroll peut paraître un peu de trop (du genre « coucou, j’étais mort bah en fait non JE VOUS AI EU ») mais la recette fonctionne toujours autant. Il faut dire que James Purefoy (connu pour avoir incarné Marc Antoine de la géniale série Rome) est parfait dans le rôle. Il est étrange d’avoir autant envie de revoir un salaud pareil. Son duel avec Kevin Bacon (même si son interprétation n’est pas forcément fine mais ça passe) fonctionne également bien même si je peux admettre que la dimension psychologique des personnages n’est pas suffisamment poussé (ce n’est en tout cas pas le point fort de la série). Mais cela reste toujours intense et addictif. De plus, même s’il n’y a pas des tonnes de changements, certains ajouts fonctionnent. Si je n’aime pas nécessairement les personnages des jumeaux qui tombent trop dans la caricature et manquent de charisme – à l’image des autres followers (le point noir de la série), en revanche, j’ai tout de même beaucoup aimé le personnage incarné par Connie Nielsen.

Photo James Purefoy

Et puis, arrive la troisième et ultime saison. On savait que la deuxième saison était une idée déjà folle mais finalement ça marche. Mais je sais au fond de moi qu’une troisième serait – vraiment – de trop. On sent la fausse bonne idée. Surtout, d’après ce que j’ai compris, il y a eu pas de mal de changements dans les équipes, notamment en ce qui concerne celle des scénaristes. Hélas, tous ces changements ont été une très mauvaise idée. Tout ce que je craignais arrive pour de bon. En ce qui concerne les séries, comme vous avez pu le constater à travers mes notations dans mes différents bilans, je reste plus tolérante. Une série me séduit de base si je parviens à regarder facilement les différents épisodes, si je ne peux pas m’en passer. Cela ne signifie pas qu’on doit admettre toutes les bêtises mais je ferme plus facilement les yeux que pour les films. En général, je ne suis donc pas exigeante. Mais là alors, cette troisième saison bat des records de connerie télévisuelle. Elle flingue à elle seule toutes les bonnes choses qui ont été mises en place durant les précédentes saisons. Alors que The Following avait le mérite d’être une série plus que divertissante, voilà qu’elle devient réellement chiante (veuillez excuser ma grossièreté). J’ai mis des mois (et je ne plaisante pas) pour terminer cette dernière saison. C’est d’une lenteur incroyable, Joe Carroll (l’âme de la série) est pratiquement absent (certes, on va l’exécuter mais cela n’excuse pas tout), Kevin Bacon se perd et en fait des toooonnes pour montrer la noirceur de son personnage, son personnage n’a – miraculeusement – plus de problèmes cardiaques, les méchants (qui parlent 3h avant d’essayer de tuer Hardy… le gars devrait être mort depuis un siècle mais face à de tels crétins, pas étonnant qu’il soit encore vivant !) sont encore plus bidons que tous ceux qu’on avait pu voir jusqu’à présent, le problème avec les jumeaux qui s’éternisent etc… Seule la fin reste valable : même si on sait qu’il n’y aura plus d’autres saisons, elle laisse tout de même une ouverture par rapport aux sorts des personnages, surtout celui de Ryan Hardy car on sait très bien que c’est le genre d’histoires qui ne peut pas trouver d’issue aussi rapidement dans la réalité. Ca fait mal au coeur de constater un tel gâchis.

Photo Jessica Stroup, Kevin Bacon, Michael Ealy

Anomalisa

réalisé par Charlie Kaufman et Duke Johnson

avec les voix originales de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh et Tom Noonan.

Film d’animation, drame américain. 1h30. 2015.

sortie française : 3 février 2016

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Michael Stone, mari, père et auteur respecté de « Comment puis-je vous aider à les aider ? » est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie…

Anomalisa : Photo

Anomalisa, Grand Prix à la Mostra de Venise et nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation » (face à l’imbattable Vice Versa), était à l’origine une pièce de théâtre conçue pour être entendue : pour résumer, les acteurs interprétaient oralement leurs textes. Ainsi ils étaient accompagnés de cartons racontant l’histoire. A l’époque, David Thewlis, Jennifer Jason Leigh et Tom Noonan faisaient déjà partie du casting tout comme Carter Burwell s’occupait déjà de l’accompagnement musical. Cette adaptation de pièce a donc mis dix ans à voir le jour. Pas étonnant quand on voit le défi technique magnifiquement relevé (il faudrait être aveugle pour ne pas le constater) ! En effet il s’agit d’un mélange de stop-motion et de « poupées ». Il faut d’ailleurs savoir qu’on voit plutôt bien les manipulations des animateurs ainsi que certaines coutures au visage volontairement, comme si ces dernières étaient des cicatrices. Le résultat est donc assez étrange car le résultat est vraiment réaliste et en même temps il y a quelque chose de poétique qui en ressort. On retrouve le même concept dans le film. Je résume rapidement : le personnage principal (Michael Stone) est doublé par David Thewlis. Tous les personnages autour de lui (masculins et féminins) ont la même voix mais aussi le même visage. Ces derniers sont tous doublés par Tom Noonan. Enfin, c’est donc Jennifer Jason Leigh qui prête sa voix à la fameuse Lisa annoncée dans le titre. Ca peut dérouter mais on comprend rapidement le but : Michael Stone, au patronyme très commun, s’ennuie comme une pierre j’ai envie de dire. Tout se ressemble dans son monde. Lisa représente la différence, que ce soit oralement ou physiquement. Elle-même se sent différente et également complexée par son physique (elle a quelques kilos en trop), ce qui fait du mal également à sa vie sociale. Via le titre, Lisa est aussi liée à l’anomalie. L’anomalie accentue évidemment cette idée de différence. Le terme fait penser à quelque chose de maladif mais il ne faut pas oublier qu’en anglais ce terme peut aussi désigner l’idée de ne pas se sentir à sa place. Cela prend encore plus de sens par rapport à ce qui est défendu dans le film.

Anomalisa : Photo

Certes le propos en lui-même n’est pas révolutionnaire, c’est-à-dire choisir entre le conformisme (qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, pouvant nous plonger dans l’ennui) et la liberté, surtout celle de vivre sa vie comme on l’entend et non par rapport à ce que la société nous dicte. Pourtant, justement, ce qui saute aux yeux dans ce film est son originalité. Ca a le mérite d’être différent – et par conséquent, ça a aussi le mérite de défendre jusqu’au bout la différence incarnée et revendiquée (ou non) par les personnages. Le résultat est donc surprenant dans le bon sens du terme même si j’espérais, au fil des scènes, être un petit plus remuée, notamment dans la décision finale de Michael Stone. Filmer l’ennui et la banalité n’est pas toujours évident (l’action étant en plus concentrée sur un temps limité), on peut très vite tomber dans le piège de rendre son film lui-même très pénible à regarder. Or, je suis rentrée tout de suite dans l’histoire et je ne me suis pas ennuyée même si on voit finalement, durant une journée, le quotidien (certes bouleversé par une rencontre mais ça reste dans l’idée de filmer la banalité) de Michael Stone. Le quotidien est notamment représenté par la fameuse scène de sexe dont on a pu tant entendre parler. Il faut avouer qu’elle est très réaliste, surtout pour un film d’animation. Avec le « buzz », j’avais un peu peur de sa gratuité (c’est-à-dire de la réaliser uniquement pour le défi technique) mais j’ai trouvé la démarche assez honnête. Ca a le mérite d’aller au bout de ses idées… et au fond ça fait du bien de voir des corps « normaux », voire même différents de ce qu’on voit habituellement dans les médias (et même – et surtout ? – au cinéma), sans vulgarité, juste montrer ce que feraient deux êtres après une belle rencontre. Le doublage de voix, assez par David Thewlis et Jennifer Jason Leigh (cette dernière a été nommée aux Independant Spirit Awards pour sa performance vocale), est par ailleurs excellent, permettant d’accentuer toutes les nuances d’une humanité partagée entre la déprime du conformisme et l’espoir de vivre réellement. Tom Noonan a également fait un excellent travail en doublant divers personnages et rendant le monde qui entoure Michael Stone encore plus angoissant.

