Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

Hunt for the Wilderpeople

réalisé par Taika Waititi

avec Julian Dennison, Sam Neill, Rachel House, Rima Te Wiata, Rhys Darby, Cohen Holloway, Mike Minogue, Oscar Kightley, Taika Waititi…

Comédie, aventure néo-zélandaise. 1h45. 2016.

Elevé dans une famille d’accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d’accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l’oncle de sa nouvelle famille, s’enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe…

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison

Si vous suivez ce blog, vous savez à quel point j’avais adoré What We Do in the Shadows (en VF Vampires en toute intimité). J’avais donc envie de m’intéresser aux autres projets d’un des deux réalisateurs, Taika Waititi (qui fait un caméo dans le rôle du pasteur complètement frappé), qui commence à se faire un nom (notamment avec la sortie prochain de Thor : Ragnarok). Hunt for the Wilderpeople a cartonné dans son pays d’origine, la Nouvelle-Zélande, que ce soit au box-office ou encore au sein de l’académie de cinéma du pays en raflant les récompenses. Adapté du roman Wild Pork and Watercress de Barry Crump (publié en 1986), Hunt for the Wilderpeople n’a toujours pas de date de sortie en France – même dans les solutions e-cinema et compagnie. Pourtant ce film vaut incontestablement le détour. Un de coup de cœur en ce qui me concerne ! L’histoire n’a pourtant rien de révolutionnaire : on suit Ricky Baker, un jeune adolescent sans famille et trimballé de foyer en foyer. Alors qu’il est très bien accueilli par sa nouvelle mère adoptive, « tante » Bella, le contact avec son père adoptif, le rustique Hector, est plus difficile. Mais finalement, Hector et Ricky devront faire équipe, apprendront à mieux se connaître et surtout finiront par s’apprécier. Je ne vous spoile pas grand-chose, c’est un schéma assez classique et Taika Waititi ne prétend pas le révolutionner. Pourtant, même si on se doute de la manière dont le scénario peut éventuellement se dérouler, on est surpris… d’être surpris justement. Hunt for the Wilderpeople aurait pu être un film lisse mais il n’a rien à voir avec ce que Hollywood propose habituellement. Justement, Taika Waititi a su s’approprier des différents codes habituels pour pouvoir mieux en jouer. Par exemple, le réalisateur reprend en grande partie les codes du conte. Dans un premier temps, le découpage en chapitres avec des titres loufoques peut faire penser à un conte, voire même plus généralement à un livre pour enfants. Le conte est toujours un genre assez cruel. Le petit Ricky a beau être un gamin drôle, se croyant parfois dans un clip de rap, ce qu’il vit est extrêmement difficile et est devenu un petit voyou de la ville « qui crache et fait des graffitis ». Il est traîné de foyer en foyer, n’a donc pas une ville stable et tout ce qu’il veut, c’est fuir.

Hunt For The Wilderpeople : Photo

Dans le conte, il y a souvent une part de merveilleux. Certes, concrètement, il n’y en a pas dans ce long-métrage. Pourtant, certains éléments font écho au merveilleux. Par exemple, Paula, la dame des services sociaux, serait une sorte de sorcière tandis que la gamine rencontrée sur le chemin de Ricky pourrait être une princesse. Même les autres personnages secondaires ont l’air si déconnectés de la réalité qu’ils semblent aussi tout droit sortis d’un conte, comme si leur rôle était aussi d’ordre fonctionnel pour contribuer au schéma narratif traditionnel de ce genre, également bien présent. La nature, omniprésente dans pratiquement chaque scène du film, a quelque chose qui semble parfois sortir de la réalité. Enfin, ce rapport entre l’enfance, l’adoption, le conte et la nature, avec cette poursuite en arrière-fond m’a parfois fait penser à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. On pense aussi au road-movie dans le sens où notre duo incontournable est obligé de fuir face à un lot d’emmerdes et de quiproquos. Encore une fois, je reviens sur le rôle de la nature, mise en avant par paysages verdoyants néo-zélandais d’une beauté foudroyante. Elle est protectrice, dans le sens où elle va permettre à Hector et Ricky de se rapprocher et surtout de se tenir à l’écart d’une civilisation qui ne prend pas en compte leurs souffrances et envies. Mais elle est évidemment source d’obstacles : si traverser des épreuves peut avoir du bon notamment dans la construction relationnelle (et familiale), on ne peut pas éternellement fuir ses problèmes. Au-delà des interrogations sur le passé (l’abandon, la prison et plus généralement des choses liées à son milieu environnemental, social, culturel etc…) et des interrogations autour de l’adoption et de la famille, le long-métrage offre aussi un regard assez critique de la Nouvelle-Zélande envers les maoris, vus comme des criminels : cela peut aussi expliquer pourquoi Ricky traîne de foyer en foyer – il s’agit d’un enfant difficile mais on comprend bien à quel point sa description est volontairement exagérée et aussi pourquoi Paula lui dit clairement que personne ne veut de lui. Ricky s’attache certainement à Hector parce que ce dernier est aussi, pour des raisons différentes, est aussi en quelque sorte une figure « d’exilé ». La rencontre avec la gamine et son oncle est également assez significative dans cette observation.

Hunt for the Wilderpeople est donc une belle surprise, avec une mise en scène agréable et un scénario qui nous tient en haleine. L’histoire est particulièrement bien narrée et mêlant avec cohérence différents genres : la comédie, le conte, le road-movie, voire même le film d’action avec la scène de la course-poursuite. Surtout, on sera étonné par les différentes émotions que ce film nous procure. On s’attend à voir un film tout mignon et léger, on pense même à une vague de films du même type pour enfants des années 1980 voire même 1990 (le film faisant de nombreuses références à ces périodes). Certes, il est effectivement très divertissant et particulièrement bien rythmé. Cela est rare quand je n’ai pas envie qu’un film se termine ! Et je me suis également bien marrée : les personnages sont loufoques (mais cela ne paraît pas superficiel, encore une fois, par rapport à sa structure, ce choix a du sens) et Ricky, qui nage parfois en plein délire en se prenant pour un personnage de film, a le sens de la punchline. Cela dit, ce film surprend par sa noirceur et surtout est réellement émouvant. Il aurait pu être niais, ce n’est pas du tout le cas. Le film est aussi honnête sur différents points. Honnête d’un côté parce qu’on sent l’implication et la sincérité du réalisateur dans l’adaptation de ce roman très connu en Nouvelle-Zélande. ! D’un autre côté, il l’est aussi parce qu’il ne ment pas aux spectateurs. Le long-métrage a beau être coloré et être folklorique dans tous les sens du terme, Taika Waititi ne cherche pas à épargner totalement le sort des personnages. Enfin, Hunt for the Wilderpeople est servi par un formidable casting. Julian Dennison, qui incarne le petit Ricky, est une véritable révélation. Il est si drôle, attachant et touchant ! Sam Neill est également remarquable dans le rôle de Hector, ce bourru analphabète au grand coeur. De plus, le duo entre Dennison et Neill fonctionne à merveille ! Les seconds rôles, que ce soit Rhys Darby (que j’avais découvert dans la géniale série Flight of the Conchords) en Psycho Sam ou encore Rachel House (récemment au casting de voix du Disney Vaiana) en travailleuse de la DASS obsédée par son objectif quitte à se prendre pour un flic américain.

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison, Sam Neill

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

The Elephant Man

réalisé par David Lynch

avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft, John Gielgud, Wendy Hiller, Lesley Dunlop, Dexter Fletcher…

Drame, biopic américain. 2h. 1980.

sortie française : 9 octobre 1980

Movie Challenge 2017 : Un film en noir et blanc

Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme complètement défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. John Merrick,  » le monstre « , doit son nom de Elephant Man au terrible accident que subit sa mère. Alors enceinte de quelques mois, elle est renversée par un éléphant. Impressionné par de telles difformités, le Dr. Treves achète Merrick, l’arrachant ainsi à la violence de son propriétaire, et à l’humiliation quotidienne d’être mis en spectacle. Le chirurgien pense alors que  » le monstre  » est un idiot congénital. Il découvre rapidement en Merrick un homme meurtri, intelligent et doté d’une grande sensibilité.

