120 battements par minute

réalisé par Robin Campillo

avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Aloïse Sauvage, Catherine Vinatier…

Drame français. 2h20. 2017.

sortie française : 23 août 2017

 

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Impossible d’être passé à côté du chouchou du festival de Cannes 2017 (présidé par Pedro Almodovar qui souhaitait lui-même qu’il ait le prix suprême), 120 Battements par minute, certainement le grand favori de cette édition et reparti avec le Grand prix du jury. On ne va pas tourner autour du pot : je n’aurais pas gueulé s’il avait remporté la Palme (même si je défends passionnément The Square – vous aurez mon billet sur ce dernier le jour de sa sortie) et on peut comprendre la déception de certains spectateurs. Je n’étais pourtant pas tout à fait confiante en allant le voir : si j’avais apprécié le travail de Campillo en tant que scénariste (Entre les murs de Laurent Cantet), je gardais un souvenir douloureux de son premier long-métrage Les Revenants (film qui a donc inspiré la série de Canal +). Surtout je me méfie toujours un peu quand il y a justement un peu trop d’enthousiasme autour d’un film. Le titre fait référence à la house music, qui est à 124 battements par minute. Le réalisateur explique alors qu’elle accompagnait les années 1990 et surtout « c’était une musique festive et inquiète, comme la situation vécue par la communauté gay de l’époque » (source : Allocine). 120 battements par minute est un film fonctionnant sans cesse sur un rythme binaire (le titre semble avoir encore plus de sens) pour rendre le tout d’une rare densité et complexité sur différents niveaux. Le film s’intéresse dans un premier temps à l’action d’Act Up-Paris, une association militante luttant contre le Sida. Campillo s’est très bien documenté et même plus que cela : il était lui-même adhérent de l’association en 1992. Je n’aime pas dire qu’il y a une approche documentaire parce que je trouve qu’on utilise (et je m’inclus dans ce « on ») cette expression à force à tort et à travers mais il est certain que Campillo a retranscrit les RH (réunions hebdomadaires) avec un réalisme déconcertant. Petit à petit, à force de s’intéresser aux débats, aux réflexions et aux actions de ce mouvement, le film recentre son intrigue autour de la romance émouvante (et jamais niaise) entre Sean et Nathan. J’avais entendu parler des scènes de sexe avant d’aller voir le film et je craignais de revoir sur nos écrans le retour de La Vie d’Adèle.

Les scènes sexuelles sont en réalité très réussies, artistiques (elles s’insèrent notamment dans la narration lorsque Nathan et Sean racontent comment ils se sont faits contaminés), tout en étant assez réalistes et surtout honnêtes : je ne les ai jamais senties gratuites et elles ne créent pas le malaise. Elles sont toutes filmées dans le noir, on a juste le temps de percevoir des formes, suffisamment pour qu’on puisse deviner et savoir ce que font les personnages (la pudeur du film ne se limite d’ailleurs pas au sexe mais aussi dans la décomposition des personnages face à la maladie). Bref, par cette organisation en forme d’entonnoir, où on part sur une forme globale pour après creuser davantage sur un point particulier, le long-métrage parvient alors à prendre en compte à la fois les voix singulières et plurielles, c’est-à-dire qu’on part a priori sur le combat politique collectif pour aider les séropositifs, notamment les plus démunis (drogués, prostitués, prisonniers) puis le film tend davantage sur le combat individuel à partir de la lutte quotidienne contre la maladie et la mort. Parmi le collectif, je tiens aussi à souligner qu’il n’était pas évident qu’on s’intéresse à certains membres d’Act-Up : les personnages auraient pu être très bâclés et inexistants. Pourtant, même s’ils restent évidemment secondaires, ils parviennent tous à exister à l’écran et ils permettent aux spectateurs de croire encore plus au fonctionnement de l’association durant les débats et ses actions. Justement, revenons sur ces débats et actions. Là encore, on notera un parallèle entre tous les bruits possibles (les fabuleuses joutes verbales, la techno, les cris de slogan) et ce silence de mort (notamment au générique de fin). Les réunions et les manifestations permettent aussi d’exposer plusieurs points de vue possibles alors que tous combattent la même chose. Ainsi, la violence est-elle nécessaire pour faire entendre sa voix et faire bouger la société ? Faut-il privilégier le dialogue ? Le dialogue est-il nécessairement incompatible avec des actes marquants mais proches de l’agressivité ? En tout cas, ces échanges et de ces actes médiatisés montrent la même idée d’urgence absolue : dans les assemblées générales, il y a tout un système fait pour ne pas perdre du temps (on claque des doigts quand on est d’accord avec l’intervention de quelqu’un pour ne citer que cet exemple).

120 battements par minute : Photo Adèle Haenel

120 Battements par minute est aussi un magnifique film plein de vie qui côtoie pourtant sans cesse la mort jusqu’à la dernière minute. Si la mort est inévitable face à une maladie aussi atroce (la décomposition des corps est notamment bien représentée), la vie et le combat doivent continuer avant tout, pour les autres, pour que la société avance : encore une fois, le collectif n’est pas jamais oublié même dans l’individuel et vice-versa. Le long-métrage parvient aussi à livrer un discours très universel dans lequel le contexte historique ne prend pas le dessus sans être non plus oublié. On plante très rapidement le décor : on ne mentionne pas réellement la période, on a juste quelques indices (on nous parle de Mitterand, de l’affaire du sang contaminé, on voit aussi très rapidement une Game Boy) qui nous font comprendre que l’histoire se déroule au début des années 1990 mais c’est tout. Le film n’a pas de volonté de retracer une page de l’histoire, le passé n’est jamais réellement passé : le combat continue, la vie continue aussi et les malades seront toujours confrontés aux mêmes faits et interrogations. Le casting est impeccable, pas une seule fausse note, tout le monde est crédible : on a vraiment l’impression d’être face à des militants tout en leur donnant justement plus de consistance qu’à un simple rôle fonctionnel. Je dois tout même avouer avoir eu un véritable coup de coeur pour l’acteur argentin Nahuel Perez Biscayart (prochainement à l’affiche de Au-revoir, là haut d’Albert Dupontel), certainement une des révélations de l’année. Il est finalement à l’image de tout ce qui est mis en place dans le film : il est bouleversant dans les scènes où il est confronté à la maladie et terriblement lumineux, énergique et même drôle quand il est le personnage « public » durant les RH et autres actions menées. Bénéficiant d’un scénario et d’une mise en scène parvenant tous les deux à travailler sur plusieurs niveaux sans s’embrouiller, 120 battements par minute est un film poignant sur une jeunesse qui ne demande qu’à vivre, à vibrer, à aimer malgré la douleur, les pleurs et les guerres à mener. 120 battements par minute : Photo

 

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Big Little Lies (saison 1)

Créée par Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling

avec Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling…

Comédie dramatique américaine. Saison 1. 2017.

