Bilan – novembre 2016

Cinéma

Sorties 2016 (ciné, dvd, vod, e-cinema…)

American Nightmare 3 : Elections (James DeMonaco, 2016) 2/4

Un homme à la hauteur (Laurent Tirard, 2016) 2/4

Inferno (Ron Howard, 2016) 2/4

Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016) 2/4

Imperium (Daniel Ragussis, 2016) 2/4

Tu ne tueras point (Mel Gibson, 2016) 4/4

Folles de Joie (Paolo Virzi, 2016) 3/4

Le Monde de Dory (Andrew Stanton, Angus MacLane, 2016) 3/4

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Rattrapages

Confetti (Debbi Isitt, 2006) 2/4

Love Story (Arthur Hiller, 1970) 2/4

71 fragments d’une chronologie du hasard (Michael Haneke, 1994) 2/4

French Kiss (Lawrence Kasdan, 1995) 2/4

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Lectures

Harry Potter et l’Enfant maudit (J.K. Rowling, 2016) 4/4

Un roman français (Frédéric Beigbeder, 2009) 2/4

Boy (Takeshi Kitano, 2012) 2/4

Virgin Suicides (Jeffrey Eugenides, 1993) 4/4

Télévision (ou petite lucarne ou appareil à redevance)

The Night Manager (saison 1, 2016) 1/4

Orange is the New Black (saison 1, 2013) 4/4

Brokenwood (saison 2, 2015) 3/4

American Horror Story : Roanoke (saison 6, 2016) 1/4

Sherlock (saison 2, 2012) 4/4

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Movie Challenge 2016 :

– un film français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

– un film adapté d’un livre : Tale of Tales de Matteo Garrone (2015).

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter : C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (2005).

– un film tourné/sorti cette année : Carol de Todd Haynes (2016)

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993) : La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans : J’ai tué ma mère de Xavier Dolan (2009).

– un film dont le titre contient un numéro : Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (1954).

– un film ayant de mauvaises critiques : Toi, moi… et Duprée de Anthony et Joe Russo (2006).

– une comédie : Les Muppets, le retour de James Bobin (2011).

– un film réalisé par une femme : Surveillance de Jennifer Lynch (2008).

– un film dont le héros n’est pas humain : Mondwest de Michael Crichton (1973).

– un film qui a une suite : Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force de J. J. Abrams

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune : Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006).

– un film se déroulant dans le futur : Perfect Sense de David McKenzie (2011).

– un court-métrage : Harvie Krumpet d’Adam Elliot (2003).

– un film se déroulant à l’étranger : Transsiberian de Brad Anderson (2008).

– un film qui n’est pas en anglais ni en français : Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

– un film se passant au lycée : Elle est trop bien de Robert Iscove (1999).

– un film dont le titre comporte une couleur : Blue Ruin de Jeremy Saulnier (2013).

– un film qui m’a fait pleurer : States of Grace de Destin Daniel Cretton (2013).

– un film que j’ai vu plus de deux fois : Walk Hard – The Dewey Cox Story de Jake Kasdan (2007).

– un film d’un réalisateur que j’adore : Kes de Ken Loach (1969).

– un film avec une actrice que j’adore : Diamants sur canapé de Blake Edwards (1961).

– un film avec un acteur que j’adore : Avanti de Billy Wilder (1972).

– un film ayant obtenu un Oscar : Tendres Passions de James L. Brooks (1983).

– un film d’horreur : The Wig de Won Shin-yeon (2005).

– un film commencé que je n’ai jamais terminé : I’m not There de Todd Haynes (2007).

– un dessin animé : Les Indestructibles de Brad Bird (2004).

– un biopic historique

– un film LGBT : Une journée particulière de Ettore Scola (1977).

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : Music Box de Costa-Gavras (1989).

– un film recommandé par quelqu’un : Drop Dead Fred de Ate de Jong (1991).

– un film en noir et blanc : Les Hauts de Hurlevent de William Wyler (1939).

– un film basé sur des faits réels : Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar (2012)

– une comédie musicale : Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann (2001).

– un film qui m’a fait pleurer de rire : Les Flingueuses de Paul Feig (2013).

– un film de guerre

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic : Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn (2014).

– un film avec un mariage : Bachelorette de Leslye Headland (2012).

– un film d’un réalisateur asiatique : Hard Day de Kim Seong-hun (2014).

– un film que ma mère adore : Truman Capote de Bennett Miller (2005).

 

Avant toi / Un homme à la hauteur

Avant toi

réalisé par Thea Sharrock

avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Janet McTeer, Charles Dance, Matthew Lewis, Brendan Coyle, Jenna Coleman, Vanessa Kirby, Joanna Lumley…

titre original : Me Before You

Comédie dramatique, romance britannique, américain. 1h50. 2016.

sortie française : 22 juin 2016

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Une charmante petite ville de l’Angleterre rurale. Si elle est originale et artiste dans l’âme, Louisa « Lou » Clark, 26 ans, n’a aucune ambition particulière. Elle se contente d’enchaîner les boulots pour permettre à ses proches de joindre les deux bouts.
Jeune et riche banquier, Will Traynor était un garçon plein d’audace et d’optimisme jusqu’à ce qu’il se retrouve paralysé, suite à un accident survenu deux ans plus tôt. Devenu cynique, il a renoncé à tout et n’est plus que l’ombre de lui-même.
Autant dire que ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. Mais lorsque Lou accepte de travailler comme aide-soignante auprès de Will, elle est bien décidée à lui redonner goût à la vie. Et peu à peu, les deux jeunes gens s’éprennent passionnément l’un de l’autre. La force de leur amour pourra-t-elle survivre à leur destin qui semble inexorable ?

Avant toi : Photo Emilia Clarke

Avant toi est l’adaptation du roman à succès du même nom, écrit par Jojo Moyes, ici scénariste. La sortie du film (je ne crois pas que le livre ait soulevé un quelconque problème) a suscité une petite polémique de la part de certaines associations défendant la cause des handicapés : Will Traynor, le personnage très lourdement handicapé suite à un accident, souhaite mourir. Certains y auraient donc vu un message négatif à l’égard des handicapés, qui ne pourraient donc pas vivre à cause de leur maladie. Je comprends tout à fait la colère de ces handicapés qui se battent tous les jours pour avancer et faire des choses certainement inimaginables pour nous qui n’avons pas de problèmes physiques. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement ce film, ce point ne m’a pas plus traversé que l’esprit en le regardant. J’y ai plus vu un moyen de parler de l’euthanasie (dans le film, le garçon en question n’est pas un simple handicapé, on voit clairement sa souffrance et les médecins précisent aussi que sa santé est en jeu). Certes, je dis pas que le film est d’une immense profondeur mais il veut déjà ouvrir un certain débat, donner un message positif (oui, oui !) sur un sujet assez lourd avec un ton plutôt léger. On ne va pas se mentir, on est dans la même veine qu’une autre adaptation de roman à succès, Nos étoiles contraires de Josh Boone. Cela dit, même s’il est tire-larmes (non, je n’ai pas pleuré, non je ne suis pas un monstre), Avant toi m’a tout de même davantage parlé – peut-être parce que l’héroïne a grosso modo mon âge, que je m’habille aussi bizarrement qu’elle et que je me suis aussi posée les même questions. Il n’y a pas un travail fou côté mise en scène mais pour ce qu’on demande et ce qu’on attend, ça passe à peu près. Le scénario est évidemment assez prévisible mais l’histoire m’a tout de même plutôt plu, on ne s’ennuie pas malgré tout. Les personnages sont assez attachants et plutôt bien incarnés, en plus par deux stars de saga. La première, Emilia Clarke, interprète la pétillante Lou. Ca fait du bien de la voir dans un rôle plus frais que celui qu’elle tient dans Game of Thrones. Cela dit, la madame a un sérieux problème avec ses sourcils qui bougent dans tous les sens ! Son partenaire de Hunger Games, Sam Claflin, s’en sort également très mieux en évitant notamment de tomber dans la surenchère. Les seconds rôles (on retrouvera notamment un certain Matthew Lewis – coucou Neville Londubat !) complètement plutôt bien la distribution. La question qu’on peut désormais se poser est la suivante : la suite, Après toi, verra-t-elle le jour ? Sans dire que je me battrais pour aller le voir, je ne suis pas du tout contre cette idée.

Avant toi : Photo Emilia Clarke, Sam Claflin


Un homme à la hauteur

réalisé par Laurent Tirard

avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn, César Domboy, Stéphanie Papanian, François-Dominique Blin, Manöelle Gaillard, Bruno Gomila, Eric Berger…

Comédie romantique française. 1h40. 2016.

sortie française : 4 mai 2016

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Diane est une belle femme. Une très belle femme. Brillante avocate, elle a de l’humour et une forte personnalité. Et comme elle vient de mettre un terme à un mariage qui ne la rendait pas heureuse, la voilà enfin libre de rencontrer l’homme de sa vie. Le hasard n’existant pas, Diane reçoit le coup de fil d’un certain Alexandre, qui a retrouvé le portable qu’elle avait égaré. Très vite, quelque chose se passe lors de cette conversation téléphonique. Alexandre est courtois, drôle, visiblement cultivé… Diane est sous le charme. Un rendez-vous est rapidement fixé. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme prévu…

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Laurent Tirard aime décidément les petits ! Réalisateur du Petit Nicolas et de sa suite, il s’attaque au remake du film argentin Corazón de León réalisé par Marcos Carnevale en 2014, avec Guillermo Fracella (vu dans El Clan de Pablo Trapero et Dans ses yeux de Juan José Campanella). Ce long-métrage n’est jamais sorti en France mais je serais curieuse de voir ce qu’il vaut ! Jean Dujardin reprend alors le rôle tenu par Fracella. Oui, il joue bien le rôle d’un homme de petite taille. Pour créer cette illusion, plusieurs techniques ont été déployées, c’est-à-dire qu’on se retrouve face à un mélange numérique et « artisanal ». Je suis vraiment partagée sur le résultat. Sur certaines scènes, j’étais vraiment impressionnée par le résultat. En revanche, sur d’autres, j’étais trop focalisée sur le trucage. On pourra toujours débattre sur la question suivante : aurait-on pu mettre à la place un véritable petit acteur au lieu de procéder à tout ce trucage ? Nous savons bien que d’un point de vue strictement commercial, c’est compliqué ! L’histoire en elle-même est sympathique même si elle n’échappe pas au schéma éternel et pas toujours folichon de la comédie romantique (on n’échappe également pas à quelques moments de niaiserie durant la seconde partie). De plus, il faut avouer qu’on se pose quelques questions par rapport au statut social d’Alexandre. Alexandre a beau être quelqu’un de très charmant (dans tous les sens du terme), on peut comprendre que Diane soit séduite par cet homme. Cela dit, Alexandre réussit à séduire sa dulcinée en réalisant des actions qui coûtent de l’argent et qui ne sont pas donc à la portée de tous. Diane aurait-elle pu être séduite par un homme de cette même taille et les autres critères physiques qui vont avec (parce qu’Alexandre a quand même des atouts « malgré » sa petite taille : plutôt belle gueule, pas gros ni gringalet : c’est d’ailleurs presque le souci des effets spéciaux dans le sens où on voit qu’il s’agit d’un corps ne souffrant pas de problème de taille) mais qui n’aurait pas eu le même compte en banque ? Je ne sais pas. Du coup, je ne sais pas si ce choix est volontaire – et pourrait donc avoir une signification par rapport à ce que voulait dire le réalisateur – ou s’il s’agit d’une réelle maladresse. En tout cas, le couple formé par Jean Dujardin et Virginie Efira (cette dernière étant désormais une habituée des comédies romantiques) fait des étincelles. Pour conclure, Un homme à la hauteur est une sympathie comédie romantique certes pas révolutionnaire, notamment dans son traitement sur la différence et le regard des autres, mais qui fonctionne plutôt bien.

