[MC2018] Grease

réalisé par Randal Kleiser

avec John Travolta, Olivia Newton-John, Stockard Channing, Jeff Conaway, Andy Tennant, Lorenzo Lamas, Fannie Flagg…

Comédie musicale américaine. 1h45. 1978.

sortie française : 1 septembre 1978

Un film avec une bonne BO

 

A la fin des vacances d’été, les amoureux Danny Zuko et Sandy Olsson, une jeune Australienne de bonne famille, doivent se séparer.
A son retour au lycée Rydell, le jeune homme retrouve sa bande, les T-birds, blousons de cuir et cheveux gominés. Les parents de Sandy ayant décidé de s’installer aux Etats-Unis, la demoiselle intègre la même école…
Passé la surprise des retrouvailles et pour faire bonne figure devant ses copains, Danny adopte une attitude désinvolte qui laisse la jeune fille totalement désemparée. Sandy rejoint alors les Pink Ladies, le pendant féminin des T-Birds.
S’ensuit un jeu du chat et de la souris entre les deux tourtereaux, le tout rythmé par les événements de leur vie de lycéens : démarrage de la saison de football américain, bal de promotion, course de voitures, soirées entre filles, entre garçons, au fast-food, au drive-in

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

La phrase d’accroche sur l’affiche française d’origine m’a toujours fait rire par sa simplicité voire même par sa banalité. Et pourtant, elle résume brièvement mon avis. Effectivement, Grease, « c’est sympa ». C’est déjà un bon début (enfin, ce n’était pas l’avis partagé par les critiques à sa sortie). Mais hélas, je ne ferai donc pas partie de ces fans acharnés de la comédie musicale (adaptée d’un succès de Broadway de Jim Jacobs et Warren Casey en 1972) même si je comprends le culte qu’on lui voue. L’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est absolument pas originale (pour ne pas dire « simpliste »). Sandy et Danny (est-ce un hasard si leurs prénoms riment ?) se retrouvent au même lycée après avoir fait connaissance l’été précédent pendant les vacances. Mais tout les sépare : l’Australienne Sandy est une jeune fille timide voire niaise  (mais rassurez-vous, elle finit par se décoincer) issue d’un bon milieu tandis que Danny est le BG gros dur du lycée qui cache sa sensibilité. Chacun se retrouve alors dans deux « gangs » : les Pink Ladies et les T-Birds. Face à leurs différences qui les empêcheraient a priori l’impossibilité de poursuivre la romance face à des préjugés, je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un lien avec une autre comédie musicale, West Side Story (même si l’affiliation entre les deux films peut paraître superficielle). En fait, Grease pourrait être ce West Side Story sans sa dimension tragique et en plus coloré. Les choix de Grease sont parfois quitte ou double. Ainsi, la surabondance de kitsch et de niaiserie peut autant plaire que faire fuir (et je dirais même que ça participe à un certain vieillissement du film). Cela ne me dérange pas spécialement que l’histoire puisse être assez banale, cela dit, par moments, je l’ai trouvée assez creuse. Mais l’ensemble est tout de même sauvé par une certaine fraîcheur. Grease a pourtant un arrière-fond intéressant (mais, à mes yeux, pas forcément bien poussé) en situant sa mince intrigue dans les années 50. Ce n’est pas la première fois qu’une oeuvre des années 70 se replonge vingt ans auparavant (on pense notamment à la série Happy Days ou encore au film American Graffiti). Ce regard temporel, tendrement nostalgique, renvoient aux spectateurs d’aujourd’hui (notamment une nouvelle génération) qui portent aussi ce même regard alors que certains d’entre eux n’ont pas connu les années 70 et encore moins les années 50. Il est évidemment impossible de ne pas évoquer sa cultissime bande-originale (j’ai toujours été fan de You’re The One That I Want et Summer Nights bien avant de regarder le film).

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

Je ne dirais pas que je l’écoute toute la journée quotidiennement mais elle est entraînante et correspond bien à l’univers et à l’époque mise en avant. Les chorégraphies sont également plutôt sympathiques, en se calquant bien sur les codes voire même les clichés sur les lycées américains : les pom-pom girls, le bal de promo etc… Cela dit, il n’y a rien de bien impressionnant, la mise en scène relativement pauvre n’aide pas non plus à avoir une bien meilleure impression. Grease est souvent définie avant tout comme une comédie musicale alors qu’il s’agit aussi d’un teen-movie. Cela peut aussi expliquer l’intérêt qu’a encore la nouvelle génération pour ce film alors qu’il a pris un sacré coup de vieux. L’ensemble reste gentillet dans le sens où on ne s’aventure pas trop sur des sujets houleux (même l’intrigue avec la fausse méchante Rizzo est balayée, la morale est sauve !).Enfin, passons au casting et aux personnages.John Travolta avait déjà joué dans quelques films estimés comme Saturday Night Fever de John Badham et Carrie de Brian de Palma. Mais on peut dire qu’il est devenu une véritable star grâce à son interprétation dans Grease. Et cela est totalement compréhensif vu son charisme et sa dégaine légendaire. La chanteuse britannique Olivia Newton-John (connue sur la scène country avant d’intégrer le casting de Grease) s’en tire également plutôt bien alors que sur le papier, son personnage aurait pu m’insupporter par sa trop grande innocence (et son changement assez brutal : je trouve le message assez maladroit concernant la position des femmes dans les relations amoureuses…). Stockard Channing se détache du reste du casting, son personnage étant un poil mieux écrit que les autres (enfin, ça reste relatif mais on se comprend). Cela dit, on pourra tout de même être perturbé par l’âge même des acteurs (surtout Stockard Channing et pourtant, encore une fois, j’aime bien son personnage et son interprète) : certains, qui ont déjà la trentaine (et ça se voit), jouent des lycéens. Je suis peut-être indulgente avec ce film uniquement parce qu’il a le mérite d’être correct dans ce qu’il propose en tant que divertissement et certainement aussi parce qu’il a su traverser les années avec une histoire aussi basique, sans réelle péripétie marquante. Est-on trop virulent avec certains films aux histoires similaires aujourd’hui parce qu’il nous manque encore du recul ? En tout cas, encore une fois, tout est une question de rapport avec le temps.

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

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Le 15h17 pour Paris

réalisé par Clint Eastwood

avec Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Judy Greer, Thomas Lennon, Tony Hale…

titre original :  The 15:17 to Paris

Drame américain. 1h34. 2018.

sortie française : 7 février 2018

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

Le 15h17 pour Paris : Photo Anthony Sadler, Spencer Stone

Un film de Clint Eastwood était auparavant un événement, particulièrement en France. Mais depuis quelques films, les choses sont plus compliquées, comme si on venait soudainement de se rappeler de quelle branche politique appartient l’acteur-réalisateur. Avant même la sortie de ce 15h17 pour Paris, film passé inaperçu et gros bide au box-office, les mauvaises critiques se manifestaient, Eastwood aurait signé un film douteux et facho. Ces critiques en question m’avaient découragée en février dernier à découvrir en salles ce film. Mais j’ai finalement décidé de le rattraper : je devais savoir si j’étais en accord avec toutes ces voix négatives ou non. Et en réalité, même s’il trouve vite ses limites, ce nouveau long-métrage n’est pas du tout catastrophique, loin de là. Et surtout, je n’ai pas spécialement vu le propos douteux tant décrit, je ne suis pas sûre qu’on ait vu le même film. Certes, Clint Eastwood nous présente deux (sur trois) personnages qui travaillent pour l’armée américaine. Mais ce n’est pas parce qu’ils font partie de ce corps de métier qu’Eastwood loue à tout prix la puissance de l’armée américaine, même s’il a de l’admiration pour elle. Mais on peut avoir de l’admiration pour l’armée sans être à tout prix facho ou autre. Et surtout, encore une fois, ce n’est pas le propos. Nous ne sommes pas dans American Sniper qui avait causé tant de polémiques à sa sortie (mais qui avait remporté un beau succès au box-office : on a l’impression qu’Eastwood en paye aujourd’hui le prix). La mise en scène de l’armée (et tout le parcours qui va avec, notamment avec la formation) explique comment ces hommes très ordinaires ont réussi à devenir les acteurs d’un événement littéralement extraordinaires. Surtout, le long-métrage parle de hasard qui les amène à devenir ces héros malgré eux. Ce traitement du hasard fonctionne justement plutôt bien, par petites touches. On pourrait croire que ce voyage en Europe est complètement inutile, juste pour combler du vide. Non, toutes leurs rencontres en Europe, ce clin d’oeil à Hitler, la manière dont les amis se retrouvent durant ce voyage etc… marquent ce flot de hasards les amenant à un point précis. En réalité, il faut se mettre plusieurs choses dans la tête car il y a selon moi trop d’incompréhensions autour de ce film. Tout d’abord si le film s’intitule bien Le 15h17 pour Paris, qui met en avant ce fameux point précis historique suite à une succession de hasards, le film n’a pas pour volonté de tourner autour de cet événement en question. C’est aussi pour cette raison que le terroriste n’est qu’une silhouette qui ne mérite pas qu’on s’y attarde car au fond, le film ne parle pas de terrorisme : cela aurait finalement pu être un autre type d’événement.