Quand Madeline, Jane et Celeste se lient d’amitié par l’intermédiaire de leurs enfants, elles ne se doutent pas qu’elles vont se retrouver, des mois plus tard, au centre d’un tragique accident, survenu à la fête de l’école. Qui est mort ? Qui est responsable ? Et pour quelle raison ? Secrets, rumeurs et mensonges ne faisant pas bon ménage, tout l’univers de la petite ville de Monterey va être secoué de violents soubresauts.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Big Little Lies est l’adaptation du roman éponyme en VO de Liane Moriarty (en VF Petits Secrets, Grands Mensonges). Cette mini-série, produite par HBO (décidément une grande chaîne), est composée par une belle équipe : son créateur n’est autre qu’Edward E. Kelley, notamment connu pour avoir travaillé sur Ally McBeal. Tous les épisodes ont été réalisés par Jean-Marc Vallée, le réalisateur canadien qui a le vent en poupe depuis quelques années (C.R.A.Z.Y., Wild, Dallas Buyers Club, Victoria : les jeunes années d’une reine). Surtout, quelle belle brochette d’actrices dans les rôles principaux : Reese Witherspoon, Nicole Kidman (également ici productrices), Shailene Woodley (n’oublions pas qu’elle avait été révélée à la télévision dans The Secret Life of the AmericanTeenager), Laura Dern et Zoë Kravitz. Décidément, les choses bougent – peut-être plus à la télévision qu’au cinéma – pour donner des rôles puissants et réalistes aux femmes d’aujourd’hui sans cesse sous pression pour différentes raisons aussi bien sociales que sexuelles. . La mini-série, aux airs de Desperate Housewives en le mêlant à l’art du whodunit, sait tenir en haleine sur sept épisodes. En effet, le spectateur sait que quelqu’un est mort durant une soirée caritative. Mais on ne sait pas qui est cette personne décédée, qui est le meurtrier, ni pourquoi. On saura juste que tous les personnages que l’on va suivre sont impliqués de près et / ou de loin avec cet événement. Il faudra alors attendre les dernières minutes du dernier épisode pour tout connaître. On nous rappelle l’événement à venir plusieurs fois dans les épisodes (et même dans le fabuleux générique avec la chanson de Michael Kiwanuka, Cold Little Heart), comme si les protagonistes ne pouvaient pas y échapper : il y a quelque chose qui sonne de l’ordre du tragique. Surtout quand on voit les différents portraits des femmes : Madeline est a priori celle qui a l’air d’avoir le moins de problèmes : elle est dynamique, grande-gueule, sociable, se mêle beaucoup de ce qui ne la regarde pas, ce qui énerve beaucoup de gens. Mais derrière ce joli sourire permanent (tenu par une Reese Witherspoon convaincante et impliquée) se cache une femme blessée et perdue, bien plus fragile qu’elle en a l’air : sa fille aînée, qui fait évidemment sa crise d’ado comme prévue, est très proche de la nouvelle épouse de son ex-mari, incarnée par une surprenante Zoë Kravitz absolument parfaite en jeune femme très portée sur le bien-être personnel, le yoga et tout ce qui va avec. Et si tout va bien a priori avec son gentil nouveau mari (le très touchant Adam Scott), Madeline reste marquée par son précédent divorce.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Celeste (incarnée par une Nicole Kidman bouleversante) est une mère au foyer qui commence à rêver d’indépendance, notamment en voulant reprendre le travail. Mais son mari (le glacial Alexander Skarsgård) ne l’entend pas de cette façon. La relation avec son mari est certainement un des points les plus marquants et les mieux traités dans cette série : si Celeste est parfois complice des relations brutales avec son mari (ce qui rend ce personnage bien plus complexe et ambigu), elle est surtout victime de violences conjugales. Enfin, le troisième personnage, qui engendre donc une troisième intrigue comme vous l’aurez compris, est Jane (Shailene Woodley m’a bluffée dans ce rôle enfin mature qui lui va comme un gant), la jeune maman de l’adorable petit Ziggy, débarquant alors tous les deux à Monterey, la mère souhaitant un nouveau départ pour une raison au début inconnue. La série débute par ailleurs sur cet enfant, perturbé de ne pas connaître l’identité de son père (nous comprendrons au fil des épisodes pourquoi), est accusé d’avoir frappé la fille de l’hystérique Renata (l’excellente Laura Dern). Bref, Celeste, Jane et Madeline deviennent alors copines et les trois intrigues vont alors devenir complémentaires et auront évidemment du sens par rapport aux réponses que le spectateur attend depuis les premières minutes de la série. La série déborde alors de qualités, la première comme vous l’aurez deviné, est son scénario, qui aurait pu se transformer en foutoir géant, mais qui sait merveilleusement bien nous tenir en haleine. Alors oui, on pourra toujours dire qu’on avait compris quelques trucs dans l’intrigue (pour ma part, j’avais deviné l’intrigue par rapport au harcèlement scolaire mais pas nécessairement tout le reste) mais je crois que cela prouve plus la cohérence justement de la narration qui sait où elle va. De plus ce scénario a su complètement prendre en compte la complexité des personnages, surtout des féminins. Pour ma part, bien que j’adore voir les femmes mises en avant dans les oeuvres cinématographiques et télévisuelles (parce qu’on en a besoin), je redoute toujours de voir des clichés véhiculés, surtout dans le cadre de portraits-croisés de femmes n’ayant pas la vie rose. Or, ce qui m’a étonnée est de voir à quel point la série n’était pas cliché. Cela fait du bien de voir des femmes, certes ici aisées, ordinaires, qui ne sont pas des wonderwomen, ont leurs failles, leurs blessures, font des erreurs, bref elles ne sont parfaites contrairement à ce qu’elles veulent (et doivent) montrer en public, elles mais restent tout de même des femmes fortes.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Surtout, Big Little Lies montre à quel point les femmes, même si elles peuvent s’opposer entre elles (chacune pense bien agir, surtout pour défendre leurs progénitures), peuvent être solidaires face au danger. Si le postulat de départ avait donc, comme je le disais, quelque chose de tragique, la série ne l’est pas. Elle frôle volontairement mais elle ne l’est pas : au bout du tunnel, l’espoir est là parce que chaque femme peut s’en sortir. Même transportée dans un tourbillon d’événements qui peut la conduire vers une situation irréparable, la femme en tant que figure peut y voir la lumière. Les enfants, justement, jouent un rôle important dans la construction de ces identités féminines. Chaque femme va se battre pour protéger son enfant, quitte à se mettre la communauté à dos, à fuir quelque chose, ou au contraire à affronter aussi des situations douloureuses. Ils ne sont pas simplement des objets faisant avancer le récit. Les différentes intrigues se rejoignant permettent aussi de livrer un discours pertinent sur le rôle de l’éducation et de l’environnement, ce sont ces derniers qui permettent à l’enfant de se construire : les liens du sang n’ont rien à voir avec les actes que les enfants peuvent commettre. Enfin, le point commun entre les personnages principaux concernent la sexualité, illustrant la plupart du temps des rapports de domination : que ce soit une infidélité, un viol, des relations sexuelles brutales, aussi bien douloureuses que purement jouissives, elle fait partie de la vie quotidienne d’une femme et surtout elle peut la transformer et avoir des conséquences irréversibles. Accompagnés par une mise en scène solide et une lumière froide, les décors parviennent à retranscrire le milieu social des personnages, mais aussi leur nature profonde littéralement, le mot « nature » pouvant être combiné à l’environnement géographique. Les personnages, nageant en eaux troubles, vivent à côté de l’océan, ce dernier pouvant être vu comme la représentation de la transparence (face à ce monde d’apparences), mot à prendre dans tous les sens du terme. Jamais caricatural, Big Little Lies est une fabuleuse série féministe. Visiblement, alors que Jean-Marc Vallée ne veut pas de saison 2, Reese Witherspoon et Nicole Kidman travailleraient déjà sur de nouvelles intrigues en collaboration avec Liane Moriarty : selon elles, ce projet devrait aboutir uniquement s’il en vaut la peine. Etant donné que j‘ai beaucoup aimé la conclusion de cette mini-série qui me semble parfaite, je suis un peu sceptique sur un éventuel retour mais je répondrai à l’appel si Madeline, Jane et Celeste reviennent sur le petit écran.

Photo Zoë Kravitz

Silence

réalisé par Martin Scorsese

avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Ciaran Hinds, Tadanobu Asano, Yoshi Oida, Yosuke Kubozuka…

Drame historique. 2h42. 2016.

sortie française : 8 février 2017

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Silence : Photo Andrew Garfield, Shinya Tsukamoto

Quand on évoque Scorsese viennent automatiquement en tête ses films de mafia. Cela est pourtant bien réducteur de le limiter à cela même si ce milieu reste emblématique chez lui. La filmographie du réalisateur de Casino est en réalité très riche évoquant divers univers et genres. La religion est un thème récurrent dans le travail de Scorsese (même justement dans ses fameux films de mafia), que ce soit en arrière-fond ou justement en place dominante, comme dans La Dernière Tentation du Christ (qui avait suscité une énorme polémique) et Kundun. Je ne vais pas vous mentir : malgré le respect que j’ai pour ces deux films qui ont de réelles qualités, ce sont les deux films que j’aime le moins chez Scorsese. Je craignais de voir Silence, adaptation du roman du même nom écrit par Shūsaku Endō (1966), un écrivain japonais catholique. A noter au passage que ce roman avait déjà connu une adaptation en 1971 par Masahiro Shinoda. L’histoire du roman est elle-même inspirée de faits historiques. Le vrai personnage était un Italien qui s’appelait Giuseppe Cara, devenu alors dans le récit d’Endo un Portugais se nommant Rodrigues (il a alors la même nationalité que son mentor, le père Ferreira). Bref, malgré tout l’amour que j’ai pour papi Marty, j’avais peur de la longueur de son dernier long-métrage, de sa lenteur et du sujet. Hélas pour ma part, mes craintes étaient fondées. Attention, je ne dis pas que c’est un mauvais film. Je ne nuance pas mon propos parce que j’adore Scorsese. Non, Silence a réellement des qualités évidentes. Le travail technique est par exemple remarquable. Le film, tourné en 35 mm, possède indéniablement une mise en scène soignée, une photographie remarquable, des cadres précis, une lumière naturelle magnifique (même si paradoxalement elle traduit aussi une certaine tristesse). L’esthétique générale du film permet alors aux spectateurs de mieux cerner et s’approprier l’atmosphère, le lieu (un Japon féodal boueux) et le contexte de l’époque, déjà assez riches. Il est également certain que chacun s’est investi dans ce projet qui tenait à coeur à Scorsese (il rêvait de l’adapter depuis trente ans). Le réalisateur ne s’est pas versé de salaire et les acteurs principaux ont également accepté d’être moins payés que prévu. Les acteurs, justement, qui ont beaucoup donné pour préparer leurs rôles, sont excellents. Récemment épatant dans Hacksaw Ridge (Tu ne tueras point), Andrew Garfield prouve de nouveau qu’il fait partie des meilleurs acteurs de sa génération. Adam Driver l’épaule merveilleusement bien. Quant à Liam Neeson, même s’il n’apparaît qu’une petite dizaine de minutes durant la seconde partie (ce qui est frustrant dans un sens), cela fait réellement du bien de le revoir dans ce type de projet et dans des rôles qui ont du sens (parce que ses gros films bourrins inutiles, j’en peux plus).

Silence : Photo Liam Neeson

Je n’ai pourtant aucun problème avec les films ayant pour thématique la religion, loin de là. Et j’avoue ne pas savoir pourquoi j’ai du mal chez Scorsese lorsqu’il aborde ce sujet pourtant passionnant. A chaque fois, comme pour Kundun et La Dernière Tentation du Christ, j’ai toujours l’impression d’être à côté de l’histoire, de manquer même de sensibilité pour apprécier réellement l’oeuvre. Je me doutais bien que le film serait doté d’une certaine lenteur. Cela ne me dérange pas à l’origine car la lenteur est justifiée par rapport justement au contexte historique, à la question autour de la spiritualité qui entraîne l’errance aussi bien psychologique que physique. Il est certain qu’il fallait ce temps pour installer le récit. De plus, on sait très bien où on met les pieds en s’attaquant à un tel film. Mais la première partie m’a paru vraiment longue. La lenteur n’est pas automatiquement synonyme d’ennui quand l’histoire happe le spectateur ou quand ce dernier est fasciné par les images qui lui procurent quelque chose. Le travail esthétique et de mise en scène a beau être de qualité, il ne parvient hélas pas à réellement captiver. On a parfois l’impression que c’est lent juste parce qu’il faut que ce soit lent, pour répondre à cette fameuse charge attendue par rapport à ce qu’on imagine du sujet abordé. J’aurais sincèrement voulu En revanche, la seconde partie m’a davantage captivée. On voit enfin où Scorsese veut venir, la dimension tragique s’installe pour de bon, certaines scènes sont puissantes, la fin est même bouleversante. Mais j’ai finalement l’impression que cette émotion, en retenue, arrive un peu trop tard, comme si le rythme et plus généralement le temps n’avaient pas été très bien gérés. Même si j’aurais voulu être plus happée par cette proposition cinématographique (et croyez-moi, cela me rend triste, surtout face à un projet aussi personnel de la part de Scorsese), il faudrait être de mauvaise foi (oui j’ai osé ce jeu de mots) pour nier les qualités de Silence : il s’agit d’une oeuvre pertinente sur la figure de l’homme, tiraillé entre sa foi et sa condition d’humain avec ses failles, ces dernières l’entraînant à souffrir et à se déchirer pour Dieu terriblement silencieux.