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Folles de Joie

réalisé par Paolo Virzi

avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Sergio Albelli, Marisa Borini…

titre original : La Pazza Gioia

Comédie dramatique italienne, française. 1h51. 2016.

sortie française : 8 juin 2016 (sortie dvd : 2 novembre 2016).

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Le film est présent sur le site de Cinetrafic qui vous présente différentes listes dont : films 2016. Un grand merci également à Bac Films (voici sa page Facebook).

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Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Folles de Joie : Photo Valeria Bruni Tedeschi

Je ne suis pas très fan de La Prima Cosa Bella (très primé en Italie), en revanche par le même réalisateur, j’avais eu un véritable coup de coeur pour Les Opportunistes (Il Capitale Umano). J’étais donc curieuse de découvrir Folles de joie, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes. Paolo Virzi réunit deux actrices qu’il avait déjà dirigées (et toutes les deux récompensées par un Donatello grâce à lui) : Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti (cette dernière étant également l’épouse de Virzi). L’histoire est assez basique (apparemment, l’histoire serait assez similaire à celle de Une journée de fous de Howard Zieff avec Michael Keaton (si des gens l’ont vu, à me confirmer l’information ou non) : Paolo Virzi met en scène deux femmes enfermées dans une institution psychiatrique qui finissent par s’y échapper. Le duo formé par Bruni Tedeschi et Ramazzotti est intéressant pour plusieurs raisons. La première concerne le ton général du film, une comédie dramatique (chacune semble incarner un genre en particulier), la seconde est un moyen de voir différents points de vue sur la folie. Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) est une femme exubérante et qui parle beaucoup et fort (et qui s’invente aussi une vie). L’actrice dit s’être inspirée de Blanche DuBois, le personnage culte de la pièce de Tennesse Williams, Un Tramway nommé Désir. Il y a bien une part de tragique dans ce film et les personnages. Pourtant, Beatrice a quelque chose qui ressemble plus à des actrices de la comédie italienne. Malgré toutes les épreuves qu’elle endure (la psychiatrie, c’est quand même pas de la tarte !), elle a quelque chose de solaire. En clair, c’est elle qui nous fait rire, c’est presque une incarnation même de la folie en tant qu’objet comique. Donatella (Micaela Ramazzotti) est tout le contraire de Beatrice. Elle est sombre avec sa couleur de cheveux noire, (loin de la blondeur de Beatrice), ses tatouages, sa maigreur (la silhouette de sa collègue est plus généreuse), son histoire (sans spoiler) est également beaucoup plus glauque ! Donatella est alors plutôt une représentation plus tragique de la folie. On a donc déjà vu mille fois (que ce soit qu’avec des femmes, des hommes ou mix) des duos de personnages très différents et qui finissent par devenir amis. C’est clairement ce qui se passe dans ce film (là par contre, cela n’a rien d’un scoop, on pouvait s’en douter avant même de regarder le film). Pas évident de re-exploiter ce thème en question (ce n’est d’ailleurs pas un reproche – il n’y a pas non plus des millions de thèmes) mais Paolo Virzi s’en sort plus que bien.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

Les deux femmes sont donc opposées mais parviennent aussi à être complémentaires : il s’agit d’un schéma classique qui a le mérite de fonctionner, d’avoir du charme et de mêler réellement différentes émotions. Folles de joie doit donc beaucoup à ses personnages, bien dessinés et à ses actrices, toutes les deux formidables et investies. J’avais peur qu’elles en fassent des caisses. Certes, les deux actrices (enfin surtout Valeria Tedeschi Bruni) sont très expressives mais elles n’ont rien de pantins qui s’animent dans tous les ses comme on aurait pu le craindre, elles donnent simplement vie à des personnages peu ordinaires. Mais heureusement, le long-métrage ne repose pas que sur ces deux femmes très attachantes et fragiles. En mettant en scène deux femmes atteintes de troubles mentaux, Paolo Virzi parvient à retranscrire une sorte de tourbillon intérieur qui ne veut qu’être extériorisé, en signant un film assez bien rythmé sur différents niveaux. La mise en scène a quelque chose de classique (mais elle reste bien dans son genre) mais elle permet aux spectateurs de souffler un peu face à tant d’agitations. Le scénario m’a semblé assez inspiré et crédible, permettant aux personnages d’évoluer à travers leur cavale. Le choix de la photographie est également intéressant, soulignant autant des scènes lumineuses que sombres, encore une fois toujours à l’image du mental des deux personnages féminins. A travers ce (vague) mélange assez réussi de Thelma & Louise de Ridley Scott et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (même si Folles de joie n’atteint évidemment pas le niveau de ces deux films en question), Paolo Virzi filme deux femmes, certes malades, qui ont soif de liberté. Pourquoi les a-t-on privées de ce pouvoir de liberté ? La société n’est-elle pas parfois responsable des maux, en particulier celles des femmes, davantage victimes de certains faits ? Le film est aussi une ode au bonheur : le bonheur (l’amitié peut contribuer au bonheur), c’est aussi un formidable accès à la liberté. La liberté, ce n’est pas uniquement une question de ne pas pouvoir sortir d’un lieu ou de pouvoir bénéficier de droits : c’est aussi pouvoir trouver une paix intérieure et accepter certaines choses qui nous dépassent. Mêlant merveilleusement bien drame, comédie et road-movie, traitant plutôt bien son sujet et présentant des personnages attachants très bien interprétés, Folles de joie est une des bonnes surprises cannoises venue tout droit d’Italie qui décidément nous livre toujours chaque année quelques pépites.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

 

Truman Capote

réalisé par Bennett Miller

avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr., Chris Cooper, Bruce Greenwood, Mark Pellegrino, Amy Ryan, Bob Balaban…

titre original : Capote

Drame, biopic américain. 1h50. 2005.

sortie française : 8 mars 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que ma mère adore

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En novembre 1959, Truman Capote, auteur de Breakfast at Tiffany’s et personnalité très en vue, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d’une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n’est pas rare, mais celui-ci l’intrigue. En précurseur, il pense qu’une histoire vraie peut être aussi passionnante qu’une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l’occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l’envoyer au Kansas. Il part avec une amie d’enfance, Harper Lee.
A son arrivée, son apparence et ses manières provoquent d’abord l’hostilité de ces gens modestes qui se considèrent encore comme une part du Vieil Ouest, mais il gagne rapidement leur confiance, et notamment celle d’Alvin Dewey, l’agent du Bureau d’Investigation qui dirige l’enquête…

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Truman Capote, que j’avais découvert au cinéma à sa sortie avec ma mère (il fallait bien que je cale ça quelque part pour justifier le Movie Challenge), est un film important à mes yeux. Je ne prétends pas avoir lu tous les ouvrages de Truman Capote (même si j’en ai lu pas mal) mais il s’agit d’un auteur qui m’a vraiment aidée à aimer la littérature (à une période où je n’étais pas amie avec cet art). De Sang-Froid : récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences (qui avait connu une adaptation en 1967 par Richard Brooks) fait d’ailleurs partie de mes romans préférés. Contrairement à ce que pourrait indiquer son titre, Truman Capote n’est pas réellement un biopic (comme on aime bien à Hollywood, presque devenu un genre de la facilité, tout le contraire de ce que propose Bennett Miller). Il ne reprend que la partie de la vie de l’auteur américain durant l’écriture de ce qui est considéré par ses fans et les littéraires comme son chef-d’oeuvre. Capote est un personnage assez complexe, pas nécessairement sympathique au premier abord. Il s’est habitué à vivre dans la mondanité (toujours accompagné d’un petit verre), à se donner en spectacle avec des phrases toujours bien tournées et avait un problème d’ego. Le fait divers autour du meurtre de quatre membres d’une famille l’intrigue évidemment intellectuellement, il sent aussi qu’il y a un potentiel littéraire derrière (et a par ailleurs contribué au mouvement du roman-vérité). Mais cette histoire contribue aussi à son ego dans le sens où il sait qu’il peut « révolutionner » à sa façon la littérature. Sa relation avec l’un des meurtriers, Perry Smith, est intéressante dans l’évolution et la perception de Truman Capote en tant que personnage (Perry Smith est aussi concerné même s’il s’agit d’un second rôle) : Capote se sert de sa relation avec Perry avant tout pour nourrir son roman, pour devenir le grand auteur qu’il a toujours voulu être et non par « amitié » comme il le prétend (même si l’attachement avec Perry est bien réel et le conduit aussi à sa dépression et à un alcoolisme encore plus poussé qu’auparavant). L’humanité que Capote prétend voir en Perry Smith est en réalité de la monstruosité. Perry Smith se sert probablement de Capote pour éviter la peine de mort et non réellement pour éviter une quelconque solitude (même si là encore il est possible aussi de son point de vue qu’il se soit attaché à l’écriain). La question qu’on peut aussi se poser est la suivante : Capote n’est-il pas aussi une forme de monstre à sa façon en exploitant en quelque sorte la réalité pour créer en quelque sorte son propre monstre textuel ?

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Bref, les personnages ne peuvent pas alors être limités à leurs défauts, à leurs manipulations ou leurs sentiments de faiblesse, il s’agit d’un tout, d’une réelle complexité pas toujours évidente à retranscrire (donnant aussi plusieurs ressentis sur les réactions et agissements des personnages). Truman Capote parvient alors à traiter plusieurs thèmes sans partir dans tous les sens (au contraire en restant cohérent dans les liens noués entre les différents thèmes abordés) : le processus d’écriture (la fiction est-elle toujours influencée par la réalité ?), le passé en tant que construction de l’identité (est-ce que notre passé peut-il excuser certains de ses actes ?), la rencontre entre deux êtres (à quel point peut-elle nous marquer ?) ou encore plus généralement une réflexion autour de la peine de mort. Truman Capote n’a donc rien du biopic lambda, il dépasse largement cette question du genre. Il s’agit alors d’un beau drame sur l’humain et l’artiste, sorte de dualité sans tomber dans la caricature de ce côté-là. On peut aussi y voir une réflexion intéressante sur la relation entre la fiction et la non-fiction (à l’image de De Sang-Froid). Le film est lent, pas très rythmé (je préfère prévenir) mais honnêtement je ne me suis pas ennuyée (et pourtant vous savez à quel point je suis pénible et exigeante sur ce point) car l’intrigue reste bien présente. Le scénario écrit par Dan Futterman (acteur qu’on a pu voir dans The Birdcage de Mike Nichols ou encore Un coeur invaincu / A Mighty Heart de Michael Winterbottom) est particulièrement bien écrit. Par sa mise en scène précise, froide mais paradoxalement envoûtante à la fois, Bennett Miller signe un film intense et captivant. La photographie et la lumière contribuent également à cette ambiance si particulière (on peut même dire malsaine) qui fait ressortir une grande violence chez l’homme. Philip Seymour Hoffman, qui nous manque terriblement, est formidable dans le rôle de Truman Capote,certainement le rôle de sa vie. Il n’imite pas seulement bien l’auteur (il n’y a qu’à voir des vidéos pour constater l’important travail d’appropriation d’identité), il parvient aussi à lui donner une véritable personnalité, à le rendre complexe et humain. Catherine Keener a un rôle plus secondaire mais je l’ai également trouvée très convaincante dans le rôle de la formidable auteure de Ne tuez pas l’oiseau moqueur (To Kill the Mockingbird), Harper Lee. Enfin, l’acteur américano-mexicain Clifton Collins Jr. (qui aurait mérité pour moi plus une nomination aux Oscars que Keener) est saisissant dans le rôle de Perry Smith et trouve l’un de ses meilleurs rôles de sa carrière.