Elephant Man : Photo Anthony Hopkins

Elephant Man n’est que le second long-métrage de David Lynch après le fabuleux Eraserhead. Son premier long est très à part dans le cinéma et avait quelque chose d’artisanal voire même d’expérimental, on pourrait même le qualifier d’OFNI. Elephant Man peut sembler a priori très différent de son premier film : sur le papier, il s’agit à l’origine d’un biopic classique (certes romancé), ce qui ne peut que plaire à un plus large public. Elephant Man avait d’ailleurs été nommé à huit reprises aux Oscars (et était reparti les mains vides, le film de Robert Redford, Des gens comme les autres, ayant triomphé à sa place). Pourtant, on ne peut pas limiter Elephant Man à un biopic (le scénario n’étant en plus pas totalement fidèle à la véritable histoire – même s’il est dans les grandes lignes, ne chipotons pas non plus). Pour la petite info, les deux scénaristes, Eric Bergen et Christopher De Vore se sont inspirés de deux ouvrages (même si ce scénario a légèrement été modifié par Lynch) : The Elephant Man and the Other Reminiscences de Sir Frederick Treves (incarné par Anthony Hopkins) et The Elephant man : a study in human dignity d’Ashley Montagu.Justement, j’y ai vu un lien entre Eraserhead et Elephant Man. Au-delà du noir et blanc commun, ces deux longs-métrages mettent en scène deux figures de monstre. Certes, dans Eraserhead, l’onirisme est plus présent et assumé. Mais cette part de rêve est pourtant également présente dans Elephant Man (je pense notamment à la scène avec la mère de Merrick qui apparaît dans un rêve, sa tête étant littéralement dans les étoiles) même si nous sommes dans un monde réaliste, dans un contexte historique assez précis (Le Londres de l’ère victorienne). Surtout, des thèmes communs sont abordés comme par exemple l’enfant rejeté par sa différence (notamment par ses propres parents) ou le regard posé qui transforme aussi l’individu en monstre. A travers la figure monstrueuse (d’un point de vue physique) de John Merrick, David Lynch dénonce la bêtise et la méchanceté humaine. Dit comme ça, ça peut sembler simpliste. Sauf qu’à l’écran, ça passe comme une lettre à la poste. Surtout, on s’aperçoit que le scénario n’est pas aussi manichéen qu’il pourrait en avoir l’air. Certes, on remarque une opposition entre les pauvres (des ignorants issus du monde industriel) et les riches (cultivés et a priori plus tolérants). Cela dit, les choses ne sont pas aussi limitées. En effet, si les bourgeois apportent à John Merrick de la culture qui l’ouvre davantage à de l’humanité, nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’ils représentent naïvement les « gentils » de l’histoire.

 

Elephant Man : Photo John Hurt

Par exemple, même s’il y a des choses positives dans leur relation et qu’il y a certainement une sorte d’attachement entre les deux personnages, le docteur Treves, s’intéresse à John Merrick parce que ce dernier peut apporter quelque chose à la médecine. Même avec Treves, Merrick continue à être aussi une bête de foire exploitée, même s’il apprend grâce à accéder ne serait-ce qu’un temps à un semblant de bonheur. Véritable ode à la tolérance et à la différence, Elephant Man est un long-métrage terriblement émouvant, profond, avec sa complexité (notamment à partir du travail d’images) tout en étant accessible. Il mêle aussi bien une histoire individuelle que l’Histoire (l’industrialisation serait-elle le signe de déshumanisation ?). De plus, il est vraiment émouvant, que ce soit grâce à la possible humanité existante sur cette planète ou justement en dénonçant la cruauté inimaginable des hommes. J’avoue avoir beaucoup pleuré et c’est même la première fois qu’un film de Lynch me touche autant. De plus, cette émotion ne m’a jamais semblé forcée, elle vient assez naturellement dans un cadre assez sobre, loin des biopics typiquement hollywoodiens. Au-delà de l’émotion et des différents thèmes très bien traités, Elephant Man est également très réussi esthétiquement. L’utilisation du noir et blanc est très judicieuse : elle permet d’accentuer la dimension réaliste et historique du récit tout en combinant avec des effets poétiques voire même fantasmagoriques. Surtout le noir et blanc accentue encore plus la noirceur de l’homme. La photographie est en tout cas sublime, les décors parfaits et le maquillage tout simplement bluffant. Plus globalement, la mise en scène est impeccable : avec ce deuxième long-métrage, David Lynch confirme déjà qu’il a tout d’un grand réalisateur. Enfin, le casting est également impeccable. Dans le rôle de l’homme-éléphant (qui est surtout « un homme », ne l’oublions pas), John Hurt (disparu en janvier dernier), méconnaissable et nommé aux Oscars pour ce rôle, livre une interprétation bouleversante et terriblement humaine. Il a beau avoir un plâtre sur sa figure, son regard est si expressif, il parvient à retranscrire la fragilité et l’innocence de ce personnage. Anthony Hopkins est également remarquable dans le rôle du docteur Treves : il parvient à rester sobre tout en parvenant à exprimer l’ambiguïté de son personnage. Tous les seconds rôles sont également bons, notamment la lumineuse Anne Bancroft (son mari le réalisateur Mel Brooks a co-produit ce film).

Elephant Man : Photo John Hurt

Split

réalisé par M. Night Shyamalan

avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley, Haley Lu Richardson, Jessica Sula, Brad William Henke, Sebastian Arcelus, Neal Huff, M. Night Shyamalan…

Thriller, épouvante-horreur américain. 1h57. 2017.

sortie française : 22 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Split : Photo James McAvoy

Décidément, depuis le surprenant The Visit, M. Night Shyamalan confirme bien qu’il est de retour après une mauvaise période qu’on tente tous d’oublier. Collaborer avec le producteur Jason Blum (vous savez, c’est le type qui produit ces daubasses de Paranormal Activity) aurait pu être un poids et bousiller de nouveau la carrière du réalisateur de Sixième Sens. Au contraire, cela marque la renaissance du cinéaste. Avec un petit budget, M. Night Shyamalan s’en sort à merveille avec son dernier long-métrage, Split, qui serait inspiré d’une histoire vraie : celle de Billy Milligan, arrêté pour viol à la fin des années 1970 et jugé non responsable de ses crimes en raison de son trouble dissociatif de l’identité. A partir de cette histoire, Shyamalan s’est interrogé sur le lien entre le corps et l’esprit : si un individu souhaite devenir une entité qui pourrait dépassement tout ce qu’on peut imaginer (quelque chose qui n’a rien d’humain par exemple), la force de l’esprit peut-elle être à l’origine d’une métamorphose ? James McAvoy incarne donc Kevin (qu’on verra finalement très peu sous cette véritable identité) qui vit avec 23 entités cohabitant et interférant entre elles : le pervers Dennis, la sophistiquée Patricia, le petit Hedwig, Barry le fou de mode etc… Ce sont ces entités qui poussent Kevin à kidnapper trois jeunes filles. Parmi elles, on va surtout s’intéresser à Casey, une adolescente renfermée et qui fait tout pour être recevoir des heures de colle à l’école. Elle se différencie de ses camarades. Casey a beau être la victime, elle partage beaucoup de points communs avec Kevin. Tous les deux ont souffert et doivent apprendre à vivre avec des traumatismes d’enfance. Chacun aussi a su développé une carapace pour se protéger. Ils partagent aussi un autre point commun : l’animalité. D’un côté, les flashback montrent l’histoire familiale de Casey, cette dernière apprenant enfant à chasser. De l’autre, Kevin a un comportement de plus en plus animal (le nom de la vingt-quatrième étant très explicite). L’instinct de survie est au coeur de ce long-métrage, avec ses bons et mauvais côtés. Par ailleurs, le lieu de l’intrigue (dans un zoo) est plutôt significatif.

Split : Photo James McAvoy

Split est aussi un film qui aborde le thème des apparences. On pense évidemment aux différentes apparences prises à chaque fois qu’une entité prend place : on ne peut évidemment pas limiter les différents changements de personnalité par des accessoires vestimentaires (la voix, les répliques ou l’attitude en elle-même font notamment partie des différents éléments qui mettent en avant la transformation) mais on ne peut pas nier son existence. La question des apparences concerne aussi Casey et même les deux autres filles kidnappées avec l’héroïne. Les entités qui envahissent Kevin s’attaquent à ces filles car ces dernières ne semblent pas avoir de vécu ni de souffrance. Après avoir discuté avec la personne qui m’accompagnait, nous nous sommes étrangement d’accord sur un point : on peut le rapprocher d’une certaine façon du très récent (et excellent) film de Tom Ford, Nocturnal Animals. En effet, ces deux films, qui ont l’air a priori différents, mettent en avant l’idée suivante : le spectateur / la victime a peur d’un individu à partir de ses propres préjugés et connaissances et non pas nécessairement par ce qu’il voit réellement devant lui. Split est donc un film très réussi aussi bien sur le fond que sur la forme, les deux se complétant superbement bien. Il est extrêmement oppressant alors que sur le principe on ne voit pas grand-chose à l’écran (et cela s’applique aussi à l’histoire personnelle de Casey : le spectateur est capable de visualiser l’horreur que la jeune fille a pu vivre alors que rien n’est montré). Finalement, le spectateur et les autres personnages voient des choses, des formes notamment qui ne correspondent pas nécessairement à la réalité. Pour moi, dans un premier temps, les personnages sont dans un monde assez réaliste, c’est-à-dire concrètement le nôtre. J’ai totalement cru à l’évolution de Kevin provoquée par son esprit malade. Le fait que la psychiatre Karen Fletcher soit sans cesse présente ne fait qu’ajouter à la crédibilité même du récit : la psychiatrie peut expliquer des phénomènes qui pourraient sembler pour le commun des mortels irrationnels. Mais après tout, notamment sa fin avec son petit caméo surprise (même si le film en lui-même se suffit – beaucoup de spectateurs dans la salle n’avaient pas forcément compris le clin d’oeil), il est tout à fait envisageable d’aller plus loin dans le mystère. Si le spectateur et les personnages voient quelque chose d’irrationnel, de l’ordre du fantastique, je pense que le film leur permettent cette interprétation.