Le 15h17 pour Paris : Photo Spencer Stone

Il ne faut pas non se méprendre sur les intentions d’Eastwood sur la question de l’héroïsme : ainsi, il est intéressant de placer des personnages américains, des militaires en plus, dans un acte héroïque en Europe. C’est là où le voyage en Europe peut aussi apporter quelque chose dans le récit. Les Américains représentent souvent cette figure de sauveurs dans l’Histoire (le discours sur leur intervention pendant la Seconde Guerre Mondiale est particulièrement pertinent), quitte à en rajouter des caisses et à déformer la réalité : c’est comme si l’événement raconté dans le film avait le mérite de remettre quelques points sur les « i ». Et c’est pour cela que le procès intenté à Eastwood n’a pas lieu d’être. Les personnages n’ont pas sauvé les gens du Thalys parce qu’ils étaient les fameux Américains sauveurs. Ils n’ont justement pas agi par ego ou par patriotisme, mais avant tout parce qu’ils étaient à un tel endroit à un tel moment. Ils ont avant tout agi par humanité et instinct, et non par leur nationalité. Le mélange de cultures par le passage entre plusieurs continents est alors en réalité plutôt une ode à la tolérance : peu importe nos origines, nous pouvons ensemble combattre un même ennemi pour instaurer la paix. Le 15h17 pour Paris mérite également d’être vu pour  son mélange saisissant entre la fiction et la réalité. Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler jouent leurs propres rôles et revivent, par la fiction, cet événement aussi glorieux que traumatisant.Je ne dis pas que cela excuse certaines imperfections du film mais j’aime cette interrogation sur la frontière floue entre la fiction et la réalité : nous sommes littéralement les acteurs de notre propre vie. Et mine de rien, les acteurs s’en sortent plus que bien face à un exercice qui n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait le croire. En revanche, les jeunes acteurs incarnant les protagonistes durant leur enfance sont ultra mauvais (et physiquement, on a parfois du mal à réaliser la correspondance avec leurs personnages adultes).De plus, le rendu en lui-même n’est pas toujours palpitant.Certes, Clint Eastwood traite son sujet avec une réelle pertinence. Justement, par son travail vacillant entre la fiction et un exercice proche du documentaire, la mise en scène est plutôt intéressante, répondant à son projet d’origine. Mais pourtant ni le traitement du sujet ni sa mise en scène pourtant cohérente ne rendent ce long-métrage réellement passionnant. Avec un tel potentiel et surtout un réalisateur de talent derrière la caméra, il est tellement regrettable de ne pas avoir un film plus puissant tout simplement. Or là il s’agit juste d’un film mineur dans la carrière d’Eastwood. Enfin, on peut regretter la mise en avant de Spencer alors qu’il y a bien eu trois héros intervenant dans le Thalys ce jour-là. Pour conclure, j’encourage les spectateurs ayant trop écouté les mauvaises critiques (ce qui peut se comprendre) à donner sa chance à ce film qui a rencontré un bide injustifié pour se faire leur propre opinion.

Le 15h17 pour Paris : Photo Alek Skarlatos, Anthony Sadler

Solo : a Star Wars story

réalisé par Ron Howard

avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke, Donald Glover, Thandie Newton, Phoebe Waller-Bridge, Paul Bettany, Warwick Davis…

Film fantastique, aventure américain. 2h15. 2018.

sortie française : 23 mai 2018

Embarquez à bord du Faucon Millenium et partez à l’aventure en compagnie du plus célèbre vaurien de la galaxie. Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian… Ce voyage initiatique révèlera la personnalité d’un des héros les plus marquants de la saga Star Wars.

Solo: A Star Wars Story : Photo Alden Ehrenreich, Joonas Suotamo

Star Wars est une saga qu’on ne présente plus. Pour ma part, en dehors de quelques épisodes (coucou les épisodes 1 et 2), j’apprécie toujours cette franchise (et je fais même partie des fans du dernier épisode). Cela dit, avec l’amour et le respect que j’ai pour cette saga importante, j’ai du mal à m’intéresser aux spin-off. Je n’ai d’ailleurs toujours pas regardé Rogue One (mais c’est désormais prévu – autant voir la saga complète même si j’ai du mal à inclure ses spin-off dedans). Parce que j’avais besoin de m’aérer l’esprit (big up à tous/toutes ceux/celles qui ont des échéances durant ces périodes stressantes alors qu’on préférerait se la couler douce à la plage), j’ai voulu donner une chance à ce Solo : a Star Wars story (présenté au passage à Cannes en hors compétition). J’étais pourtant au courant des circonstances du tournage : départ (enfin, plutôt renvoi) des réalisateurs Phil Lord et Chris Miller (21 & 22 Jump Street, La Grande Aventure Lego) avec un remplacement express de Ron Howard (le tournage étant à ce moment-là bien entamé), rumeurs autour d’Alden Ehrenreich qui aurait eu besoin d’un coach sur le tournage pour améliorer son interprétation… La critique n’a également pas été tendre avec ce film. Pour ma part, je voulais avant tout voir un film avant tout un minimum divertissant, ni plus ni moins. Hélas, mon expérience au cinéma ne m’aide pas à être gentille avec ce spin-off. En fait, j’ai failli m’endormir à plusieurs reprises (je ne sais pas comment j’ai fait pour lutter) : est-ce l’histoire en elle-même qui ne m’a pas particulièrement intéressée ? Le flou des images sur certaines scènes (liées à la conversion express pour les séances en 3D?) ? Je dirais certainement les deux. Je suis sûre d’une chose : je me suis énormément ennuyée devant ce qui prétend être un divertissement, les quelques scènes d’action n’étant pas dingues. Ne pas répondre un minimum à ce critère principal par rapport à ce type de production me semble très problématique. Hélas, le film ne se limite pas à cette unique problème. Dans l’ensemble, il a confirmé mes doutes: quel est l’intérêt de démystifier ce personnage emblématique ? Surtout pour donner des réponses sur lui aussi stupides (on en reparle de la scène où on apprend les origines de son nom ? De sa rencontre avec Chewbacca ?). Je commence à en avoir ras-la-casquette cette manie de vouloir tout dire alors qu’il y a la possibilité d’étendre et de raconter d’autres histoires. Justement, ce qui fait le charme de Han Solo à l’origine, est le mystère qui l’entoure, jouant encore plus sur la frontière entre le héros et l’anti-héros.

Solo: A Star Wars Story : Photo Donald Glover

Et quel est l’intérêt de nous présenter cette romance avec une femme Qi’ra (tiens, encore une brune ? C’est quoi cette obsession de cette couleur de cheveux pour les jeunes personnages féminins aux visages similaires au passage ?) alors que nous savons déjà que Solo finira avec une autre femme. Plus globalement, le scénario tente de combler des vides en tentant vaguement d’établir une connexion avec l’épisode VIII : cette histoire de dés, surlignée lourdement tout le long du métrage, est non seulement pénible mais en plus, elle n’apporte rien sur le personnage de Solo. Mais elle résume finalement bien le problème général du scénario : vouloir à tout prix reprendre des éléments clés sur Han Solo et l’univers Star Wars mais sans réellement les agencer habilement, sans les impliquer véritablement dans un scénario solide. C’est juste un ensemble de bouts de fan-service réunis en guise de narration. Evidemment, avec ses problèmes de changement de réalisateur, même si Howard a certainement fait de son mieux face à la situation, la réalisation est impersonnelle. De plus, le film ne m’a pas spécialement emballée visuellement, je dirais même que je l’ai trouvé laid (et j’emploie très rarement cet adjectif pour les films). Après, malgré tout ce que je peux dire, je ne crie pas au scandale ou je ne dis pas non plus que j’ai vu le pire film de l’univers. J’ai juste trouvé l’ensemble raté et je n’y ai pas trouvé mon compte. Cela dit, le casting ne s’en sort pas si mal même si Emilia Clarke surjoue (comme souvent) tout comme je regrette de voir Woody Harrelson (pourtant plutôt convaincant) s’accrocher aux mêmes seconds rôles depuis quelques années. Certes, Alden Ehrenreich (je garde un bon souvenir de lui dans Ave, César ! des frères Coen) ne remplacera évidemment jamais le mythique Harrison Ford et je suis certaine que toute l’équipe du film en a parfaitement conscience. Il reprend évidemment quelques tics ou expressions (et j’imagine que cela doit expliquer l’éventuelle présence d’un coach sur le tournage – ce qui n’a alors rien de honteux). Mais le jeune acteur a le mérite de ne pas tomber dans le cabotinage ou la pure imitation. J’ai également bien apprécié l’interprétation de Donald Glover (ouais, beaucoup de hype autour de lui en ce moment), indéniablement charismatique. Lui non plus ne cherche pas à imiter Billy Dee Williams. Paul Bettany s’en sort également bien en méchant même si son personnage aurait pu être mieux développé. Bref, malgré cette fin un peu plus positive à la fin de mon billet, ce Solo reste tout de même une déception, prouvant une nouvelle fois le manque de créativité de Hollywood, préférant créer du vide plutôt que de créer du nouveau contenu (et son échec sera peut-être enfin un signal l’alarme).

Solo: A Star Wars Story : Photo Alden Ehrenreich, Thandie Newton, Woody Harrelson

[MC2018] Petit Paysan

réalisé par Hubert Charuel

avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier…

Drame français. 1h30. 2017.

sortie française : 30 août 2017

Un film qui m’a déçue

Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Petit Paysan : Photo

Sorti discrètement à la fin des vacances d’été, Petit Paysan a rapidement réussi à se faire un petit nom grâce à un bouche-à-oreilles efficace durant les festivals (dont Cannes dans la case « La Semaine de la Critique »). Son succès s’est particulièrement confirmé à la dernière cérémonie des César. Le film est ainsi reparti avec trois grandes statuettes : meilleur premier film (et oui, j’étais contente qu’il gagne face à Grave, je suis vilaine), meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle. Pour ce premier long-métrage, Hubert Charuel s’est inspiré de sa propre histoire et expérience (même si le film ne prétend pas s’inscrire dans une démarche purement autobiographique). En effet, il est le fils d’un couple d’agriculteurs et lui-même a travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma (lui aussi sort de la Fémis : décidément, cette école est de plus en plus mise en avant). Plusieurs anecdotes sont intéressantes pour appréhender la démarche du jeune réalisateur (et aussi pour illustrer la crédibilité générale du film). Tout d’abord, il a tourné dans la ferme familiale. En parlant de famille, le père du personnage principal est interprété par le propre paternel du réalisateur. Sa mère fait aussi partie de la partie, en interprétant la contrôleuse de la ferme. Sur le papier, beaucoup de choses pouvaient me séduire dans la démarche de Petit Paysan. En effet, en nous dressant le portrait d’un homme attaché à son métier (et les animaux), Hubert Charuel tire la sonnette d’alarme sur la situation des agriculteurs ignorés de tous, pris dans l’engrenage de la solitude. L’évolution du scénario m’a également rappelé un événement qui a secoué le monde agricole quelques années auparavant (et qui a toujours des conséquences actuellement, même si on en parle moins) : la « vache folle ». De plus, le film évoque plus globalement l’inquiétude de ce corps de métier face aux nombreuses restrictions qui ne leur permet pas de vivre de leur passion correctement. Hubert Charuel a alors le mérite de mettre en avant une figure peu prisée (et même méprisée) par le cinéma et plus globalement par les médias.