 Silence : Photo Adam Driver, Andrew Garfield

Seven Sisters

réalisé par Tommy Wirkola

avec Noomi Rapace, Glenn Close, Willem Dafoe, Marwan Kenzari, Christian Rubeck, Clara Read, Pal Sverre Valheim Hagen…

titre original : What Happened to Monday ?

Science-fiction, thriller américain, britannique, français, belge. 2h04. 2017.

sortie française : 30 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

2073. La Terre est surpeuplée. Le gouvernement décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide de Nicolette Cayman. Confronté à la naissance de septuplées, Terrence Settman décide de garder secrète l’existence de ses 7 petites-filles. Confinées dans leur appartement, prénommées d’un jour de la semaine, elles devront chacune leur tour partager une identité unique à l’extérieur, simulant l’existence d’une seule personne : Karen Settman. Si le secret demeure intact des années durant, tout s’effondre le jour où Lundi disparaît mystérieusement…

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

Seven Sisters (une « traduction » à l’anglaise pas si bête pour une fois) est sorti aux Etats-Unis avec son titre intriguant What Happened to Monday ? directement sur Netflix. Pour une fois, en France, nous évitons une sortie vod ou autre et c’est tant mieux : le film du réalisateur norvégien Tommy Wirkola (Kill Biljo, Dead Snow, Hansel & Gretel : Witch Hunters) méritait bien une sortie en salles. Le scénario original de Seven Sisters faisait partie de la fameuse Blacklist des scénarios les plus appréciés en attente de production. Seven Sisters n’est certainement pas un chef-d’oeuvre, il a également ses défauts, mais l’ensemble reste une agréable surprise. Moi qui suis souvent déçue par les films d’action grand public, celui-ci m’a vraiment plu. Il s’agit d’un divertissement terriblement efficace, rythmé et bien mis en scène. L’histoire est certainement perfectible mais l’idée d’origine est tout de même pas mal exploitée et surtout elle réussit à tenir le spectateur en haleine. Certes, on peut facilement identifier les différentes révélations présentes à la fin du film mais cela ne m’a pas gâchée mon plaisir. Le long-métrage est également sombre dans le déroulé de la narration par rapport à ce qu’on attend de ce type de production : en dehors de sa fin discutable, je m’attendais à un résultat plus lisse. En fait, si les twists peuvent aisément se deviner, paradoxalement, les différents éléments de l’intrigue ne sont pas aussi attendus. Le cinéma de divertissement semble en ce moment s’interroger sur le rôle de la femme. Et cette femme en question est forcément intelligente, sexy, sportive, badass etc… On trouve bien ces caractéristiques mais réparties sur les sept personnages féminins. Par conséquent, si chacune a bien des qualités et des traits (ce qui est pratique aussi pour les distinguer), elles ne sont pas non plus des femmes exceptionnelles physiquement (terme à prendre sur plusieurs niveaux). Leur vie est à part mais ces femmes-là font du bien à voir dans ce type de divertissement parce que justement elles sont ordinaires mais sans être des potiches. Finalement, des personnages féminins de cette trempe dans du cinéma grand public, je n’en vois pas tant que ça actuellement. En ce moment, notamment récemment avec Split de M. Night Shymalan, il semble y avoir une tendance pour les acteurs qui interprètent plusieurs rôles. Il peut toujours y avoir le risque d’une superficialité dans ce type d’exercice qui risque difficile à exécuter. Comment distinguer rapidement plusieurs personnages (pour ne pas les confondre physiquement) et leur donner vie sans tomber non plus dans la caricature ?

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

Certes, chaque soeur a bien ses caractéristiques facilement repérables, aussi caractérielles que physiques. Cela dit, au-delà de nous exposer des personnages féminins intéressants et crédibles, l’interprétation de Noomi Rapace est bluffante : l’actrice suédoise nous prouve de nouveau qu’elle est l’une des meilleures actrice de sa génération. Elle aura beau avoir quelques déguisements pour mieux se glisser dans la peau des personnages (et du coup plus repérables au premier coup d’oeil pour les spectateurs), elle réussit tout de même à les rendre plus humaines et non juste des stéréotypes visuels. J’avais même l’impression de voir à l’écran sept actrices différentes pour chaque personnage. A noter dans des rôles secondaires des performances convaincantes de Willem Dafoe en grand-père dévoué et Glenn Close en scientifique politique aux méthodes discutables. En parlant de Glenn Close, j’ai justement apprécié le traitement de son personnage que je n’ai pas perçu comme une simple méchante de service (après peut-être s’agit-il que de ma perception mais sa dernière réplique me laisse penser que la direction de ce film n’est pas manichéen). Cela n’excuse pas les actes du personnage mais il est certain qu’à la fin du film (peut-être un peu trop tendre par rapport à la noirceur générale de l’histoire), la situation initiale (à savoir que la planète va à sa perte à cause de la surpopulation) ne trouve pas nécessairement d’issue. Même les actes du grand-père (discutés dès le début du film et qui interviennent clairement dans les choix des personnages) sont discutables : a-t-il bien fait d’avoir sauvé les sept soeurs à leur naissance par rapport au monde dans lequel on voit ? On y verrait en tout cas un débat intéressant sur les responsabilités familiales dans un contexte politique. En parlant justement d’univers et de contextes, plusieurs éléments sont à relever. Tout d’abord, en quelques minutes, on comprend rapidement et facilement les enjeux sans que l’histoire paraisse trop simpliste. Puis, le film est également remarquable d’un point de vue esthétique : on privilégie, à l’image de l’action, la noirceur teintée légèrement de futurisme. Par conséquent, l’univers présenté est encore plus effrayant pour le spectateur puisque les décors ressemblent en quelque sorte à ce qu’il connaît déjà en légèrement accentué vers des tons noirs et avec une foule à l’extérieur étouffante et omniprésente. Enfin, les scènes d’action sont également très réussies, c’est-à-dire rythmées mais suffisamment lisibles pour les spectateurs, réalistes et violentes. 

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

Intimité

réalisé par Patrice Chéreau

avec Mark Rylance, Kerry Fox, Timothy Spall, Marianne Faithfull…

titre original : Intimacy

Drame érotique. 2h. 2001.

sortie française : 28 mars 2001

Interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film tourné dans un lieu où je suis allée (Londres)

Jay et Claire se retrouvent, chaque mercredi, dans le sous-sol d’une petite maison londonienne pour y faire l’amour. Dans cette relation passionnée, toute idée de sentiment et d’attachement est bannie. Les deux amants ne savent rien de leur vie respective jusqu’au jour où Jay va vouloir en savoir plus sur sa maîtresse.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Double prix à la Berlinale 2001 (Ours d’or et Ours d’argent de la meilleure actrice) et prix du meilleur film européen, Intimité est l’adaptation du roman homonyme de Hanif Kureishi, auteur déjà courtisé par de grands cinéastes, notamment Stephen Frears (My Beautiful Laundrette et Samy and Rosie Get Laid). On attend parfois parler de ce film pour ses scènes de sexe non simulées. Je me pose toujours cette question qui me semble légitime : est-ce vraiment nécessaire de tout nous montrer à l’écran, notamment ce qui concerne tout ce qui touche de l’ordre de l’intime, de la sexualité, de l’érotisme voire même de la pornographie (je parle en général et pas nécessairement du film chroniqué) ? Sacré débat qui passionne et déchaîne toujours autant les spectateurs. Je ne sais pas si montrer de vrais actes sexuels était nécessaire dans le cadre d’Intimité dans le sens où cela n’aurait rien changé à la qualité même du film ni à son propos et même à son impact. Cela dit, même si on peut toujours discuter de la place de ces scènes de sexe non simulées, je suis certaine que la démarche de Chéreau n’a rien de putassière. Et finalement, contrairement à d’autres films « polémiques », le film de Chéreau est si fort sur de nombreux niveaux qu’on ne s’étend pas sur la question du besoin de tout montrer ou non à l’écran. Ces scènes de sexe ont du sens, cela est indéniable. Elles ne sont également jamais répétitives : au contraire, chaque nouvelle scène représente l’évolution de la relation entre Jay et Claire qui devient petit à petit autre chose que du sexe. Le long-métrage fonctionne alors sur un système d’inversion. Les personnages baisent avant d’apprendre à se connaître et même à s’aimer. Surtout, le film prend un nouveau souffle lorsque Jay n’est plus le personnage principal que le spectateur suit (pendant la première partie, on a appris à le connaître, lui et son histoire familiale). Vers le milieu du film, après une course-poursuite dans les rues londoniennes entre Jay et Claire, c’est cette dernière qui va devenir le personnage dont on (le spectateur et Jay) va s’intéresser. Les scènes d’intimité touchent et interpellent de plus en plus au fil du film : s’il ne s’agit a priori que de sexe, cette rencontre charnelle est le moyen pour Claire et Jay d’oublier leur quotidien morose, leurs problèmes familiaux et conjugaux, leurs échecs professionnels. Et dans un sens, cette douleur ressort aussi durant ces moments d’intimité. La douleur est aussi présente dans l’urgence du désir. On a souvent dit que c’est le désir qui crée la souffrance : cela n’a jamais été aussi vrai dans Intimité.