Split : Photo Anya Taylor-Joy

Le petit budget a donc fait beaucoup de bien à Shyamalan qui a su redevenir créatif en proposant aux spectateurs une oeuvre divertissante, enrichissante, sacrément bien foutue et intelligente. Le scénario est malin voire même ludique, la mise en scène vertigineuse et le montage efficace. On ne met pas mille ans à entrer dans le récit (Split commence avec le kidnapping des trois jeunes filles) pourtant le film prend son temps pour exposer l’histoire et notamment nous présenter la dernière entité. Plus on avance dans le film, plus la tension monte : l’effet « crescendo » fonctionne totalement. On pourra toujours reprocher à Split de ne pas nous montrer plus d’entités prendre forme à l’écran mais je me dis que ce n’est peut-être pas plus mal que ça : on a peut-être évité un bordel sans nom qui aurait finalement causé du tort au film. On pourra aussi toujours dire qu’il ne s’agit pas totalement d’un huis-clos. Cela ne m’a pourtant pas empêchée d’adorer ce film qui, selon moi, est très abouti et est encore plus complexe qu’il ne l’est déjà. James McAvoy trouve certainement ici le rôle le plus puissant de sa carrière. On pourra aligner un grand nombre d’adjectifs complimentant son incroyable performance. Il parvient à devenir chaque nouvelle personnalité en un clin d’oeil et avec finesse, mais paradoxalement, il prend aussi en compte le lien entre les différentes entités : cette cohérence entre chaque personnalité rend sa performance encore plus intense. J’ai apprécié qu’il ne s’agit pas d’un McAvoy show comme je le redoutais : cela aurait pu être le type de films où il aurait pu tirer des grimaces ou un truc de ce genre, mais ce n’est pas le cas. Le spectateur ressent à la fois la folie et la souffrance chez ce personnage. Enfin, James McAvoy a le mérite de ne pas éclipser ses très bons partenaires, que ce soit Anya Taylor-Joy, qui interprète Casey ou encore Betty Buckley (qui avait déjà travaillé avec Shymalan dans Phénomènes) qui incarne le docteur Karen Fletcher.

Split : Photo James McAvoy

Raid Dingue

réalisé par Dany Boon

avec Alice Pol, Dany Boon, Michel Blanc, Yvan Attal, Sabine Azéma, Patrick Mille, François Levantal, Anne Marivin, Florent Peyre, Alain Doutey, François Vincentelli, Akim Omiri…

Comédie française. 1h45. 2016.

sortie française : 1 février 2017

Johanna Pasquali est une fliquette pas comme les autres. Distraite, rêveuse et maladroite, elle est d’un point de vue purement policier sympathique mais totalement nulle. Dotée pourtant de réelles compétences, sa maladresse fait d’elle une menace pour les criminels, le grand public et ses collègues.
Assignée à des missions aussi dangereuses que des voitures mal garées ou des vols à l’étalage, elle s’entraîne sans relâche pendant son temps libre pour réaliser son rêve : être la première femme à intégrer le groupe d’élite du RAID.
Acceptée au centre de formation du RAID pour des raisons obscures et politiques, elle se retrouve alors dans les pattes de l’agent Eugène Froissard (dit Poissard), le plus misogyne des agents du RAID. Ce duo improbable se voit chargé d’arrêter le redoutable Gang des Léopards, responsable de gros braquages dans les rues de la capitale.
Mais avant de pouvoir les arrêter, il faudrait déjà qu »ils parviennent à travailler en binôme sans s’entretuer au cours des entraînements ou des missions de terrain plus rocambolesques les unes que les autres.

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Je ne m’en suis jamais cachée : à l’origine, je ne suis pas une anti-Dany Boon (parce que j’ai l’impression que ça fait bien rager contre lui, du genre t’es un cinéphile plus légitime). Cela dit, il faut admettre que ses derniers films sont très décevants. Hélas, Raid Dingue s’inscrit dans cette même lignée. Certes, les scènes d’action sont étonnamment assez réussites. Je dois admettre que l’ensemble se laisse plutôt regarder (ce n’était pas le cas pour Supercondriaque en ce qui me concerne), c’est même plutôt bien rythmé, je ne me suis pas ennuyée. Mais je n’oublie pas qu’il s’agit à l’origine d’une comédie (on pourra toujours chipoter en précisant qu’il s’agit d’une comédie d’action) qui est donc censée nous faire marrer. J’ai parfois souri mais je ne peux pas dire que j’ai réellement ri (ou vraiment très peu). Dany Boon n’a jamais eu un humour fin mais là il est particulièrement trop lourd et caricatural. Au-delà de gags poussifs qui m’ont plus crispée qu’autre chose, je n’ai vraiment pas adhéré au scénario trop invraisemblable. On pourra toujours me dire qu’il ne s’agit que d’un film, j’ai besoin de croire un minimum à l’histoire qu’on me raconte. Or, cette histoire de fliquette maladroite, proche de l’incompétence, est complètement tirée par les cheveux. On a vraiment l’impression que ce manque de crédibilité est volontaire uniquement pour provoquer des gags. Pourtant, je suis persuadée qu’avec un meilleur scénario (cela sous-entend avec une histoire qui aurait tenu la route un minimum) il aurait pu être plus drôle. Le scénario est également raté dans le sens où la narration se perd dans différentes directions. En effet, une fois Johanna intégrée dans la formation, le scénario part dans tous les sens. En réalité, plusieurs pistes sont abordées mais Boon ne va pas au bout de ses propositions. Par exemple, se met en place une sorte de triangle amoureux entre Johanna, Eugène et Olivier Lopez (Florent Peyre) mais il n’est pas réellement exploité. Je pense aussi au psy du Raid, incarnée par Anne Marivin, juste là pour passer un coucou aux fans de Bienvenue chez les Ch’tis et non pour pour réellement servir le récit (honnêtement, la manière dont est introduit son personnage me faisait penser qu’il y avait un lien plus profond entre elle et Eugène). Même l’histoire avec les braqueurs n’est pas assez forte, on n’a jamais l’impression qu’elle sert de « fil rouge » ou quelque chose dans ce genre-là. Je n’ose même pas m’aventurer sur la scène avec la gay pride (et du repas qui suit), terriblement ringarde, inutile voire même à la limite de l’homophobie (je ne suis pourtant pas du genre à faire ce type d’accusation pour tout et n’importe quoi mais là ça m’a vraiment gênée).