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Tu ne tueras point

réalisé par Mel Gibson

avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Sam Worthington, Hugo Weaving, Rachel Griffiths, Luke Bracey, Richard Roxburgh…

titre original : Hacksaw Ridge

Film de guerre, drame, biopic américain, australien. 2h11. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

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Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

On ne va pas juger l’homme qui a pu défrayer la chronique par le passé (en espérant tout de même qu’il ait changé) mais uniquement l’artiste, extrêmement talentueux, que ce soit devant ou derrière la caméra. Dix ans après le très bon Apocalypto, Mel Gibson revient en force avec Tu ne tueras point, présenté récemment à la Mostra de Venise. Le film est tiré d’une formidable histoire vraie, celle de Desmond Doss, très fervent adventiste du septième jour, refusant de toucher une arme sur le front. Il fut le premier objecteur de conscience à avoir reçu la Médaille d’or après avoir sauvé 75 hommes seul lors de la bataille d’Okinawa. Un sacré exploit de la part de la « Brindille » de sauver autant de gens sans armes, en suivant ses convictions, surtout que les infirmiers étaient des cibles encore plus privilégiées. Le film rend hommage à cet homme de conviction qui est toujours resté modeste et n’a jamais souhaité se mettre en avant, même après tant de bravoure au combat. Pour la petite anecdote, Desmond Doss a refusé de voir son histoire transposée en film pendant des années, de peur que ça mette en l’air toutes ses valeurs. Il n’a accepté que cette proposition quelques mois avant sa mort en 2006 à l’âge de 87 ans. L’histoire en elle-même est formidable mais nous savons bien que parfois cela ne suffit pas à créer de bons films. Mais Mel Gibson et un des scénaristes de la série The Pacific Robert Schenkkan (également lauréat du Pulitzer pour sa pièce Kentucky Cycle et du Tony Award pour la pièce All The Way) ont su retranscrire ce récit pour en tirer quelque chose de brillant, que ce soit en terme d’émotion et de réflexion. Tu ne tueras point (en VO Hacksaw Ridge, qui représente dans le film la falaise où se déroule le combat) est pour moi déjà un grand film parvenant parfaitement à mêler histoire individuelle et histoire collective. La division du long-métrage en deux parties distinctes est assez pertinente de ce point de vue en question (même si au fond on pourra aussi compter une 3e partie : celle du combat contre l’administration). La première partie présente une certaine (fausse) candeur (même si on comprend d’emblée les moments de souffrance dans la vie de Desmond lui permettant de choisir de ne pas combattre avec une arme), la seconde est à la fois héroïque et insoutenable par la violence des images.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield, Teresa Palmer

La construction du scénario est intéressante pour plusieurs raisons. La première raison est celle de donner de la consistance au personnage de Desmond Doss. Il n’y a pas d’ambiguïté chez ce personnage dans le sens où il est jusqu’au bout courageux, ayant le mérite de suivre ses convictions même durant la barbarie la plus inimaginable. Cela aurait pu être superficiel de se concentrer sur l’extrême bonté de cet homme mais le scénario, en procédant par étapes (certains éléments, parfois anodins, serviront plus tard au récit), montre bien qu’on ne peut pas avoir une telle foi du genre au lendemain, qu’il y a de nombreux facteurs qui construisent l’identité d’un individu. La seconde raison est celle de montrer l’horreur inattendue de la guerre, créant une sorte de contraste avec la vision utopique (mais possible) de Desmond. Dès la première partie, notamment à travers le père du héros, un alcoolique violent traumatisé par la Première Guerre Mondiale, on connait clairement les dangers de la guerre et des risques que va prendre Desmond. Lui-même sait à quel point il prend des risques, il n’est pas non plus inconscient (même si certains pensent le contraire, d’où la partie où il doit confronter sa pensée avec celle de l’administration militaire). On a beau savoir à quel point la guerre est atroce, elle dépasse pourtant tout ce dont on pouvait imaginer. Les images sont vraiment horribles, il n’y a aucun mot asses fort pour décrire la barbarie qu’a su retranscrire Mel Gibson. Le réalisateur n’a jamais fait de concession en ce qui concerne la violence et il le prouve de nouveau. On aurait pu craindre le trash pour le trash ou encore le voyeurisme, mais ce n’est pas le cas. C’est juste une envie d’être le plus réaliste possible, de ne pas édulcorer les faits. Les séquences en question sont monumentales, entre cette violence insupportable et les actes de bravoure de Doss qui ne baissent jamais les bras. Je ne suis pas forcément friande de films de guerre. Lorsque je les apprécie, je suis évidemment souvent sonnée par la violence et les scènes spectaculaires mais c’est vraiment la première fois que je suis émue devant un film de ce genre. A partir de l’attaque à Hacksaw Ridge, croyez-moi, j’ai pleuré jusqu’à la fin (les larmes à la fin de la séance se transformant en fontaine).

Tu ne tueras point : Photo Hugo Weaving

Tu ne tueras point n’est pas qu’une réussite émotionnelle, mais aussi esthétique. Le résultat est juste époustouflant dans sa reconstitution de la guerre, notamment en ce qui concerne les décors, les costumes ou le soin accordé à la photographie par exemple. Certaines séquences sont d’une incroyable virtuosité, nous permettant d’être en immersion dans l’action. En fait, je n’ai pas eu la sensation d’avoir regardé un film mais de l’avoir vécu. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale (qui aurait dû être composée par le regretté James Horner) signée par Rupert Gregson-Williams. Certains reprocheront quelques symboles christiques mais ils trouvent selon moi bien leur place dans le récit, ce choix m’a paru cohérent. Quant à la fin, avec les images d’archive, je reconnais que ça pourrait sembler de trop mais le film en lui-même est tellement bon qu’on ne s’attarde pas non plus sur ce point d’autant plus compréhensible si on est admiratif du véritable parcours de Desmond Doss (comment ne pas l’être ?). Dans le rôle principal, Andrew Garfield livre une sublime interprétation. Il a su trouver le ton juste pour interpréter ce personnage candide et attachant sans tomber dans la caricature. Le reste du casting (beaucoup d’australiens dans le lot, comme Gisbon) est également très bon : dans les seconds rôles, on remarquera en particulier Rachel Griffiths en mère amante et malmenée et Hugo Weaving méconnaissable en père alcoolique et violent (mais paradoxalement n’est pas juste une brute méchante, son personnage est également bien creusé de ce côté-là). Vince Vaughn, plutôt habitué aux comédies, s’en sort bien en sergent au langage fleuri (son personnage m’a fait penser au sergent du même type dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick). Cela faisait un moment qu’on n’avait plus réellement vu Sam Worthington ce qui est assez regrettable, le bonhomme en question s’en sort finalement bien tout comme Teresa Palmer qui a également le mérite de ne pas passer pour une potiche. Je ne sais pas du tout comment les choses vont se passer, si Hollywood (je parle précisément des Oscars – même s’il n’y a pas que ça dans la vie et heureusement) va enfin pardonner à Gibson et admettre à quel point le travail qu’il a fourni est merveilleux, signant pour son retour un grand film (n’ayons pas peur des mots).

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

Girl Crush Tag

J’avais écrit en août dernier Ma Liste de Ross – version hommes. Je le fais aujourd’hui avec la version femmes ! Le but n’est pour moi d’établir un classement de mes actrices préférées ni celles que je trouve les plus belles : c’est une sorte de compromis entre les deux.

Meryl Streep 

Meryl Streep en « girl crush », tu déconnes Tina ? Non. On ne va pas revenir mille ans sur la carrière incroyable de Meryl (triplement oscarisée – pour l’instant ?), ni sur son talent indiscutable. On sait à quel point elle est douée (le mot me semble faible) et écrase souvent tout sur son passage. Meryl a aussi réussi parce qu’elle dégage quelque chose et qu’elle a une vraie personnalité, avec des valeurs pas toujours évidentes à défendre à Hollywood. On lui a refusé des rôles parce qu’elle n’était (soi-disant) pas jolie tout ça parce qu’elle ne correspondait pas nécessairement à certains critères de beauté. Elle n’a jamais eu le physique d’un mannequin et pourtant je la trouve très belle à tous les âges. Pour être honnête, j’aimerais vieillir aussi bien qu’elle ! Ca fait du bien de voir une actrice qui  qui sait qu’elle n’a plus rien à prouver (elle le dit elle-même), continue à s’éclater dans des films très différents, en assumant son âge, son physique et même ses expressions.

meryl

Sarah Paulson 

Comme beaucoup (vu comment a tourné sa carrière), j’ai découvert Sarah Paulson très récemment. Je l’avais d’abord vue – sans m’arrêter sur elle – dans 12 Years a slave de Steve McQueen. Surtout, je l’ai tout de suite adorée dans toutes les saisons de American Horror Story, capable d’aborder différents types de rôles. Son rôle dans l’époustouflante série American Crime Story ne fait que confirmer son talent. Et là je me pose la question suivante : pourquoi a-t-elle été révélée aussi tardivement alors qu’elle est tout simplement excellente et est une des meilleures actrices du moment ? Je suis persuadée qu’elle a encore beaucoup de choses à offrir en dehors des séries anthologiques de Ryan Murphy. Côté crush ? Naturellement belle, souriante, classe sans en faire des caisses et capable de porter toutes les coupes et couleurs de cheveux possibles !

sarah

Jessica Chastain

Elle a été révélée par l’énigmatique film de Terrence Malick, The Tree of Life. Jessica Chastain est devenue la nouvelle figure phare du cinéma américain, alternant succès populaires (La Couleur des Sentiments de Tate Taylor, Interstellar de Christopher Nolan ou encore Seul sur Mars de Ridley Scott) et films indépendants (Take Shelter de Jeff Nichols ou A Most Violent Year de J.C. Chandor). Certainement une des meilleures actrices de sa génération, elle a déjà une filmographie intéressante et conséquente alors qu’elle a débuté sa carrière au cinéma en 2008. Selon moi, elle méritait de remporter l’Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation intense dans le film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty. Mais je suis certaine qu’elle finira par en avoir un. Elle a beau être belle et élégante (avec un physique identifiable), pour moi elle a le mérite d’avoir réussi par son talent et son audace. Très présente sur les réseaux sociaux (coucou son chien Chaplin !), engagée dans plusieurs associations, Jessica Chastain semble (après je ne la connais pas non plus en privé, heiin) être une femme sympathique.

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Cate Blanchett

Il y a peu d’actrices actuelles qui ont la classe des actrices d’avant tout. Cate Blanchett fait partie de ces exceptions. En plus de sa ressemblance physique, ce n’est pas étonnant qu’elle ait incarné l’indescriptible Katharine Hepburn dans Aviator de Martin Scorsese qui lui avait permis de remporter son premier Oscar (en second rôle). La classe, qui lui permet de se cacher derrière cette apparence, elle l’a aussi dans Blue Jasmine de Woody Allen. Elle remporte son deuxième Oscar (premier rôle cette fois-ci). Pas un hasard. Cate Blanchett est une immense actrice au physique à la fois magnifique et particulier (et naturel au passage), sachant s’adapter aux différents physiques pour ses rôles. Elle sait prendre le temps de choisir des projets intéressants ou des rôles qui présentent pour elle un intérêt (sa filmographie est assez variée), elle s’est aussi occupée de sa compagnie de théâtre (la Sydney Theatre Compagny) au point d’avoir refusé pendant cinq ans beaucoup de rôles au cinéma.

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Emma Watson

Dans la version masculine de ce TAG, j’avais évoqué Daniel Radcliffe. Cette fois-ci, je parle de sa célèbre partenaire de la saga Harry Potter, Emma Watson. Une des seules jeunes de ce TAG d’ailleurs (on a que trois ans d’écart). Et ce n’est pas n’importe quelle jeune femme. En tant qu’actrice, elle dégage quelque chose de frais et je suis certaine qu’elle va continuer à bâtir une carrière solide. Rien que ses choix après la saga des sorciers montre qu’elle ne fait pas n’importe quoi. En dehors de son travail d’actrice, Emma Watson n’a pas hésité à continuer ses études (en littérature anglaise) et est diplômée de l’Université Brown en 2014. Certes, en soi ce n’est pas exceptionnel de suivre des études mais quand on voit beaucoup de stars / des gens un peu connus arrêter leurs études à cause de leur célébrité, Watson fait partie de ces quelques exceptions (surtout à son niveau de célébrité). Elle défend aussi un féminisme qui me correspond. Enfin, je trouve qu’elle a une beauté iconique tout en restant naturelle (je ne sais pas combien de fois je vais employer ce terme mais le naturel est pour moi quelque chose de très important).