Petit Paysan : Photo

La première partie du film expose bien ce triste postulat de départ, s’inscrivant a priori dans le drame social. Puis, le film bascule plutôt sur le papier dans le thriller psychologique. Si ce choix de basculement pouvait être logique et compréhensible par rapport au propos défendu par le réalisateur. Les contraintes sociales des agriculteurs ont fini par faire naître chez eux la peur et la paranoïa. Cela dit, si les intentions sont plutôt bonnes, la mise en pratique n’est hélas pas très satisfaisante. Effectivement, dans l’ensemble, Petit Paysan m’a plutôt mitigée. Je suis même assez étonnée de sa bonne réputation face à ce film qui manque, selon moi, de consistance. La première partie est donc plutôt réussie avec cette approche naturaliste, durant laquelle la documentation sur l’environnement (qui ressort sans qu’on connaisse le passé du réalisateur) prend le dessus – même si des éléments de la seconde partie apparaissent déjà discrètement mais sûrement. La seconde partie se veut plus intense, allant vers le thriller, voire même dans l’horreur. L’horreur, s’il y en a pas, n’apparaît pas grossièrement. J’apprécie la démarche du réalisateur de ne pas avoir trop accentuer sur l’horreur en tant que genre pour faire jouer sur un autre niveau de peur. Cependant, à force de jouer sur la subtilité reposant sur une peur invisible et inconnue,le réalisateur semble lui-même avoir trop peur des différents genres abordés. Par conséquent, même si l’évolution du scénario est plutôt intéressante, le film a du mal à ne pas se sortir de son schéma de « film d’auteur social ». J’ai eu du mal à ressentir de la peur ou à sentir une pression monter malgré la tragédie réelle du personnage principale, tout comme j’ai du mal à y voir là-dedans un quelconque film qui se voudrait « hybride ». Par ailleurs c’est à partir de cette deuxième partie, selon moi pas suffisamment aboutie, où j’ai fini par décrocher. Ainsi, au-delà de problèmes rythmiques le scénario est trop bancal et sa mise en scène, pourtant correcte (surtout avec une économie de moyens), n’a rien non plus de palpitant. Résultat : son film n’est pas mauvais, mais je ne dirais pas qu’il est particulièrement bon non plus. Il est pour moi trop maladroit (est-ce lié au manque d’expérience du réalisateur derrière la caméra ?), ne parvient pas réellement à répondre aux intentions de départ et s’avère alors oubliable. En revanche, je suis entièrement convaincue par les interprétations des charismatiques Swann Arlaud (première fois que je le vois réellement dans un premier rôle : une belle révélation en ce qui me concerne) et Sara Giraudeau qui n’ont pas volé leurs récompenses aux César.

Petit Paysan : Photo

L’Homme qui tua Don Quichotte

réalisé par Terry Gilliam

avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Joana Ribeiro, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Sergi Lopez, Rossy de Palma…

titre original : The Man Who Killed Don Quixote

Comédie dramatique, aventure britannique, espagnol, français, belge, portugais. 2h12. 2018.

sortie française : 19 mai 2018

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout?

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo

On croyait Terry Gilliam éternellement maudit avec cette adaptation folle du chef-d’oeuvre de Cervantes : après avoir multiplié les galères pendant (pratiquement) une trentaine d’années, le film tant attendu est enfin sorti dans les salles après être passé par la case Cannes (en film de clôture). Lost in La Mancha (de Keith Fulton et Louis Pepe) retraçait même le tournage chaotique d’une des premières versions du film avec Johnny Depp, Jean Rochefort (cité à la fin du long-métrage, avec John Hurt, dans les dédicaces-hommages) et Vanessa Paradis. Même une fois installée dans la salle, le générique démarrant, j’ai du mal à réaliser complètement que j’allais ENFIN découvrir ce film officiellement abouti pour de bon. L’Homme qui tua Don Quichotte a beau avoir des défauts, être imparfait – pour retraduire le propos, il est parfois bordélique (déjà présent dans d’autres longs-métrages de Gilliam) – il s’agit pourtant d’une jolie réussite. Et je ne dis pas cela à cause de la difficulté à mettre en place ce projet (parce que cela n’excuse pas tout : la preuve, je n’avais pas apprécié L’Imaginarium du Dr Parnasssus en connaissant pourtant les circonstances difficiles pour finir le tournage suite au décès soudain de Heath Ledger). Adapter une grande adaptation littéraire, voire même un mythe littéraire même (la précision est importante) n’était pas simple. Et Terry Gilliam en a totalement conscience : c’est certainement pour cette raison qu’il ne cherche pas à produire un résultat qui se veut fidèle. En réalité, par cette relecture contemporaine, l’ex-Monty Python a surtout préféré se concentrer sur l’essence même de ce mythe. La relecture ne se contente alors pas de transposer du texte à l’écran, elle englobe aussi les enjeux mêmes qu’a pu procurer ce texte dans son histoire littéraire et son influence dans la perception et la réception littéraire (et artistique en général). Terry Gilliam propose alors une adaptation qui devrait enchanter les lecteurs du roman mais il s’adresse aussi à des spectateurs qui ne connaissent pas spécialement l’oeuvre de Cervantes (voire même pas du tout). Gilliam ne se veut pas élitiste, il ne veut pas non plus exclure une partie du public : l’art, ses différents enjeux et sa traversée dans le temps ne permettent de toute façon pas de rejeter le spectateur. Au contraire, par sa grandiloquence, notamment esthétique, le réalisateur est en réalité d’une grande générosité, rendant son oeuvre autant drôle que touchante : même si le spectateur ne saura pas toujours où il pose ses pieds, il est vivement invité dans ce voyage de mise en abyme et d’interrogations sur le renouvellement artistique.

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo Adam Driver, Jonathan Pryce

Parler de soi et de sa carrière n’a rien de nouveau et n’est pas toujours signe d’oeuvre de qualité – Steven Spielberg en est selon moi la preuve avec Ready Player One. Mais la démarche de Gilliam semble honnête et surtout cette mise en abyme avec sa carrière et ces précédents Don Quichotte avortés nourrissent ce nouveau et défini Don Quichotte. Il ne s’agit pas d’une simple introspection, Gilliam porte définitivement les concepts de théories littéraires et j’en profite pour encourager vivement les étudiants et chercheurs en littérature comparée à découvrir ce film qui est tout simplement fait pour vous (j’ai envie de dire « nous » mais ça fait un moment que je ne suis plus attachée à ce domaine). Ainsi, en plus de s’ajouter au traitement malin de la mise en abyme, à partir de cet aboutissement d’adaptation, on peut s’interroger sur la notion de palimpseste (réécrire sur quelque chose pas totalement d’effacé). Puis, Gilliam joue avec la notion du flou : le spectateur doit parfois reconstituer le temps du récit, entre le passé et le présent, entre la lecture de Cervantès, celle de Toby et indéniablement celle de Gilliam. Alors que le film se situe nettement dans le présent des spectateurs, sans jamais relâcher cette temporalité d’origine, il donne de plus en plus l’illusion de se situer dans un autre temps. Enfin, le réalisateur évoque peut-être le point le plus important, qui confirme non seulement la connexion entre les arts, mais qui définit peut-être même n’importe quel objet artistique :  chaque oeuvre est un éternel recommencement, puisant nécessairement dans ce qui a été avant. Rien qu’à partir de là, avec une réelle intelligence et n’en oubliant jamais qu’il s’agit avant tout d’une oeuvre portant d’un langage cinématographique (car parler autant de concepts littéraires pour nourrir l’oeuvre aurait pu, par conséquent, transformer ce Don Quichotte en une oeuvre trop littéraire, ce qui n’est pas le cas), Gilliam se sert des différents concepts littéraires et plus globalement artistiques pour aborder le thème de la folie dans l’art. Est-ce ce renouvellement nécessaire qui rend l’artiste fou ? Chaque artiste est-il connecté à ses personnages, ce qui explique leur folie réciproque ? La folie est-elle nécessaire pour créer une oeuvre personnelle ne correspond pas aux attentes des grands majors ? Malgré ce sentiment de brouillon, qui pourtant finalement aussi partie des enjeux du film, L’homme qui tua Don Quichotte est une oeuvre intemporelle et universelle sur la figure de l’artiste face à la folie artistique, accentuant autant le duo formé par Adam Driver (qui, décidément, sait très bien choisir ses films et ses réalisateurs) et Jonathan Pryce (qui avait déjà tourné sous la direction de Gilliam avec Brazil) est fantastique.