Anomalisa : Photo

Le sentiment d’étrangeté qui apparaît grâce à différents éléments (dont cette fameuse histoire avec les voix et les visages similaires) se produit justement entre la banalité omniprésente (que ce soit par les personnages et la situation en générale) et le motif (pourtant habituel) de l’hôtel, le lieu où se déroule principalement l’intrigue de cette oeuvre. Il se nomme le Fregoli, en référence à l’artiste ventriloque du même nom. Il était réputé pour ses changements de costumes, pouvant interpréter cent rôles costumés dans un même spectacle. On a repris son nom pour un terme psychiatrique. le syndrome de Fregoli. Les personnes atteintes de ce syndrome sont persuadées d’être persécutées par une autre personne en imaginant cette dernière déguisée et changeant régulièrement d’apparence. Ce sentiment de paranoïa, éprouvé par Michael Stone, est bel et bien présent, l’illustration visuelle correspond bien à ce qui se passe dans l’esprit de cet homme. Le co-réalisateur Charlie Kaufman est donc décidément obnubilé par cette question autour de l’homme-marionnette qui était déjà au coeur du déroutant Dans la peau de John Malkovich (Being Malkovich) de Spike Jonze dont il était le scénariste. En effet, rappelons-nous de certains éléments de ce film culte : Craig Schwartz (interprété par John Cusack) est marionnettiste. Il parvient à entrer dans le psychisme de l’acteur et par conséquent à le manipuler. On y trouve également une scène, assez similaire au concept proposé dans Anomalisa : comment ne peut-on pas faire le rapprochement avec cette scène dans laquelle John Malkovich lui-même est dans son propre psychisme et voit ses différents « doubles » ? Son illustration avec des marionnettes qui interprètent les personnages principaux prend alors encore plus de sens. Il n’y a rien de gratuit dans cette démarche, ni dans les autres éléments déjà relevés plus haut, la forme a pour but de servir le fond et finalement je trouve même que la forme et le fond trouvent tous les deux un bel équilibre. Je craignais que la forme, bluffante, prenne vraiment trop le dessus sur le fond mais finalement ce n’est pas le cas. Anomalisa est donc une jolie surprise avec une étonnante démarche artistique qui fonctionne jusqu’au bout.

Anomalisa : Photo

 

The Strangers

réalisé par Na Hong-jin

avec Kwak Do-won, Hwang Jung-min, Chun Woo-hee, Kunimura Jun…

titre original : Goksung

Thriller, policier, fantastique, épouvante-horreur, drame coréen. 2h36. 2016.

sortie française : 6 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

The Strangers : Photo Kwak Do-Won

The Strangers est le troisième long-métrage du coréen Na Hong-jin, le réalisateur de l’incroyable The Chaser (sans déconner, un de mes films préférés) et The Murderer (en revanche, même si je lui reconnais des qualités, je n’aime pas trop ce film). The Strangers, qui avait été présenté au dernier festival de Cannes en hors compétition, s’intitule en VO Goksung. Il s’agit du village dans lequel se déroule l’intrigue. Et il s’en passe de ces choses dans ce village. Le début du film rappelle un peu l’ambiance de Memories of Murder de Bong Joon-ho (également un de films préférés, oui j’aime beaucoup le cinéma coréen actuel) : des corps atrocement assassinés retrouvés, des soupçons rapides sur un individu sans trop savoir qu’en réalité les choses sont bien pires, un flic maladroit, voire même un boulet qui nous fait marrer au début, alors qu’il va être embarqué ici littéralement dans une spirale infernale. Plus on avance dans le film, plus des références, très éloignées du cinéma coréen, se multiplient. Le réalisateur ne s’en cache pas : il s’est beaucoup inspiré de L’Exorciste de William Friedkin et de Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Il y a donc beaucoup de mélanges dans ce film : on passe du film policier voire le thriller, en passant par le film d’épouvante mettant en scène des démons ou même le film de zombie. Il y a quelque chose de grotesque également. Il faut avouer : ça peut dérouter. On sent parfois le réalisateur débordé par les références mais aussi plus généralement par son enthousiasme. Je précise que la multiplication de genres et de références ne me dérange pas du tout en soi, du moment qu’il y a un minimum de cohérence et de gestion. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas mais tout de même j’ai parfois senti un peu trop de débordements et donc parfois de l’égarement. Il faut dire que sur 2h30, c’est difficile de tenir le pari. La durée fait d’ailleurs débat au sein de la presse et de la blogosphère. Pour ma part, je vais nuancer. Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui est déjà bien en soi. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce film. Cela dit, quand je suis face à un film qui dépasse les deux heures, je me pose toujours cette question qui me semble légitime : les longueurs étaient-elles nécessaires ? Je ne suis pas sûre ici, ou en tout cas, je dirais qu’il y a quelque chose de pas toujours bien géré, principalement à cause du scénario, pourtant plutôt bon (qui est dans un sens, à sa manière, développé, peut-être parfois mal, mais bel et bien développé), mais encore une fois, qui a tendance à s’égarer par moments. Je n’ai rien contre les rebondissements et avouons que la fin est juste hyper glaçante, mais là il y a un moment où c’est (pour caricaturer) : c’est la fin, mais en fait non, parce qu’il y a machin qui est ça, et nooon en fait et ben c’était même ça, il y a une troisième fin qui arrive dans ta gueule.

The Strangers : Photo Chun Woo-hee

J’ai l’air de gueuler alors qu’en réalité, en dehors de ces quelques points (qui empêchent selon moi le film d’accéder à un statut de chef-d’oeuvre alors qu’il en avait la possibilité  – The Chaser, lui, reste un chef-d’oeuvre), j’ai beaucoup aimé The Strangers et je ne peux que le conseiller, surtout si vous êtes comme moi des amateurs de cinéma coréen (parce qu’on est en manque, disons-le). Ca a le mérite, malgré les nombreuses références et la multiplication des genres, d’être audacieux, on ne voit pas nécessairement ce genre de propositions artistiques actuellement. Et malgré mes quelques bémols, qui empêchent parfois de voir tout de suite où le réalisateur veut en venir et en nous laissant parfois sur quelques interrogations (même si je pense avoir globalement compris), ça reste paradoxalement bien foutu, notamment en ce qui concerne la mise en scène. En fait, Na Hong-jin tente de proposer autre chose sur la forme en jouant avec différents codes mais il y a tout de même une certaine continuité à travers le thème du mal qui semble envahir son oeuvre jusqu’à présent. Surtout, encore une fois, malgré des défauts selon moi, je n’ai vraiment pas vu le temps passer. The Strangers est réellement un film captivant, qui a le mérite d’emmener le spectateur (malgré quelques égarements encore une fois) dans différentes émotions. Certaines scènes sont vraiment impressionnantes et n’ont franchement rien à envier à L’Exorciste de Friedkin (la gamine est vraiment bluffante). Certes, pour les Occidentaux, il y a peut-être quelques éléments qui ne nous parleront pas lorsque nous ne sommes pas habitués à la vision de la vie et de la mort en Asie. Mais dans l’ensemble, sans trop en dire sur le scénario, ce point en question fonctionne très bien dans le film. Surtout, le propos derrière est extrêmement puissant. Comment ne pas y voir là-dedans une vision extrêmement sombre de l’Eglise catholique, qui perd de l’importance face aux croyances plus de l’ordre du folklore ? Comment aussi ne pas penser aux relations tendues entre la Corée et le Japon ? Le casting est également à la hauteur. J’ai bien aimé l’interprétation de Kwak Do-won, qui interprète Jong-gu le policier même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser tout le long du film à Song Kang-ho (et pas uniquement à cause du lien qu’on peut établir avec Memories of Murder, les deux acteurs se ressemblent réellement physiquement). Mais l’acteur se fait pour moi un peu voler la vedette par ses partenaires, que ce soit par Hwang Jung-min, un excentrique et charismatique chaman (la scène d’exorcisme très carnavalesque est surprenante au passage), l’acteur japonais Kunimura Jun (qu’on a pu notamment voir dans Kill Bill de Quentin Tarantino, Outrage de Takeshi Kitano ou encore Audition de Takashi Miike) est jusqu’au bout angoissant et enfin, même si on ne la voit pas tant que ça, par l’énigmatique Chun Woo-hee.