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Bref, on a l’impression que les idées et les scènes s’enchaînent parfois sans réel lien entre elles, le film a alors un aspect assez bordélique qui a tendance à déranger. Raid Dingue veut évidemment rendre hommage à la police qui prend des risques pour la population. Je suis sûre que la démarche de Dany Boon est sincère et mine de rien, cette bonne intention fonctionne un minimum (même si les bonnes intentions ne transforment pas les films en chef-d’oeuvre, ça se saurait !) sur l’ensemble du film. En revanche, je suis bien plus sceptique lorsque l’acteur-réalisateur veut mettre en avant des femmes courageuses qui agissent pour le bien de leur pays et n’ont rien à envier aux hommes, il y a quelque chose de maladroit dans son discours. Je ne sais pas si on pouvait parler à l’origine de direction féministe dans le scénario mais en tout cas je ne trouve pas que Raid Dingue valorise si bien que ça les femmes, on a presque l’impression par moments qu’il raconte le contraire de ce qu’il veut réellement traiter ! Après tout, Johanna ne réussit que par son père qui est ministre et par un concours de circonstances. En parlant du père ministre, on voit qu’il y a certainement une sorte de critique des abus de pouvoir et du piston mais elle n’est pas suffisamment creusée. Pour terminer cette chronique, parlons maintenant du casting. Je suis partagée sur l’interprétation d’Alice Pol, une actrice qui ne me déplaît pas, loin de là. Même dans le très mauvais Supercondriaque, je trouve qu’elle a effectivement du potentiel. Elle dégage de la sympathie et est même plutôt pétillante. Je comprends en tout cas pourquoi Dany Boon a décidé de lui donner le premier rôle. Cela dit, elle ne peut pas livrer totalement une bonne performance : son personnage étant trop surécrit à l’image des gags, l’actrice finit par en faire des caisses. En revanche, sans dire qu’il est fabuleux, Dany Boon fait du Dany Boon : il ne surprend pas mais en faisant ce qu’il sait faire, il assure un minimum. A mon avis, ce sont surtout François Levantal et Michel Blanc, présents dans des seconds rôles, qui s’en sortent le mieux. En revanche, j’ai trouvé Sabine Azéma complètement à côté de la plaque (pourtant je l’aime bien d’habitude) et surtout Yvan Attal est juste insupportable (mais qu’est-ce qu’il joue mal !). Je regrette aussi de voir certains acteurs complètement sous-exploités, juste là parce qu’ils sont probablement potes avec Boon. Bref, pour ma part, rien de bien dingue dans cette énième comédie française ratée et surtout lourdingue…

RAID Dingue : Photo Alice Pol, François Levantal, Michel Blanc

Mr Robot (saisons 1 et 2)

Créée par Sam Esmail

avec Rami Malek, Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin, Michael Cristofer, Martin Wallström, Stephanie Corneliussen, Grace Gummer, B.D. Wong, Craig Robinson, Gloria Reuben, Michel Gill, Joey Badass…

Série dramatique, thriller. saisons 1 et 2. 1992-2004.

Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. Il travaille pour une firme spécialisée dans la cyber-sécurité mais un homme connu sous le nom de Mr Robot l’approche un jour pour faire tomber une compagnie surpuissante qui fait partie de celles qu’il doit justement protéger…

Photo Christian Slater, Rami Malek

Le réalisateur américano-égyptien Sam Esmail avait une toute petite carrière (si on peut appeler ça « carrière ») avant de créer, réaliser, scénariser et produire la série-événement Mr Robot. Pourtant, après avoir découvert les deux premières saisons (la troisième devrait débarquer cet été), on a une toute autre opinion sur Esmail : son travail impressionne et n’a rien d’un débutant. Mr Robot devait être un long-métrage mais le projet devenant de plus en plus long et complexe, il s’est transformé en série télé. La première saison est, selon son créateur, une introduction à son récit : cela signifie également que Sam Esmail connaît déjà la fin de Mr Robot. Cela se ressent et j’ai même envie de dire que ce point me rassure (je ne supporte pas quand une série ne sait pas où elle va). Effectivement, sans spoiler, la première saison se concentre sur Elliot (un hacker solitaire et drogué) et sa rencontre avec le fameux Mr Robot du titre. Dans la seconde saison, on connait donc le secret d’Elliot et la réelle identité de Mr Robot, et surtout on a constaté la réussite du plan des personnages pour faire couler la Evil Corp. Il y a évidemment des questions qui mériteront des réponses dans la saison 3 (c’est aussi pour cette raison que je l’attends de pied ferme !) mais c’est surtout l’occasion de faire intervenir d’autres types de personnages : le FBI. La série est brillante sur de nombreux points et cela peut paraître étrange que je pointe l’intervention du FBI en premier dans cette chronique. Je trouve juste qu’on ne la cite pas suffisamment, surtout que la deuxième me semble assez sous-estimée. Le FBI n’est ici pas un pantin, contrairement à ce qu’on peut voir dans de nombreuses séries (t’as parfois l’impression que le FBI est composé d’une bande de nouilles). Justement, elle a une longueur d’avance sur les personnages principaux qui sont alors réellement en danger constamment. Les deux saisons de Mr Robot semblent se distinguer par une vague question de twists. Je connais beaucoup de gens qui ont moins accroché à la saison 2 une fois qu’on a dépassé les révélations de la première saison. Il faut avouer que le twist en fin de première saison en jette.

Photo Carly Chaikin, Rami Malek

Personnellement, je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait durant cette première saison mais je ne parvenais pas nécessairement à tout remettre en place dans le bon ordre. On parle de twist alors qu’en réalité il y en a plusieurs liés ensemble, et c’est plutôt cet ensemble en question qui crée réellement la surprise plutôt que la révélation sur Elliot. Révélation qui n’est d’ailleurs pas impossible à deviner. Ni d’ailleurs celle présente dans la deuxième saison (un peu plus évidente vu qu’on commence à connaître les mécanismes et l’histoire en elle-même). Mais je ne pense pas que ce soit un défaut (sans vouloir défendre à tout prix la série). Je reste persuadée de toute façon qu’un bon twist est fait pour être découvert (je crois que c’est même le scénariste de Usual Suspects qui confirmait cette théorie) parce qu’il ne faut prendre le spectateur piégé pour un imbécile. Les indices sont d’ailleurs volontairement mis en avant pour les spectateurs : eux sont lucides contrairement à Elliot qui nage de plus en plus en plein délire au fil des épisodes. Ils permettent aussi d’accentuer le décalage entre les pensées troubles d’Elliot (traduites par une voix off angoissante) et les images. Ce décalage entre la réalité concrète et la vision tronquée du personnage principale se traduit aussi par l’ambiance même de la série. Ainsi, pour ne citer que ces exemples en question, les tons grisâtres et froids ou encore la musique électro de MacQuayle (à la fois discrète et sombre) contribuent à cette atmosphère pesante. On ne peut pas limiter cette série à une succession de révélations. Mr Robot, c’est avant tout une série qui décrit un monde inquiétant, littéralement fou. Peut-on changer ce monde malade par des gens malades ? Jusqu’où peut-on utiliser la technologie dans le but de sauver la population ? Beaucoup diront qu’il n’y a rien de révolutionnaire, la série s’inscrivant dans la même lignée que Fight Club (la seule chanson connue présente dans l’un des épisodes des Where is my mind ? des Pixies, ce choix-là ne me semble pas anodin). Je n’ai pas lu le roman de Chuck Palahniuk mais comme beaucoup (sans l’adorer non plus), j’aime bien le film de David Fincher. Je redoutais de fortes similitudes entre les deux oeuvres et honnêtement je trouve Mr Robot plus intéressant que le long-métrage culte. Malgré des sujets très actuels qui peuvent paraître très cool aux yeux d’un certain public (les hackers, la drogue, l’étrangeté etc.), Mr Robot n’a pas une volonté de paraître cool ou bizarre contrairement à ce que je redoutais. Elle a beau avoir son univers, des sujets qui toucheront certainement plus les jeunes, cette série a le mérite de ne pas être superficielle et va pour l’instant au bout de ses idées.

Photo Martin Wallström

Mr Robot, clairement inspiré par le printemps arabe (c’est même Sam Esmail qui le revendique), est une série ayant une problématique bien plus complexe qu’elle en a l’air. Sa densité pourrait rebuter, pourtant cette oeuvre reste accessible et captivante. Sa mise en scène est d’une grande précision (on nous prouve encore une fois à quel point la frontière entre cinéma et télévision est de plus en plus floue), son esthétique cohérente avec l’ensemble du projet et son scénario bien réfléchi nous présentant des personnages profonds. Rami Malek (qui avait remporté un Emmy Award très mérité pour sa performance) est juste bluffant et hypnotisant dans le rôle d’Elliot. Le travail qu’il a livré sur la voix off est également très important. La voix off est toujours un exercice risqué mais elle apporte réellement quelque chose, que ce soit dans l’ambiance de la série ou encore dans l’approche de la psychologie du personnage. On ressent vraiment ce sentiment de solitude et d’intériorisation en permanence grâce à cet outil. Son partenaire Christian Slater (récompensé par un Golden Globe) livre aussi une excellente interprétation. Les autres seconds rôles sont également très bons, avec un casting assez divers, représentant tous les genres (oui ça fait du bien de voir des filles qui n’ont rien de potiche) et communautés. Portia Doubleday est surprenante dans le rôle d’Angela. On aurait pu redouter un rôle trop lisse mais il s’agit finalement d’un des personnages les plus intéressants de cette série, son personnage évoluant au fil des deux saisons. L’évolution est progressive et paraît crédible : elle rend alors le personnage très ambigu. Avec Angela, on est pratiquement face à une étude concernant les mécanismes humains : un individu, face à des circonstances, peut perdre sa morale au fil des saisons alors que sa cause et sa souffrance sont à l’origine louables. Carly Chaikin est également surprenante en hackeuse un peu délurée mais qui affiche au fil des épisodes une personnalité plus profonde. A noter aussi un casting remarquable côté seconds rôles. Je pense notamment aux Wellick, un couple complètement tordu, incarné par la stupéfiante Stephanie Corneliussen et l’énigmatique Martin Wallström (petite dédicace au passage à Lilylit), ou encore la surprenante Grace Gummer. Mr Robot est pour moi une des séries les plus ambitieuses et fascinantes que j’ai pu regarder jusqu’à présent. J’espère que la prochaine saison sera aussi passionnante que les deux premières.