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Keira Knightley

Sa diction est parfois pénible mais Keira reste une actrice fraîche, pétillante, naturelle, discrète et attachante. Keira a multiplié les projets depuis ses débuts (dans un petit rôle) dans l’épisode I de Star Wars de George Lucas : les films en costume (Orgueil et préjugés / Reviens-moi / Anna Karénine de Joe Wright, The Duchess de Saul Dibb), les comédies et comédies romantiques (Love Actually de Richard Curtis, Joue-la comme Beckham de Gurinder Chadha, New York Melody de John Carney) ou encore les films d’aventure (la trilogie Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski) pour ne citer que ces films-là. Mine de rien, du haut de ses 31 ans, elle a déjà une filmographie assez diverse, de beaux rôles aussi (pas toujours évident vu comme on prend les femmes pour des potiches au cinéma) et je suis certaine que ce n’est pas terminé, loin de là.

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Amy Adams

Une autre remarque va alors vous venir à l’esprit en lisant ce TAG : oui, je suis sensible aux rouquines ! Comme beaucoup de spectateurs, j’avais déjà croisé Amy Adams dans le remarquable Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg mais j’ai surtout eu le coup de coeur pour elle en 2007 dans le surprenant Il était une fois de Kevin Lima. Depuis, j’ai essayé de voir un max de ses films : elle est lumineuse dans Sunshine Cleaning de Christine Jeffs, subtile dans Doute de John Patrick Shanley, pétillante dans le sympathique Julie et Julia de la regrettée Nora Ephron, intense dans Fighter de David O. Russell, ou encore déstabilisante dans The Master de Paul Thomas Anderson. Amy Adams continue de construire sa carrière avec des réalisateurs intéressants, entre films à gros budgets (Man of Steel / Batman v Superman de Zach Synder) et cinéma indépendant (Her de Spike Jonze).

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Kate Winslet

Kate Winslet a totalement sa place dans ce TAG, dans ma vision de la femme au cinéma et dans la société. Belle et sensuelle sans passer par la case chirurgie esthétique et régimes à tout prix, capable de montrer autant sa douceur et sa force, amie fidèle de Leo DiCaprio (oui, je trouve ça trop choupinou), Kate Winslet a toujours eu du goût pour choisir ses films et ses rôles. Même si je ne suis pas une immense fan de Titanic de James Cameron (mon avis est moins sévère qu’avant), Winslet incarne un des personnages féminins les plus intenses du cinéma. On ne peut pas limiter l’incroyable Kate au rôle de Rose. Kate est touchante dans Eternal Sunshine… de Michel Gondry, bouleversante dans The Reader de Stephen Daldry, pétillante dans The Holiday de Nancy Meyers, géniale dans Neverland de Marc Forster… on pourrait continuer longtemps ainsi. Pour moi, elle sait « tout » jouer et s’adapter aisément dans des univers différents.

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Julianne Moore

Encore une rousse, décidément je les aime (la couleur doit être représentatif du côté piquant des femmes honorées aujourd’hui) ! Julianne Moore, une des seules actrices (avec Juliette Binoche, qui aurait pu aussi être citée dans ce billet) à avoir remporté un prix d’interprétation dans les trois plus grands festivals de cinéma (Cannes, Berlin et Venise), est talentueuse et a eu jusqu’à présent des projets cinématographiques assez divers. Ses interprétations ont su me bouleverser à plusieurs reprises (The Hours de Stephen Daldry, Loin du Paradis de Todd Haynes ou encore Magnolia de Paul Thomas Anderson).  Il s’agit aussi pour moi d’une des plus belles actrices du moment (j’ai presque envie de dire de tous les temps), qui devient de plus en plus sexy (n’ayons pas peur des mots) en prenant de l’âge. Ca fait du bien face au jeunisme !

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Carey Mulligan

Choueeette, j’ai vu le 3/4 de sa filmographie ! Ok, je triche : sa filmographie est pour l’instant courte. Sa carrière se construit lentement mais sûrement. Révélée dans le remarquable Une Education de Lone Scherfig (pour lequel elle avait été nommée aux Oscars et avait été récompensée par le BAFTA), l’adorable Carey Mulligan a su trouver des rôles intéressants défendant admirablement bien la place des femmes dans la société et plus généralement au cinéma. Je l’ai énormément aimée dans l’adaptation du roman de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg, Never Let Me Go de Mark Romanek et plus récemment dans Les Suffragettes de Sarah Gavron. Elle tient des rôles plus « secondaires » dans les excellents Drive de Nicolas Winding Refn et Shame de Steve McQueen mais elle n’a rien d’une potiche, loin de là !

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Les Enfants du Paradis / Les Hauts de Hurlevent (1939)

Les Enfants du Paradis

réalisé par Marcel Carné

avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casares…

Drame, romance français. 3h. 1945.

sortie française : 15 mars 1945

Movie Challenge 2016 : Un film français

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Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

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Les Enfants du Paradis, considéré par un grand nombre de cinéphiles et de critiques comme un des chefs-d’oeuvre indispensables à regarder, est une des rares grandes productions françaises qui a pu être tournée durant la Seconde Guerre Mondiale, pendant l’occupation allemande. Il dure également trois heures étant donné qu’il est découpé en deux actes : « Le Boulevard du Crime » et « L’Homme Blanc ». Ainsi, six années séparent ces deux axes de narration. Ce film a été scénarisé par Jacques Prévert qui s’est basé sur des personnages ayant réellement existé (le mime Baptiste Deburau, Frédérick Lemaître, Lacenaire…) même s’il y a aussi des personnages totalement inventés pour l’oeuvre. La patte du poète se ressent par la qualité des dialogues (chaque mot a son importance et a une musicalité, notamment aidée par la voix identifiable des interprètes) et le déroulement même du scénario (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original) : l’histoire est a priori simple (au début, on se demande même pourquoi elle s’étale sur une certaine durée) et pourtant la complexité et l’humanité des personnages sont bien présentes. Après, pour être totalement honnête (c’est pour cela que je n’arrive pas à adorer ce film, même si j’ai tout de même beaucoup aimé et qu’il faut évidemment le voir pour sa culture), j’ai senti une sorte de « déséquilibre » entre la première et seconde partie : la première m’a plus emportée que la seconde. Quitte à passer pour une chieuse, je l’admets : j’ai senti quelques longueurs. La mise en scène est maîtrisée, les mouvements de caméra virtuoses, les décors et costumes époustouflants de beauté, la photographie splendide ou encore la musique sublime : tous ces ingrédients mis ensemble permettent aux spectateurs d’être en immersion dans le monde du spectacle. La vie et les sentiments des personnages sont mouvementés d’où certainement l’un des parallèles avec le spectacle (même s’il n’y a certainement pas que ce parallèle en question). Par ailleurs, le film a beau mettre en scène du théâtre parlé et le mime (un mélange efficace), il reprend logiquement certains de ses codes, il reste avant tout cinématographique et évite par conséquent les éventuels pièges tendus. Enfin, Les Enfants du Paradis, film à la fois poétique et émouvant sur une histoire d’amour impossible, est porté par une très bonne distribution même si (on ne me tape pas) j’ai eu un peu de mal avec l’interprétation d’Arletty (après je ne dis pas qu’elle joue comme une patate, loin de là !), qui a pourtant une voix et un accent mythiques, qui contribuent certainement à la magie du film

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Les Hauts de Hurlevent

réalisé par William Wyler

avec Merle Oberon, Laurence Olivier, David Niven…

titre original : Wuthering Heights

Drame américain. 1h43. 1939.

sortie française : 3 mai 1939

Movie Challenge 2016 : Un film en noir et blanc

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Mr. Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d’un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l’origine est inconnue, et qu’il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu’à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traite Heathcliff comme un vulgaire domestique.

Catherine devient ravissante ; elle est courtisée par un riche héritier, qu’elle épousera au grand dam d’Heathcliff, qui a toujours été amoureux d’elle. Pourtant, Catherine aussi l’aime passionnément depuis toujours… (résumé : Wikipédia)

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William Wyler est le premier réalisateur à avoir adapté, en version parlante, l’unique roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, un sommet de la littérature britannique. Nommé huit fois aux Oscars (dont dans les catégories « meilleur film » et « meilleur réalisateur »), il remporte celui de la meilleure photographie noir et blanc. Ce long-métrage marque aussi le premier rôle de Laurence Olivier (nommé ici pour la première fois de sa carrière aux Oscars) au cinéma. Je n’ai pas lu le roman d’origine ni vu d’autres adaptations cinématographiques. Les puristes semblent contester cette version, lui reprochant d’être trop édulcorée et d’avoir trop coupé beaucoup de passages (la version de Wyler ne traite que 16 chapitres sur 34, donc délaisse la seconde génération des personnages). Je ne peux pas comparer avec ce que je ne connais pas mais en tout cas cette version m’a donné envie de lire (enfin) le roman de Brontë. Je ne crierai pas au chef-d’oeuvre (et j’avoue ne pas savoir concrètement si ce film est classé dans les chefs-d’oeuvre). Le film est un peu court (il ne dure « que » 1h40) par rapport à son ambition de grand film tragique et romantique. Même quand on n’a pas lu le bouquin, on sent qu’il manque des éléments narratifs. Vous allez me dire que je chipote vu que j’ai plutôt tendance à reprocher à des films d’être trop longs ! En tout cas, j’ai senti que c’était un bon film mais j’en attendais un chouïa plus. Plus long, je suis certaine qu’il aurait gagné en puissance (même s’il en a déjà). Le film m’a en tout cas beaucoup plu. De base, même si je n’ai pas tout vu (loin de là), j’aime bien en général le Hollywood classique des années 1930 (les films avaient tellement de charme !) et ici je n’ai pas été déçue. Le long-métrage enchaîne les qualités : la mise en scène est maîtrisée et élégante, l’histoire (racontée sous forme de flashbacks) est très captivante, les personnages forts en richesse, les décors absolument fantastiques, la photographie splendide, les costumes magnifiques et la musique (on a sorti pour l’occasion les violons) correspond aux émotions véhiculées. On retrouve bien une atmosphère gothique et les thèmes abordés (notamment le racisme, les conventions et différences sociales ou encore la fraternité) sont également bien traités. Enfin, Les Hauts de Hurlevent est un film poignant bénéficiant d’un beau casting. Merle Oberon (j’avoue tout : je la découvre dans ce film) et Laurence Olivier forment un couple évident de complicité et de passion (même si, en toute honnêteté, l’interprétation d’Olivier prend parfois le dessus) et David Niven complète également bien le casting.