The Strangers : Photo Han Chul

Viva

réalisé par Paddy Breathnach

avec Hector Medina Valdés, Jorge Perugorria, Luis Alberto Garcia, Mark O’Halloran…

Drame irlandais, cubain. 1h40. 2015.

sortie française : 6 juillet 2016

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A Cuba, un jeune homme qui coiffe les perruques d’artistes travestis, rêve de chanter dans leur cabaret. Mais son père, qui sort de prison, a d’autres rêves pour lui…

Viva : Photo

Ca fait depuis quelques mois que j’attendais la sortie de Viva (co-produit par l’acteur Benicio Del Toro et scénarisé par Mark O’Halloran, qui apparaît également dans un rôle secondaire), qui avait été sélectionné pour concourir à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour représenter cette année (il avait terminé dans la shortlist des 15 mais n’est pas parvenu à être dans les cinq derniers – mais ça faisait depuis un long moment que l’Irlande n’était pas allé aussi loin dans la compétition en ce qui concerne cette catégorie). Je ne me suis jamais cachée (notamment dans mon article sur les films à regarder à l’occasion de Saint-Patrick) : j’aime suivre les talents irlandais. Je ne connaissais pas du tout le travail du dublinois Paddy Breathnach jusqu’à présent (le réalisateur de Shrooms ou encore de Blow Dry) mais je n’ai pas été déçue. L’histoire ne se passe pas du tout dans le pays d’origine du réalisateur mais à Cuba, dans la misère. Le personnage principal Jesùs n’a jamais de thunes. Son travail de coiffeur (en gros il coiffe des petites vieilles ainsi que des perruques dans le club dans lequel il deviendra plus tard Viva) ne lui rapporte pas beaucoup d’argent et est parfois contraint de se prostituer tout comme un de ses amis, qui espère aller en Espagne. Sa meilleure amie Cecilia couche avec un boxeur dans l’espoir de pouvoir aller vivre aux Etats-Unis (dans un sens, c’est une autre forme de prostitution). Quant à son père, Angel, ancien boxeur au passé très violent, il sort de prison. Paddy Breathnach parvient à mettre en scène deux choses pourtant différentes : d’un côté, filmer la banalité de beaucoup de jeunes cubains (qui mangent simplement une glace dans la rue… avant de repartir avec un client), de l’autre, magnifier les travestis du spectacle qui se donnent à fond et avec sincérité. Le réalisateur n’émet également aucun jugement face aux choix et comportements des personnages, notamment en ce qui concerne le père de Jesùs. Il n’y a également pas de pathos ou de misérabilisme. Pourtant, c’est un film réellement émouvant. Certes, rien de nouveau à l’horizon en ce qui concerne les thèmes abordés mais pourtant on se laisse prendre par ce film qui n’ennuie pas. On pourra être frustré de voir peu de scènes de spectacle, cela dit, chaque scène musicale est réussie et a du sens dans le scénario et surtout en ce qui concerne l’évolution de Jesùs. On le voit d’abord hésitant puis il apprend à s’affirmer et enfin à être ce qu’il a toujours voulu être. La scène où Jesùs revient bourré dans le club après s’être encore prostitué et chante tout son désespoir avec Mama est très forte. La dernière scène est également très forte et clôt parfaitement le long-métrage.

Viva : Photo

Les fameuses scènes musicales sont donc tournées en playback et pour le public étranger, il n’y a pas de sous-titres. C’est un choix volontaire de la part du réalisateur qui voulait faire passer de l’émotion sans avoir besoin qu’on comprenne nécessairement les paroles. Effectivement ce choix fonctionne complètement. Il y a aussi quelque chose qui semble a priori simple dans la mise en scène (par le fait de filmer le quotidien de cubains) mais pourtant on sent que Paddy Breathnach sait ce qu’il fait et où il mène son film. Le scénario tient également debout, chaque étape semble logique et la fin est très belle même si dans la réalité je doute que les personnages évoluent aussi rapidement. Mais ça passe tout de même, ne faisons pas non plus de trop de chichis. Le film séduit alors pour son ode à la différence, à l’acceptation de soi et des autres, l’encouragement à trouver sa véritable identité Viva bénéficie d’un casting formidable. On sent surtout beaucoup de sincérité. Certes, ça ne fait pas tout (sinon beaucoup de films seraient bons) mais là ça donne une réelle dynamique et surtout une véritable émotion sans surenchère (au passage, le film n’est pas vulgaire). Dans le rôle de Viva / Jesùs, le jeune Hector Medina Valdés est bluffant. Il parvient à incarner avec beaucoup de justesse et de naturel ce jeune garçon doux, même innocent, confronté à la dureté de la vie et qui va affirmer son identité et tout simplement choisir sa vie telle qu’il l’entend. Dans le rôle du père alcoolique et macho qui tente de se rapprocher maladroitement de son fils, Jorge Perugorria (une star cubaine que vous avez pu voir dans Fraises et Chocolat de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío et Che de Steven Soderbergh) est également impeccable. Son rôle n’est pas non plus facile mais, certainement aidé par une écriture fine, son interprétation a une certaine subtilité, malgré le côté brutal affiché d’emblée. Il parvient à exprimer une véritable gamme d’émotions. Enfin, j’ai énormément Luis Alberto Garcia, vraiment attachant dans le rôle de Mama, qui dirige le Club et qui fait aussi en quelque sorte partie de la famille de Jesùs. Je ne peux alors que vous conseiller ce film qui passe malheureusement inaperçu dans les salles françaises, comme beaucoup d’autres films tous les étés.

Viva : Photo

Conjuring 2 : Le cas Enfield

réalisé par James Wan

avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Frances O’Connor, Madison Wolfe, Franka Potente, Simon McBurney, Maria Doyle Kennedy…

Film d’épouvante-horreur américain. 2h13. 2016.

titre original : The Conjuring 2 : The Enfield Poltergeist

sortie française : 29 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une nouvelle histoire vraie issue des dossiers d’Ed et Lorraine Warren : l’une de leurs enquêtes les plus traumatisantes.
Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Conjuring 2 : Le cas Enfield : Photo Madison Wolfe