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo Adam Driver, Jonathan Pryce

[MC2018] A Taxi Driver

réalisé par Jang Hoon

avec Song Kang-ho, Thomas Kretschmann, Yoo Hae-jin…

Drame historique coréen. 2h17. 2017.

titre original : Taeksi woonjunsa

sortie française  : 24 octobre 2017

Un film ni américain ni européen 

En 1980, un journaliste allemand est à Séoul pour faire son reportage sur le soulèvement  étudiant et syndical de Gwangju, s’opposant à la dictature de Chun Doo-hwan. Pour s’y rendre, il est obligé de prendre un taxi…

A Taxi Driver : Photo

A Taxi Driver (à ne pas confondre avec le chef-d’oeuvre de Martin Scorsese qui porte – presque – le même titre) est passé inaperçu en France et c’est pourtant si dommage étant donné qu’il vaut véritablement le coup d’oeil. Je ne peux qu’encourager les fans assidus de cinéma coréen à découvrir ce long-métrage qui a remporté un grand succès en Corée du Sud, en devenant même premier du box-office de 2017 avec ses 12 millions de spectateurs dans les salles là-bas. C’est tellement dommage qu’il ait eu une sortie aussi confidentielle. Il est tiré d’une histoire vraie, méconnue en Europe : le journaliste allemand Jürgen Hinzpeter se rend à Gwangju pour filmer les violentes luttes étudiantes et syndicales se déroulant en 1980. Face aux routes barrées par le gouvernement, il a besoin de quelqu’un connaissant bien le pays pour le conduire à sa destination. Il va donc faire appel à un certain « Kim Sa-bok », en tout cas c’est le nom qu’il lui donne. En réalité, on ne connaîtra jamais l’identité de ce chauffeur de taxi du titre qui a participé à la diffusion des images de ce soulèvement (d’où l’intérêt de l’article indéfini « un » dans le titre). Même la production du film n’a pas réussi à retrouver la trace de cet homme entré malgré lui dans l’histoire et préférant retourner dans l’anonymat. A Taxi Driver surprend pour son mélange de tons (sans vouloir faire de généralités, je constate qu’il s’agit pratiquement d’une « habitude » dans le cinéma coréen contemporain mais qui continue toujours de surprendre). Il commence sur un ton léger, voire même comique, même si la vie du Taxi Driver n’a rien de facile non plus : les personnages principaux sont encore loin des événements, ce ton impliquant alors une certaine distance avec la révolte à Gwangju. Il y a pratiquement un côté absurde dans la situation du chauffeur de taxi, peu informé dans ce qui se passe dans son propre pays : c’est finalement la figure de l’étranger qui va lui ouvrir les yeux. Le but n’est évidemment pas de dire que les Occidentaux sont supérieurs ou quoi que ce soit, mais de pointer du doigt le manque de communication en Corée pour mieux contrôler sa population.

A Taxi Driver : Photo

Petit à petit, le long-métrage prend une direction plus dramatique lorsque les protagonistes sont arrivés à leur destination, dans un climat de violence (loin des petites chamailleries nous faisant décrocher quelques sourires dans la première partie), réalisant les contestations des étudiants face au régime mis en place. Enfin, via un procédé peut-être parfois facile par moments, appuyant alors sur la véracité de l’histoire (notamment en nous exposant des images hors de la fiction), A Taxi Driver devient poignant dans sa troisième partie (je traduis : j’ai encore pleuré). Au-delà de nous livrer une réflexion intéressante mêlée à une vive émotion finale, le long-métrage porte un regard pertinent sur la question de l’héroïsme. Qui sont les véritables héros ? Ceux qui font connaître les grandes histoires ? Ceux qui y participent et y sont au premier plan ? Ceux de l’ombre ? A-t-on besoin d’être reconnu comme un héros pour en être un ? Rythmée, intense, sachant prendre en compte l’intimité et l’émotion de petits individus au coeur d’une page d’Histoire, la mise en scène est une belle réussite. Elle est également complétée par une approche esthétique plutôt surprenante par rapport à ce que j’imaginais avant de découvrir le film.En effet, dans un premier temps, l’esthétique semble assez proche d’un certain cinéma social. Puis, elle semble plus soignée lorsqu’on avance dans le film, face aux scènes plus enflammées. La photographie sublime alors la lumière. Cette transformation visuelle est logique par rapport à l’évolution narrative bien construite. Enfin, le duo Song Kang-ho/Thomas Kretschmann fonctionne également bien, même si l’acteur allemand s’efface parfois (à juste titre) pour son partenaire coréen, qui, décidément, ne déçoit jamais. Leurs personnages sont touchants grâce à leur complicité prenant forme au fur et à mesure des scènes malgré le barrage culturel et linguistique et leurs comportements s’adaptant naturellement à l’évolution historique. Ainsi, Peter est au départ un arriviste qui s’humanise et comprend alors peu à peu le véritable rôle que doit jouer un journaliste pour permettre à la vérité d’éclater dans le monde, une visibilité nécessaire pour faire changer les choses. Quant à Kim Man-seob (le nom a été modifié pour la fiction), il n’est qu’un homme ordinaire et humble vivant dans une situation précaire (il doit élever seul sa fille avec un petit salaire), qui pense avant tout à survivre en étant embarqué dans une situation qui le prend au dépourvu.

A Taxi Driver : Photo

SWAP n°2 avec Lily

Lilylit et moi sommes toutes les deux nées en avril (mais nous ne sommes pas du même signe astrologique, et on n’aime même pas les mêmes films). Comme l’an dernier, nous avons décidé de renouveler l’expérience avec une deuxième édition de ce swap pour fêter notre vieillesse voyons (mais si, j’ai un quart de siècle).

Qu’est-ce que le swap ? Chacune envoie à l’autre un colis dans lequel sont emballés plusieurs objets. Et pour chaque emballage, histoire de créer du suspense (on devrait faire ça pour Noël, tiens !), on écrit sur un post-il ou une feuille des phrases en guise d’indice.

Comme l’an dernier, nous nous sommes fixées des règles histoire de ne pas aller dans tous les sens. :

  1. ne pas dépasser un budget de 30 euros
  2. 4 types de cadeaux : 1 dvd, 1 livre, 1 objet, 1 truc à manger
  3. thème : les héroïnes (bon, j’avoue que j’ai pas réussi à respecter le thème pour Lily, ahahah je suis un boulet)

Avant de vous présenter les fameux objets en question, je me permets de vous montrer ce que j’ai trouvé avant même d’ouvrir chaque colis (Lily est la reine du jeu de piste) :

BREF, voici le petit déballage !

 

Un dvd : L’Olivier de Icíar Bollaín

J’ai très hâte de découvrir ce film pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’avais beaucoup aimé Même la pluie, un des précédents longs-métrages de la réalisatrice espagnole Icíar Bollaín. Paul Laverty, qui travaille pour Ken Loach depuis une vingtaine d’années, était déjà le scénariste de ce film poignant. Il collabore de nouveau avec Bollaín, qui est en réalité son épouse depuis de nombreuses années (et ouais, vive les potins people).

Un livre : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

ammm

J’entends tellement du bien sur cette auteure nigériane, dont l’essai Nous sommes toutes des féministes me fait de l’oeil depuis un moment, que je suis ravie d’avoir désormais ce roman dans cette bibliothèque. Ca peut être un bon moyen de faire connaissance avec son univers et son écriture puis de découvrir plus tard ses autres ouvrages qui m’intéressent. Apparemment, un projet d’adaptation cinématographique serait prévu !

Un truc à manger : des Cookies

Bon, j’ai pris une photo sur Google Images… ouais je les ai déjà mangés, je crois que ça veut tout dire.

Un porte-clés Wonder Woman (FunkyPop)

Quelle drôle de coïncidence de publier cet article quelques jours après celui sur Wonder Woman ! Je suis fière d’avoir cet objet qui m’accompagne désormais au quotidien !

Cet article n’a pas pour but d’étaler des petits cadeaux fort sympathoches sur la toile. Le but est avant tout de montrer les liens possibles, des amitiés qui naissent même entre des individus grâce à la blogosphère J’invite évidemment à la prudence car il y a toujours des tarés derrière un écran, on ne connait pas toujours qui se trouve derrière un écran (d’où aussi l’intérêt de ce billet). Et je ne suis pas là pour idéaliser la blogosphère, loin de là (et encore je me retiens de ne pas balancer tout ce que je peux penser d’elle). Mais j’avais aussi envie de partager une expérience positive possible que peut créer la blogosphère. Et ce SWAP est un bon moyen de créer un projet commun entre blogueurs(ses), même s’il n’y a évidemment pas que celui-là qui existe pour réunir des passionné(e)s.

Et voici le swap du côté de Lily !!

[MC2018] Wonder Woman

réalisé par Patty Jenkins

avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, David Thewlis, Elena Anaya, Danny Huston, Ewen Bremner, Saïd Taghmaoui…

Film fantastique, aventure, action américain. 2h20. 2017.

sortie française : 7 juin 2017

Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez 

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Wonder Woman : Photo Gal Gadot

Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai globalement du mal avec les films de super-héros, non pas par mépris ou quoi que ce soit du genre, mais parce que je finis par me perdre avec tous ces projets qui ont l’air de sortir presque en même temps (et qui sont liés les uns avec les autres). Cela dit, alors que les projets Marvel m’ont rarement réellement convaincue, j’ai tenté de m’accrocher aux dernières productions DC. J’ai commencé par ce Wonder Woman (objet donc de ce billet) puis j’ai enchaîné directement par Man of Steel et Batman v. Superman (parce que j’aime bien faire les choses à l’envers). A ma grande surprise, même si je ne les idolâtre pas non plus, je dois avouer que j’ai plutôt apprécié cet ensemble de films qui se répondent (même si je ne me suis pas encore attaquée à Justice League qui, visiblement, serait très mauvais). Par conséquent, mon regard envers les films de super-héros est désormais plus bienveillant. Wonder Woman arrive à pic face à ces questions très actuelles et certainement nécessaires sur la représentation de la femme au cinéma ainsi que sur l’intégration que nous devons faire aux cinéastes femmes. Ainsi, on a particulièrement entendu parler de son record, celui d’être le film le plus rentable réalisé par une femme. De plus, face au nombre faramineux de films de super-héros occupant les salles obscures assez régulièrement, il est rare de voir un film du genre mettant en scène une héroïne (les quelques tentatives par le passé n’avaient pas été sensationnelles). Dire que Wonder Woman est un film féministe reste discutable (dans le sens où la question reste selon moi complexe et dépendra aussi certainement de notre propre vision et définition de ce concept). En revanche, il est certain que cette représentation de la femme fait partie des différents enjeux présents dans cette oeuvre. Le film a au moins le mérite de contribuer un petit changement dans l’industrie cinématographique et je suis certaine que des films grand public comme celui-ci ne peut qu’aider une nouvelle génération à avoir un regard plus ouvert sur notre monde. Au-delà de nous présenter une femme courageuse, intelligente, aux nobles valeurs et possédant une force physique incroyable, le long-métrage a le mérite de nous présenter une héroïne non sexualisée. Il faut dire qu’il y a dans ce personnage quelque chose d’innocent, presque d’enfantin, ce qui fait pencher la balance (et en plus, elle m’a fait penser à Captain America, pour qui j’ai de la sympathie). Certains ont pu être agacés par sa naïveté, mais en ce qui me concerne, je trouve que ce trait de caractère était plutôt le bienvenu dans le sens où Diana ne se limite pas qu’à être une bad-assMais Wonder Woman ne se limite pas à ce qu’il peut représenter.