Intimité : Photo Mark Rylance

Le cercle est donc vicieux : le désir naît à cause de la souffrance et ce même désir crée aussi une autre souffrance. Jay a du désir pour Claire pour fuir ses problèmes, mais il va continuer à souffrir d’une autre manière en découvrant la vie de sa partenaire. Je ne parlerais pas d’opposition car cela serait certainement naïf. Mais il est en tout cas intéressant de relever une sorte de système binaire sur plusieurs niveaux : sur le « couple » Jay-Claire, sur l’inversion des personnages à suivre (je ne parlerais pas de point de vue car techniquement parlant, cela serait faux) comme si le film était divisé en deux parties, sur le rapport entre les sentiments et le sexe ou encore sur sur celui entre le silence et la parole (les scènes de sexe sont silencieuses alors que les personnages sont sans cesse confrontés au bruit que ce soit au bar ou au théâtre – Chéreau, Fox et Rylance sont en plus eux-mêmes issus du théâtre). Ce fonctionnement en question, qui aurait pu plomber le film, ne tombe jamais dans le didactisme ni dans la facilité : il a le mérite d’exposer l’étendue et la complexité des relations et des sentiments entre un homme et une femme. La mise en scène de Chéreau est intense, parfois même vertigineuse, en prenant en compte paradoxalement la solitude des personnages et leur rapprochement dans une grande ville sombre, accentuant encore plus leur isolement. L’histoire en elle-même est bien écrite, riche en réflexions et en niveaux de lecture. Est-ce un film sur une histoire d’amour à l’envers et non traditionnelle ? Une histoire de désir qui débouche sur quelque chose de plus profond sans forcément parler d’amour comme on pourrait l’entendre ? Finalement, alors que jusqu’à présent on est tentés de parler d’une forme d’amour naissante via une expérience du désir et de la passion, est-ce vraiment nécessaire de toujours mettre des mots sur une relation ? Cette relation en question, quelle que soit son issue, peut-elle permettre aux personnages de trouver, au moins individuellement, la lumière ? Enfin, Intimité est servi par des acteurs exceptionnels. La discrète Kerry Fox livre une sublime interprétation et mérite amplement son prix berlinois. Cela dit, son partenaire Mark Rylance est également remarquable et aurait pu lui aussi obtenir un prix. Surtout, les deux interprètes livrent des performances complémentaires. A noter dans les rôles secondaires une impeccable Marianne Faithfull et un touchant Timothy Spall en mari cocufié et humilié.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Bilan juillet / août 2017

Cinéma

2017

The Circle (James Ponsoldt, 2017) 2/4

Grave (Julia Ducournau, 2017) 1/4

Baby Driver (Edgar Wright, 2017) 2/4

American Honey (Andrea Arnold, 2017) 2/4

Monsieur et Madame Adelman (Nicolas Bedos, 2017) 2/4

Silence (Martin Scorsese, 2017) 2/4

Que Dios Nos Perdone (Rodrigo Sorogoyen, 2017) 4/4

T2 – Trainspotting 2 (Danny Boyle, 2017) 1/4

Okja (Bong Joon-ho, 2017) 3/4

Dunkerque (Christopher Nolan, 2017) 3/4

Gangsterdam (Romain Levy, 2017) 0/4

Si j’étais un homme (Audrey Dana, 2017) 0/4

Citoyen d’honneur (Mariano Cohn, Gastón Duprat, 2017) 3/4

The Square (Ruben Östlund, 2017) 4/4 => sortie le 18 octobre 2017

 

Rattrapages

Instinct de survie – The Shallows (Jaume Collet-Serra, 2016) 2/4

The Giver (Phillip Noyce, 2014) 2/4

Pet (Carles Torrens, 2016) 2/4

Boy (Taika Waititi, 2010) 4/4

Before Midnight (Richard Liklater, 2013) 4/4

Pulp, a film about life, death and supermarkets (Florian Habicht, 2014) 3/4

Lenny and the Kids (Joshua Safdie, Ben Safdie, 2009) 1/4

Wild Child (Nick Moore, 2008) 2/4

Ma vie de Courgette (Claude Barras, 2016) 4/4

  

Télévision

Dix pour cent (saisons 1 et 2, 2015-2017) 4/4

The Handmaid’s Tale (saison 1, 2017) 4/4

Westworld (saison 1, 2016) 2/4

Breaking Bad (saisons 1 à 3, 2008-2010) 4/4

Fawlty Towers (saisons 1 et 2, 1975-1979) 4/4

Game of Thrones (saison 7, 2017) 4/4

  


Chroniques pour CineSeriesMag 

Unbreakable Kimmy Schmidt – saison 3

Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste

The Escape Artist (Perfect Crime)

Fawlty Towers (L’Hôtel en Folie)

Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gastón Duprat


Lectures

Promenez-vous dans les bois… pendant que vous êtes encore en vie (Ruth Ware, 2016) 2/4

Le voyage d’hiver (Amélie Nothomb, 2009) 2/4

Barbe bleue (Amélie Nothomb, 2012) 2/4

Windows on the World (Frédéric Beigbeder, 2003) 4/4

Le Maître du Haut Château (Philip K. Dick, 1962) 4/4


Movie Challenge 2017 

Les participants actuels : Beyond the LinesBoratGossip CocoLaurence et OlivierLaurentLilyMartin. N’hésitez pas nous rejoindre !

  1. Un film tiré d’une série/qui a inspiré une série
  2. Un premier film : Clerks de Kevin Smith (1994).
  3. Un film tourné dans un lieu où je suis allé(e) : Intimité de Patrice Chéreau (2001).
  4. Un film sorti l’année de mes dix ans
  5. Un film avec acteur/une actrice que je déteste
  6. Un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake
  7. Un film qui se passe dans le milieu sportif
  8. Un film de procès : Le Verdict de Sidney Lumet (1982).
  9. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2012).
  10. Un film qui a reçu la Palme d’or
  11. Un documentaire : Pulp, a film about life, death and supermarkets de Florian Habicht (2014).
  12. Un film d’action/d’aventure : Deadpool de Tim Miller (2016).
  13. Un film qui a marqué mon enfance/mon adolescence
  14. Un film que j’aime bien secrètement : Marley & moi de David Frankel (2008).
  15. Un film français : Maman a tort de Marc Fitoussi (2016).
  16. Une suite de film : Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire (2016).
  17. Un film engagé : Hippocrate de Thomas Lilti (2014).
  18. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford (2017).
  19. Un film qui m’a fait pleurer : Premier Contact de Denis Villeneuve (2016).
  20. Un film qui m’a fait pleurer de rire
  21. Un film d’un réalisateur que j’adore
  22. Une comédie : S.O.S. Fantômes de Paul Feig (2016).
  23. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann (1992).
  24. Un film recommandé par quelqu’un : Watchmen de Zack Snyder (2009).
  25. Un film d’animation : Ma vie de Courgette de Claude Barras (2016).
  26. Un film que mon père adore
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu : Fahrenheit 451 de François Truffaut (1966).
  28. Un film ayant obtenu un Oscar : Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan (2016).
  29. Un film en noir et blanc : Elephant Man de David Lynch (1980).
  30. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn (2015).
  31. Un film d’un réalisateur asiatique
  32. Un film d’horreur : Suspiria de Dario Argento (1977).
  33. Un film avec un mariage
  34. Un film LGBT : Mademoiselle de Park Chan-Wook.
  35. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas (2014).
  36. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet (2005).
  37. Un film qui se déroule avant le XXe siècle
  38. Un film policier/thriller : La Fille du train de Tate Taylor (2016).
  39. Un film feel-good : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter (2016).
  40. Un film qui n’est pas sorti en salles en France : Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititi (2016).

Gangsterdam / Si j’étais un homme

Gangsterdam

réalisé par Romain Levy

avec Kev Adams, Côme Levin, Manon Azem, Hubert Koundé, Mona Walravens, Patrick Timsit, Manu Payet, Rutger Hauer…

Comédie française. 1h37. 2016.

sortie française : 9 mars 2017

Ruben, Durex et Nora sont tous les trois étudiants en dernière année de fac. Par manque de confiance en lui, Ruben a déjà raté une fois ses examens. Même problème avec Nora, à qui il n’ose avouer ses sentiments. Et ce n’est pas Durex son ami d’enfance, le type le plus gênant au monde, qui va l’aider…Lorsqu’il découvre que Nora est aussi dealeuse et qu’elle part pour Amsterdam afin de ramener un tout nouveau type de drogue, Ruben prend son courage à deux mains et décide de l’accompagner. Ce voyage à Amsterdam, c’est le cadre idéal pour séduire enfin Nora, dommage pour lui que Durex s’incruste dans l’aventure. Alors que tous les trois découvrent la capitale la plus dingue d’Europe, leur vie va franchement se compliquer quand ils vont réaliser que la drogue qu’ils viennent de récupérer appartient aux plus grands criminels d’Amsterdam…Très vite Ruben, Durex et Nora vont comprendre que pour retrouver leur vie d’avant, ils vont devoir cesser d’être des blaireaux, pour devenir de vrais héros.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Hubert Koundé, Kev Adams, Manon Azem, Mona Walravens


Si j’étais un homme

réalisé par Audrey Dana

avec Audrey Dana, Eric Elmosnino, Alice Belaïdi, Christian Clavier, Antoine Gouy, Joséphine Drai…

Comédie française. 1h39. 2017.

sortie française : 22 février 2017

Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne !
Fraichement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près !
De situations cocasses en fous rires avec sa meilleure amie, de panique en remise en question avec son gynéco, notre héroïne, tentera tant bien que mal de traverser cette situation pour le moins… inédite.