J’avais déjà beaucoup aimé Conjuring : Les Dossiers Warren par la même équipe (James Wan à la réalisation, le couple Patrick Wilson-Vera Farmiga devant la caméra), c’est pour cette raison que j’ai voulu aller découvrir cette suite très rapidement, même si j’avais peur qu’elle ne soit pas à la hauteur du premier opus (et je précise que je n’ai pas encore vu entre-temps le – visiblement – désastreux spin-off Annabelle de John R. Leonetti). En dehors de la horde d’ados déchaînés dans la salle qui ont foutu un incroyable bordel (donc j’en profite : allez vous faire foutre !), j’ai étonnamment aimé cette suite qui elle aussi s’inspirerait bien d’une histoire vraie (ce qui bien mis en avant – même si les ados dans la salle ont mis une plombe à capter l’info – donc en plus ils ne savent pas lire, passons). En effet, entre 1977 et 1979, la famille Harper (qui vit donc à Enfield en Angleterre), aurait été harcelée et menacée par un fantôme. Ce fait divers avait déjà été au coeur d’un téléfilm en 2015, The Enfield Haunting, avec Timothy Spall. On aurait pu croire que le changement de lieu (le premier film se déroulait entièrement aux Etats-Unis, cette suite une bonne partie en Angleterre) était superficiel. En réalité, il ne fait que confirmer la volonté de proposer un film différent (ce qui est déjà bien en soi – même s’il s’agit d’un film commercial) tout en gardant certaines structures déjà présentes dans le premier. Il y a un bon compromis trouvé pour faire une bonne transition entre les deux films sans donner une impression de répétition. Je dirais d’ailleurs que cette suite ne devrait pas perturber ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de découvrir le premier opus. En fait, il reprend bien la structure du premier film dans le sens où durant une première partie, on nous présente parallèlement le travail des Warren et la famille en détresse attaquée par les fantômes, puis dans la seconde partie, il y a une rencontre entre la famille et les Warren (jusqu’à la solution finale). Mais pourtant on a clairement pas l’impression de voir la même chose. Peut-être parce qu’on passe de la campagne éloignée du monde (dans le premier opus) à un environnement plus urbain. Ces deux films font tous les deux peur (en tout cas en ce qui me concerne) mais grâce à l’environnement, je dirais que cette peur en question s’exprime différemment. C’est plus ça qu’il faut retenir que le changement de pays. En tout cas, l’ambiance très années 70s (dans les costumes, décors ou même choix musicaux) fonctionne toujours autant. Ca permet de rendre hommage au cinéma d’horreur de cette époque mais en n’essayant pas à tout prix de faire du copier-coller.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Vera Farmiga

Certes, on retrouve pas mal de jumpscares mais je trouve qu’ils sont très efficaces, c’est déjà pas si mal (surtout quand on voit l’état du cinéma d’horreur actuellement). Au-delà de la peur que j’ai ressentie, je trouve qu’on trouve mine de rien une certaine inventivité qui fait plaisir à constater, surtout de la part d’un film de studio. Certaines scènes sont vraiment intenses grâce à des idées bien exécutées. Evidemment, toutes les scènes avec la vieille madame démon sont flippantes (notamment celle avec le tableau, très bien faite). Il y a aussi cette scène dans laquelle le couple Warren et autres intervenants se retournent pour pouvoir faire parler le démon dans la petite fille : on voit, dans le flou et en arrière-plan, le changement de personnage. C’est ça qui est effrayant : on ne voit pas clairement ce qui se passe et en même temps le peu qu’on voit permet au spectateur d’aller puiser dans une certaine imaginaire et surtout de s’attendre à ce qu’il ne veut pas voir. Justement cette question sur la perception est très bien traitée dans le film, notamment autour de ce qu’on voit et ce qu’on croit (voir). A noter la présence de détails, notamment en ce qui concerne une des « révélations » permettant de résoudre l’intrigue. On sent toujours l’investissement et la patte personnelle de James Wan. La mise en scène est toujours aussi soignée et précise. Il y a aussi un grand soin accordé aux décors et aux costumes, qui contribuent aussi à l’atmosphère angoissante très présente. L’ensemble est également très prenant. La preuve : avant d’aller au cinéma, je n’avais pas pris le soin de regarder la durée. J’ai été surprise d’apprendre en sortant de la salle qu’il durait 2h13. Je n’ai pas senti de longueurs. Certes, pourtant, le film prend le temps d’exposer l’histoire mais je ne me suis pas ennuyée car le montage, très équilibré pour présenter les deux parties, est très efficace, et surtout encore une fois, il y a une ambiance présente du début jusqu’à la fin. Le casting est également à la hauteur. Comme dans le premier opus, Patrick Wilson et Vera Farmiga sont très bons. Encore une fois le couple qu’ils forment fonctionne et reste attachant. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment en tête Madison Wolfe, bluffante en gamine possédée à la limite de la schizophrénie par moments. Elle m’a parfois rappelée à l’époque la petite Regan (Linda Blair) dans L’Exorciste sans toutefois chercher à l’imiter.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Benjamin Haigh, Lauren Esposito, Maria Doyle Kennedy, Patrick Mcauley

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 2)

Créée par Robert Carlock et Tina Fey

avec Ellie Kemper, Tituss Burgess, Carol Kane, Jane Krakowski, Sara Chase, Lauren Adams, Dylan Gelula, Sol Miranda, Lisa Kudrow, Tina Fey, Jon Hamm, David Cross, Anna Camp, Ice-T, Jeff Goldblum, Joshua Jackson, Zosia Mamet…

Série comique américaine.  2e saison. 2016. 

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Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinis possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

Photo Ellie Kemper, Jane Krakowski, Tituss Burgess

J’avais relevé quelques défauts mais j’avais été très satisfaite par la première saison de Unbreakable Kimmy, créée par Tina Fey et Robert Carlock (à l’origine de la très bonne série 30 Rock). J’avais donc envie de connaître la suite des aventures de la Kimmy du titre (et aussi de ses amis), de voir si elle était capable de se reconstruire pour de bon après le procès du Révérend (interprété par Jon Hamm) qui l’avait retenue dans un bunker pendant quinze ans. Avant de commencer à découvrir cette saison 2, je n’avais pas spécialement envie d’écrire un billet de peur de me répéter. Mais en fait, je chronique cette saison en question car elle est différente de la première et par conséquent le ressenti est également différent. On pourra dire ce qu’on veut : on pourra être content de voir du changement, de ne pas rester sur des acquis, d’avoir envie de faire évoluer les personnages. Ainsi, la première saison était très portée sur l’avenir. Or, cette deuxième saison tourne autour du passé. Kimmy a beau être un personnage optimiste, ses blessures sont bien réelles. Elle ne peut plus fuir éternellement ce qui s’est passé et elle a besoin de revenir sur son enfance et son enlèvement pour pouvoir grandir pour de bon et ne plus être la grande enfant qu’elle est actuellement. Par conséquent, autre changement lié à la question du temps : cette saison est certes toujours drôle mais elle est bien plus profonde que la précédente. On savait bien qu’il y avait déjà une part de psychologie mise en place dans la première saison mais on sentait bien que Tina Fey et Robert Carlock avaient préféré privilégier l’humour très cartoonesque et l’optimisme. Attention, ces deux éléments sont toujours présents dans cette nouvelle saison mais il me semble que ce n’était pas la priorité des créateurs et des scénaristes. La psychologie est si mise en avant qu’elle est concrètement intégrée dans le scénario : en effet, Kimmy rencontre une psy complètement barge, alcoolique et schizophrène, incarnée par Tina Fey justement (excellente au passage – plus marquante que dans la première saison dans un autre rôle – même si on a parfois l’impression qu’elle fait un peu trop son show – on sent que ne plus être l’héroïne d’une série doit lui manquer). Cela va lui permettre de mieux comprendre certains éléments. Parmi ces scènes de compréhension nécessaires à sa reconstruction, on notera l’épisode très réussi dans lequel elle voit des parties de sa vie façon dessin animé de Disney avec sa mère (interprétée par Lisa Kudrow, très bien au passage dans l’épisode final) et le Révérend.