Photo Grace Gummer

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

Bilan – février 2017

Cinéma

Les films sortis en 2017

 

Quelques minutes après minuit (Juan Antonio Bayona, 2017) 4/4

La La Land (Damien Chazelle, 2017) 2/4

Cinquante Nuances plus sombres (James Foley, 2017) 0/4

Moonlight (Barry Jenkins, 2017) 2/4

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Rattrapages

Le Nouveau (Rudi Rosenberg, 2015) 3/4

Mon Roi (Maïwenn, 2015) 0/4

Alabama Monroe (Felix Van Groeningen, 2012) 3/4

Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016) 4/4

Toute première fois (Noémie Saglio, Maxime Govare, 2014) 0/4

La Fille inconnue (Luc & Jean-Pierre Dardenne, 2016) 1/4

Ballroom Dancing (Baz Lurhmann, 1992) 4/4

The Secret Life of Words (Isabel Coixet, 2004) 3/4

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Télévision

Parks and Recreation (saisons 6 et 7, 2013-2015) 3/4

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1, 2017) 4/4

Fais pas ci, fais pas ça (saison 9, 2017) 2/4

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Lecture

Si je reste (Gayle Forman, 2009) 1/4

Cinquante Nuances plus claires (E. L. James, 2012) 0/4

Miss Peregrine et les Enfants particuliers (Ransom Riggs, 2011) 2/4


Movie Challenge 2017 

Les participants actuels : Beyond the LinesBorat, Gossip CocoLaurence et OlivierLaurent, LilyMartin.

  1. Un film tiré d’une série/qui a inspiré une série
  2. Un premier film : Clerks de Kevin Smith (1994).
  3. Un film tourné dans un lieu où je suis allé(e)
  4. Un film sorti l’année de mes dix ans
  5. Un film avec acteur/une actrice que je déteste
  6. Un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake
  7. Un film qui se passe dans le milieu sportif
  8. Un film de procès
  9. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2012).
  10. Un film qui a reçu la Palme d’or
  11. Un documentaire : La cour de Babel de Julie Bertuccelli (2013).
  12. Un film d’action/d’aventure : Deadpool de Tim Miller (2016).
  13. Un film qui a marqué mon enfance/mon adolescence
  14. Un film que j’aime bien secrètement
  15. Un film français : Le Nouveau de Rudi Rosenberg (2015).
  16. Un film qui est la suite d’un autre film
  17. Un film engagé
  18. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford (2017).
  19. Un film qui m’a fait pleurer : Premier Contact de Denis Villeneuve (2016).
  20. Un film qui m’a fait pleurer de rire
  21. Un film d’un réalisateur que j’adore
  22. Une comédie
  23. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann (1992).
  24. Un film recommandé par quelqu’un
  25. Un film d’animation
  26. Un film que mon père adore
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu
  28. Un film ayant obtenu un Oscar
  29. Un film en noir et blanc
  30. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn (2015).
  31. Un film d’un réalisateur asiatique
  32. Un film d’horreur
  33. Un film avec un mariage
  34. Un film LGBT
  35. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas (2014).
  36. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet (2005).
  37. Un film qui se déroule avant le XXe siècle
  38. Un film policier/thriller : La Fille du train de Tate Taylor (2016).
  39. Un film feel-good : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter (2016).
  40. Un film qui n’est pas sorti en salles en France

Quelques minutes après minuit

réalisé par Juan Antonio Bayona

avec Lewis MacDougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Liam Neeson, Toby Kebbell, Dominic Boyle, Geraldine Chaplin…

titre original : A Monster Calls

Drame, fantastique espagnol, britannique, américain. 1h48. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

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Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Quelques minutes après minuit : Photo Felicity Jones, Lewis MacDougall

Quelques minutes après minuit est une adaptation de l’excellent roman du même nom écrit par l’auteur anglo-américain Patrick Ness, lui-même ayant repris le projet de l’écrivaine britannique Siobhan Dowd, décédée d’un cancer durant l’écriture en 2007. Patrick Ness a aussi signé le scénario du long-métrage réalisé par Juan Antonio Bayona, dont on se souvient encore de ses deux précédents bijoux : L’Orphelinat et The Impossible. Quelques minutes après minuit a récemment triomphé aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en remportant neuf récompenses dont celui du meilleur réalisateur. Une grande partie de la production est espagnole, mais l’intrigue se déroule en Angleterre. Le spectateur suit l’histoire du jeune Conor (âgé d’une petite dizaine d’années) qui doit supporter un grand nombre d’épreuves : le cancer de sa mère, la maniaquerie et la dureté de sa jeune grand-mère, son père parti refaire sa vie à Los Angeles et le harcèlement à l’école. Conor rencontre alors un monstre qui prend la forme d’un arbre (un if pour être exact), débarquant à chaque fois à 12h07, en général après minuit (d’où le titre français) mais aussi en journée (d’où ma précision sur la manière d’écrire l’heure en chiffre et non nécessairement en lettres avec un sous-entendu sur la période exacte). Dit comme ça, le film fait penser à l’excellent Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro si on reprend certains éléments : un film espagnol (même si tout le monde dans le film, dans le cas du film de Bayona, parle donc en anglais), une mère malade et mourante et un arbre qui a une place importante dans un récit aux allures de conte. Mais très rapidement, l’oeuvre de Bayona possède son propre univers et personnalité, on s’aperçoit vite qu’elle ne cherche pas à copier qui que ce soit. Avec un tel sujet, on aurait pu s’attendre à quelque chose de larmoyant. Certes, je peux admettre que l’émotion est peut-être parfois soulignée par quelques effets assez habituels dans certaines scènes (que ce soit des répliques ou la musique). Cela dit, ces effets en question ne gâchent pas selon moi la véritable émotion qui ne naît pas de procédés « superficiels » mais bien parce qu’il y a quelque chose qui sonne vrai. Le film n’a rien de gnangnan : il est réellement poignant. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas su trouver son public : il peut paraître trop dur pour un jeune public et l’aspect conte / fantastique a certainement rebuté les adultes. Pourtant, le film s’adresse à un large public en ne prenant personne pour des imbéciles. Ainsi, le conte n’est pas ici un moyen de mieux cacher la vérité. Au contraire, le film est une incitation à accepter la vérité, même la plus dure.

Quelques minutes après minuit : Photo Lewis MacDougall

Les scènes représentant les différentes histoires contées par le monstre sont époustouflantes, j’ai énormément aimé cette esthétique sous forme d’aquarelle. Ce choix prend encore plus de sens par rapport à quelques ajouts par rapport au roman d’origine : le dessin permet ici de créer une connexion encore plus forte entre la mère et son fils. D’autres petits ajouts m’ont également semblé assez pertinents, même si j’évoque aussi des détails et des points assez furtifs, comme par exemple le lien possible entre le monstre et une figure familiale. Le scénario, tout en restant assez fidèle au roman, est consistant et a surtout le mérite d’éviter le manichéisme (ce qui peut expliquer pourquoi ce film n’a pas une dimension larmoyante). La mise en scène, elle, est tout simplement remarquable. J’évoquais juste avant la qualité de l’esthétique avec des scènes sous forme de dessins jouant avec les formes et les couleurs. Le film en lui-même, dans ses scènes se déroulant dans la réalité, est également soigné visuellement. Je tiens notamment à souligner la présence d’une magnifique photographie, accentuant différents aspects qui se mélangent bien dans le long-métrage : la poésie, le merveilleux et la noirceur. Enfin, Quelques minutes après minuit est servi par une excellente distribution. Dans le rôle principal, le jeune Lewis MacDougall (vu dans Pan de Joe Wright) est bouleversant. Il faut dire que l’acteur écossais s’est inspiré pour son interprétation de sa propre histoire, sa mère étant décédée d’une maladie un an avant le tournage de ce film. Felicity Jones incarne une jeune mère malade, bienveillante, optimiste et courageuse avec beaucoup de justesse. Sigourney Weaver est également remarquable dans le rôle de cette grand-mère qui prend les choses en main en tentant de ne pas montrer sa souffrance. Je n’ai pas vu le film en VO (je suis allée voir le film dans un petit cinéma in extremis), c’est difficile de parler objectivement du travail vocal de Liam Neeson dans le rôle du monstre. Cela dit, il avait déjà procédé à ce type d’exercice (notamment dans les Narnia) et connaissant son talent et son travail en général , je pense qu’il n’y a pas trop à s’en faire (ceux qui l’ont vu en VO devraient me le confirmer). Pour conclure, je ne peux que vous conseiller Quelques minutes après minuit qui mérite d’être découvert et d’avoir une seconde vie, son échec au cinéma n’étant pas justifié. Bouleversant, même puissant, il parvient à mêler avec habilité fond et forme et pourra toucher différents types de public.