Si j'étais un homme : Photo Audrey Dana, Christian Clavier


Je vais être honnête dès le début de ce billet : vu les tas de mauvaises critiques et même de polémiques que j’ai pu lire autour de Gangsterdam de Romain Lévy (Radiostars) et Si j’étais un homme d’Audrey Dana (Sous les jupes des filles), je ne m’attendais pas à découvrir de bons films. Attention : je ne les ai pas regardés pour les casser à tout prix, juste pour savoir si tout ce qu’on disait sur eux étaient justifiés. On aurait pu dire que ces deux films en question étaient tout simplement deux comédies pas drôles, pas rythmées, tout simplement ratées et on ne serait pas allés plus loin. Mais certains éléments scénaristiques sont réellement douteux et il est finalement normal qu’on les pointe du doigt : je suis pour la liberté d’expression mais cela ne doit pas conduire les créateurs à devenir irresponsables. Le premier film pose problème parce qu’il fait l’apologie du viol, le second se mélange sur des notions sur le genre. Dans Gangsterdam, qui prétend rendre hommage à l’humour d’Apatow et compagnie (déjà que je n’aime pas tout le temps ce type d’humour, imaginez quand cet hommage foire complètement), le meilleur pote de Kev Adams (qui est comme d’habitude : il joue mal une scène sur deux), surnommé Durex (bonjour la subtilité), est un personnage raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Les blagues sur le viol, les femmes, les homosexuels et autres communautés sont lourdes et même provoquent le malaise mais au pire (j’ai bien dit « au pire ») on peut mettre ça sur le compte de ce personnage complètement débile et douteux : après tout, quand le personnage en question demande lourdement « est-ce qu’on la viole ? » ou encore « je parlais de viol cool », ses amis ne le cautionnent pas. Je n’excuse pas la scène qui participe selon moi à la culture du viol et qui n’a rien de drôle mais je ne crie pas totalement au scandale par rapport à la narration.  Mais plus on avance, plus le film s’enfonce. Surtout avec une scène juste inexcusable. Pas ratée. Inexcusable, j’insiste sur le terme. Ce même Durex (Côme Levin incarne pourtant bien le connard de service, ce n’est pas lui le problème) propose à ses camarades sa merveilleuse idée pour punir les méchants sans qu’on les tue : « Sinon il suce son pote et on est pénard. On filme et on le met sur le Cloud. Avec un dossier comme ça, il ne viendra plus jamais nous faire chier ». En gros, histoire de tout contextualiser et de rapporter tous les faits, il faut forcer le méchant trafiquant à pratiquer une fellation à son homme de main.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Kev Adams, Manon Azem

Parce que « si tu veux rester vivant, tu fous sa bite dans ta bouche et tu suces ». Jusqu’à présent, les amis de Durex n’approuvaient pas son comportement ni ses propos écoeurants. Cette fois-ci, ces mêmes personnes l’applaudissent et même rigolent tous en choeur : non seulement ces personnages sont juste abjects mais en plus de cela, ils retournent leur veste et de caractérisation en peu de temps. Je suis sûre aussi que les ados qui l’ont vu en salle se sont également marrés (ce qui me fait mal au coeur). Sauf qu’il s’agit d’un viol. Et ce viol en question n’est jamais condamné. Cette scène devient encore plus irresponsable et douteuse quand on voit à quel point Internet, les réseaux sociaux et compagnie sont devenus des moyens de pression et de harcèlement envers ces mêmes ados qui regardent majoritairement ce film. La réaction du réalisateur  pour se défendre avec son producteur est tout simplement inquiétante et dangereuse (déjà que j’avais trouvé son Radiostars sexiste mais au moins regardable). Surtout, il faut se dire qu’il y a derrière cette histoire quatre scénaristes. Que faut-il en penser ? Ils se sont mis à quatre pour penser à tant de débilités dont certaines sont nauséabondes ? Personne n’est intervenu pour dire « oh Polo, là tu fais vraiment de la merde ? ». Passons maintenant au film d’Audrey Dana qui nous livre décidément du féminisme de comptoir. On voit effectivement où elle veut en venir (il faut dire que ce n’est pas non plus d’une grande subtilité) : les femmes sont littéralement capables d’avoir des couilles dans la vie au quotidien. Mais si on suit le raisonnement d’Audrey Dana, un vagin ne suffirait pas aux femmes pour prendre confiance en elles. Sachez donc qu’il nous faudrait une bite (j’insiste sur ce mot puisqu’il est répété 150 fois pour nous faire « rire ») pour arrêter de nous cacher derrière les vêtements les plus improbables, avoir des cheveux super propres et brillants, répondre aux gens, les reluquer aussi. En gros, un pénis donnerait des neurones en plus à celui qui le possède (parce que Jeanne n’est pas juste larguée avec ses deux minots – elle est juste conne sans sa teub). Sinon, vu que rien n’est drôle, les acteurs se contentent de tirer la grimace comme sur l’affiche (qu’est-ce qui est passé par la tête des jurés du festival d’Huez de récompenser Alice Belaïdi ?) pour dire aux spectateurs, probablement autant consternés que moi face à tant de débilités et de vide, que la scène est drôle. Manquerait plus que les rires en fond comme dans les sitcoms tellement on prend les spectateurs pour des cons.

Si j'étais un homme : Photo Alice Belaïdi, Audrey Dana

American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

Okja

réalisé par Bong Joon-ho

avec Ahn Seo-Hyun, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Steven Yeun, Lily Collins, Shirley Henderson, Daniel Henshall, Devon Bostick, Giancarlo Esposito, Choi Woo-sik…

Drame, science-fiction, aventure sud-coréen, américain. 1h58. 2017.

sortie française (Netflix) : 28 juin 2017

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Okja : Photo Seo-Hyun Ahn, Tilda Swinton

Okja a fait beaucoup de bruit pendant son passage à Cannes en mai dernier : un film Netflix, qui n’est donc pas diffusé dans une salle de cinéma, peut-il prétendre à la Palme d’or ? Une autre polémique lui a succédé : quelques cinémas devaient tout de même le projeter très exceptionnellement. Mais un directeur de cinéma a incité les spectateurs au boycott et certains cinémas ont fini par se désister. Ce débat interroge en tout cas sur l’évolution du cinéma en terme de réception chez les spectateurs. Surtout, ce débat sous-entend qu’un film qui passe désormais uniquement par ce type de service ne serait pas du vrai cinéma. Or, si on aurait aimé une véritable projection au cinéma, Okja n’a rien d’un faux film ou de film de télévision (comme on a pu plus ou moins l’entendre) : il s’agit même d’un vrai bon film. Certes, pour moi, pas le meilleur de Bong Joon-ho (qui a le mérite de n’avoir jamais fait de faux-pas dans sa carrière), un de mes réalisateurs préférés. Commençons alors par les petites choses qui m’ont dérangée, au moins c’est fait : selon moi, la démonstration du réalisateur pour aborder son sujet est parfois bien trop appuyée. On a connu Bong Joon-ho plus subtil de ce côté-là. Certes, le réalisateur a toujours aimé intégrer des éléments loufoques dans des situations bien graves (en particulier dans The Host et Barking Dogs Never Bite) et j’ai même envie de dire que ce type de combinaisons est assez courant dans la nouvelle vague coréenne. Okja a même un aspect cartoonesque, notamment à travers les réactions et même l’aspect physique des personnages. Même son humour en prend donc un léger coup en devenant par moments très lourds (notamment avec les pets et excréments d’Okja). On pourra toujours dire que Bong Joon-ho a voulu offrir un spectacle davantage plus « familial » (le mot n’étant pas une insulte) à la Miyazaki d’où ces traits d’humour un peu trop lourds. Concernant le manque de subtilité, j’ai aussi eu un petit problème avec une scène qui semble avoir marqué beaucoup de spectateurs : celle avec tous les super-cochons dans un enclos prêts à aller à l’abattoir. On établit rapidement un parallèle évident avec les camps de concentration. On peut voir où le réalisateur veut en venir : les animaux restent des êtres vivants dotés de sensibilité. On peut même y percevoir une sorte d’inversement : ne reproduisez pas le mal qu’on a pu faire par le passé aux humains sur les animaux. Cela dit, j’ai tout de même trouvé ce parallèle non seulement grossier mais « limite » pour les personnes qui ont vécu l’horreur dans les camps de concentration.

Okja : Photo Jake Gyllenhaal

En dehors de ces quelques remarques, l’ensemble reste une belle réussite aussi bien techniquement qu’émotionnellement, sachant bien exploitant son sujet de fond. Okja est un film important parce qu’il est nécessaire et surtout de son temps. Chaque individu, chaque spectateur donc est de plus en plus confronté à cette question de l’alimentation animale et non animale. Et ces questions autour de la cause animale sont plutôt bien amenées, en confrontant deux points de vue extrêmes. D’un côté, on dénonce ceux qui exploitent les animaux, que ce soit les soeurs Mirando (incarnées par une Tilda Swinton toujours étonnante dans des rôles à métamorphose) – gérantes de la multinationale agro-alimentaire (le nom fait forcément penser à Monsato) ou encore Johnny Wilcox (interprété par Jake Gyllenhaal qui en fait des tonnes) qui préfère la gloire à la cause animale. De l’autre, les défenseurs extrémistes ne sont pas épargnés. Paul Dano est par ailleurs très convaincant dans le rôle de ce leader charismatique, a priori très calme, mais qui peut aussi exploser et surtout qui ne se préoccupe pas tant que ça du bien-être des animaux (même si la démarche peut être sincère de son point de vue) : Okja doit encore souffrir avant son sauvetage forcément médiatique pour le bien des autres super-cochons victimes de Mirando. Par ailleurs, aucun personnage n’est vraiment tout blanc, même pas la petite Mija dont la quête reste égoïste et qui ne réagira même pas pour libérer les autres Okja qu’elle croise sur sa route. Okja est un film imparfait mais qui a pourtant su me séduire. Il prouve qu’on est encore capable de produire des oeuvres divertissantes pour un large public sans être lisse et impersonnelle, ni toute « mignonne » alors que le film peut aussi être vue par de jeunes spectateurs. Tout en proposant des scènes d’action efficaces, Okja est un fable politique intense, émouvant sans être larmoyant et même paradoxalement terriblement « humain ». Le message a beau manquer de subtilité, il passe pourtant merveilleusement : il aura certainement de l’impact pour un grand nombre de spectateurs par la pertinence même de son propos. La noirceur de certaines scènes et même du propos permettent de fermer sur ses aspects cartoonesques qui auraient pu être amenés dans le récit. Okja entre alors dans la continuité de la filmographie de Bong Joon-ho : les monstres ne désignent pas les créatures créées par l’homme, ce sont surtout les hommes qui le sont.

 

Okja : Photo Paul Dano, Steven Yeun

Dunkerque

réalisé par Christopher Nolan

avec Fionn Whitehead, Mark Rylance, Tom Hardy, Cillian Murphy, Kenneth Branagh, Harry Styles, Barry Keoghan, Aneurin Barnard, Jack Lowden, James d’Arcy…

titre original : Dunkirk

Guerre, historique, drame britannique, américain, français. 1h47. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique vers l’Angleterre.