Photo Ellie Kemper, Jeff Goldblum

Cette saison 2 se veut donc plus profonde et sur ce point, je trouve qu’elle est assez réussie et pas uniquement en ce qui concerne Kimmy, ce qui crée encore plus de cohérence dans le propos. En effet, tous les personnages sont concernés par leur passé pour pouvoir mieux avancer. Ainsi, Titus affronte son passé « d’hétéro » mal sans sa peau et assumer enfin ses responsabilités en se mettant en ménage avec quelqu’un. Jacqueline, divorcée et qui n’a plus un sou, assume de plus en plus ses origines indiennes. Quant à Lillian, elle se bat pour préserver son quartier  face aux hipsters et plus généralement face aux changements. J’ai aimé cette saison intelligente et touchante, cela dit, comme la saison précédente, elle a ses défauts. Ce sont des défauts différents de la première saison. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis habituée ou non mais je trouve qu’il y a peut-être moins de « grimaces » et d’humour forcé dans cette seconde saison. De ce point de vue là, il y a eu des progrès. En revanche, le véritable problème de cette saison est son rythme. Certes, je ne dirais pas que je me suis emmerdée, loin de là, sinon je ne me serais pas gênée de lui foutre une sale note. Ca reste amusant et divertissant. Mais j’ai tout de même senti au milieu de la saison un véritable coup de mou. Mine de rien, cette saison est un peu plus longue que la précédente. En effet, la première saison comportait dix petits épisodes qui duraient chacun une petite vingtaine de minutes. Or, cette deuxième saison est composée de treize épisodes qui durent désormais trente minutes. Ca parait peu dit comme ça et pourtant on sent une énorme différence ! Certes, ces quelques ajouts sont dans la continuité de ce qui a été mis en place autour de la psychologie des personnages. Effectivement, on voit davantage les rôles secondaires dans cette saison tout en gardant bien en tête que le personnage central reste Kimmy. Cela dit, les longueurs se ressentent, on sent que ça s’étire inutilement finalement. Supprimer certains épisodes aurait été judicieux finalement. Surtout, si on sent qu’il y a une volonté de penser au sort de tous les personnages, je n’ai pas trouvé qu’ils étaient tous mis sur le même niveau. En effet, on voit toujours autant Titus (et ses formidables péripéties), le personnage de Lillian a également été très bien développé (et tant mieux car elle n’était pas suffisamment présente dans la première saison) mais celui de Jacqueline m’a semblé plus délaissée alors que son évolution est hyper intéressante. Ca m’a beaucoup frustrée !

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Heureusement, cette saison sait où elle va malgré quelques égarements et trouve une bonne fin : elle clôt bien la saison tout en offrant une véritable ouverture (par une véritable révélation sur Kimmy). Par conséquent, cela donne envie de découvrir la saison 3 (déjà commandée par Netflix). Surtout cette saison regorge tout de même d’un grand nombre de moments très drôles. Certes, difficile de nous faire oublier le désormais mythique « Peeno noir » mais certaines scènes valent tout de même le détour. Je pense notamment à l’intervention hilarante de Jeff Goldblum en présentateur d’un show hyper malsain profitant de la misère humaine, au coming-out du copain de Titus à sa famille qui va frustrer notre drama queen préférée, la venue des hipsters (avec Zosia Mamet de Girls), l’épisode hommage et délirant au Menthos ou à l’apparition étrange de Ice-T. Enfin, même si on la voit moins durant cette saison, Jacqueline nous offre un grand nombre de scènes très drôles, encore plus que dans la précédente saison. Elle est hilarante avec sa famille indienne, en tentant de retrouver ses véritables origines alors qu’elle a l’air encore très New-Yorkaise (et qu’elle raconte en plus n’importe quoi dans une langue ou encore lorsqu’elle tente de sauver les apparences en voulant prouver à tout le monde qu’elle a encore de l’argent. Jane Krakowski est toujours aussi excellente dans le rôle de cette femme vénale qui devient plus humaine au cours de cette saison. Elle reste attachée à l’argent, aux apparences dans la société mais elle commence à s’en détacher et à s’intéresser enfin aux sentiments qu’elle peut éprouver pour les autres. Le chemin reste évidemment long pour qu’elle change totalement mais il est en tout cas formidable de voir une interprétation qui  reste toujours dans cette optique caricaturale, à l’image du reste de la série (il s’agit plus d’une remarque qu’une critique) tout en commençant à donner plus de « nuances » à son personnage. Evidemment, parlons d’Ellie Kemper, qui incarne notre Kimmy préférée. Elle aussi est formidable dans le rôle-titre et comme Krakowski, tout en continuant à jouer sur la carte du cartoon, elle parvient aussi à donner plus d’émotion et de profondeur à son personnage grâce à une écriture qui va dans ce sens. Evidemment, quel bonheur de revoir Tituss Burgess dans le rôle de Titus ! Il est toujours aussi excellent ! Il faudrait regarder cette série rien que pour ce gars ! Enfin, à l’image de son personnage Lillian qui est davantage développé dans cette saison, Carol Kane m’a encore plus fait rire que dans la première saison. Bref, pour conclure, une nouvelle bonne saison qui a le mérite de corriger quelques erreurs de la précédente, même s’il y en a d’autres qui entrent en jeu, qui restent malgré tout divertissante (malgré un coup de mou) et toujours aussi ouverte à la réflexion.

Photo Ellie Kemper

The Walking Dead Challenge

Pour commencer notre charmant été sur le blog, je réponds au 30 Days Challenge The Walking Dead (que j’ai notamment pu voir chez Tequi et Céline). Pour pouvoir être plus rapide, je réponds aux 30 « jours » / points au sein de ce même billet.

C’est parti mes amis les zombies ! (avec beaucoup de spoilers !).

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1) Pourquoi as-tu commencé la série ? J’ai commencé à la suivre dès la diffusion de la première saison sur AMC. J’étais une grosse fan de films de zombies, que ce soit en regardant des Romero (La Nuit des Morts-Vivants, Zombie, Le Jour des Morts-Vivants), certains de ses remakes (L’Armée des Morts) ou encore des films bien plus modernes et humoristiques (Shaun of the Dead, Zombieland, Black Sheep) ou encore moins sanglants (World War Z). Quand j’ai appris l’existence d’une série de zombie co-créée par Frank Darabont, j’ai sauté de joie, je savais que c’était fait pour moi !

2) Ce que tu aimes le plus. C’est très difficile de répondre à cette question car il n’y a pas nécessairement un truc en particulier. Paradoxalement, même si certains éléments se sont parfois transformés en défauts, je me suis attachée aux personnages, j’ai envie de connaître leur sort, de savoir où ils vont aller, comment ils vont survivre, garder leur humanité ou non. J’aime aussi l’ambiance : on finit par admettre que la présence de zombies fait partie de leur quotidien mais en même temps on est toujours sur nos gardes.

3) Ce que tu aimes le moins. On a l’impression que cette série ne parviendra jamais à avoir une véritable fin. Je ne sais pas si les scénaristes ont prévu une saison finale mais je crois qu’il serait temps d’y penser. Je trouve ça aussi dommage de voir l’hypothèse d’une éventuelle solution pour mettre fin au virus visiblement éliminée. Ca donne encore plus cette mauvaise impression d’avancer sans voir le bout du tunnel. C’est parfois désagréable.

4) Ton épisode préféré. C’est difficile de répondre car mine de rien il y a eu beaucoup d’épisodes forts ! Je dirais tout de même que l’épisode 8 de la saison 4 « Too Far Gone », qui marque la fin de la prison et la mort de Hershel (j’adorais ce personnage et sa mort est très violente) ainsi que celle du Gouverneur (il en était temps). J’étais vraiment sous le choc !

5) Ton personnage principal masculin préféré. Sans hésiter, Daryl Dixon (Norman Reedus). Il était discret dans la première saison, on sentait le potentiel de son personnage mais on n’aurait jamais cru qu’il deviendrait un personnage aussi emblématique au point de bouffer tout cru Rick. Daryl n’existait pourtant pas dans la BD d’origine. Et finalement c’est pratiquement le personnage préféré des fans de la série (sans vouloir parler à la place des autres mais je ne pense pas me tromper). Peut-être justement parce qu’il n’y a plus cette manie avec lui de comparer systématiquement avec la BD. En tout cas il s’agit d’un personnage charismatique qui aligne certes peu de mots mais qui sait botter des culs avec son arbalète, réfléchir (plus que Rick qui part en couilles) mais n’est pas juste cette figure en question, c’est aussi un personnage très sensible, qui a vécu beaucoup de choses (notamment avec son frère) qui expliquent pourquoi il est ce qu’il est.