Quelques minutes après minuit : Photo Sigourney Weaver

Cinquante Nuances plus sombres

réalisé par James Foley

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Kim Basinger, Bella Heathcote, Eric Johnson, Eloise Mumford, Luke Grimes, Victor Rasuk…

titre original : Fifty Shades Darker

Comédie dramatique romantique érotique américaine. 1h58. 2017.

sortie française : 8 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

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C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Suis-je maso ? Ne pouvais-je pas attendre la sortie en téléchargement pour le regarder tranquillement chez moi et éviter de payer pour voir quelque chose de mauvais ? Je ne devais d’ailleurs pas aller voir en salles Cinquante Nuances plus sombres, suite du médiocre Cinquante Nuances de Grey. D’autres films m’attendaient (et m’attendent encore) dans les salles obscures. Finalement, sans vous révéler le comment du pourquoi (1/ parce que ça ne vous regarde pas bande de coquins, 2/ parce qu’en plus on s’en balance de ma vie), je suis donc allée voir ce film, toujours adapté du nullissime « roman » éponyme de E. L. James (oui, en plus de ça, j’ai osé lire ce machin… là vous devez vous dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi). Pour ce deuxième volet, bye bye Sam Taylor-Johnson (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour elle…) pour faire place derrière la caméra à un certain (en ce qui me concerne, un inconnu) James Foley. Ce changement a-t-il été bénéfique ? Pas du tout ! Cinquante Nuances plus sombres est pour moi clairement pire que le premier volet (c’était déjà le cas du bouquin) en sachant que ce premier film atteignait déjà des sommets de conneries. Le début est problématique (enfin tout est problématique dans ce film, juste pour vous dire qu’on est dans le bain de la médiocrité dès le générique) : en effet, si vous vous souvenez de la fin du premier film (allez, oui, je prends le risque de vous spoiler, je suis vilaine), Ana quitte donc Christian, comprenant ENFIN qu’il était frappé et violent au pieu (et qu’il y prenait son pied). Chrissounet va-t-il reconquérir Ana ? Fin de suspense… Oui, au bout de dix minutes, ce problème est vite réglé. Vous le constatez en peu de temps : Ana est une jeune femme résistante. Grey achète tous les portraits d’Ana (affichés dans la galerie de José, l’ami photographe violeur mais pas trop – ce dernier ne lui ayant même pas demandé l’autorisation), s’incruste évidemment à cette expo très chic et demande à Ana de dîner ensemble. Juste un dîner (mais bien sûr). Et Ana accepte la proposition « parce qu’elle a faim ». Ca ne s’invente pas.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Jamie Dornan, Kim Basinger

Bref, tout ça pour dire qu’on en revient rapidement au même point, à part que ce psychopathe de Grey débarque avec sa barbe de trois jours et un pull tout moche. On commence aussi à connaître son passé, ce qui pourrait expliquer vaguement pourquoi Grey est très porté sur le sado-masochisme (vive la psychologie de comptoir). On commence alors à observer quelques grosses incohérences (là tu te dis que tout le monde s’en bat les ovaires sur ce tournage). En effet, dans les flashbacks, on nous montre un homme (certainement un mec de sa mère, une « pute camée ») brûler le corps du petit Christian avec des cigarettes. Dans le premier volet, normalement, si je n’ai pas raté un épisode, le torse de Christian était lisse comme un cul de bébé. Et vu que lui et Ana ne jouent pas au Scrabble, Ana aurait dû voir dès le premier opus les traces de brûlures sur le corps de son chéri. Or, elle ne découvre ça que dans ce deuxième opus ce qui semble TOTALEMENT illogique ! Autre exemple : Ana, se préparant à aller au bal masqué (nous y reviendrons), enfile un porte-jarretelles puis met sa robe argentée. Mais en sortant du bal, elle retire sa robe et paaaaf le porte-jarretelles a disparu ! Ou encore, pour vous citer un dernier exemple parmi tant d’autres, Christian revient comme s’il n’avait rien eu après un accident d’hélicoptère, il était même porté disparu mais tout va bien, il PETE LA FORME ! C’est aussi le monde des Bisounours dans lequel on gagne de l’argent facilement (et on l’étale également) grâce à un travail trop facilement obtenu. Je vous parlais un peu plus haut du jeune ami potentiellement violeur d’Ana, qui a le privilège d’exposer ses photographies dans une belle galerie d’art à son jeune âge alors que nous savons très bien que ce genre de cas reste extrêmement rare. Ana, elle, obtient par le hasard un important poste alors qu’elle débute son travail dans une maison d’édition (rachetée par… oh gros suspense de malade… CHRISTIAN GREY BORDEL !). Evidemment, niveau scène de sexe (parce qu’il faut en parler vu le sujet), comme dans le premier volet, c’est aussi cru qu’un épisode de Joséphine, Ange Gardien.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson

Je comprends la nécessité de limiter le contenu : il s’agit bien entendu d’un film commercial, le but étant de réunir un max de monde dans les salles et d’éviter une censure trop sévère. Mais on ne trouve que six pauvres courtes scènes de jambes qui n’ont rien d’excitantes. Plus on avance dans cette saga, plus on se demande vraiment où sont les fameuses scènes de SM. Encore une fois, une claque aux fesses et être vite fait attaché ne fait pas de vous des amateurs de cette sexualité dite hors-normes. Je ne vous raconte pas non plus la présence insupportable de musique pop du moment qui gâche ces scènes en question. Ce qui est encore plus navrant, c’est de constater par moments (je dis peut-être ça car je suis de nature optimiste, si si) qu’il y avait des possibilités de rendre le film un chouïa moins pire dans le sens où certaines scènes auraient pu être intéressantes si elles avaient été mieux exploitées. Je pense notamment à cette scène avec avec une ancienne soumise de Grey venue faire du mal à notre couple préféré (ou pas). Pour la calmer, Grey lui ordonne de se mettre à genoux, comme il avait certainement eu l’habitude de faire ce type de demande au pieu. C’est peut-être d’ailleurs la vraie seule scène avec un semblant de tension sexuelle (je dis bien un semblant). Au passage, cette ex-soumise en question (prénommée Leila) est la seule qui se détache un peu de ce carnage et qui a aussi un peu de potentiel même s il n’y a rien non plus de fabuleux, loin de là. Le scénario est une catastrophe, un grand vide inédit pour ma part (et pourtant j’en ai vu des films complètement vides). En clair, une fois les dix minutes passées (c’est-à-dire une fois le couple reformé), il ne se passe rien. Mais rien. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ! On a vite fait deux histoires d’ex : d’un côté, on a une sorte de « fantôme » qui débarque et qui repart comme si elle sortait de Poudlard, de l’autre on trouve une vieille pédophile qui… fait peur (plus sa tronche que ses actes). Puis, là il y a aussi (toujours vite fait, bien entendu, ne creusons rien) une sombre histoire avec le patron pseudo sexy (un certain Jack) qui veut se taper / violer Ana (on parle toujours de la mauvaise image des femmes dans ce film, mais les hommes prennent aussi cher, ce sont forcément des tarés incapables de se tenir correctement, enfin surtout leur machin entre leurs jambes) et qui visiblement en veut aussi à Grey.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Bella Heathcote