L’histoire s’intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l’opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats, Tommy, Gibson et Alex, arrivent à embarquer sous les bombardements, avec un peu d’ingéniosité et de chance. Mais un autre périple les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais. De l’autre côté de la Manche, Mr. Dawson, un propriétaire de bateau de plaisance, prépare avec son fils cadet, Peter, et un jeune garçon, George, la réquisition de son embarcation par la Royal Navy. Enfin, dans les cieux, trois pilotes britanniques, dont Collins et Farrier, sont en route pour Dunkerque, avec pour mission couvrir l’évacuation contre les chasseurs et bombardiers allemands, tout en surveillant leurs réserves de carburant. (source : Wikipedia)

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Christopher Nolan (dont ses films peuvent autant m’énerver que me fasciner) est décidément un véritable touche-à-tout ne manquant pas d’ambition. Après le thriller, la science-fiction et le film de super-héros, le réalisateur britannique s’attaque au film de guerre, sur un épisode assez méconnu : celui de l’opération Dynamo. Nolan retrace à sa façon ses quelques jours (neuf même si le film ne nous le précise pas) insoutenables qui auraient pu tourner à la pure catastrophe. Bourré de références cinématographiques et littéraires (Kafka, Conrad) selon son réalisateur, et surtout principalement inspiré par Le Salaire de la Peur d’Henri-Georges Clouzot, Dunkerque n’est en tout cas pas le film de guerre le plus sanglant possible. L’image, très appuyée par une dominance de couleurs froides, a l’air plutôt propre par rapport à ce qu’on attend du genre. Si je comprends le reproche en question, cela n’empêche Dunkerque d’être violent à sa façon et d’être sans cesse sous tension via un rythme soutenu et une durée concise. Surtout, je ne pense pas que cela soit incompatible avec le projet global du film et les obsessions de Nolan présentes depuis le début de sa carrière. Certains ont certainement été déçus parce qu’ils s’attendaient à revoir certains codes du genre. Or, Nolan le dit clairement : s’il nous montre un épisode de guerre, son film n’est pas un pur film de guerre. Nolan a préféré se réapproprier ce genre pour l’amener vers autre chose et son univers. Le temps et l’espace sont deux motifs chers au réalisateur qu’il a su exploiter dans son nouveau long-métrage. Les deux seront alors étroitement liés dans la construction même d’une narration décousue. Ainsi, elle est divisée sur trois chronologies elles-mêmes nettement identifiées par des termes : « Une semaine », « Un jour » et « Une heure ». Et ces trois chronologies correspondent respectivement à des espaces identifiables (en tout cas au départ) : la terre, la mer et l’air. Et on peut même décliner ce trio avec les notions temporelles suivantes : le passé, le présent et le futur. Il ne s’agit pas à proprement parler de flashback ou de flashforward. En réalité, il s’agit plutôt d’une superposition de trois chronologies qui finissent par se rejoindre pour n’en former qu’une seule. Cette construction fonctionne comme une horloge (les « Tic tac » en fond sonore iraient dans ce sens) qui rappelle à quel point le temps est compté dans des situations d’urgence : la vie et la mort sont certainement les connecteurs essentiels du temps et de l’espace : relier Dunkerque à la science-fiction n’aurait rien d’irrationnel.

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Tout ce procédé aurait pu être gratuit et superficiel, juste pour exposer du savoir-faire dans un exercice de style, il n’en est rien : au contraire, ce montage parfaitement maîtrisé prend sans cesse son sens au fur et à mesure des scènes. On pourra toujours dire que cette forme cache un scénario simple. Il est certain qu’il l’est et Nolan n’a jamais menti sur le minimalisme de son récit. Peut-être que cela n’excuse pas certains trous historiques mais ce choix reste tout de même cohérent par rapport à la proposition d’origine du réalisateur, tenté de tourner sans scénario pour mieux se concentrer sur le ressenti. Un choix risqué, qui aurait pu faire couler tout son film mais qui est finalement payant. Peut-être justement que son film ne s’effondre pas parce que ses trois unités de temps entremêlées construisent cette narration assez basique sur le papier. Au-delà de son efficacité, Nolan propose alors une oeuvre cohérente sur des hommes qui font une course contre la montre pour leur survie et celle des autres. Ces hommes en question (incarnés par une distribution charismatique de qualité, que ce soit par les plus reconnus ou les méconnus), que ce soit des soldats ou de simples civils, sont des silhouettes, des gens qui n’ont pratiquement pas de nom (ou quand ils en ont, on ne les retient pas – ils sont d’une simplicité), tous des sortes de soldats inconnus. Il est certain que ce manque de profondeur des personnages peut titiller voire même déranger. Pourtant, toujours grâce à l’intensité de l’expérience, le spectateur en immersion se sentira proche des personnages dans le sens où il aura le sentiment de l’accompagner dans sa douleur, ses doutes et ses peurs. Le vrai personnage principal de Dunkerque est la musique de Hans Zimmer. Elle est omniprésente mais n’est étonnamment pas si envahissante que ça (surtout quand on connait le travail de Zimmer par le passé), exprimant à elle-seule les sentiments et pensées des personnages, très peu bavards et dont on ne sait pas grand-chose sur eux. Dans l’ensemble, même si on pourra éventuellement discuter de certains points qui pourraient être problématiques mais qui contribuent paradoxalement à la force, Dunkerque réussit à ne pas être une simple démonstration technique et esthétique. En 1h47 (ce qui est reste relativement court non seulement pour un gros film actuel, mais aussi pour un film de guerre et surtout pour un Nolan), le réalisateur de The Dark Knight et Memento propose une oeuvre expérimentale et même physique forte en émotion qui mérite d’être vue et surtout vécue.

Dunkerque : Photo Tom Hardy

Que Dios Nos Perdone

réalisé par Rodrigo Sorogoyen

avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera…

Film policier espagnol. 2h06. 2016.

sortie française : 9 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

Depuis quelques années, le cinéma espagnol de genre nous offre quelques pépites, notamment l’excellent La Isla Minima d’Alberto Rodriguez. C’est principalement pour cette raison que je suis allée voir Que Dios Nos Perdone, un polar qui, sur le papier, a des points communs avec le long-métrage de Rodriguez. L’histoire est donc plutôt classique : un serial killer qui a de gros problèmes avec sa mère (d’où le meurtre de vieilles dames) et la religion (d’où en partie le titre – même si les explications sur le titre restent multiples) ou encore l’éternel duo de flics opposés (d’un côté le méticuleux réservé, de l’autre l’agité du bocal). De plus, le réalisateur assume lui aussi son amour pour le chef-d’oeuvre de Bong Joon-ho Memories of Murder (même si je soupçonne aussi une inspiration du côté d’un autre polar coréen, The Chaser de Na Hong-jin). Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ça. Le jeune réalisateur Rodrigo Sorogoyen (ses deux premiers films, 8 Citas et Stockholm, restent inédits en France) signe certainement un des meilleurs films de l’année. Nommé à plusieurs reprises aux Goyas (les Césars espagnols) dans les catégories principales, Que Dios Nos Perdone est une oeuvre puissante et haletante sur une Espagne violente. Replaçons le contexte : en mai 2011 naissent les Indignés qui veulent réagir et répondre à la crise économique qui frappe l’Espagne affaiblie par des politiciens qui ne parviennent pas à y faire face. Mais en août 2011, le pape Benoit XVI débarque à Madrid pour célébrer la messe dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse. On expulse alors les Indignés pour ne pas montrer au Pape et à la presse internationale la véritable face de l’Espagne à ce moment-là. Si le réalisateur avait d’abord pensé à son intrigue avant de penser à son contexte, le parallèle entre les deux rend le film extrêmement puissant : il faut surtout étouffer les meurtres et viols de vieilles dames pour ne pas choquer quitte à échapper à des éléments essentiels pour faire avancer l’enquête. Le regard sur l’Espagne et la police est parfois très cynique. Le centre de Madrid est un lieu très bien exploité aussi bien dans le scénario que dans la mise en scène : le lieu est étouffant et écrasant, bourré d’obstacles, à l’image de l’enquête. Par la mise en scène mais aussi par une magnifique photographie, le spectateur se sent aussi étouffé par la canicule qui ne fait que ressortir les propres démons des personnages aussi bien les flics que l’assassin. L’enquête est finalement un moyen de parler de la violence qui est en chacun de nous et qui n’est pas toujours soupçonnable.

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Raúl Prieto

Le tueur (le bluffant Javier Pereira), dont l’identité est révélée une bonne demi-heure avant la fin pour que le spectateur le cerne aussi dans sa sphère privée, est a priori un homme charmant qui sait s’occuper de sa mère et des personnes âgées en général. Velarde (incarné par l’excellent Antonio de la Torre qui ressemble dans ce film à Dustin Hoffman !) a beau être quelqu’un de très calme, très carré et même coincé (certainement lié à son bégaiement), il peut aussi être assouvi de pulsions proches d’un crime si rien ne l’avait calmé. La relation qu’il a avec la femme de ménage de son immeuble ou encore la toute fin prouvent cette violence enfouie en lui qui ne demandent qu’à sortir. Quant à son collègue Alfaro (interprété par l’épatant Roberto Alama, très justement récompensé par le Goya du meilleur acteur), s’il exprime publiquement sa colère que ce soit au travail ou dans sa famille, il est également un homme plus sensible qu’il en a l’air. Le fameux schéma de duo de flics classique se transforme en un schéma bien plus complexe pour nous offrir des personnages profonds et ambigus : le tueur et les deux policiers sont violents, pratiquement deux handicapés sociaux chacun à leur façon. La mise en scène est également d’une grande intensité et surtout très réfléchie. Comme l’explique le réalisateur (et ça se voit à l’écran), le film est séparé en deux parties par une scène de course-poursuite absolument époustouflante (une des meilleures que j’ai pu voir). Ainsi, la première partie suit les flics dans leur quotidien avec un aspect parfois proche du documentaire notamment avec la caméra à l’épaule qui suit les personnages. Quant à la seconde partie, elle est plus sombre, on s’éloigne du « doc » et la caméra est plus posée, comme si le calme était finalement bien plus inquiétant que l’agitation (notamment celle de la ville avec la venue du Pape dans un contexte particulier). Certaines scènes sont également intenses par son suspense insoutenable (la scène où le tueur se retrouve dans la même pièce qu’Alfaro coupe le souffle) sa noirceur (cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une salle aussi imprégnée par un film). Je pense notamment à la scène où on voit réellement le tueur à visage découvert faire du mal à une petite vieille : la scène est extrêmement difficile à regarder mais le réalisateur ne transforme jamais sa scène en quelque chose d’obscène, il sait s’arrêter à temps. Le spectateur n’a pas non plus nécessairement l’habitude de voir une personne âgée morte, nue, violée avec des problèmes de peau liées à la vieillesse : cela confronte aussi le spectateur à ses propres peurs. Que Dios Nos Perdone est alors un film d’une grande richesse, aussi bien narrative que technique, parvenant à la fois à exposer la facette sombre de chaque homme que celle d’un pays qui cache sa propre violence.

Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

Baby Driver

réalisé par Edgar Wright

avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Eiza Gonzalez, Jon Hamm, Jamie Foxx, Jon Bernthal…

Film d’action, thriller, policier musical américain, britannique. 1h53. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort

Impossible de passer à côté du phénomène Baby Driver, le film « le plus cool de l’été » selon la presse et les internautes. Je ne suis pas allée voir ce film que pour être dans la hype : j’aime beaucoup le travail d’Edgar Wright, le créateur et réalisateur de la sitcom Spaced / Les Allumés. Surtout, je suis une grande fan absolue de la trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde), co-écrite (et interprétée) par les excellents Simon Pegg et Nick Frost (déjà sur le coup sur Spaced). Cela dit, si j’aime beaucoup le travail du trio, je reste davantage plus sceptique aux projets solo de Wright. Je sais que son Scott Pilgrim vs The World est un film culte (certains diront même qu’il s’agit du meilleur film du réalisateur) mais personnellement, même si je lui reconnais des qualités et trouve l’ensemble plaisant, je n’ai jamais compris le fort enthousiasme autour. Et j’avais peur que ce soit aussi le cas avec ce Baby Driver. Si ce Baby Driver m’a un peu plus emballée que Scott Pilgrim, je rencontre finalement des problèmes similaires. Je vais commencer par les points positifs. Tout d’abord, même si je lui reproche quelques longueurs, il s’agit d’un divertissement efficace, bien rythmé, qui ne m’a pas ennuyée. Il faut dire que la scène d’introduction sait donner le ton : on va être dans un film d’action / de braquage musical. Un concept à part et totalement assumé par le réalisateur. A l’origine, je ne suis pas spécialement une grande spécialiste ni une grande fan des scènes de course-poursuite et de fusillade (cela ne m’empêche évidemment pas d’aimer certains grands films) mais j’ai pourtant trouvé les scènes en question très réussies. La mise en scène est indéniablement remarquable et dynamique. Wright a du talent et de l’ambition, ça se voit à l’écran et ça fait même parfois plaisir à voir ! En revanche, le concept de film de braquage / d’action musical est certes ambitieux mais il a finalement aussi ses limites. J’ai évidemment apprécié certaines séquences musicales, bien chorégraphiées, en imaginant que les choix des titres ont été sélectionnés avec précaution. Certes, la musique dans un film à concept musical est essentielle. Mais au bout d’un moment, cette bande-originale a fini par me gaver. Je veux bien admettre que cette musique en surdose permet aux spectateurs de se mettre dans la peau de Baby : le jeune homme a des acouphènes en permanence suite à un accident de voiture survenu durant son enfance, du coup il écoute sans cesse de la musique pour couvrir son insupportable bruit dans ses oreilles.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Eiza Gonzalez, Jamie Foxx, Jon Hamm

Sa vie est devenue littéralement une comédie musicale en permanence pour surmonter un handicap. Cela dit, cette musique en permanence est très mal dosée : on a sans cesse l’impression que Wright nous colle dans son film sa playlist idéale (certes très sympathique au passage) ! On tombe aussi hélas dans la caricature de l’amour de la pop culture à outrance (c’est hélas de plus en plus le cas au cinéma ces derniers temps et je suis en train de saturer) : chaque scène est forcément un clin d’oeil à une oeuvre artistique (rien que le titre et l’histoire en elle-même font référence à The Driver de Waler Hill et Taxi Driver de Martin Scorsese). Je n’ai rien contre les références, même très assumées (la preuve, j’adore Tarantino), elles peuvent nourrir une oeuvre, lui donner du sens, mais cela me dérange quand j’ai l’impression qu’elles finissent par manger le film et qu’elles échappent à son créateur. Pour le scénario, je suis vraiment partagée. Je ne dis pas qu’il est foncièrement mauvais. L’histoire tient à peu près debout (dans le sens où on y croit pendant la séance) même s’il y a évidemment quand même certaines choses grossières ou pas toujours crédibles. Par exemple, Baby tombe dans le braquage parce qu’il faisait des conneries gosse et qu’il a toujours été un formidable conducteur : cela serait très invraisemblable dans la vraie vie mais dans le film, même si l’histoire de Baby n’est pas banale, ça passe étonnamment bien. En revanche, d’autres faits ne semblent pas crédibles et gâchent parfois tout ce qui a été mis en place : par exemple, on a du mal à croire que le boss incarné par Kevin Spacey tolère le comportement intolérable de Jamie Foxx en taré de service incapable ou encore toujours ce même Spacey change d’avis (lors de son dernier échange avec Baby) comme il changerait de culotte. Mais surtout, ce que je regrette le plus, c’est que ce scénario en question manque d’épaisseur. Le pire, c’est que je ne suis pas sûre que Wright en ait tellement conscience. On sent qu’il a voulu créer une sorte de psychologie des personnages, notamment avec le traumatisme d’enfance de Baby et sa relation avec Debora, qui lui rappelle sa mère (et qui me rappelle Shelly dans Twin Peaks). Certes, le personnage de Baby est tout mignon, il est attachant même s’il est très (et limite trop) lisse (je ne remets pourtant pas en cause Ansel Elgort qui m’inspire beaucoup de sympathie) mais cette histoire créée autour de lui m’a paru creuse et facile.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Lily James

On a l’impression que Wright nous envoie un message subliminal si surligné du style : « les gars, mon film est TRES COOL comme Fonzy mais il n’est pas non plus vide, REGARDEZ, MON PERSONNAGE IL SOUFFRE, IL A UN PASSE ». Je ne dis pas que je cherchais un film profond en allant voir Baby Driver, je ne cherche pas à tout intellectualiser. Mais la forme (avec la musique, les références, le fameux côté « cool ») est tellement présente, très appuyée et travaillée qu’elle finit par bouffer le reste et on a ce sentiment d’avoir vu un film certes plaisant mais qui cache justement ses maladresses avec cette surcharge formelle. C’est pour cela que je trouve l’absence de Pegg et Frost déplaisante quitte à jouer les nostalgiques de service. Wright a selon moi encore du mal à s’en sortir seul dans l’écriture : certes, les films en collaboration avec Pegg et Frost ne sont pas d’une profondeur à la Bergman, n’exagérons rien non plus. Cela dit, même si l’équipe jouait très fortement avec des codes cinématographiques et de la pop culture et des répliques très bien senties, je n’avais pas le sentiment que le fond et les personnages principaux étaient délaissés et cernés par la forme justement, je ne me suis jamais dit que leurs films étaient marrants mais creux : bref, je trouvais qu’il y avait un bon compromis entre un certain nombre d’éléments. Dans le cas de Baby Driver, je reste dubitative : oui, c’est plutôt un bon divertissement mais il manque de consistance. On ne dépasse pas plus que ça l’exercice de style. Tout le monde crie déjà au film culte mais pour ma part, hélas, je sais qu’il ne va pas me marquer plus que cela, comme ce fut déjà le cas avec Scott Pilgrim. Concernant le casting et les personnages, là encore, il y a du bon et du moins bon. En fait, concrètement, les acteurs sont tous bons (même si Jamie Foxx cabotine mais ça passe bien par rapport au personnage). Cela dit, Ansel Elgort est si lisse et incarne un personnage qui l’est aussi tout (on imagine que cet aspect-là est volontairement mis en avant) autant qu’il ne s’impose pas face à ses partenaires si charismatiques. Je regrette aussi que Lily James qui ne m’a pourtant pas laissée indifférente n’ait pas un personnage plus développé : elle finit par ne servir que de faire-valoir au personnage principal.

Baby Driver : Photo Eiza Gonzalez, Jon Hamm

Pulp, a film about life, death and supermarkets

réalisé par Florian Habicht

avec Jarvis Cocker, Candida Doyle, Steve Mackey, Nick Banks…

Film documentaire, musical. 1h30. 2014.

sortie française : 1 avril 2015

Movie Challenge 2017 : Un film documentaire

8 décembre 2012. Une pierre blanche dans l’histoire de l’outsider le plus chic du rock anglais. Jarvis Cocker et de son groupe Pulp donnent le dernier concert de leur ultime tournée dans leur ville natale : Sheffield. L’histoire d’une journée presque ordinaire dans cette ville moyenne du Nord de l’Angleterre où les poissonniers remplissent leur étal, où les vendeurs de journaux alignent les éditions de The Star titrant sur Pulp, où les fans de 7 à 77 ans se racontent passionnément leurs souvenirs avant l’ouverture des portes et où les membres du groupe sentent la pression monter.