Photo Jon Bernthal

6) Ton personnage principal féminin préféré. Carol (Melissa McBride). Je n’aurais également jamais pensé qu’elle prendrait autant de place dans la série. Carol était une femme battue, qui a vécu le pire en tant qu’épouse mais aussi en tant que mère (le sort de Sophia a beaucoup marqué de téléspectateurs – moi en premier). On la croyait affaiblie par tant de souffrances et finalement elle va se relever pour pouvoir devenir une femme forte, déterminée, capable de prendre des décisions difficiles, contestables et parfois immorales, même si, comme on le voit à la fin de la dernière saison, elle est à bout.

7) Ton personnage secondaire masculin préféré. J’ai beaucoup galéré pour répondre à cette question car on voit de moins en moins la frontière entre les personnages principaux et secondaires. Je vais choisir Eugene car c’est un personnage pas héroïque, contrairement aux autres personnages qui ont plus l’allure de survivants. C’est le gros loser du coin. Tout le monde dit « ouuuais non mais il sert à rien ce gars ». En même temps, j’aurais tendance à me comporter plus comme lui que comme un Rick en cas d’attaque de zombies…

8) Ton personnage secondaire féminin préféré. Sans dire que je l’adore des masses (là encore je rencontre le même problème qu’à la question précédente), je trouve Tara sympathique et assez dégourdie, elle a quelques moments à elle assez touchants, notamment avec le couple qu’elle formait avec la sympathique Denise.

9) Ton guest préféré. Dans la dernière saison, j’ai beaucoup aimé l’épisode très fort consacré à Morgan dans son passé. Il rencontre Eastmann (incarné par le toujours excellent John Caroll Lynch). Grâce à ce dernier, Morgan refuse désormais de tuer les humains. Ce guest permet donc de comprendre pourquoi Morgan agit de la sorte et surtout permet d’établir un véritable débat sur la vengeance voire même la peine de mort…

10) Le personnage que tu aimes le moins. Incontestablement, Lori (interprétée par la toujours pénible Sarah Wayne Callies). Pas loin, Sasha (Sonequa Martin-Green) me gave un peu aussi, elle tire toujours la gueule… Certes, vivre avec des zombies n’est pas hyper marrant mais il y a des limites au bout d’un moment… Enfin j’ai aussi du mal avec Rosita (Christian Serratos) que je trouve assez vulgaire.

Photo David Morrissey, Laurie Holden

11) Le personnage sur lequel tu as changé d’avis. Je dirais Carl. Pour moi, avant, c’était juste avant LE fils de Rick. Du genre « petit mec, tu sers à rien, mise à part de nous emmerder ». Mais au fil des saisons, il n’a plus ce statut infantilisant, il devient peu à peu un petit homme qui prend confiance en lui, qui sait combattre les zombies et finalement il est souvent courageux.

12) Le personnage le plus drôle. Là encore je vais de nouveau citer Eugene. C’est un peu le boulet de service qui semble n’avoir rien à faire dans ce milieu hostile mais finalement ses maladresses apportent un peu de fraîcheur face à tant d’horreur. Et il est même drôle (malgré lui) quand il agit intelligemment (du genre « je te bouffe les couilles pour attaquer »).

13) Le personnage le plus touchant. Je dirais plutôt « les personnages les plus touchants ». Je pense là au couple Maggie-Glenn qui croit encore à la vie, à un futur possible alors que tous vivent dans le chaos. Cela dit, Carol est aussi un personnage très touchant.

14) Le personnage qui ne sert à rien. Je n’aime pas forcément tous les personnages mais là je sèche. Je trouve qu’ils parviennent tous à exister malgré les défauts des uns et des autres.

15) Le personnage qu’on ne voit pas assez. Ces derniers temps, j’ai trouvé Michonne délaissée ! Que foutent les scénaristes ? On veut voir du Michonne en train de trancher des zombies ! Après je pense qu’il faudrait aussi développer davantage le rôle d’Aaron qui a du potentiel.

Photo Norman Reedus

16) Le personnage qui n’aurait pas dû mourir/partir. Hershel. Je sais pourtant qu’il n’aurait pas dû rester deux saisons (les scénaristes voulaient le faire partir avant mais face aux fans qui aimaient ce personnage, ils lui ont donné sa chance pendant pas mal d’épisodes) Mais il apportait quelque chose de bon à la série et aux autres personnages. Beth aussi n’aurait pas dû. Je trouve qu’on la fait partir sans exploiter tout le potentiel de son personnage. Pour moi, c’est du gâchis.

17) Le personnage qu’on ne regrette pas. Lori bien sûr ! Elle cassait les pieds à tout le monde… Après, elle ne méritait pas de mourir d’une manière aussi atroce (et marquante), je l’admets !

18) Ton couple préféré. Il n’en existe pas des tonnes alors je ne vais pas disserter et répondre tout de suite : Glenn & Maggie of course.

19) Ton couple détesté. Rosita et Abraham. Je trouve ce couple juste inintéressant (et en plus, j’aime pas Rosita…).

20) Les personnages que tu aurais aimé voir ensemble. Beaucoup ont répondu Daryl et Beth mais personnellement je préférerais voir plutôt de voir Daryl avec Carol. Il y a un truc qui fonctionne entre ces deux-là. Après on n’arrive pas encore à bien à savoir, même à l’heure actuelle, le fonctionnement de leur relation.

Photo Lauren Cohan

21) La plus grande garce (ou salaud). Avant c’était Le Gouverneur. Maintenant, ça va être Negan.

22) Le personnage que tu aimerais être. Euuuh mais sérieusement, vous pensez vraiment que j’aimerais être à leur place ?

23) Ce qui restera culte. Le premier épisode qui permet vraiment de poser toutes les bases, que ce soit avec la petite fille zombie, Rick qui sort de l’hôpital ou encore sur son cheval sur une autoroute déserte. Je pense aussi à Daryl et son arbalète, c’est presque devenu une image représentative de la série !

24) Votre acteur/actrice préféré. David Morrissey (qui incarnait le Gouverneur) parce qu’il a LE truc.

25) La mort qui vous a le plus ému. Celle d’Andrea même si je n’étais pas non plus une fan acharnée de ce personnage (sans la détester non plus). Elle comprend que son heure est venue et doit faire un choix difficile pour mettre un terme à ce qu’elle risque de devenir.

Photo Andrew Lincoln, Lennie James

26) La scène la plus marquante. Ca rejoint pas mal ce que j’ai dit sur ce qui est culte. Je rajouterai aussi certains décès, notamment ceux de Shane ou de Sophia.

27) La scène la plus drôle. Soyons honnêtes : il n’y en a pas des tonnes. C’est The Walking Dead, pas Friends les gars. Je vais revenir sur Eugene et son « je mange tes boules » qui m’avait bien fait marrer très récemment !

28) La scène la plus romantique. Hum… Là comme ça je n’en ai pas. Je dirais plus généralement que le couple Maggie et Glenn est romantique et offre par conséquent probablement des scènes romantiques. Mais bon, ça reste relatif…

29) La scène la plus flippante / choquante. Clairement, celle avec la gamine qui bouffe sa soeur (et elle sera tuée par Carol).