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Mondwest

réalisé par Michael Crichton

avec Yul Brynner, Richard Benjamin, James Brolin…

titre original : Mondwest

Film de science-fiction, western, thriller américain. 1h28. 1973.

sortie française : 27 février 1974

Movie Challenge 2016 : Un film dont le héros n’est pas humain

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Un parc d’attractions peuplé de robots propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l’ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l’un des androïdes se détraque et les prend en chasse…

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Depuis quelques semaines, la chaîne américaine HBO (en France c’est sur OCS) diffuse la première saison de Westworld, créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy (et en partie produite par J.J. Abrams). En attendant de regarder tous les épisodes (et de vous confier mon avis), j’ai voulu découvrir le film qui est à l’origine de la série-événement. Le célèbre écrivain Michael Crichton a aussi été réalisateur. Westworld (en français Mondwest) est son premier long-métrage. dans le futur, Westworld est un parc d’attraction qui permet à de riches visiteurs de passer du temps dans une reconstitution quasi parfaite du Far West. Ils peuvent vivre des aventures à cheval dans le désert mais aussi (et j’ai presque envie de dire « surtout ») coucher avec toutes les prostituées du saloon, se battre voire même tuer des shérifs et cowboys (sans que les visiteurs puissent risquer leur vie). Les personnages de ce parc sont en fait des robots qui ressemblent à des humains et qui ont été crées pour suivre plusieurs types de scénario. Westworld n’est pas l’unique parc de cette gigantesque et incroyable entreprise. Les visiteurs peuvent aussi vivre une expérience époustouflante au Moyen-Age ou durant la Rome Antique (même si on voit peu de scènes autour de ces époques, surtout pour Rome, où on imagine une débauche pornographique censurable). On a évidemment envie de comparer le long-métrage et la série mais les approches sont différentes. Certes, les deux oeuvres ont su mêler intelligemment deux genres qu’on n’associerait pas nécessairement ensemble : le western et la science-fiction (et pour le film de Crichton, même si on voit peu les autres univers, il y a l’ambition d’ajouter le péplum et le film médiéval). Mais la comparaison s’arrête là. La série existe pour développer les personnages, leurs sentiments, leur complexité. Elle veut explorer beaucoup de possibilités en prenant son temps. Je ne prétends pas être une spécialiste de science-fiction mais dans sa réflexion mise en place, elle me fait penser à des oeuvres de Philip K. Dick par exemple. Il y a quelque chose de plus froid, de plus démesuré aussi. La réflexion est évidemment présente dans le film de Crichton mais elle est présentée différemment dans le sens où Mondwest se veut plus direct en terme d’action et d’intrigue. Le film est court (1h30), l’intrigue présentée au dès les cinq premières minutes et va à l’essentiel. Après avoir savouré les joies du parc, deux humains jouant aux cowboys sont poursuivis par un robot-cowboy. Bref, on est dans une sorte de mélange, avant l’heure, de Jurassic Park (le roman d’origine était écrit par Crichton) et Terminator.

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Mondwest est bien rythmé, assez divertissant et prenant et reprend bien les différents codes de chaque genre. Si le film mise davantage sur l’action et donc les conséquences de ce système mis en place, il n’oublie pas sa réflexion autour de notre société (même si cette critique sera davantage – et logiquement – étirée dans la série). Ainsi, est évoquée dans un premier temps la révolte des robots (thème important dans l’univers de la science-fiction) qui développent une pensée. Cela servira de point de départ mais le film ne développe pas cette réflexion dans le sens où on ne s’attache pas aux robots, on ne connait pas leur réelle identité profonde (on n’est pas dans du Asimov par exemple). Dans le film, il s’agit plus d’un fait qui apparaît durant le film en tant qu’élément déclencheur de l’intrigue. Cela dit, ce n’est pas dérangeant car encore une fois, la science-fiction reste bien présente même si le film donne l’impression, par sa brièveté, de trancher entre les genres abordés. Ainsi, la révolte des robots n’est peut-être pas ce qui a été le plus approfondie, en revanche, pour compenser (et peut-être même compléter) cette absence, d’autres thèmes autant importants prennent davantage de place. L’homme se sert de ce parc pas seulement pour s’amuser mais pour assouvir ses vices et pulsions de vie et de mort. Comment ne pas y voir une critique du tourisme sexuel ? En tout cas, au-delà d’avoir regardé un film divertissant et intelligent dans la manière d’aborder ses thèmes, la mise en scène est plutôt bonne et inspirée, ce qui est étonnant de la part d’un écrivain (hélas, même si cela me semble logique, beaucoup d’auteurs ne sont pas de bons réalisateurs). Dans l’ensemble, le film est également satisfaisant d’un point de vue esthétique même s’il a vieilli de ce côté-là (heureusement ce n’est pas le cas côté réflexion). Après il faut aussi se remettre dans le contexte de l’époque : j’imagine que les effets spéciaux devaient en jeter dans les années 1970, notamment avec cette séquence pixelisée à partir du point de vue du robot. Richard Benjamin livre une interprétation correcte mais est un peu fade (après son rôle est celui d’un homme banal, il n’est pas très développé non plus), James Brolin s’en sort un peu mieux (il a un peu plus de charisme). Yul Brynner (dont le personnage fait référence à celui qu’il incarnait dans Les Sept Mercenaires de John Sturgess) est en revanche vraiment impeccable, on a vraiment l’impression de voir un robot avec une apparence humaine, c’est même assez déstabilisant !

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I’m Not There

réalisé par Todd Haynes

avec Christian Bale, Cate Blanchett, Marcus Carl Franklin, Richard Gere, Heath Ledger, Ben Whishaw, Charlotte Gainsbourg, David Cross, Bruce Greenwood, Julianne Moore, Michelle Williams, Kim Gordon…

Biopic musical, comédie dramatique américaine. 2h15. 2007.

Movie Challenge 2016 : Un film commencé que je n’ai jamais terminé

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Un voyage à travers les âges de la vie de Bob Dylan. Six acteurs incarnent Dylan tel un kaléïdoscope de personnages changeants : poète, prophète, hors-la-loi, imposteur, comédien, martyr et « Born Again ». Ils participent tous à l’esquisse d’un portrait de cette icône américaine définitivement insaisissable.

I'm Not There : Photo Cate Blanchett

Je ne prétends pas écouter du Bob Dylan tous les jours mais j’admire l’artiste. Malgré mon jeune âge, cela fait déjà quelques années que j’avais envie de le voir remporter le prix Nobel de littérature (après avoir déjà à son actif un Pulitzer). L’annonce de sa récompense m’a donnée envie de revoir I’m Not There, plus ou moins un biopic sur les différentes facettes de l’artiste. Je l’avais vu il y a quelques années à sa sortie en salles dans de mauvaises conditions. J’étais évidemment plus jeune – je manquais peut-être un chouïa de maturité pour apprécier réellement ce film. Pour la petite anecdote, je suis allée le voir alors que j’étais malade (oui, oui, j’ai toujours eu de bonnes idées), avec un mal de tête qui donnait envie de se cogner le crâne contre un mur. Pour couronner le tout, alors que j’étais en train d’agoniser dans la salle, j’ai eu une envie folle d’uriner. Sur le point de faire exploser ma vessie et épuisée, j’avais quitté la salle avant de voir la fin. Tous ces événements (avec notamment le Movie Challenge) m’ont donné envie de revoir correctement ce film. Surtout que j’avais toujours eu les boules de ne pas avoir vu ce film dans de bonnes conditions étant donné que j’apprécie habituellement le travail de Todd Haynes, réalisateur de Velvet Goldmine (film qui montrait déjà son intérêt pour les grandes figures de la musique), Loin du Paradis, ou encore plus récemment Carol. I’m Not There est à l’image de la personnalité de Bob Dylan : un film à part. Nous ne sommes pas dans un biopic traditionnel. Il n’y a pas un seul Bob Dylan mais six (même si on pourra se dire qu’il s’agit de la même personne) : Woody (référence à Woody Guthrie, qui a inspiré Dylan qui a raconté quelques mensonges sur son enfance au début de sa carrière), Arthur (en référence à Rimbaud – il est ici une sorte de narrateur dont les propos seraient inspirés d’interviews de Dylan), Robbie Clark (une référence à la vie privée de Dylan et de son mariage raté avec Sara Lownds), Jack Rollins qui devient le pasteur John (c’est ici le Dylan folk des années 60 qui s’est converti au christianisme à la fin des années 1970), Jude Quinn (le Bob Dylan rejeté, on l’accusait de faire de la musique commerciale et d’abandonner les protest songs), c’est aussi la face de l’artiste controversé et androgyne) et enfin Billy the Kid (évidemment on pense à Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah dans lequel a joué Dylan – mais c’est aussi ici un Dylan vieillissant). Il y a évidemment d’autres éléments tout le long du film sur la vie de Dylan (notamment sur son accident de moto) mais rien que la présence de ses six personnages est un bon moyen de saisir les moments clés de sa vie.

I'm Not There : Photo Christian Bale

Le revoir a été pour moi bénéfique et je suis désormais certaine qu’il fait partie de ces films à regarder à plusieurs reprises pour pouvoir mieux l’intégrer, l’analyser et aussi l’apprécier. Certes, je n’adore pas non plus I’m Not There, certains points me chiffonnent encore. Mais maintenant, je dirais qu’il s’agit tout de même d’un bon film, très dense, intense et complexe, qui a le mérite de rendre hommage à Bob Dylan dans le sens où un biopic traditionnel n’aurait pas du tout convenu à la personnalité du bonhomme en question. Le long-métrage a le mérite de vouloir proposer autre chose par rapport à tout ce qu’on connait de la forme du biopic. Ca prend parfois le risque de créer un effet bordélique (en mêlant différents personnages et donc histoires / époques, et en combinant également les séquences en couleur et en noir et blanc pour ne citer que ces exemples-là) et c’était mon impression durant mon premier visionnage. Heureusement j’ai moins ressenti ce problème et j’ai pris davantage en compte la difficulté de l’exercice. Les différents passages et transitions entre les différentes facettes de Dylan m’ont ainsi semblé plus fluides que dans mes souvenirs. Le long-métrage dure plus deux bonnes heures et l’ayant vu enfin dans de bonnes conditions, dans l’ensemble, grâce à un montage bien exécuté, il passe plutôt vite même s’il y a quelques coups de mou vers la seconde partie. La mise en scène ainsi que la photographie sont également remarquables. Après, selon moi, si on ne connait pas la carrière et la vie de Dylan, cela peut être un handicap. Cela l’a été pour moi la première fois que je l’ai vu. Je ne dis pas que ça sera le cas pour tout le monde (dans ce cas en question), l’expérience pourra certainement être intéressante pour des non-connaisseurs, le ressenti sera forcément intéressant. Mais pour moi, même si je trouve le film bon, il y a tout de même cette barrière qui m’empêche de l’adorer. En effet, les différentes interprétations sont complémentaires. Cela dit, il faut admettre que Cate Blanchett, qui avait remporté la Coupe Volpi à la Mostra de Venise (le film avait d’ailleurs remporté le prix spécial du jury à ce festival – ex-aequo avec La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche) et avait été nommée aux Oscars (dans la catégorie « meilleure actrice dans un second rôle), est totalement bluffante et pas uniquement à cause de la transformation physique (également impressionnante au passage). Elle trouve selon moi un de ses rôles les plus intéressants et livre une de ses meilleures performances de sa carrière.

I'm Not There : Photo Heath Ledger

Le mystère Enfield

Créée par Joshua St. Johnston

avec Timothy Spall, Matthew Macfadyen, Eleanor Worthington-Cox, Rosie Cavaliero, Juliet Stevenson…

titre original : The Enfield Haunting

Série dramatique, épouvante-horreur britannique. 1 saison. 2015.

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Eté 1977, Peggy Hodgson et ses trois enfants expérimentent des phénomènes très étranges dans leur nouvelle maison située à Einfield. Elle fait alors appel à Maurice Grosse, chercheur débutant dans le paranormal, pour qu’il mène l’enquête. Il est assisté par Guy Lyon Playfair, investigateur expérimenté qui aborde ce cas avec scepticisme.