Il n’y a concrètement pas d’intrigue dans ce film ! N’oublions pas que je suis allée voir Cinquante nuances plus sombres pour me marrer et de ce côté-là, j’ai eu ma dose de scènes et répliques involontairement hilarantes, ridicules et même inutiles Je pense notamment à la fameuse scène de bal masqué. On ne sait pas pourquoi tous ces gens sont déguisés juste pour une soirée organisée par les Grey, ça n’apporte rien. La mise en scène est totalement inexistante et on tente de cacher ce travail de cochon par des effets totalement superficiels. En effet, ce qui saute aux yeux (comme dans le premier volet) est cette lumière qui tente de nous en mettre plein la vue et cette photographie qui rend le film visuellement très lisse. Les acteurs ne peuvent pas bien jouer avec des personnages aussi insignifiants. Cela dit, suite aux carrières menées par Robert Pattinson et Kristen Stewart après Twilight, je n’ai pas envie de dire tant de saloperies que ça sur Jamie Dornan et Dakota Johnson. On ne va pas dire qu’ils jouent bien, non, ils jouent bien comme des patates, c’est un fait. Il n’y a toujours pas d’alchimie entre eux. Mais comment peuvent-ils de toute façon bien jouer avec des personnages aussi creux (même si Ana semble avoir un peu plus de personnalité par rapport au précédent volet – information à prendre tout de même avec des pincettes, surtout par rapport aux premières scènes du film) et une direction d’acteurs totalement à la ramasse ? Même une bonne actrice comme Marcia Gay Harden (décidément de plus en plus méconnaissable – et je ne vais pas m’attarder sur Kim Basinger, qui ressemble à Bogdanov) joue comme un pied. Cinquante Nuances plus sombres est sans surprise un très mauvais film mais paradoxalement il surprend par sa médiocrité qui dépasse tout ce dont on pouvait imaginer. Même pas divertissant, ce film défend en plus de ça des idées assez douteuses, voire même sexistes. Christian Grey est un psychopathe en puissance, qui est finalement plus flippant par son mode de vie au quotidien plutôt qu’au pieu. Et l’auteure du roman / le réalisateur / les scénaristes ne condamnent pas tant que ça le bonhomme puisqu’on lui donne raison de se méfier de tout le monde et de coller Anastasia. Allez, la saga est bientôt terminée…

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

La Fille inconnue

réalisé par Luc & Jean-Pierre Dardenne

avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, Thomas Doret, Marc Zinga…

Drame belge, français. 1h46. 2016.

sortie française : 12 octobre 2016 (sortie dvd : 21 février 2017).


Vu dans le cadre de Dvdtrafic.

Un grand merci à Cinetrafic ainsi qu’à Diaphana (site + Facebook).

Cinetrafic vous propose plusieurs listes de films :

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Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l’identifier, Jenny n’a plus qu’un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu’elle ne soit pas enterrée anonymement, qu’elle ne disparaisse pas comme si elle n’avait jamais existé.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel

La Fille inconnue avait été présenté au festival de Cannes en compétition en 2016 mais était reparti les mains… et heureusement. Je ne vais pas tourner autour du pot : ce film m’a énormément déçue. Décidément, j’ai toujours autant de mal avec le cinéma des frères Dardenne. Cela peut paraître étonnant vu que j’aime d’habitude ce type de cinéma social, j’adore notamment les films de Ken Loach, justement souvent comparés à ceux des Dardenne. Pourtant j’aurais voulu apprécier ce long-métrage assez actuel : en effet, les réalisateurs se penchent ici sur l’identité d’une prostituée immigrée. Dans un premier temps, c’est elle la fameuse fille inconnue du titre. Mais petit à petit, cette fille en question pourrait aussi désigner Jenny, une jeune médecin qui se sent coupable de ne pas avoir ouvert les portes de son centre médical à cette prostituée la veille de son décès. Tout ce qu’elle veut savoir, c’est son nom pour qu’elle puisse être enterrée dignement et que sa famille puisse faire son deuil. Les gens interrogés redoutent de finir derrière les barreaux ou plus généralement avoir des ennuis. Jenny a le mérite de ne pas se prendre pour une pseudo-flic comme on a parfois l’habitude de le voir dans certains films. A partir de ce point de départ, La Fille inconnue est avant tout un film qui nous interpelle par rapport à la question de la responsabilité. Jenny décide d’agir et ne pense jamais à elle sans le sens où elle ne recherche pas de reconnaissance, de récompense ou de gratitude. Par ailleurs, elle exerce également son métier avec sincérité et implication (et je dirais même avec application). Il y a pour moi un parallèle entre la profession et le devoir de citoyen : elle agit comme une citoyenne en enquêtant tout comme elle fait son job comme on le dirait – même si elle le fait très bien (et que la caméra des Dardenne souligne ce fait) – lorsqu’elle travaille en tant que médecin. En tout cas La fille inconnue veut, sans être prétentieux (on peut au moins reconnaître cette qualité chez les Dardenne), montrer la part d’humanité nécessaire qui peut ressortir si chacun se préoccupait de ce qui se passe autour. L’humanité est ici liée à la question du devoir et de la prise de conscience. Jenny est alors une jeune femme ordinaire qui sort durant quelque temps de son existence assez banale pour faire quelque chose qui pourrait relever de l’extraordinaire, dans le sens où justement personne n’aurait agi comme elle face à ce type de situation. Pourtant, par les actes et les qualités certaines de son personnage principal, les frères Dardenne ne transforment pas nécessairement Jenny en femme héroïque : elle fait ce qu’elle doit faire selon sa conscience.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel, Olivier Bonnaud

Une fois qu’elle aura terminé de ce qu’elle doit faire (c’est-à-dire connaître l’identité de la fille inconnue), Jenny reprendra le cours de son existence où elle continuera, par de petites actions (et donc par son travail), à agir simplement de son côté, toujours dans le but d’aider les autres parce qu’elle a décidé que cela ferait partie de son quotidien. Cela dit, malgré de bonnes intentions et un message fort, ancré dans notre actualité, La Fille inconnue est un film vraiment déplaisant à regarder. Comme le précédent long-métrage des Dardenne, Deux jours, une nuit, le scénario est trop répétitif pour susciter un réel intérêt. En résumé, on voit Jenny poser la même question tout le long du film (« connaissez-vous cette fille ? » en montrant la photo à droite et à gauche aux gens). Si son acte part d’une noble attention, au bout d’un moment, on a juste envie de la gifler cette Jenny. On a envie de la secouer et de lui gueuler dessus « mais mêle-toi de ton cul ! ». On comprend même qu’elle se fasse menacer ! La mise en scène reste certainement honnête et cohérente avec cette image de cinéma social. Cela dit, je trouve qu’elle manque tout de même d’intensité même si la caméra suit de près ses personnages, surtout Jenny. Je n’ai pas vu beaucoup de films avec Adèle Haenel mais le peu que j’ai pu voir avec j’ai rapidement compris à quel point elle pouvait être talentueuse. Par ailleurs, j’avais principalement envie de découvrir La Fille inconnue principalement parce que l’actrice doublement Césarisée tenait le rôle principal. Je ne dirais pas qu’elle joue mal mais je ne l’ai pas trouvée très à l’aise dans ce rôle alors que sur le papier il y avait tout pour qu’elle puisse bien interpréter ce rôle (ce que je veux dire c’est que je ne pense pas qu’il s’agit ici d’une erreur de casting). Je comprends la démarche des Dardenne de dresser le portrait volontairement flou de leur héroïne : Jenny est juste pour nous les spectateurs un bon médecin bienveillant et humaine (même dans ses erreurs, c’est-à-dire lorsqu’elle refuse d’ouvrir la porte à cette jeune fille inconnue uniquement parce qu’elle veut respecter les règles). J’ai conscience que Jenny est elle aussi une fille inconnue, comme si elle devait renvoyer, par ses actes, à ce que devraient / pourraient faire les spectateurs aussi ordinaires qu’elle. Mais à force de ne rien savoir sur elle, on se fiche complètement d’elle.  A cause de ce scénario non seulement assez répétitif mais également tiré par les cheveux et de ce personnage féminin un peu trop flou, même si le sujet est fort, je n’ai pas été émue. Cela est réellement dommage vu qu’il s’agit finalement d’une ode à notre humanité qui doit se traduire par des actes et non par de la passivité. Le tout manque donc selon moi d’intensité sur un trop grand nombre de niveaux, on finit donc par s’ennuyer fermement et à passer à côté d’une oeuvre qui aurait dû être plus forte.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel, Jean-Michel Balthazar

La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

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Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

Premier Contact

réalisé par Denis Villeneuve

avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg…

titre original : Arrival

Science-fiction, drame américain. 1h56. 2016.

sortie française : 7 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film qui m’a fait pleurer

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Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Premier Contact : Photo Amy Adams