30) Ce que vous diriez à quelqu’un pour le convaincre de regarder The Walking Dead. Je la conseille évidemment à toutes les personnes qui aiment les films et séries de zombies (ça va de soi). Pour les spectateurs (et je pense même davantage à des spectatrices vu mon entourage et ce que j’ai lu sur de nombreux blogs), certes, on ne va pas se mentir : ça fait parfois peur, il y a du sang, des morceaux de corps partout. Il ne faut pas mettre ce programme entre de mauvaises mains même s’il est ultra populaire. Cela dit, le but de cette série (même si ça peut frustrer certains spectateurs) n’est pas de voir du zigouillage de zombies. Et d’ailleurs, même si ça en fait partie, dans les bons films de zombies, l’intérêt n’est pas juste de voir du sang. Il s’agit toujours d’une observation de notre société. Ici, le constat est le suivant : les hommes sont plus dangereux que les zombies. Cette série a beau avoir des défauts (les saisons 4 et 5 sont notamment en dessous), on sent qu’il y a tout de même derrière un propos.

Photo Andrew Lincoln, Josh McDermitt, Michael Cudlitz, Sonequa Martin-Green

 

Bilan – juin 2016

Cinéma

Les films sortis en 2016 (cinéma/dvd/vod)

The Door (Johannes Roberts, 2016) 1/4

45 ans (Andrew Haigh, 2016) 4/4

Ma meilleure amie (Catherine Hardwicke, 2016) 2/4

The Neon Demon (Nicolas Winding Refn, 2016) 4/4

My Life directed by Nicolas Winding Refn (Liv Corfixen, 2016) 3/4

Conjuring 2 : Le cas Enfield (James Wan, 2016) 3/4

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Rattrapages

A vif (Neil Jordan, 2007) 0/4

Couple de stars (Joe Roth, 2001) 3/4

In & Out (Frank Oz, 1997) 4/4

Ma vie sans lui (Susannah Grant, 2006) 1/4

Friends with Kids (Jennifer Westfeldt, 2012) 1/4

Baby Mama (Michael McCullers, 2008) 1/4

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Télévision

30 Rock (saison 2, 2007) 4/4

30 Rock (saison 3, 2007) 4/4

Six Feet Under (saison 3, 2003) 2/4

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 2, 2016) 3/4

Game of Thrones (saison 6, 2016) 4/4

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Lectures

Christine (Stephen King, 1983) 3/4

La bonté, mode d’emploi (Nick Hornby, 2001) 2/4


J’ai fait une petite pause avec le Movie Challenge mais ne vous en faites pas, je ne l’ai pas abandonné ! Je compte bien le finir avant la fin de l’année !

Pour cet été, je continuerai à publier quelques chroniques de films mais il y en aura moins que d’habitude – comme l’an dernier – car tout le monde doit se reposer. Je ne répondrai pas tout de suite aux commentaires en fonction de mes absences à droite et à gauche donc on ne s’inquiète pas de me voir moins réactive. J’en profiterai pour proposer de nouveau des sujets plus légers (j’ai en fait une montagne de TAG à rattraper) et profiter de chroniquer deux ou trois séries.

Passez tous un bel été et surtout de bonnes vacances !

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

The Neon Demon

réalisé par Nicolas Winding Refn

avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Karl Glusman, Desmond Harrington, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola…

Thriller, épouvante-horreur danois, américain, français. 1h57. 2016.

sortie française : 8 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

The Neon Demon a, comme le précédent long-métrage du réalisateur danois, Nicolas Winding Refn, été hué par une partie de la presse lors de sa projection à Cannes (il était présenté en compétition). Sans dire que j’approuve un comportement aussi agressif et irrespectueux de ces journalistes en question, je comprends tout de même que certains spectateurs rejettent ce film en bloc. A mon avis, c’est soit ça passe, soit ça casse. Pour moi, ça passe totalement même si durant la séance, je ne savais pas trop en penser (j’avais d’ailleurs le même avis concernant Only God Forgives que j’ai su apprécier plus tard). Il faut « digérer » (les spectateurs comprendront la référence) tout ce qui se passe à l’écran. The Neon Demon est donc un film qui se déroule dans le milieu de la mode. On connait évidemment tous l’horrible réputation de ce monde : maigreur, superficialité, chirurgie, coups bas et j’en passe. Nicolas Winding Refn ne nous apprendra rien mais ce n’était pas son but. Situer l’intrigue dans ce milieu en question permet de poser de véritables questions autour de la beauté. Etre beau naturellement, « avoir le truc » comme le constate Ruby (Jena Malone) en parlant de Jesse (Elle Fanning) sans avoir à bouger le petit doigt, illuminer un lieu rien que par sa présence, n’est-ce pas une injustice pour les autres qui n’obtiennent pas ce privilège de naissance, comme un privilège royal ? Ce privilège en question ne rend-il pas l’individu qui le possède (on pourrait qu’il s’agit du fameux Neon Demon du titre) narcissique et même « dangereux » (pour reprendre une autre réplique) malgré son apparente pureté ? N’y a-t-il pas une hypocrisie dans notre société lorsque nous évoquons la beauté intérieure (le physique étant ce que nous remarquons en premier chez un individu) ? Il est alors intéressant de mettre en relation cette beauté suprême avec ce titre, qui évoque quelque chose qui dépasse la réalité telle qu’on la connait tellement elle est à la fois extraordinaire et dangereuse. Le film sort de plus en plus de cette réalité par ses scènes fantasmagoriques voire même horrifiques. The Neon Demon serait alors pour moi plus qu’un film qui serait de l’ordre de l’expérimental, il serait une illustration très premier degré (ne pas voir ici quelque chose de négatif, mais mon constat) du conte. Le thème de la beauté convoitée a d’ailleurs été évoquée dans de nombreux contes. Les fauves (dans tous ses sens), la figure de « princesse » évoquée juste avant (même si elle est ambiguë par l’exploitation du mythe de Narcisse), la grande cruauté inimaginable finale (impliquant les désastres du regard) semblent confirmer cette piste.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Ce qui frappe en découvrant The Neon Demon est évidemment son esthétique. Refn et son équipe de techniciens ont fait un excellent boulot, le résultat est pour moi époustouflant. Les jeux de lumière, entre la noirceur et la lumière éclatante et les jeux les couleurs (notamment le bleu et le rouge, déjà très présents dans Only God Forgives) ainsi que la photographie sont splendides et on pourrait continuer à parler de cette esthétique pendant très longtemps. Le risque (et c’est ce que certains spectateurs lui reprochent) avec tant d’attention visuelle est de signer un film superficiel sans aucun fond. Pour ma part, j’ai vu un intérêt à tant de surcharges esthétiques. Nicolas Winding Refn a signé quelques pubs pour de grandes marques (certains diront qu’il est hypocrite alors de faire un long-métrage autour de la mode), il connaît ses codes et décide de les exploiter jusqu’au bout pour mieux pointer du doigt, s’en moquer et surtout illustrer son propos. Car c’est vraiment ça qu’il faut retenir à mon avis dans ce film et qui divise tant les critiques. Il y a quelque chose dans ce film qui est de l’ordre de l’illustration même si cette dernière demande à être décortiquée et interprétée. Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tous mais j’ai aimé le fait d’être allé jusqu’au bout de l’idée. Certains ont parlé de « grande pub de deux heures ». Certes, comme je le disais, on pensera forcément aux codes de la publicité bien utilisés pour pouvoir mieux se retourner contre elle et ce qu’elle défend mais pour moi ça reste bien du cinéma avant tout. Le scénario n’est pas nécessairement ce qui saute aux yeux dans un premier temps (il a l’air assez simple) mais pourtant je ne trouve pas qu’il soit négligé. Chaque détail narratif et esthétique compte : il y a comme une boucle créée (j’ai envie de dire : à l’image de l’oeil dans l’une des scènes finales et marquantes) et même les choses qui peuvent sembler gratuites, grotesques ou autres sont remises à leur place, on comprend où ça veut en venir malgré la difficulté de tout interpréter au premier abord. Ainsi, le scénario, l’esthétique et la mise en scène (extrêmement bien foutue et d’une grande précision – même si certains lui reprocheront son côté très contrôlé – mais encore une fois, pour moi, c’est très cohérent) fonctionnent ensemble. C’est pour ça que je ne trouve pas cette fameuse esthétique parfois décriée gratuite car elle est pour moi logique avec le propos défendu par Refn (qui a bien aimé mettre ses initiales dans le générique comme un certain YSL – ça ne va pas faire calmer les haters) ainsi que tout ce qu’il a pu mettre en place.