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On connait tous l’affaire Enfield (notamment avec des célèbres photographiques relatant les événements – notamment celle de la gamine balancée de son lit / en train de se jeter de son lit ?) au point qu’elle a été cette année l’objet d’un long-métrage, je parle évidemment de Conjuring 2 : Le Cas Enfield par James Wan. Avant la sortie du film américain très romancé (les Warren ont bien rendu visite à la famille touchée, les Hodgson, mais ne sont restés qu’un jour tout comme ce ne sont pas eux qui ont résolu le problème), la mini-série britannique Le Mystère Enfield (The Enfield Haunting) s’était déjà intéressée à cette histoire. Composée de trois épisodes durant chacun 45 minutes, cet objet télévisuel s’appuie sur l’ouvrage de Guy Lyon Playfair, This House is Haunted (1980) qui serait basé sur ce qu’il aurait vu dans cette maison en question. Guy Lyon Playfair est ici l’un des personnages principaux de la série et est interprété par Matthew Macfadyen (je tenais à dire que cette coupe seventies lui va parfaitement bien !). Pour la petite précision, alors qu’il a longuement participé à l’enquête autour de cette affaire, le personnage de Playfair n’apparait pas dans Conjuring 2. En revanche, dans ce film en question, on retrouvait déjà (dans un rôle secondaire) Maurice Grosse interprété par Simon McBurney. Le personnage, incarné ici par Timothy Spall, prend alors dans cette mini-série beaucoup plus de place en étant désormais (avec Playfair). Pour les amateurs d’horreur ou de sensations fortes, vous risquez d’être déçus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des scènes effrayantes. Les épisodes mettent mal à l’aise, on assiste à des événements surnaturels qui ne peuvent évidemment pas nous rassurer (avec tout ce qu’on connaît déjà : voix flippantes, objets et personnes en lévitation etc…). Mais rapidement on comprend qu’on n’est pas concrètement face à une série d’horreur (même si je l’ai regardée le jour d’Halloween vu que je ne savais pas trop regarder et que le replay d’Arte ne dure pas non plus une éternité). Il faut dire les choses : c’est avant tout une mini-série dramatique qui reprend la célèbre histoire pour s’intéresser à des problèmes plus intimistes.

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En effet, si nous assistons (avec Maurice Grosse et Guy Playfair) bien à des événements surnaturels, la série préfère se pencher davantage sur l’une des théories autour de cette affaire : la supercherie. Le film de James Wan mettait déjà en scène certains experts (notamment Anita Gregory – interprétée par Franka Potente) qui remettaient en question l’histoire de la famille – principalement pour des raisons financières. Certes, on ne nous affirme pas totalement ce qui s’est passé (seuls les Hodgson connaissent la vérité). Est-ce que tout est faux ? Est-ce qu’il y a, malgré des mensonges avérés, une part de vérité  (la vraie Janet affirme qu’il n’y aurait que 2% de mensonges parmi tout ce qu’elle a dit – et qu’elle n’avait menti que pour faire intervenir des spécialistes qui ne se seraient pas intéressés aux réels événements) ? En tout cas, cette mini-série prend un parti intéressant : montrer la connexion entre Maurice Grosse et la petite Janet Hodgson. Maurice Grosse n’est alors un personnage qui sert à enquêter, on s’intéresse réellement à lui avec ses problèmes personnels et donc ses blessures. Le parapsychologue de la Society for Psychical Research a vécu un drame (compliquant les relations avec son épouse) en perdant sa fille d’un accident de la route. La fille en question se prénommait… Janet. Grosse a-t-il alors accepté de s’investir autant dans cette enquête car il pensait retrouver en quelque sorte sa fille chez les Hodgson ? Quant à Janet, n’est-elle pas perturbée voire même traumatisée par le divorce de ses parents ? Est-ce qu’elle aurait pu inventer ces poltergeists chez elle par manque d’attention et affectif ? Finalement, au fond, ce n’est pas si important de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou non – même si la présence de Grosse et Playfair reste intéressante dans cette quête de vérité : même s’ils sont prudents (surtout Playfair) voient-ils ce qu’ils ont envie de voir (cela dit la question de la vue et de la croyance était à mon avis davantage poussée chez Wan) ? La métaphore autour des fantômes (deuil, départ d’un être qu’on aime) reste alors pour moi plutôt réussie et intéressante et c’est selon moi pour cette raison qu’il faut découvrir cette mini-série

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Vu ma description et la démarche des scénaristes, ne vous attendez à voir de l’action à tout bout de champ ! Cela dit, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Il faut dire que le format est selon moi bien trouvé dans le sens où ce n’est ni trop court ni trop long. Les trois épisodes en question, qui s’enchaînent plutôt bien, ont été réalisés par Kristoffer Nyholm, qui avait signé une des saisons de la série danoise réputée The Killing (que j’aimerais bien découvrir) et je dois dire qu’il a fait du bon boulot. La mise en scène est plutôt soignée et réfléchie. Encore une fois, certaines scènes sont assez flippantes et les effets sont bien faits (même si pour les deux cas il n’y a rien de révolutionnaire mais ça ne m’a pas non plus chiffonnée). Evidemment, encore une fois, il ne faut pas chercher de comparer avec Conjuring 2. Il n’y a pas les mêmes moyens mis (il ne faut pas oublier qu’on est face à un produit télévisuel – pas tous ont le même budget qu’un Game of Thrones) et de toute façon, encore une fois, la série ne cherche pas à nous époustoufler visuellement. Cela dit, on notera tout de même un soin accordé à la reconstitution des années 1970, que ce soit au niveau des décors, des costumes et même plus généralement l’ambiance, sans que cela m’ait paru trop exagéré. Niveau écriture, dans l’ensemble, je suis assez satisfaite. Enfin, Le Mystère Enfield est également servi par un très bon casting. Timothy Spall est fabuleux voire même bouleversant dans le rôle de Maurice Grosse. Même si elle reste en retrait, l’interprétation de Juliet Stevenson est également très touchante. J’ai également bien aimé l’interprétation de Matthew Macfadyen même si on aurait pu exploiter davantage son rôle. La jeune Eleanor Worthington-Cox (qu’on a pu voir dans Maléfique de Robert Stromberg) est également géniale dans le rôle de cette gamine ambiguë, difficile à cerner. Son interprétation est cohérente avec l’ambiguïté même du scénario autour de la véracité ou non de l’affaire. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, il s’agit d’une très bonne mini-série que je vous conseille (et donc pas besoin d’être fan) prouvant de nouveau la qualité des programmes de fiction britanniques.

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Sing Street

réalisé par John Carney

avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Kelly Thornton, Mark McKenna, Conor Hamilton…

Comédie, film musical irlandais, britannique, américain. 1h46. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

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Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable.

Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter.

Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir,  il lui propose de jouer dans son futur clip.

Sing Street : Photo Ben Carolan, Conor Hamilton, Ferdia Walsh-Peelo, Karl Rice, Mark McKenna

L’ex-bassiste des Frames John Carney a réussi sa reconversion, celle de réalisateur. Son premier long-métrage Once (Oscar de la meilleure chanson) est une merveille filmée avec les moyens du bord (et je dois même vous dire qu’il fait partie de mes films de chevet), son second New York Melody m’a également enchantée. Sing Street est une vraie réussite qui semble avoir enchanté de nombreux festivals, notamment en repartant avec le Hitchcock d’or au festival britannique de Dinard. Sing Street est dans le film le nom de groupe fictif crée par le jeune Conor dans le but de pouvoir séduire la belle Raphina. C’est aussi une référence à Synge Street, là où sont scolarisés les personnages (et peut-être Carney ?). Sur l’affiche, vous verrez toute une série de groupes méga connus qui participent à la bande originale : les Clash, Motörhead, Duran Duran, The Jam ou encore The Cure (et on a aussi en bonus la participation d’Adam Levine, qui pourrait de nouveau être nommé aux Oscars après New York Melody). Tout le monde aime les bonnes BO (et celle-là, je l’aime déjà énormément !) mais parfois on a l’impression d’assister à la playlist idéale du réalisateur ou que c’est un moyen de rendre le film plus cool tout en camouflant les défauts. Heureusement, ce n’est pas le cas ici. Les chansons trouvent intelligemment leur place au sein de l’histoire. A chaque fois, elles sont liées à l’évolution (musicale ou émotionnelle) de Conor. Surtout, les chansons connues laissent petit à petit place à celles du fameux groupe fictif. Et c’est ça qui est génial dans ce film : on croit en ce groupe, on a envie de voir cette bande de petits jeunes réussir. Sing Street est donc un film entraînant, léger, qui livre un message positif : faites tout pour vivre vos rêves, vivez votre passion. Rien de bien nouveau mais ça passe tout de même plus que bien. Mais le long-métrage musical ne se limite pas à ce thème qui aurait pu rendre l’ensemble lisse et naïf. John Carney signe ici un film plus profond, intime et même un peu autobiographique que d’habitude. En arrière-fond, il évoque la situation économique et sociale de l’Irlande dans les années 1980 : les jeunes s’en allaient en Angleterre (c’est notamment le rêve de la jeune Raphina) et le divorce n’était pas toujours pas autorisé (l’Irlande a dû attendre 1996 pour pouvoir divorcer – il s’agit du dernier pays européen à avoir légaliser le divorce !).

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La musique est donc évidemment un moyen de s’évader (je pense notamment à quelques scènes fantasmées) et littéralement donne envie de s’évader. A travers ce thème de l’évasion, de l’immigration même pour réussir, on peut évidemment penser à l’histoire plus globale de l’Irlande qui a toujours été exposée au voyage pour pouvoir réussir. La dédicace finale « à tous les frères du monde entier » – même si on peut la prendre à un premier degré (avec la relation entre Conor et Brendan, forcément déterminante dans les choix des personnages) – est selon moi un clin d’oeil à cette part historique qui n’a jamais totalement quitté les Irlandais avec le temps. Sing Street est donc un vrai bon feel-good movie (et pour une fois on n’utilise pas ici ce terme comme on le fait souvent à tort et à travers) drôle, touchant et attachant à la fois. Il est bien écrit (mêlant avec habilité divertissement et profondeur) et très bien rythmé (et pas uniquement grâce à la musique, notamment co-composée par Carney himself). Même s’il n’a que trois films à son actif, j’ai toujours aimé l’univers de Carney qui renouvelle pour moi les films musicaux grâce à sa propre expérience de musicien et je dois en plus constater qu’il a fait des progrès en terme de mise en scène (même si ça ne parait pas non plus « ouf » mais ça me paraît plus soigné de ce côté-là). Côté interprétation, Sing Street est également à la hauteur. Le film est porté pour la plupart du temps par des comédiens non connus (qui sont dans la vie musiciens). Dans le rôle principal, Ferdia Walsh-Peelo est totalement crédible en ado de 15 ans rêveur et passionné. La jeune Lucy Boynton est certainement une des révélations du film (retenez bien son nom car elle semble déjà avoir un planning chargé !). Elle parvient bien à montrer cette apparente confiance en elle tout en dévoilant petit à petit son naturel et sa sensibilité (à noter que son look vestimentaire évolue au fil de ses émotions). On retrouve également quelques têtes connues, notamment Aidan Gillen et Maria Doyle Kennedy, qui incarnent les parents de Conor (au bord du divorce). Enfin, difficile de passer à côté de l’excellente performance de Jack Reynor (qui a remporté le Irish Film & Television Award – le second de sa carrière), qu’on a notamment pu voir récemment dans What Richard Did (de Lenny Abrahamson), Transformers : L’âge de l’extinction (de Michael Bay) ou encore Macbeth de Justin Kurzel. Il est à la fois drôle et émouvant en grand frère glandeur bienveillant qui donne des conseils, passé à côté de sa vocation et de ses rêves. Je suis sûre qu’on n’a pas fini d’entendre parler de lui !