Wonder Woman : Photo Chris Pine, Eugene Brave Rock, Ewen Bremner, Gal Gadot, Saïd Taghmaoui

Globalement, le spectacle est très plaisant : le film a beau durer 2h20 (durée habituelle pour les blockbusters d’après ce que je constate), il passe plutôt vite grâce à son rythme progressif (le début prend le temps de présenter ses personnages – des déesses dans un univers un poil kitsch) et des scènes d’action toujours lisibles et joliment chorégraphiées qui n’épuisent jamais les spectateurs. De plus, la mise en scène de Patty Jenkins est tout simplement efficace. J’avoue que je m’attendais au pire vu que je n’avais pas trop aimé son premier long-métrage Monster (le film qui a permis à une Charlize Theron enlaidie de décrocher son Oscar), je ne voyais pas trop pourquoi elle avait été choisie pour réaliser un film d’une telle envergure. Et pour un deuxième long-métrage (après avoir signé quelques épisodes par-ci par-là pour différentes séries), je dois admettre que Jenkins s’en sort plus que bien ! Au-delà d’un joli soin accordé à l’esthétique, très axé sur les tons bleutés mais sans tomber dans une certaine noirceur (contrairement aux autres films DC), la bande-originale de Hans Zimmer (qu’on adore dézinguer alors qu’il reste une valeur sûre) détonne, notamment avec ce thème qui sait rester dans nos oreilles et qui correspond bien à l’image qu’on se fait du personnage principal. De plus, les scènes d’humour (qui étaient absentes dans Batman v. Superman et Man of Steel) n’alourdissent jamais un propos intéressant pour ce type de grosses productions. Je ne trouve pas qu’on se retrouve dans le même cas que certains films Marvel qui usent cet humour jusqu’à la corde. J’ai également lu beaucoup de choses négatives autour de la relation entre Diana et Steve (Chris Pine, qui s’en sort pas trop mal alors que je n’apprécie pas plus que ça cet acteur), disant qu’elle cassait tous les enjeux éventuellement féministes – si on estime qu’il y en a. Or, je ne trouve pas qu’elle affecte le message positif pour les femmes ni qu’elle plombe même l’ambiance même du film. La romance est pour moi avant tout un moyen de renforcer l’humanité de cette figure antique. Bref, sans crier au génie ou autre, le résultat est largement à la hauteur de nos espérances, alliant plutôt bien enjeux artistiques et réflexions sur ce qu’être une femme dans un monde hostile mis en miettes par les hommes. En revanche, le combat final m’a plutôt déçue entre Wonder Woman et le méchant, dont on devine rapidement l’identité (je dis ça vu qu’il y a une sorte de pseudo suspense autour) est assez décevant, à l’image de la dernière demi-heure du film. Enfin, Wonder Woman bénéficie d’une formidable distribution.Gal Gadot est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à mêler force physique et innocence par ses expressions candides : elle rend alors son personnage attachant et admirable. Le reste du casting est également plutôt convaincant (dont les charismatiques Connie Nielsen et Robin Wright). 

Wonder Woman : Photo Gal Gadot, Lucy Davis

The Rider

réalisé par Chloe Zhao

avec Brady Jandreau, Lilly Jandreau, Tim Jandreau…

Drame, western américain. 1h44. 2017.

sortie française : 28 mars 2018

Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au coeur de l’Amérique.

The Rider : Photo Brady Jandreau

Depuis son premier film Les Chansons que mes frères m’ont apprises (présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs ainsi qu’à Sundance), la réalisatrice sino-américaine Chloe Zhao avait déjà intégré discrètement mais sûrement le cercle des noms du cinéma indépendant à retenir. Avec The Rider, lauréat du Grand Prix au festival du cinéma américain de Deauville (et également passé par la case Cannes, toujours dans la même catégorie), Zhao ne fait que confirmer son statut. Le projet de The Rider a pour but de mêler la réalité à la fiction (on a presque envie de parler d’une cohabitation entre la fiction et le documentaire) : la réalisatrice s’est inspirée du parcours de son acteur principal Brady Jandreau pour écrire le scénario. Comme le personnage qu’il interprète (Brady Blackburn – à noter au passage que le reste du casting a également conservé leurs véritables prénoms pour leurs personnages), le cowboy a failli mourir d’un accident de rodéo et a passé trois jours dans le coma, son cerveau ayant subi une hémorragie interne : ses médecins lui ont fortement conseillé de ne plus monter sur un cheval. Or, la relation qu’il a avec les chevaux représente justement toute sa vie : sans ça, il n’est plus rien aux yeux de la société. On retrouve alors parmi tous ces acteurs non professionnels le propre entourage de Brady Jandreau dont son père (également cowboy) et sa soeur Lilly atteinte du syndrome d’Asperger. Cela dit, et c’est aussi ce qui nous permet de rappeler la part fictive jamais lointaine, quelques faits ont été modifiés pour les besoins du film. Ainsi, Lane Scott, l’ami de Brady, ne s’est pas retrouvé lourdement handicapé suite à un accident de rodéo comme le suggère le long-métrage, mais à cause d’un accident de voiture. Si vous me demandez si je vous conseille ce film, ma réponse sera alors : « oui ». Mais je ne peux pas non plus dire que j’ai réellement aimé ce film. C’est typiquement le genre de films où je suis limite embarrassée de dire que je ne partage pas le grand enthousiasme général de la critique (presse et blogosphère). Parce que ce film en question a d’indéniables qualités que je ne peux que reconnaître. J’ai beaucoup de respect pour le projet et la démarche de Chloe Zhao qui sait indéniablement jouer entre les genres pour mieux déconstruire le rêve américain tel qu’on se l’imagine. Elle filme magnifiquement les paysages sans en faire trop non plus (l’approche reste naturaliste).

The Rider : Photo Brady Jandreau

La photographie est particulièrement belle, jouant sans cesse entre la luminosité et les ombres, allant de pair avec la mélancolie de Brady qui continue de croire en ses rêves. De plus, les jeux d’ombre sont souvent intéressants pour suggérer la violence (certes peu présente) dans certaines scènes. Ils ne servent pas uniquement de beaux décors : ils aident à mieux cerner ce Brady, indissociable de cet environnement. Il n’y a qu’à le voir quand il est forcé de travailler loin des chevaux, dans un supermarché (presque un synonyme à lui seul de la ville et de tout ce qui va avec) : l’ennui le guette, le jeune homme fait alors tout pour trouver de l’action et de l’adrénaline, quitte à scanner rapidement des articles dans son magasin. L’autre bon point intéressant, bien qu’il ne soit pas suffisamment souligné (et qui complète certainement toute la réflexion autour du rêve américain brisé et de l’appropriation du mythe américain) concerne l’origine même des personnages : ces cowboys sont d’origine amérindiennes. Cela ne frappe pas particulièrement les spectateurs puisque les personnages (et, rappelons-le surtout, les véritables interprètes se fondant dans cette fiction) sont américanisés, probablement par adaptation. Or, le réel lien gardé avec cette culture amérindienne, première véritable trace de l’Amérique, est celui avec les chevaux justement. Le drame dépasse même l’intimité : il traduit cette disparition des Amérindiens, si peu nombreux et invisibles, qui se raccrochent à des rêves, presque même des clichés primaires sur l’Amérique. Comment continuer à vivre lorsqu’on nous retire ce qui nous constitue ? Nous retirer cette chose nous prive-t-il alors de liberté ? Faut-il alors baisser les bras et prendre des risques s’il n’y a que ça qui nous fait vivre ? Si le film ne le dit jamais frontalement, le suicide n’est pourtant jamais bien loin. Les thèmes abordés sont donc alors indéniablement riches, le film est certainement pertinent à plusieurs reprises mais il est regrettable que The Rider ne m’ait pas plus passionnée que ça, ni réellement émue. Seules les quelques scènes entre Brady et son ami Lane ont su tirer quelque chose en moi mais dans l’ensemble je ne peux pas dire que le film m’ait réellement touchée. Finalement, cette émotion, je la ressens davantage pendant que j’écris cette chronique, en prenant conscience de tout ce qu’implique ce projet cinématographique. Si le film est dans l’ensemble plutôt délicat et qu’il aborde certains thèmes avec intelligence, je suis en revanche moins convaincue par le parallèle entre l’homme et le cheval qui ne m’a pas non plus paru si fou que ça (sans dire que c’est mal fait ou quoi que ce soit) contrairement à ce que j’ai pu lire à droite et à gauche. Après, j’ai peut-être conscience de passer ici pour une chieuse même si j’aurais certainement souhaité vivre une expérience plus intense. A voir tout de même.