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Certains le savent peut-être mais Pulp fait partie de mes groupes préférés. Ce ne sont pas des paroles en l’air : je les admire. Je voulais même appeler un de mes mômes (je vous rassure : je ne suis pas maman) Jarvis en hommage au leader. Pour la petite anecdote, j’ai découvert ce groupe durant mon adolescence dans l’excellent documentaire musical (le monde est petit) de Julien Temple, Glastonbury. Bref, c’est pour cette raison que je tenais à découvrir le documentaire sur ce groupe, enfin façon de parler. En France, Pulp, a film about life, death and supermarkets est sorti dans très très peu de salles. Il faut dire que chez nous, Pulp n’est pas nécessairement le groupe de britpop le plus connu malgré sa renommée internationale (en France, on connait davantage Blur, Oasis et même à leurs débuts Radiohead par exemple). Il faut dire que Pulp ne s’est fait connaître qu’au milieu des années 90 alors qu’il s’est formé à la fin des années 70 : il a clairement plus galéré que les autres groupes que j’ai pu citer. Je remercie très sincèrement Arte d’avoir diffusé ce film (certes très tard mais merci le replay) dans le cadre du Summer of Fish ‘n’ Chips (une programmation axée sur la culture britannique). Certes, le documentaire sera certainement plus plaisant et parlant pour des fans et connaisseurs du groupe (même si un point de vue extérieur doit aussi être intéressant). Les scènes du concert (superbement filmées en captant aussi bien l’énergie générale que les lumières flamboyantes – on est loin du temps grisâtre couvrant Sheffield) sont évidemment un pur bonheur pour n’importe quel fan : on a juste envie d’être dans le public et de chanter les tubes à fond la caisse. Le documentaire de Florian Habicht (Woodenhead, Spookers) se penche sur les différents membres du groupe, dont le très charismatique leader Jarvis Cocker (pour les gens qui ne le connaissent pas du tout, vous l’avez certainement déjà vu déchaîné dans Harry Potter et la Coupe de feu). On y apprendra alors à quel point la musique était nécessaire pour certains membres du groupe, soit pour exprimer des pensées sur des sujets intimes ou au contraire sur des sujets bien plus universels voire même d’ordre sociétal, soit à surmonter des problèmes personnels (par exemple, la claviériste Candida Doyle déclare que jouer dans le groupe lui a permis d’oublier son arthrite). Mais c’est là où le documentaire devient plus intéressant car il ne se contente pas de nous présenter le groupe pour les fans. Mais finalement, ça, c’est minime et c’est pour ça que le film n’est pas uniquement réservé à des fans.

A l’instar de la fiction (proche du documentaire) 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (également dans la programmation d’Arte) qui, via un portrait de Tony Wilson, le créateur de la Factory Records, livrait un regard sur Manchester, Pulp, a life about life, death and supermarkets (titre à rallonge mais finalement assez pertinent) offre surtout un portrait de Sheffield, la ville d’origine du groupe, et également dernière ville de leur tournée exceptionnelle d’adieu (comme le confessera Cocker : le groupe s’était arrêté mais il n’y a jamais eu d’annonce officielle et il a toujours eu un goût inachevé de cette aventure). Florian Habicht s’intéresse le temps d’une journée avant le concert aux gens évoqués dans les chansons de Pulp : ces commun people, ces gens ordinaires de la classe moyenne. Ces gens en question sont parfois des fans (qui vont même assister au fameux concert) soit juste de simples citoyens (qui ne roulent pas sur l’or) soit parfois des gens qui ont connu les membres du groupe avant leur succès. Ainsi, on va rencontrer des retraités (la reprise de Help the Aged avec des personnes âgées bouleversante ou même la récitation des paroles par une bouquiniste est juste incroyable de vérité), une mère célibataire américaine, un jeune transsexuel, des mômes, une équipe de foot féminine, un vendeur de journaux, un poissonnier etc… Ce documentaire montre à quel point la musique est un art incroyable et puissant pour parler des gens de la vraie vie (très loin justement du showbiz, de ce qu’a vécu Pulp suite au succès) et pour évoquer des sujets universels, comme la vieillesse, la mort, le passé, le sexe (la séquence pratiquement intégrale où Cocker interprète This is hardcore en mimant un orgasme sur scène est très intense et cohérente avec les paroles) etc… Il faut dire que Cocker est un excellent parolier, inspiré de Gainsbourg tout en donnant l’impression d’être plus accessible, de mieux parler à la classe moyenne. Connaître les paroles des chansons (ou en tout cas pour les moins connaisseurs, bien faire attention aux sous-titres) a du sens par rapport aux différentes interventions et plus globalement à ce que le film veut défendre. Il y a alors un bel équilibre trouvé entre Jarvis et sa bande et les différents témoins qui analysent avec justesse le rôle de Pulp dans leur existence. Pulp ne tire jamais la couverture sur lui et laisse réellement la parole à des anonymes : les meilleures séquences sont d’ailleurs celles avec les common people, pas avec les membres du groupe ! Florian Habicht signe alors un formidable documentaire puissant, énergique et pertinent sur le rôle d’un groupe emblématique qui revient à la maison. Rencontrer les personnages qui ont inspiré leurs chansons cultes ne laisse pas indifférent. Pulp, c’est alors le groupe de l’espoir et de la réussite qui a permis à la working class délaissée d’avoir un modèle sur lequel elle pouvait s’appuyer et qui pouvait aussi parler au reste du monde de ce qui se passait dans l’Angleterre des années 80. 

 

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

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Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

The Circle

réalisé par James Ponsoldt

avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Ellar Coltrane, Patton Oswalt, Bill Paxton, Glenne Headly…

Thriller, science-fiction, drame américain, émirati. 1h50. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

The Circle : Photo Emma Watson

Depuis quelques années, les romans dystopiques passent pratiquement tous par la case « adaptation cinématographiques ». Celui de Dave Eggers (pour la petite anecdote, il est également le co-scénariste de Away We Go, réalisé par Sam Mendes), Le Cercle. Je suis allée voir ce film complètement par hasard, je n’avais pas spécialement prévu de le découvrir, j’ai juste accompagné quelqu’un. Je savais à peine de quoi ça parlait : j’avais juste constaté sur les réseaux sociaux un accueil assez mitigé. Peut-être parce que je ne m’attendais à rien que j’ai finalement bien apprécié The Circle. Certes, il s’agit d’un film imparfait et certainement rapidement oubliable. Parmi les défauts les plus notables, le début est un peu long à se mettre en place. On pourra également toujours clamer son manque d’originalité : n’a-t-on pas déjà vu mille fois ces films reprenant le même schéma que 1984 de George Orwell ? Je n’ai jamais regardé Black Mirror mais les fans de la série semblent avoir fait des rapprochements entre les deux oeuvres. Bref, effectivement, nous n’apprendrons rien de bien nouveau dans The Circle : oui, la technologie à outrance bouffe nos vies privées qui ne sont de toute façon plus privées et ces données en question permettront aux hautes instances de manipuler le peuple. Cela dit, même si le sujet n’a donc rien de révolutionnaire, j’ai tout de même été prise dans l’histoire. On ne peut pas s’empêcher de se dire que le film n’est pas si futuriste que ça. Comment ne pas penser aux youtubeurs quand Mae se filme H24 et partage absolument toute sa vie (pas toujours intéressante) ? Comment ne pas y voir un énorme clin d’oeil à Steve Jobs qui faisait ses shows lorsqu’il présentait un nouveau produit ? Google et Facebook sont aussi clairement évoqués. Beaucoup de spectateurs verront les références (placées sans aucune subtilité) : le film a le mérite d’être accessible mais sans tomber dans le film pour adolescents (parce que je m’attendais à ça vu la vague de young adult adaptées). La mise en scène n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout à fait efficace. Le résultat m’a encore plus étonnée en sachant que c’était James Ponsoldt derrière la caméra. Evidemment, je préférais quand il signait des films indépendants personnels et subtils comme par exemple The Spectacular Now (avec Miles Teller et Shailene Woodley) ou encore Smashed (avec Mary Elizabeth Winstead et Aaron Paul). Evidemment que cette réalisation pour The Circle est moins personnelle, on sent beaucoup moins sa patte. Cela dit, pour une grosse machine, il ne s’en sort pas si mal que ça.

The Circle : Photo Tom Hanks

Cela dit, son accessibilité joue à The Circle certains tours : l’ensemble manque alors de subtilité, les explications peuvent sembler grossières. Par contre, contrairement à ce que reprochent certaines critiques, le personnage de Mae est intéressant (j’aime jouer les avocates du diable). Il ne s’agit que d’un ressenti personnel en sachant que je n’ai pas lu le roman donc je ne connais pas les intentions d’origine de l’auteur. Je suis persuadée que des spectateurs s’attendaient à un personnage dans la même veine qu’une Katniss. Attention spoilers : Or, Mae m’a paru complexe et surtout son traitement n’a rien de manichéen. Mae est une jeune femme intelligente mais qui, malgré l’amour que ses parents lui portent et deux amis importants, se sent assez seule. Elle a un cerveau, elle voit bien que certaines choses clochent dans l’entreprise, on la prévient même de ce qui se passe en privé et se rend bien compte que la situation est anormale. Mae est autant un personnage manipulée / manipulable qu’un personnage qui manipule elle-même les autres pour son propre intérêt (ne plus être seule et savourer le pouvoir via la technologie). Elle atterrit dans cette entreprise et monte les échelons par hasard mais finit par prendre le dessus et profiter de la situation pour son propre intérêt. Elle contribue complètement au système qui pourtant lui fait du mal. Je ne suis donc pas d’accord (mais il ne s’agit vraiment que de mon ressenti) concernant la fin qui m’a paru logique. Et je trouve que le traitement de Mae rend le film certes imparfait un peu plus intéressant que prévu. J’aime beaucoup Watson en tant que jeune femme (je ne m’en cache pas) mais en tant qu’actrice je ne suis pas toujours convaincue par ses prestations mais là je trouve qu’elle s’en sort bien surtout que son rôle n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait croire. Tom Hanks est également très convaincant dans le rôle de ce PDG star a priori cool et même généreux en public (en même temps, je n’ai jamais vu Hanks mal jouer). Cela dit, il est regrettable que son personnage ne soit pas plus développé tout comme celui tenu par John Boyega (je ne pensais pas qu’il serait autant absent). Dans les seconds rôles, Ellar Coltrane (et oui, il s’agit du gamin de Boyhood de Richard Linklater) et Karen Gillan s’en sortent également pas trop mal. The Circle n’a donc rien de révolutionnaire (et je ne crois pas qu’il avait cette prétention), il a ses défauts, il ne nous apprendra également rien sur son sujet mais reste tout à fait correct et crédible par rapport à ce qu’on attend éventuellement de ce type de production.

The Circle : Photo