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Moi, Daniel Blake

réalisé par Ken Loach

avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan, Sharon Percy…

titre original : I, Daniel Blake

Drame britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

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Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Je suis depuis une dizaine d’années (oui, déjà, malgré mon jeune âge) que je suis la carrière de Ken Loach, devenu rapidement un de mes réalisateurs préférés. J’étais donc obligée d’aller voir son dernier long-métrage, Moi, Daniel Blake, qui a remporté la Palme d’or au dernier festival de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. Loach, qui a déjà remporté un certain nombre de prix dans ce festival (et ailleurs d’ailleurs), avait déjà remporté la Palme d’or en 2006 (il y a donc pile poil dix ans) avec Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley). Alors, évidemment, face à un tel prix, on se demande plus ou moins toujours si le choix du jury a été bon ou non. C’est évidemment toujours compliqué de s’attaquer à ce genre de question car dans un premier temps, je n’ai pas vu tous les films en compétition mais il y a toujours une part de subjectivité. Cela dit, à ce stade-là, j’approuve et j’applaudis le choix du jury qui a récompensé  (pour moi) un des meilleurs films de cette année. Je suis d’ailleurs toujours étonnée de voir un Ken Loach toujours aussi inspiré avec son fidèle scénariste Paul Laverty (ne l’oublions pas !). Après tout, les deux proposent depuis des années des thèmes et aspects similaires : des personnages issus d’un milieu social peu élevé qui doivent affronter un système social monstrueux, un schéma parfois manichéen, un scénario en apparence simple, une mise en scène sobre ou encore un environnement grisâtre. A force de voir des réalisateurs se péter la gueule parce que, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, ils se sont répétés, je redoute toujours le film de trop de Loach. Et honnêtement même ses films dits « mineurs » ont pour moi toujours un intérêt. Ce qui est intéressant chez lui, c’est qu’on pourrait se dire qu’il a fait le tour mais finalement je m’aperçois qu’il y a toujours un détail à traiter. Finalement, on s’aperçoit à quel point il y a de variations autour de la misère sociale. Bref, je suis étonnée de ne pas ressentir de lassitude autour du travail de Loach et Laverty, cette équipe fonctionne toujours aussi bien. Pour moi, en tout cas, Moi, Daniel Blake n’a rien d’un film mineur dans sa carrière. Il s’agit d’un de ses longs-métrages les plus sombres de sa carrière et c’est peut-être même celui qui donne le plus envie de se lever et de lutter.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns

Ken Loach et Paul Laverty s’intéressent ici à une figure qu’on ne voit pas tant que ça au cinéma (en tout cas dans leur univers c’est pratiquement une nouveauté) : le « vieux » au chômage qui ne peut pas retourner au travail non pas par paresse (le personnage principal est au contraire quelqu’un qui se bouge) mais pour des raisons de santé. Le fameux Daniel Blake a des problèmes cardiaques et en plus de ça a été victime d’un accident durant son boulot. Il ne peut se résoudre à aller travailler sur un chantier. Le Pôle Emploi version anglaise (mais soyons réalistes : ce genre de merde arrive également en France) fait du grand n’importe quoi avec son dossier. Le voilà en train de se battre contre un système monstrueux, absurde et inhumain. Il n’est pas le seul à se faire avoir (le but étant que ces gens-là baissent les bras pour qu’ils puissent renoncer à leurs droits dont notamment une aide financière) : Katie et sa petite famille en sont le parfait exemple. C’est grâce à ce point commun malgré eux que la jeune Londonienne qui élève seule ses deux enfants et le veuf Daniel Blake vont devenir amis. Finalement, toutes les générations sont concernées par ce système et les choses ne sont pas prêtes à s’arranger. La rencontre entre les deux personnages est intéressante pour plusieurs raisons. Au-delà de rendre le propos encore plus universel, cela permet de confronter les personnages face à cette lutte différemment. Daniel Blake est celui qui ne veut pas baisser les bras, qui reste digne jusqu’au bout, qui a aussi un certain bagou. Il sait se rebeller quand il le faut (on comprendra donc mieux le « sens » du titre vers la fin du long-métrage) et veut montrer qu’on doit continuer à exister en tant qu’être humain, le système ne prenant pas en compte cette dimension. Katie n’a pas moins de mérites que son nouveau pote mais elle pète tout de même les plombs (je pense ici à l’émouvante scène à la banque alimentaire) cède rapidement aux solutions immorales (vol et prostitution). Au passage, j’apprécie qu’on nous suggère certaines scènes. Avec certains réalisateurs, ça aurait déjà viré au trash gratuit pour rendre les choses encore plus misérables et racoleuses.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

La mise en scène est donc sobre (par son réalisme, on pense toujours chez lui au documentaire, vu qu’il en réalise), comme toujours chez Loach mais n’a rien de mauvaise. Au contraire, tout en restant discret, en laissant les personnage vivre et évoluer les personnages (et les interprètes). Tout a l’air très naturel, spontané et pourtant on n’est jamais dans quelque chose de brouillon. Je trouve son travail toujours aussi efficace et formidable. Le scénario est également bien écrit dans le sens où il parvient mettre à retranscrire la lente mais sûre descente en enfer d’un chômeur. A noter au passage la qualité de certains dialogues. Le film commence banalement et plus il avance plus les événements deviennent sombres et désespérants. Oui, on pourra dire que c’est prévisible mais ce n’est pas dérangeant dans le sens où ce choix-là reste cohérent avec le propos du film : littéralement, notre système nous tue. Oui, c’est vrai que le film peut paraître manichéen mais encore une fois Loach et Laverty transforment ce point qui aurait pu être négatif en quelque chose qui donne de la force pour pouvoir lutter contre le système. Moi, Daniel Blake est à la fois un film sombre, désespérant et en même temps donne envie de se lever et de rester solidaires. Evidemment que le film fait tout pour nous émouvoir mais je n’ai pas trouvé ça tire-larmes dans le sens où encore une fois Loach et Laverty savent s’arrêter là où il le faut et finalement l’émotion sonne vraie. Beaucoup de films de Ken Loach m’ont émue mais je dois même avouer que c’est la première fois que je verse quelques larmes devant une de ses oeuvres. Enfin, Moi, Daniel Blake est porté par un excellent casting. Dans le rôle du rôle-titre, Dave Johns, issu du milieu du stand-up et de la télévision et qui joue pour la première fois dans un film, est impeccable et criant de vérité en incarnant cette sorte de justicier modeste des temps modernes. Face à un sujet aussi difficile, Johns parvient, notamment grâce à son langage (et son accent de Newcastle), à illuminer son personnage. Il ne faut pas non plus oublier de parler de sa partenaire Hayley Squires (sorte de sosie de Lily Allen et de Mila Kunis) est également formidable.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Bilan – octobre 2016

Cinéma

Les films de 2016 (ciné, dvd, vod, e-cinema)

L’Idéal (Frédéric Beigbeder, 2016) 2/4

Miss Peregrine et les enfants particuliers (Tim Burton, 2016) 1/4

Captain Fantastic (Matt Ross, 2016) 4/4

Tout pour être heureux (Cyril Gelblat, 2016) 3/4

Whiskey Tango Foxtrot (John Requa & Glenn Ficarra, 2016) 1/4

Avant toi (Thea Sharrock, 2016) 2/4

Moi, Daniel Blake (Ken Loach, 2016) 4/4 

Krampus (Michael Dougherty, 2016) 1/4

Sing Street (John Carney, 2016) 4/4

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Rattrapages

Tammy (Ben Falcone, 2014) 1/4

Il n’est jamais trop tard (Tom Hanks, 2011) 2/4

Death Bell 2 : Bloody Camp (Seon-dong Yu, 2010) 1/4

J’ai tué ma mère (Xavier Dolan, 2009) 2/4

La Veuve noire (Bob Rafelson, 1987) 2/4

I’m Not There (Todd Haynes, 2007) 3/4

Perfect Sense (David McKenzie, 2011) 1/4

Harvie Krumpet (Adam Elliot, 2003) 3/4

Mondwest (Michael Crichton, 1973) 3/4

Hard Day (Kim Seong-hun, 2014) 3/4

Les Hauts de Hurlevent (William Wyler, 1939) 3/4

The Devil’s Hand (Christian E. Christiansen, 2014) 1/4

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Télévision

Marion, 13 ans pour toujours (Bourlem Guerdjou, 2016) 3/4

Parks & Recreation (saison 5, 2012) 3/4

La Guerre à la maison (saisons 1 et 2, 2005-2007) 3/4

Vice Principals (saison 1, 2016) 3/4

30 Rock (saison 5, 2010) 4/4

Mr Robot (saison 1, 2015) 4/4

Sherlock (saisons 1 et 2, 2010-2012) 4/4

Justified (saison 3, 2012) 3/4

Le Mystère Enfield (saison 1, 2015) 3/4

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Lectures

The Van (Roddy Doyle, 1991) 1/4

Harry Potter et les Reliques de la Mort (J.K. Rowling, 2007) 4/4

King Kong Théorie (Virginie Despentes, 2006) 3/4

« Oh… » (Philippe Djian, 2012) 3/4

Beignets de tomates vertes (Fannie Flagg, 1987) 4/4


Movie Challenge 2016 :

– un film français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

– un film adapté d’un livre : Tale of Tales de Matteo Garrone (2015).

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter : C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (2005).

– un film tourné/sorti cette année : Carol de Todd Haynes (2016)

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993) : La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans : J’ai tué ma mère de Xavier Dolan (2009).

– un film dont le titre contient un numéro : Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (1954).

– un film ayant de mauvaises critiques : Toi, moi… et Duprée de Anthony et Joe Russo (2006).

– une comédie : Les Muppets, le retour de James Bobin (2011).

– un film réalisé par une femme : Surveillance de Jennifer Lynch (2008).

– un film dont le héros n’est pas humain : Westworld de Michael Crichton (1973).

– un film qui a une suite : Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force de J. J. Abrams

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune : Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006).

– un film se déroulant dans le futur : Perfect Sense de David McKenzie (2011).

– un court-métrage : Harvie Krumpet d’Adam Elliot (2003).

– un film se déroulant à l’étranger : Transsiberian de Brad Anderson (2008).

– un film qui n’est pas en anglais ni en français : Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

– un film se passant au lycée : Elle est trop bien de Robert Iscove (1999).

– un film dont le titre comporte une couleur : Blue Ruin de Jeremy Saulnier (2013).

– un film qui m’a fait pleurer : States of Grace de Destin Daniel Cretton (2013).

– un film que j’ai vu plus de deux fois : Walk Hard – The Dewey Cox Story de Jake Kasdan (2007).

– un film d’un réalisateur que j’adore : Kes de Ken Loach (1969).

– un film avec une actrice que j’adore : Diamants sur canapé de Blake Edwards (1961).

– un film avec un acteur que j’adore : Avanti de Billy Wilder (1972).

– un film ayant obtenu un Oscar : Tendres Passions de James L. Brooks (1983).

– un film d’horreur : The Wig de Won Shin-yeon (2005).

– un film commencé que je n’ai jamais terminé : I’m not there de Todd Haynes (2007).

– un dessin animé : Les Indestructibles de Brad Bird (2004).

– un biopic historique

– un film LGBT : Une journée particulière de Ettore Scola (1977).

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : Music Box de Costa-Gavras (1989).

– un film recommandé par quelqu’un : Drop Dead Fred de Ate de Jong (1991).

– un film en noir et blanc : Les Hauts de Hurlevent de William Wyler (1939).

– un film basé sur des faits réels : Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar (2012)

– une comédie musicale : Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann (2001).

– un film qui m’a fait pleurer de rire : Les Flingueuses de Paul Feig (2013).

– un film de guerre

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic : Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn (2014).

– un film avec un mariage : Bachelorette de Leslye Headland (2012).

– un film d’un réalisateur asiatique : Hard Day de Kim Seong-hun (2014).

– un film que ma mère adore

L’Idéal

réalisé par Frédéric Beigbeder

avec Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Jonathan Lambert, Anamaria Vartolomei, Camille Rowe, Anthony Sonigo, Jérôme Niel…

Comédie française. 1h30. 2016.

sortie française : 15 juin 2016

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic ainsi qu’à Orange Studio

Cinetrafic vous propose plusieurs listes de films :

http://www.cinetrafic.fr/film-2017

http://www.cinetrafic.fr/film-francais

ideal

L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique.
Notre antihéros aura sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie post-communiste, sous les ordres de Valentine Winfeld, une directrice visuelle sèche et autoritaire.
Entre les réunions de crise à Paris, les castings à Moscou, une élection de Miss en Sibérie, une fête chez un milliardaire poutinien et une quête des « new faces » aux quatre coins de l’ex-URSS, le fêtard paresseux et la workaholic frigide vont apprendre à se supporter et peut-être même à se sauver.