The Rider : Photo

Ready Player One

réalisé par Steven Spielberg

avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Mark Rylance, Lena Waithe, Simon Pegg, T.J. Miller…

Science-fiction, action américain. 2h20. 2018.

sortie française : 28 mars 2018

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Ready Player One : Photo Tye Sheridan

Selon la promotion constructive des Youtubeurs sponsorisés par Warner Bros. (oui, je trolle gratuitement), Ready Player One est « juste incroyable […] allez le voir quand il sort. Voilà » ou encore « c’est un chef-d’oeuvre : vous pouvez abandonner, on ne fera rien de mieux cette année ». Rien que ça. Et globalement, la blogosphère cinéphile est hyper emballée, criant elle aussi au film de l’année. Je me méfie toujours de la hype en général. Cela dit, au-delà du projet gigantesque de vouloir réunir dans une oeuvre autant de clins d’oeil à la pop culture (ce qui tombe bien vu que c’est la tendance actuelle), le film est surtout réalisé par Steven Spielberg, décidément très productif cette année (The Post/Pentagon Papers est sorti en janvier dernier). Etant donné qu’il est lui-même un incroyable artiste et créateur ayant considérablement nourri cette même pop culture des années 80 (j’ai logiquement grandi avec ses films comme un certain nombre de spectateurs) qui inspire désormais la nouvelle génération, Spielberg adapte logiquement le roman à succès d’Ernest Cline (Player One en VF). Pour ma part, il s’agit d’une des oeuvres de Spielberg les moins satisfaisantes que j’ai pu voir. Et il est pour moi en partie sauvé par le savoir-faire indéniable du réalisateur. La mise en scène est impeccable, les différentes séquences autour des deux premières énigmes le démontrent particulièrement. Cela dit, dans l’ensemble, sans dire que tout est mauvais ou quoi que ce soit, non, Ready Player One ne m’a pas convaincue et pas uniquement à cause de ses multiples références à la pop culture selon moi mal gérées. Je ne dis pas que cette surabondance était inutile à l’origine. La pop culture, dans laquelle les personnages ont toujours baigné (ce qui est dramatique si on s’interroge sur la créativité originale), permet d’échapper à une réalité moins plaisante. Cela dit, si ces pistes-là peuvent être intéressantes à exploiter, dans l’ensemble, ces différentes intertextualités fonctionnent très rarement : elles ne nourrissent pas tant que ça le scénario ni ne dessinent pas nécessairement bien le fameux contexte. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’on aurait pu remplacer ces oeuvres citées par d’autres types de références vu le traitement plutôt superficiel le trois-quart du temps.

Ready Player One : Photo

Ce fameux contexte, déjà lourdement situé dès le début par une immonde voix-off, est justement problématique car il reste trop flou. Je n’ai jamais réellement cru en ce monde réel croulant sous la pollution et la surpopulation : on n’a même jamais l’impression que ce soit si terrible que ça (je veux bien croire que les personnages se sont habitués à cette situation mais tout de même, ça n’excuse pas tout non plus). On se demande d’ailleurs comment ces gens très pauvres vivant dans des taudis peuvent se payer ce matériel hautement technologique. En fait, seuls les décors présentés au début du long-métrage aident au début le spectateur à s’imprégner légèrement de ce contexte social, démographique et autre. Mais en dehors de ça, on n’en fait pas grand-chose. On est même surpris de voir à la fin du film la police débarquer alors que le monde présenté a l’air a priori sans loi. Cela est tellement décevant de sa part car Spielberg a déjà touché à la science-fiction : ses précédentes oeuvres étaient bien plus riches rien que de ce côté-là. Rien que pour ça, je bondis quand on parle de meilleur film de Spielberg ! Par ailleurs, il y a selon moi un déséquilibre concernant l’alternance entre le monde virtuel et le monde réel : on a presque l’impression d’assister davantage à un film d’animation qu’à une oeuvre qui alterne réalité et « fiction ». De plus, même si en tant que spectatrice, je n’ai évidemment pas la prétention de vouloir refaire le film à ma sauce, ce monde virtuel présenté et cette galerie de geeks ne me paraissent pas crédibles. L’OASIS n’est présenté qu’avec ses bons côtés et des enjeux ultra limités. J’imagine qu’on veut satisfaire le grand public, mais justement, j’ai l’impression qu’à force de vouloir contenter tout le monde, le film n’obtient pas cette force qu’il aurait pu avoir. Enfin, ce qui m’a certainement le plus énervée concerne le propos final : de mon point de vue, je ne comprends pas que Spielberg soit aussi paternaliste avec son public. Et je reste gentille car j’étais à deux doigts de le traiter de vieux con (allez, vieux schnock si on veut être plus sympa). Pourtant, Ready Player One partait plutôt bien (si on s’en tient au propos). En effet, j’avais peur qu’il ne soit qu’une ode sans nuance aux geeks (vu les premiers retours que j’avais lus qui allaient dans ce sens). Au début, il trouve alors un bon équilibre entre la bienveillance et une certaine lucidité sur le monde virtuel. Mais sa fin, d’une naïveté dépassée, détruit cette bienveillance mise en place, qui semble avoir considérablement séduite le public geek (ce qui se comprend : l’image du geek étant souvent négative au cinéma). Il est regrettable de voir un résultat aussi bancal, voire même réac’, alors que la question de l’héritage, via le personnage de Halliday (incarné par un impeccable Mark Rylance, le seul à se détacher véritablement du lot), est en revanche plutôt intéressante dans le sens où ce personnage incarnerait une sorte de double de Spielberg. 

Ready Player One : Photo Mark Rylance

Steven Spielberg est le maître de ce divertissement de masse – qui a su garder sa patte d’auteur –  qui a fait rêver tant de générations et qui en fera encore rêver même certainement après sa mort. Il ne s’est pourtant jamais caché face à la politique douteuse des studios, même s’il est paradoxalement « responsable » de certaines dérives actuelles à Hollywood (directement ou non). Beaucoup parlent de « film testament ». Je n’irais pas jusque-là mais il est certain que le réalisateur s’interroge sur son propre héritage. Les autres personnages sont malheureusement très décevants, sans aucune personnalité, creux, à la limite de la stupidité et sans sentiments (du genre, un membre de ta famille meurt mais bon on s’en bat les ovaires). En dehors de la charismatique Olivia Cooke (que j’aurais aimé voir davantage même si la romance avec un agaçant Tye Sheridan est traitée avec deux pieds gauches – on voit hélas plus son avatar hyper moche), le reste du casting est tout juste correct pour rester gentille et on ne peut pas leur en vouloir, vu la stupidité constante des personnages (qui en plus de ça ont le cul borné de nouilles : ils se sont connus par le virtuel mais habitent comme par hasard pas loin des uns et des autres mais passons). Et sans faire la relou de service, pour un film qui se veut « révolutionnaire » (ou en tout cas est perçu de la sorte), voir ENCORE ces mêmes clichés sur certaines communautés est vraiment agaçant. On a aussi envie d’exploser la gueule aux personnages lorsqu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’expliquer ce qu’ils voient alors qu’ils ne devraient pas avoir besoin de le dire vu qu’ils sont entre geeks (« ohhh la moto d’Akira » fait partie de ces répliques lourdement appuyées). Ready Player One est donc pour moi une belle déception même si on peut reconnaître le talent indéniable de Spielberg dans une mise en scène inspirée et bien meilleure que son scénario trop simpliste et maladroit, aux enjeux limités, tel un scénario basique de jeu vidéo. Parmi les quelques prouesses techniques, on retiendra notamment une scène formidable rendant merveilleusement hommage à un autre maître du cinéma (un de mes réalisateurs préférés – encore une fois, j’évite de spoiler). C’est peut-être aussi la limite de cet exercice d’intertextualités : on aura beau me prouver par a+b que Spielberg aime les jeux vidéos, il reste bien plus à l’aise quand il joue avec des intertextualités cinématographiques.

Ready Player One : Photo Olivia Cooke, Tye Sheridan

[Je lis, je regarde] Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Cela fait un moment que j’ai envie de lancer cette nouvelle catégorie (même si j’en ai déjà d’autres à réellement mettre en place) : « Je lis, je regarde ». Il s’agit tout bêtement d’un exercice comparatif entre une oeuvre littéraire et son adaptation cinématographique. Cela dit, il y a évidemment le souhait d’aller d’élargir la catégorie mais je préfère pour l’instant commencer doucement mais sûrement. Enfin, façon de parler car je ne me limite pas aujourd’hui à une adaptation mais deux !

Je m’attaque aujourd’hui à Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, roman de Stieg Larson adapté à deux reprises :

  • par  Niels Arden Oplev avec Noomi Rapace et Michael Nyqvist (2009)
  • par David Fincher avec Rooney Mara et Daniel Craig (2011).

 

Je connais assez mal la littérature scandinave et je ne lis pas tant que ça de polars / thrillers en général. J’ai pourtant pris un énorme plaisir à lire le roman de Stieg Larson. J’ai littéralement dévoré les 570 pages (et des poussières) en très peu de temps, même face à mon manque de temps et de sommeil. A travers une enquête sur la disparition mystérieuse d’une adolescente dans les années 60, Stieg Larson évoque de sujets peu glorieux sur la société suédoise, traumatisée par son passé avec les nazis, et toujours violente envers les femmes. Par ailleurs, chaque partie s’ouvre sur des statistiques effrayantes sur la violence que subissent les Suédoises. 

Une sorte de montage (tous deux bien repris dans les films) se met en place, par l’alternance entre l’histoire de Mikael Blomkvist, journaliste économique dans la merde jusqu’au cou (il a pris une grosse amende et doit même purger quelques mois en prison pour diffamation – son ennemi lui a alors tendu un terrible piège) et celle de Lisbeth Salander, sombre hackeuse souffrant officiellement de problèmes mentaux (et doit donc encore subir des tuteurs). La palpitante enquête est évidemment ce qui nous incite à tourner les pages de ce roman. Mais savoir que la future rencontre entre Blomkvist et Salander va avoir lieu au bout d’un moment est certainement aussi ce qui explique pourquoi la lecture est si addictive. Et évidemment, cette rencontre s’avère explosive : chacun va alors apprendre à s’apprivoiser et surtout leurs personnalités, pourtant si opposées, vont se compléter.