The Neon Demon : Photo

La musique de Cliff Martinez (qui avait signé les bandes-originales de Drive et Only God Forgives) accompagne également très bien ce long-métrage. Contrairement à ce que j’ai également pu entendre de certains détracteurs, je trouve Refn très respectueux envers les femmes. Certes, les personnages féminins sont destructeurs mais elles ont toutes un but : être désirée. Et ce désir en question passe par la domination que les personnages féminins mettent en place (qui passent notamment par les scènes de cannibalisme et de nécrophilie qui ont également secoué certains spectateurs) ou qui apparaît naturellement (je reviens toujours au fameux Neon Demon). Les quelques personnages masculins incarnent des figures encore plus ingrates. De plus (et c’est que je constate depuis très longtemps chez Refn), on ne retrouve pas des scènes vulgaires (contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre avec un tel sujet) dans le sens où ça ne m’a pas mis mal à l’aise en tant que femme et où je n’ai pas senti un regard malveillant sur les femmes de la part du réalisateur. On sent même Refn étonnamment pudique. En tout cas, pour moi, pas de misogynie de sa part. Enfin, le casting est selon moi convaincant. Dans le rôle principal, la jeune Elle Fanning est un excellent choix. Il faut dire que j’apprécie cette actrice depuis un certain temps et je suis persuadée qu’elle va aller encore plus loin dans sa carrière. Non seulement j’ai aimé son interprétation mais l’avoir choisi était pertinent : dès que je la voie, que ce soit dans un film, une pub, un magazine etc…, je ne peux pas m’empêcher de me dire « cette fille a un truc ». Et ça fait directement écho à ce que représente son personnage. Jena Malone est également la bonne surprise de ce film. On ne s’attend pas à voir son personnage évoluer d’une certaine manière, cacher autant son jeu et l’actrice parvient bien à retranscrire sa personnalité ambiguë. Concernant Bella Heathcote et Abbey Lee dans les rôles des rivales de Jesse, sans crier à la grande interprétation, je les ai trouvées très convaincantes. Je suis souvent sceptique face aux mannequins qui deviennent actrices (il y en a tellement qui sont mauvaises et qui n’ont absolument rien à faire dans des films) mais là on croit aux personnages qu’elles interprètent (étant donné qu’elles connaissent ce milieu – même si on est bien d’accord que ça ne garantissait rien à l’origine) et je trouve qu’elles arrivent tout de même bien à incarner la méchanceté, la jalousie et même une forme de souffrance sans forcément en faire des caisses alors que le film très « premier degré » aurait pu nuire à leurs interprétations.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

RIP Anton Yelchin

Nous avons appris le décès d’Anton Yelchin dimanche soir. Il a été retrouvé écrasé entre sa propre voiture (le moteur tournait encore – le frein à main ne semble pas avoir été mis) et la boîte aux lettres devant son domicile. Il n’avait que 27 ans. J’ai encore du mal à croire que tout ça soit vrai.

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2016 est décidément une année très noire. Nous avons perdu trop de grands noms en si peu de temps. Pourquoi ai-je particulièrement envie de parler de cet acteur en particulier ? Après tout, des milliers d’anonymes meurent tous les jours d’accidents. Surtout, ce n’était justement pas un grand nom comme un David Bowie ou Alan Rickman, qui nous ont également quittés cette année (là aussi, quelle tristesse…).

J’ai tenu à écrire ce modeste hommage pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on ne va pas se mentir : l’âge de sa mort me touche certainement plus. Puis, je suivais depuis quelques années (de tête, je dirais bien 7 ou 8 ans, ce qui est énorme si on remet ça dans son contexte) d’assez près la carrière de ce jeune russe, naturalisé américain. Pourtant, quand je l’ai découvert dans Coeurs perdus en Atlantide de Scott Hicks (il était tout jeune dedans), une adaptation de deux nouvelles de Stephen King, ce n’était pas gagné. Mais en même temps, je déteste ce film tout court. Même Anthony Hopkins n’est pas terrible dedans. Mais le hasard et ma curiosité m’ont permis de recroiser son chemin. J’ai fini par m’intéresser à certains de ses choix. Finalement, je lui ai très vite trouvé du talent et du charisme. Une sorte de pureté et d’honnêteté me plaisait et j’appréciais sa discrétion. Pour moi, il était différent des acteurs de sa génération. Sa carrière était évidemment imparfaite mais il faisait des choix intéressants et de plus en plus judicieux. Il savait jongler entre des grandes productions comme Star Trek et le cinéma indépendant. Je dois donc l’avouer : j’ai vu certains films uniquement parce qu’il y jouait dedans.

Alpha Dog : Photo Anton Yelchin, Justin Timberlake

Je suivais de près la carrière d’Anton Yelchin car j’étais persuadée que sa carrière allait exploser. J’avais une sorte de pressentiment en le voyant dans chaque film. J’avais le même pressentiment en découvrant Jennifer Lawrence dans Winter’s Bone ou Shailene Woodley dans la série The Secret Life of the American Teenager par exemple.  Pour moi ce n’était qu’une question de temps. Surtout j’en ai un peu marre de ces pseudo-articles qui résument la (courte) carrière de Yelchin à Star Trek. Non, pour moi, c’était plus que ça. C’était le petit garçon étrange de l’excellente mini-série Disparition (Missing) produite par Steven Spielberg. La victime consentante de l’intéressant Alpha Dog de Nick Cassavetes (avec également Justin Timberlake et Ben Foster au casting). L’ado brillant de Charlie Bartlett de Jon Poll (avec également Robert Downey jr. à l’époque où il se contentait pas de toucher des millions pour Iron Man). L’amoureux de la belle Felicity Jones dans le triomphe de Sundance Like Crazy de Drake Doremus (certainement son plus beau rôle). Le fils du perturbé Mel Gibson dans l’intelligent Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster. Le gars du sketch le plus intéressant et même le plus marquant de New York I Love You (il était dans celui de Brett Ratner). Je l’avais trouvé sympa dans Fright Night de Craig Gillepsie. Et même si j’ai détesté le film (je ne vais pas dire le contraire), il avait tourné avec Jim Jarmusch dans Only Lovers Left Alive. Tourner avec Jarmusch, c’est pas rien, malgré tout le mal que j’ai pu dire (et que je peux encore dire) de ce film. En tout cas, tous ces rôles promettaient une belle carrière. Ca ne devait être que le début d’une meilleure aventure.

À la folie : Photo Anton Yelchin, Felicity Jones

Certains films sortiront à titre posthume. Pour moi, son dernier film marquant restera Green Room de Jeremy Saulnier dont j’ai dit beaucoup de bien récemment. Et justement, en regardant ce film en question, puis récemment le sympathique Burying the Ex, j’avais encore envie de découvrir les petits films indé dans lesquels il avait joué. Retenir le film de Saulnier a pour moi un sens : sans cet accident, Yelchin aurait tout simplement assisté à la répétition de son groupe de punk The Hammersheads. Pour cette Fête de la Musique, je vais alors écouter en boucle la BO de Green Room en me souvenant de la fabuleuse scène dans lequel le groupe fictif The Ain’t Rights interprète Nazi Punks Fuck Off (la chanson culte des Dead Kennedy).

Green Room : Photo Anton Yelchin