L'Idéal : Photo

Frédéric Beigbeder, écrivain et journaliste à succès, avait déjà adapté un de ses romans en passant derrière la caméra, avec L’Amour dure trois ans. Pour son second long-métrage, il adapte de nouveau un de ses textes, Au secours, pardon !, intitulé ici L’Idéal (qui fait clairement référence à la célèbre marque L’Oréal). Il s’agit aussi d’une sorte de suite de 99 Francs, qui a connu l’adaptation du même nom, réalisée par Jan Kounen et avec Jean Dujardin dans le rôle principal. On suit toujours le même personnage, Octave Parango, interprété cette fois-ci par Gaspard Proust (qui avait obtenu le premier rôle dans L’Amour dure trois ans). Ce changement d’acteur n’est pas dérangeant, Beigbeder dit d’ailleurs qu’il ne s’agit pas réellement d’une suite mais plus concrètement d’un reboot dans le sens où on retrouve un même personnage dans une autre version mais toujours dans un même registre (je reprends ici les propos de Beidbeder himself, il en parlera mieux que moi !). On ne change finalement pas tant que ça d’univers : le monde de la mode reste toujours lié à celui de la publicité, de l’image, du sexisme ou encore de la perversité. Pour ma part, sans avoir détesté (je lui avais accordé la moyenne, je lui avais donc reconnu quelques qualités), j’avais eu du mal avec le film (puisque je n’ai pas lu le bouquin) 99 Francs. J’avais peur d’avoir le même type d’avis pour L’Idéal. Je lui mets la même note, cela dit (histoire d’être claire) je dirais que j’ai légèrement préféré L’Idéal à 99 Francs. Frédéric Beigbeder n’est pas nécessairement un meilleur réalisateur que Jan Kounen, je dirais juste que l’histoire (même si encore une fois, le schéma reste grosso modo similaire) m’a peut-être plus parlée ou quelque chose comme ça et je ne me suis pas ennuyée contrairement à 99 Francs. Frédéric Beigbeder parle d’un milieu qu’il connaît vu qu’il évolue dans le milieu du show-biz (c’est moi ou ce terme est complètement ringard ?). Il y a même une part autobiographique, notamment dans la première scène du film dans laquelle on voit un petit garçon dans une fête de son père avec des filles peu vêtues : le père de l’écrivain-réalisateur fréquentait des patrons d’agences de mannequins. Le film a beau avoir un côté caricatural ou en tout cas de tout ce qu’on peut imaginer de commun dans le milieu du mannequinat et de la publicité, on sent tout de même qu’il frappe juste dans ses observations. C’est toute la difficulté que j’ai avec Frédéric Beigbeder : il a conscience de la bêtise de son milieu, sa lucidité fait toujours plaisir à entendre car le bonhomme est drôle, mais en même temps il a ce côté nombriliste parfois insupportable et finalement fait partie et s’intègre bien de ce milieu qu’il dénonce. C’est quelque chose que j’ai de nouveau ressenti en regardant L’Idéal.

L'Idéal : Photo

L’Idéal est donc un film plutôt sympathique à regarder, parfois pertinent mais qui ne parvient pas à l’être tout le long par le regard flou de Beigbeder sur son sujet. On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à un film sorti cette année évoquant le milieu de la mode et du mannequinat, The Neon Demon. On aime ou on n’aime pas le film de Nicolas Winding Refn, il a au moins le mérite de ne pas nous laisser indifférents. Or, s’il n’est pas désagréable, le long-métrage de Beigbeder a beau parfois viser juste dans certaines scènes, a beau montrer la vulgarité, l’absurdité et la méchanceté de ce milieu (le film devenant – hélas – vulgaire par moments), on aurait aimé qu’il aille finalement plus loin dans le traitement de son sujet (même si une des dernières scènes m’a bien fait marrer). Le problème majeur du film reste sa construction narrative. On prend le 3/4 du temps à nous présenter ce que nous savons finalement déjà des dessous du mannequinat. Le seul « rebondissement », en réalité c’est la fameuse découverte de la fille idéale pour sauver l’entreprise, qui permettra alors à Octave de changer de regard sur ce milieu tout comme sa collègue, au point de former à la fin une famille hors norme loin de la société de consommation (c’est donc très gros). L’évolution des personnages m’a semblé vraiment brusque, surtout quand on voit à quel point ils sont pourris par le milieu dans lequel ils appartiennent. La mise en scène reste tout de même correcte (sans dire que Beigbeder a un talent de ouf dans ce domaine), esthétiquement on a ce qu’on attend par rapport au sujet présenté (beaucoup de séquences qui semblent sorties d’une publicité). Le casting est également très bon. Pas évident de reprendre le rôle tenu par Jean Dujardin (et qui le faisait très bien). Gaspard Proust s’en sort vraiment très bien. Il parvient à redonner vie à Octave s’en copier la performance de Dujardin mais en livrant quelque chose de personnel et cohérent (voire même complémentaire) par rapport à ce qu’on connait déjà du personnage (même si on peut regarder L’Idéal sans avoir vu ou connaître 99 Francs). Le reste du casting est également à la hauteur : Audrey Fleurot est impeccable dans le rôle de cette femme odieuse et très bosseuse, Jonathan Lambert est également très surprenant en patronne tyrannique (non, il n’y a pas d’erreur de ma part dans cette phrase), Camille Rowe très crédible en mannequin stupide et raciste ou encore Anamaria Vartolomeil s’en sort très bien.

L'Idéal : Photo Audrey Fleurot, Gaspard Proust

Les Indestructibles

réalisé par Brad Bird

avec les voix originales de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, Jason Lee, Elizabeth Pena…

avec les voix françaises de Marc Alfos, Deborah Perret, Lorie, Amanda Lear, Bruno Salomone, Patrick Poivre d’Arvor…

titre original : The Incredibles

Film d’animation, action, comédie familiale américaine. 2h. 2004.

sortie française : 24 novembre 2004

Movie Challenge 2016 : Un film d’animation

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Bob Paar était jadis l’un des plus grands super-héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr. Indestructible », le héros qui, chaque jour, sauvait des centaines de vies et combattait le mal. Mais aujourd’hui, Mr. Indestructible est un petit expert en assurances qui n’affronte plus que l’ennui et un tour de taille en constante augmentation.
Contraint de raccrocher son super costume quinze ans plus tôt à la suite d’une série de
lois ineptes, Bob et sa femme, Hélène, ex-Elastigirl, sont rentrés dans le rang et s’efforcent de mener une vie normale avec leurs trois enfants.
Rongeant son frein, rêvant de repasser à l’action, Bob bondit sur l’occasion lorsqu’une mystérieuse convocation l’appelle sur une île lointaine pour une mission top-secret. Il va découvrir que derrière cette alléchante proposition, se cache un génie malfaisant avide de
vengeance et de destruction.

Les Indestructibles : Photo

J’ai beau aimé les films de Pixar (en général), Les Indestructibles était l’un des seuls films des studios que je n’avais pas encore vu pour différentes raisons. La première était son sujet qui ne m’attirait pas plus que ça. Encore une fois, je n’ai rien contre les super-héros mais je n’irai pas à regarder un film parce qu’il y a des super-héros. Entre-temps, j’ai enfin découvert l’univers de Brad Bird avec Tomorrowland  (A la poursuite de demain) et si vous avez un peu suivi, ça ne m’a pas vraiment enchantée. Mais histoire d’être moins inculte, je me suis enfin décidée à le regarder. Je ne dirais pas que j’ai été déçue vu que le résultat ne m’a pas réellement surprise, comme si je m’attendais plus ou moins à ça depuis longtemps. Mais il est certain que ce film ne va pas me réconcilier avec Brad Bird. Certes, je ne dis pas que c’est mauvais. On peut être déçus par des films Pixar pour les raisons qui nous appartiennent mais on ne peut pas les accuser de faire du mauvais travail, il y a forcément à chaque fois des qualités évidentes à ne pas négliger. Même si ce n’est pas mon coup de coeur en terme d’animation (peut-être qu’il faudrait que je me remette dans le contexte de l’époque ?), je trouve évidemment ce travail en question indéniablement réussi. J’ai également vu le film en VF donc je ne pourrais juger que sur ce que j’ai vu. J’ai trouvé le doublage français plutôt bon (même si la présence de la chanteuse has-been Lorie / Laure Pester n’est pas ce qui me réjouit le plus). Enfin, alors que j’avais rejeté son travail dans Tomorrowland (mais aussi dans Jupiter Ascending des désormais soeurs Wachowski – je crois qu’ici vous étiez en train de vous dire que j’avais une dent contre lui alors que ce n’est pas le cas), la musique de Michael Giacchino (un habitué des films de Pixar : Ratatouille, Là-Haut, Cars 2, Vice-Versa…) est excellente. Je ne dis pas que je l’écouterais en boucle sur mon Spotify comme cela m’arrive quand j’ai des coups de coeur avec certaines bandes-originales. D’ailleurs, je n’irai pas à parler de coup de coeur ici mais je dirais pourtant que cette musique en question est essentielle au déroulement même de l’histoire. La musique a souvent un rôle important dans les films mais là c’est encore plus vrai. Je le dis en toute honnêteté : pour moi, sans ce travail de composition musicale, j’aurais eu un avis sur ce film encore plus négatif.

Les Indestructibles : Photo

Cela dit, j’avoue donc ne pas comprendre le succès de ce film et je ne pense pas que je me précipiterai pour aller voir sa suite qui devrait sortir en 2018. Pour moi, Pixar représente grosso modo le compromis entre une animation de qualité, le bon divertissement et une réelle réflexion. Bref, on retrouve souvent une double-lecture dans les films de ce studio. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas ici. C’est possible qu’il y en ait une. Je ne sais pas depuis quand le film a été préparé mais vu sa sortie en 2004, on peut y voir des liens avec tout ce qui est lié au 11 septembre 2001. Peut-être que c’est moi qui en voit trop ou qui envie d’en voir trop. Après il est certain que le film parle de tous types de héros, ceux qui doivent sauver le monde (notamment les politiciens, les leaders mais plus généralement les postes à responsabilité), ceux qui sont parents et surtout ceux qui doivent gérer ces deux responsabilités au point de devoir vivre une double vie. Cela dit, je reste tout de même sceptique. Je ne nie donc pas le travail de réflexion mise en place par le réalisateur et par les scénaristes, cela ne m’a pas paru vide mais je dirais que ça ne m’a pas semblé valorisé. J’ai l’impression que l’équipe Pixar a avant tout voulu mettre en avant tout ce qui touche au divertissement : une famille sympathique, de l’action, un méchant fou, de l’hommage (sur un ton parfois parodique) aux films de super-héros voire même aux films d’espionnage et on peut continuer la liste encore longtemps. Peut-être que mon problème justement avec ce film c’est qu’au fond je n’ai pas été satisfaite d’un point de vue divertissement et que je n’arrive même pas à me raccrocher totalement au « fond » du film vu que je ne trouve pas que ce soit hyper poussé non plus (j’ai vraiment connu Pixar plus inspiré de ce côté-là). Certes, Les Indestructibles se laisse regarder. Mais je ne suis pas éclatée, loin de là. J’ai trouvé l’histoire assez longue à se mettre en place (et le film est d’ailleurs pour moi trop long tout simplement), les gags pas très drôles, la parodie ne m’a pas plus convaincue que ça, les personnages (en dehors d’Edna Mode, sorte de sosie de Chantal Thomass, même si les créateurs de Pixar se sont inspirés de la costumière Edith Head) sympathiques (en dehors du méchant car c’est un méchant justement) mais finalement très caricaturaux (et ne parviennent pas pour moi à dépasser la caricature – ce critère n’étant pas toujours quelque chose de négatif). Finalement j’ai trouvé ce film assez banal par rapport à tout ce que j’ai pu entendre. Le film a beau essayé de se montrer ambitieux, d’être certainement plus profond qu’il en a l’air, pour moi on assiste encore à une éternelle opposition (que j’ai vu sans réel plaisir – avec du plaisir, mon avis aurait sûrement été différent) entre des gentils et des méchants qui se battent.

Les Indestructibles : Photo