Millénium, le film : Photo Michael Nyqvist, Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Dans l’ensemble, ces deux versions sont plutôt fidèles au texte de Larson, même si, dans les détails (si on veut s’amuser à fouiner et titiller), le film de Fincher l’est étonnamment plus que celui de Niels Arden Oplev. Il faut dire que la version américaine a le mérite de proposer réellement une nouvelle perception du bouquin et non un remake du film suédois, comme cela peut hélas arriver dans le cinéma américain, qui aime bien s’emparer de succès européens. Pourtant, les choix de mise en scène et esthétiques prennent des chemins différents. Le long-métrage suédois, à la mise en scène assez classique, ne poussant pas non plus son esthétisme (le résultat n’est pas non plus décevant, mais il est plus « simple » et – à côté de la version américaine – semble plus « lumineux ») semble axer davantage le récit vers l’enquête autour de la disparition d’Harriet. Beaucoup ont taxé cette première version de « téléfilm ». Le mot est peut-être un peu fort mais certainement pas totalement choisi par hasard : il existe aussi la série (avec le même casting) Millenium comportant six épisodes. Le film de Fincher affiche clairement une mise en scène plus ambitieuse, une photographie soigneusement froide et des décors plus rectilignes. L’affiche et même le générique (un des meilleurs que j’ai vus) du film américain annonce cette couleur glaciale, tout comme elles offrent un autre point, moins présent dans la version suédoise : l’importance de la technologie.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Daniel Craig, Rooney Mara

Qui dit personnages forts dit choix de casting crucial. Commençons d’abord par Lisbeth Salander, interprétée par Noomi Rapace (Seven Sisters) et Rooney Mara (Song to Song). Il est difficile de départager les deux interprétations, même si j’admets avoir une petite préférence pour celle de Rapace (mais je pense aussi que je préfère globalement cette actrice). Chacune semble en fait prendre différentes facettes de la Lisbeth du roman : les deux interprétations, tout comme la manière d’aborder ce personnage, sont alors complémentaires. La Lisbeth de Mara m’a semblé plus fragile, plus déconnectée de la réalité et plus jeune (on nous dit dans le roman qu’elle ressemble littéralement à une gosse). La fin du film de Fincher, inexistante dans la version suédoise (cette fin est justement plus solaire, il n’y a qu’à voir le tout dernier plan, alors que le dernier plan dans le long-métrage de Fincher se déroule la nuit, avec un geste de désespoir), insiste encore plus sur cette fragilité chez ce personnage qui sait pourtant répliquer face à la violence inouïe des hommes. Le personnage proposé par Rapace semble plus violent, plus adulte même dans son approche physique et comportementale. C’est toujours difficile de décrire le ressenti que peut provoquer un personnage par son apparence, nous sommes clairement dans une phase de jugement. Mais je dirais que dans son look, la Lisbeth de Rapace semble moins dangereuse que celle de Mara. Pourtant, justement, concernant la dangerosité et la violence enfouie en elle, c’est pour moi bien Rapace qui remporte la mise.

Millénium, le film : Photo Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Mon avis est plus tranché concernant le personnage de Mikael Blomkvist. Je préfère largement Michael Nyqvist (décédé en juin 2017) qui correspond largement plus à la description qu’en a fait Stieg Larson dans son texte. Et je le préférais même avant de lire le bouquin, qui n’a fait que confirmer certains de mes doutes. Mikael Blomkvist est un excellent journaliste qui n’a rien d’une bombe mais qui est pourtant charismatique sur tous les points. J’ai alors un mal fou avec Daniel Craig dans le même rôle chez Fincher : je ne sais pas si c’est parce que j’ai une certaine image de l’acteur britannique en tête (est-il même trop connu pour interpréter le rôle ? est-ce que je l’associe trop à son James Bond ?) mais j’ai vraiment du mal à concevoir qu’il puisse jouer un journaliste économique brillant mais lambda. Les lunettes et les pulls moches ne le rendent pas pour moi plus « banal ». Surtout, je ne trouve pas qu’il dégage ce charisme (je ne dis pas qu’il n’en a pas dans d’autres films mais pas dans celui-là pour moi).

J’ai revu les deux films (que j’avais déjà visionnés au cours de leur année de sortie) après avoir enfin découvert récemment le roman de Stieg Larson. Je pensais avoir une préférence pour l’un en particulier, mais finalement, il est pour moi difficile de trancher étant donné que ces deux films sont complémentaires si l’on s’en tient à la question de l’adaptation. Cet exercice de comparaison entre deux oeuvres cinématographiques, toutes les deux tirées d’une même source littéraire, est particulièrement enrichissant. Il prouve bien que la fidélité reste relative, où chaque réalisateur et scénariste a sa propre vision d’une même histoire.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Rooney Mara

Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

[MC2018] I Don’t Feel At Home in This World Anymore

réalisé par Macon Blair

avec Melanie Lynskey, Elijah Wood, Jane Levy…

Film policier, comédie dramatique américain. 1h33. 2017.

sortie française (Netflix) : 24 février 207

Ruth Rimke est une infirmière dépressive et peu sûre d’elle. Suite à un cambriolage dans sa maison, face à l’inactivité de la police, elle se lance dans une enquête. Elle se fait aider par son voisin Tony afin de retrouver les cambrioleurs.

Macon Blair est l’acteur fétiche du jeune réalisateur ultra prometteur Jeremy Saulnier : Muder Party, Blue Ruin (un film important à mes yeux) et Green Room (une oeuvre remarquable avec le regretté Anton Yelchin). L’acteur américain, surtout vu dans des productions indépendantes (notamment avec le récent Florida Project où il interprétait, le temps d’une scène, le client d’une prostituée), passe pour la première fois derrière la caméra. I Don’t Feel At Home in This World Anymore (ouais, le titre est à rallonge et n’aidera certainement aux anglophobes à se réconcilier avec la langue de Shakespeare) a alors remporté le Grand Prix du Jury au festival de Sundance en 2017. Hélas, il connaît lui aussi une sortie directe sur Netflix, le sort désormais habituel de nombreux petits films. Connaître le cinéma de Saulnier peut être intéressant pour appréhender cette oeuvre de Macon Blair. Cela se ressent que Blair a puisé son inspiration chez le cinéaste qui l’a fait connaître (et accessoirement son meilleur ami depuis sa plus tendre enfance), que ce soit dans l’environnement dépeint, dans la facilité de changer de registre au sein du récit ou encore dans l’exposition même de personnages fragiles. Mais il ne cherche jamais à copier son pote tout comme il ne cherche pas non plus à copier d’autres grands noms. En effet, beaucoup n’ont pas hésite à comparer le film à l’univers des Coen, Ritchie ou Tarantino. Je ne sais pas si Blair a pensé à ces références en question mais je n’ai pas trouvé que son film ressemblait tant que ça aux oeuvres de ces grands noms (ou alors de loin et superficiellement). Si son film n’entrera pas au Panthéon des grands films (et n’a pas cette prétention), Macon Blair signe en revanche une oeuvre à la mise en scène autant efficace que personnelle, qui mérite le coup d’oeil. Sur le papier, rien de bien révolutionnaire dans cette histoire : une rencontre explosive entre deux losers (et évidemment l’union fait la force) dans un trou paumé et violent américain. On part alors d’une situation relativement banale (un simple cambriolage) qui prend de plus en plus d’énormes proportions.

Violence et humour noir combinés ensemble font également partie des ingrédients d’une recette classique mais qui fonctionnent pourtant indéniablement bien. A travers des changements de ton surprenants, le récit porte une progression détonante : la perte de contrôle de la situation amène un grain de folie, le film oscillant alors sans cesse entre le drame social et la comédie déjantée, en passant par le thriller. Macon Blair offre alors un regard sombre sur l’Amérique d’aujourd’hui (je vous promets de ne pas caler l’expression pénible « l’Amérique de Trump »), incapable de protéger ses citoyens, les conduisant à devoir faire justice eux-mêmes. Cela dit, et c’est peut-être aussi ce qui explique le charme et l’intérêt même de ce film, les personnages sont réellement intéressants : malgré un environnement violent, les poussant dans un engrenage brutal, les personnages sont inoffensifs. Ils auraient pu devenir des « méchants », or ils savent rester eux-mêmes et préserver leurs valeurs. Le film, plutôt bien rythmé, est alors un revenge movie-buddy movie, paradoxalement optimiste de ce point de vue-là. Enfin, le duo formé par Melanie Lynskey et Elijah Wood (j’ai toujours apprécié ces deux acteurs discrets et certainement sous-estimés) marche également du tonnerre, les personnages qu’ils incarnent étant très attachants et jamais surécrits comme cela peut arriver dans des films qui se veulent « excessifs ». Le regard posé sur ces personnages courageux est tendre : on ne se moque jamais de leur maladresse. Surtout, même si les personnages ne basculent pas du côté obscur, ils trouvent dans cette mission dangereuse un sens à leur existence morne. Si l’environnement n’est pas favorable, chacun peut prendre son destin en main. I Don’t Feel At Home in This World Anymore n’est pas forcément un film révolutionnaire et nouveau par rapport à son emballage formel, il ne restera pas non plus dans les annales (il lui manque certainement un je-ne-sais-quoi pour arriver à ce niveau) mais il a le mérite d’être une comédie noire plaisante et bien foutue et au contenu solide. Il s’agit d’un premier film réussi et on espère voir Macon Blair endosser de nouveau la casquette de réalisateur (même si je l’aime bien aussi devant). Et au passage, il s’agit selon moi d’un des meilleurs films par Netflix (et c’est regrettable qu’on ne mentionne pratiquement jamais alors qu’on nous bassine actuellement avec Okja et Annihilation qui seraient les meilleures oeuvres de la plateforme alors qu’il y a cette pépite en question).

The Disaster Artist

réalisé par James Franco

avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Ari Graynor, Jacki Weaver, Josh Hutcherson, Zac Efron, Bryan Cranston, Sharon Stone, Melanie Griffith, Christopher Mintz-Plass, Judd Apatow, Megan Mullaly….

Comédie dramatique, biopic américain. 1h40. 2017.

sortie française : 7 mars 2018

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

The Disaster Artist : Photo James Franco

The Room de et avec Tommy Wiseau (et même produit par Wiseau !) est devenu malgré lui un film culte grâce à sa légendaire médiocrité. Oui, j’ai regardé le film par pure curiosité il y a quelques années : il est certain que je m’en souviens bien pour de mauvaises raisons. Deux choses (contradictoires) me gênent dans ce phénomène The Room qui semble avoir particulièrement explosé cette année (avec la sortie du film de Franco). Soit on expose Wiseau comme une bête de foire durant des séances spéciales soit certains diront très sérieusement que Wiseau est justement un génie. Même le comportement de Wiseau est parfois problématique dans le sens où il a tenté de justifier son film catastrophique quelques années plus tard  en « expliquant » qu’il s’agissait soi-disant d’une comédie noire. Si je comprends qu’on parle encore de The Room, qu’on en rigole même, il ne faut juste pas oublier que c’est un avant tout un drame pitoyable vaguement inspiré des pièces de Tennesse Williams ! Greg Sestero, un des acteurs principaux de The Room (et accessoirement un des meilleures potes actuels de Wiseau), a co-écrit avec Tom Bissell l’ouvrage The Disaster Artist : Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma, adapté donc par James Franco. Vu le phénomène autour de The Room, j’avais peur que Franco se moque lui aussi ouvertement de Tommy Wiseau. Franco est toujours respectueux avec cet homme dont on ne saura finalement jamais rien. On sent qu’il est même admiratif de son parcours et de sa personnalité hors normes. Franco se met dans la peau de Wiseau pour tourner The Room : non seulement il l’incarne (son imitation est plus que crédible tout en laissant émaner une certaine humanité), mais il a aussi réalisé et produit le film. De plus, Wiseau a calé dans l’aventure son meilleur ami Greg Sestero, Franco a alors mis ses amis et les amis de ses amis : son frère Dave Franco incarne avec conviction le meilleur ami (j’avais peur que ça soit bizarre de voir deux frères interpréter deux amis mais ça passe), sa belle-soeur Alison Brie (son personnage n’est hélas pas suffisamment exploité alors que sa rupture avec Sestero est clairement liée avec le tournage de The Room) ou encore ses amis (Judd Apatow, Seth Rogen…). The Disaster Artist a le mérite d’être un film fait avec le coeur, qui suit toujours sa propre logique et surtout, comme je le disais avant, bienveillant avec le personnage de Wiseau, alors qu’on aurait tendance à vouloir rire de lui.

The Disaster Artist : Photo James Franco

Cela dit, si l’ensemble reste pour moi plus que satisfaisant voire même plaisant, la bienveillance qu’a James Franco est finalement parfois problématique pour ne pas dire frustrante. A force d’éprouver de l’admiration pour Wiseau, Franco passe parfois à côté de certains des thèmes mis en place dans le scénario. Par exemple, l’axe concernant la relation entre Greg Sestero et sa copine est bâclé : elle montrait à l’origine comment l’amitié et les relations au travail entre Sestero et Wiseau ont plombé la vie privée du premier. Là on passe vite fait sur la rupture (et apparemment, le bouquin d’origine insiste davantage sur ce point pour appuyer la toxicité de ce tournage. Il est également dommage de ne pas avoir insisté davantage sur Wiseau qui ressemblerait presque à un personnage fictif vu sa bizarrerie et les mystères autour de sa vie (on serait presque ici dans l’anti-biopic sur le papier). Enfin, à force de se concentrer sur cette histoire d’amitié, le film passe aussi à côté de la carrière bousillée de Greg Sestero (enfin, même si dès le début, il ne faisait pas non plus preuve d’un grand talent) par cette amitié et ce tournage chaotique. Je pense aussi que The Disaster Artist est plutôt adressé aux spectateurs qui ont déjà vu The Room. Je ne dis pas qu’on ne peut pas apprécier le film de Franco sans l’avoir vu, et on le comprend heureusement sans l’avoir vu, surtout que Franco expose bien à la fin quelques images avec les véritables Wiseau et Sestero. Il reconstitue même, comme le montre sa dernière scène, qu’il a su reconstituer les scènes cultes de The Room pratiquement avec exactitude (la comparaison est visible avec les deux scènes côte à côté sur la même image se déroulant en même temps). Mais on sent tout de même que Franco exclut par moments ceux qui n’auraient pas vu The Room. En fait, The Disaster Artist est finalement un sympathique et inoffensif, romançant un peu trop la célébrité de Wiseau autour de The Room (en réalité, elle n’a pas été immédiate) qui expose une jolie success story à l’envers et une histoire d’amitié née autour de la lose. Mais il a du mal à aller plus loin, à être plus pertinent alors qu’il en avait les possibilités. Il s’agit donc d’un film intéressant mais qui ne restera pas dans les annales malgré un énorme potentiel pas suffisamment exploité.

The Disaster Artist : Photo

[MC2018] Les Figures de l’ombre

réalisé par Theodore Melfi

avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner, Kirsten Dunst, Jim Parsons, Mahershala Ali, Glen Powell…

titre original : Hidden Figures

Biopic, drame américain. 2h07. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Un film basé sur des faits réels

Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe, Octavia Spencer, Taraji P. Henson

Les biopics font partie des genres favoris des Oscars, ils finissent en tout cas souvent parmi les nommés. Ce fut le cas pour Les Figures de l’ombre, nommé à trois reprises aux Oscars (dans les catégories « meilleur film », « meilleure actrice dans un second rôle » et « meilleur scénario adapté »). Mais beaucoup de biopics ne sont pas particulièrement intéressants, se contentant de raconter des histoires qu’on peut tous connaître façon papi Wiki. Les Figures de l’ombre semble être calibré pour les Oscars au premier abord.  Mais étonnamment, le résultat est plutôt plaisant et bien foutu. Sa mise en scène n’est pas forcément révolutionnaire ni très personnelle mais elle est tout de même plutôt efficace. Le film est également soigné esthétiquement dans le sens où la reconstitution de l’époque est totalement crédible sans être too much. Surtout, il gagne en force par les discours qu’il défend avec efficacité et sincérité. En effet, le long-métrage raconte a priori simplement l’histoire incroyable de trois scientifiques afro-américaines, Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, qui ont réussi à apporter à transformer le sort de la science (via la NASA) tout comme le sort des femmes et celui des personnes issus de la communauté afro-américaine : dans un monde et une époque qui les mettait de côté, ces femmes étaient des outsiders battantes et admirables. Katherine Johnson (interprétée par une impeccable Taraji P. Henson), une prodige en mathématiques dès sa plus tendre enfance, a fortement contribué au succès du premier vol orbital autour de la planète de l’astronaute John Glenn. Mary Jackson (incarnée par la pétillante Janelle Monáe) était diplômée en mathématique et physique avant d’intégrer la NASA. Mais elle ne pouvait pas prétendre à un diplôme d’ingénieur. Elle a alors dû se battre pour suivre un cursus plus poussé, ce qui était interdit à l’époque ségrégationniste. A la fin de ses études, Mary Jackson est devenue la première ingénieure noire de la Nasa. Quant à Dorothy Vaughan (Octavia Spencer a l’air de jouer toujours le même type de personnages et pourtant on ne s’en lasse pas), elle a rapidement compris que les calculateurs humains seraient rapidement dépassés par les ordinateurs : elle a donc appris le langage de programmation FORTRAN. Elle est donc devenue la première manager noire de l’histoire de l’agence. Bref, le film reprend, de manière romancée, ces informations que vous retrouverez facilement à droite et à gauche.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe

Cela aurait pu être très plat, en se contentant de livrer aux spectateurs des informations ou de rappeler quelques pages de l’Histoire pour ceux qui les connaissaient déjà. Or, la force des Figures de l’ombre d’avoir su intégrer trois discours à défendre tout en livrant un scénario cohérent et clair pour le grand public : ainsi, la cause afro-américaine, le féminisme et la course à la grandeur nationale par la conquête spatiale sont au coeur de ce film. Ainsi, ces trois thèmes s’emboîtent logiquement bien : cela permet alors au long-métrage d’être encore plus universel qu’il ne l’est déjà. Surtout, on peut aussi établir un autre parallèle avec cette guerre contre les Soviétiques : il faut être plus fort et intelligent que nos adversaires pour atteindre nos objectifs. Le film ne se limite alors pas à son arrière-fond engagé pour le féminisme et pour la lutte pour les droits civiques. Les Figures de l’ombre parle plus globalement de l’héroïsme à tous les niveaux. Rattacher cet héroïsme  avec la conquête spatiale est une idée pertinente : battre à ce moment-là les Russes était essentiel. Et voir ces femmes contribuer à la réussite américaine alors qu’elles sont rejetées par une Amérique raciste et misogyne a quelque chose de fort : au-delà de la dénonciation d’une époque pas si lointaine que cela, le film appuie encore plus l’hypocrisie et la violence des Etats-Unis face à ces sujets douloureux. Si ce biopic fonctionne malgré son évident académisme, c’est certainement parce que le ton est plutôt plaisant. Oui, la fin est plutôt touchante puisque chaque personnage parvient à son but, mais le film en lui-même n’est jamais larmoyant. Même si les enjeux sont dramatiques, le ton est plutôt léger et des notes d’humour sont souvent présentes sans qu’elles plombent le propos du long-métrage. Les personnages, aussi bien nos trois héroïnes que les personnages secondaires, sont également tous attachants (je pense ici au personnage de Mahershala Ali) ou intéressants (les racistes ne sont pas caricaturaux en mode « coucou nous sommes des méchants »). De plus, à l’heure où nous continuons à nous interroger sur le féminisme, sa définition ou encore son rôle à jouer, cela fait en tout cas du bien de voir des héroïnes ordinaires, entrées dans l’histoire pour leur intelligence et les combats qu’elles mènent. Les Figures de l’ombre est donc une oeuvre touchante et attachante et importante bien rythmée parvenant à délivrer avec efficacité un message fort.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe, Octavia Spencer, Taraji P. Henson