Premier Contact est une adaptation du roman de Ted Chiang, L’Histoire de ta vie (Story of Your Life), publié en 1998. Le réalisateur québécois touche-à-tout Denis Villeneuve (qui, petit à petit, en gardant sa discrétion, s’impose à Hollywood tout en gardant sa personnalité artistique) se lance pour la première fois dans la science-fiction (mais ça ne sera pas sa dernière, vu qu’il va bientôt réaliser Dune et on attend aussi sa suite de Blade Runner) après être passé par différents genres. On a presque envie de lui dire : lui aussi a cédé à la tentation de la science-fiction. En effet, depuis quelques années, la SF a su se réimposer (du genre chaque année il faut aller voir LE film de science-fiction qui s’impose dans les tops de cinéphiles), certains films étant déjà dé (je pense notamment à Interstellar de Christopher Nolan, Gravity d’Alfonso Cuaron et même à Seul sur Mars de Ridley Scott). Premier Contact fait partie de ces récents films qui devraient marquer dans le temps. Ne vous attendez à un gros film bourrin ou bourré à tout prix d’effets spéciaux (même s’il y en a, je ne vous dis pas le contraire). Il s’agit d’un film de science-fiction intimiste qui a le mérite de se détacher de tout ce qu’on a pu voir jusqu’à présent. Evidemment, esthétiquement le film est une belle réussite : tout est absolument soigné et pensé. Mais il ne cherche pas à époustoufler à tout prix. L’approche de Villeneuve se veut assez réaliste et pas uniquement d’un point de vue visuel. Le scénario est cohérent avec cette approche esthétique en question : le réalisateur tenait à ce que tous les détails soient précis et documentés. Et cela se ressent, notamment durant la première partie du film, qui retrace bien le parcours du combattant au sein d’une base militaire, en respectant tous les protocoles : on est alors comme Louise Banks, c’est-à-dire qu’on est dans une longue attente, entre appréhension et curiosité. La représentation des aliens est par ailleurs assez intéressante : elle est assez différente de ce qu’on a pu voir jusqu’à présent et donc de ce qu’on pourrait imaginer.

Premier Contact : Photo Amy Adams, Jeremy Renner

L’extraterrestre est donc ici une représentation mêlant animalité (le réalisateur s’étant inspiré de baleines, de pieuvres, d’araignées et d’éléphants pour sa vision de la créature en question) et d’onirisme (concrètement, le spectateur voit la créature mais elle reste tout de même suggérée à sa façon). Villeneuve va alors au bout de ses idées, notamment en éclairant sur la notion même d’alien. L’alien, c’est étymologiquement l’étranger. La linguistique, et plus généralement le langage, voire même la communication, est un des sujets les plus importants de ce film, notamment en ce qui concerne sa dimension culturelle. Filmer ce langage à décrypter pour pouvoir mieux se l’imprégner et dépasser la simple question de traduction est pour moi un énorme défi, merveilleusement bien relevé. La place de l’aspect géopolitique dans le scénario traduit alors un manque de communication entre les humains, problème qui peut entraîner de graves conséquences. Que se passerait-il alors si les hommes pouvaient alors être en contact sans barrière linguistique, culturelle ou autre type d’obstacle ? La communication, c’est aussi ce lien éternel, malgré les tragédies de la vie, entre une mère et son enfant. La maternité est effectivement l’autre grand axe important de ce long-métrage, permettant au film de bénéficier d’une réflexion profonde sur notre existence. Le parallèle entre l’arrivée des extraterrestres (et tout ce que cela peut impliquer) et l’arrivée / la naissance d’un enfant est très fort que ce soit dans sa manière de traiter ses sujets mais également émotionnellement. Et finalement, au-delà de la communication, j’ai envie d’évoquer la connexion, notamment dans le temps. La science-fiction est habituellement le genre mettant en avant le futur. Premier Contact va plus loin dans sa réflexion sur le temps. Il ne parle pas que de futur, dans un sens, il privilégie même le présent. A travers un solide montage (qui aurait pu nous inquiéter et être en mode « grand n’importe quoi », mais cela n’est pas le cas) et une mise en scène très réussie (soignée et précise), cette narration fonctionnant par circularité (à l’image du prénom de la fille de Louise, Hannah, un palindrome ou encore le langage des aliens) prend encore plus de poids, d’enivrement même et surtout de sens.

Premier Contact : Photo Amy Adams

Cette narration en question, mêlant notamment flashbacks et flash-forwards, devient encore plus puissante, en resserrant petit à petit l’intrigue vers un aspect intime (tout en gardant une part d’universalité – à partir des thèmes évoqués juste avant). Le tout est absolument bouleversant (et ouiiii j’ai encore pleuré !), le film n’est alors pas uniquement réussi par les différentes pistes de réflexion qui s’emboîtent avec une grande cohérence, il l’est aussi par sa manière de parler tout simplement de la beauté de la vie (même à travers le deuil et plus généralement la peur de la mort), dans toutes ses significations possibles. La musique de l’islandais Johann Johansson est magnifique, parvient aussi à sublimer ou encore à suggérer la claustrophobie et l’inquiétude sans en faire des caisses non plus. Premier Contact est un film très captivant, qui provoque beaucoup d’émotions tout en proposant une réflexion profonde sans perdre ses spectateurs. L’interprétation d’Amy Adams, injustement oubliée aux Oscars cette année, apporte également beaucoup au film. Son personnage est déjà très bien écrit (on aurait pu tomber dans le cliché ou dans des lourdeurs, or on sera étonné par la sobriété du personnage) et Amy Adams l’incarne à merveille : j’ai même envie de dire qu’elle confirme bien tout le bien que je pense d’elle depuis des années, elle est une grande actrice. Les seconds rôles sont également bons. Certes, on pourra dire que Forest Whitaker fait du Forest Whitaker mais il est bien dans ce qu’on lui demande. Jeremy Renner m’a vraiment surprise dans ce rôle doux (je ne suis pas habituée à le voir dans ce registre). Il aurait pu passer pour un simple second rôle sans intérêt, ce n’est pas le cas. Pour conclure, Premier Contact est une excellente surprise, réussissant à susciter l’intérêt du spectateur sans tomber nécessairement dans le spectaculaire comme on en a tant l’habitude et profond sans paraître élitiste ou incompréhensible. Il a aussi le mérite de ne pas être trop long contrairement à beaucoup de films de science-fiction et de ne pas ennuyer même s’il n’est pourtant pas si rythmé que ça. Le long-métrage séduit justement par son côté intimiste, parfois mystique, sans non plus qu’on n’ait l’impression qu’il prenne de haut le spectateur. Finalement, il s’agit d’un fantastique film sur l’infiniment grand pour saisir l’infiniment petit.

Premier Contact : Photo Amy Adams

Sils Maria

réalisé par Olivier Assayas

avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloe Grace Moretz, Lars Eidinger…

titre original : Clouds of Sils Maria

Drame français, suisse, allemand. 2h. 2014.

sortie française : 20 août 2014

Movie Challenge 2017 : Un film avec un prénom dans le titre

Séance commune avec Lilylit 

silsmaria

À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l’autre côté du miroir, dans le rôle d’Helena…

Sils Maria : Photo Juliette Binoche, Kristen Stewart

Sils Maria me permet de découvrir enfin l’univers du cinéaste français Olivier Assayas. Ce film avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2014 (et était reparti les mains vies). Il avait aussi permis à Kristen Stewart (devenue depuis la nouvelle actrice chouchou d’Assayas, notamment avec la sortie de son dernier film, Personal Shopper, sorti en fin 2016) de décrocher le César de la meilleure actrice dans un second rôle (il s’agit de la première actrice américaine à remporter ce prix – bref, quelle belle reconversion après Twilight !). Sils Maria est un long-métrage divisé en trois parties distinctes. La première partie présente une actrice connue d’une quarantaine voire même cinquantaine d’années (la Maria du titre) qui doit rendre hommage au metteur en scène qui lui a donné le rôle de Sigrid (il s’agit du rôle qui l’a révélée et certainement aussi celui de sa vie), une jeune fille qui prend la place d’Helena, son aînée d’une vingtaine d’années (pour être précise, sa patronne), cette dernière finissant par se suicider. Un jeune réalisateur, Klaus, propose alors à Maria une nouvelle version de la pièce à part que Maria n’interprétera plus Sigrid à cause de son âge mais cette fois-ci Helena, celle qui est sur le déclin et qui finit par en disparaître. On apprend aussi que ce sera une jeune actrice américaine, star d’un film de mutants et habituée de la presse à scandales, qui interprétera la jeune Sigrid. Dans la seconde partie, après avoir tant hésité, avec l’aide de sa jeune assistante Valentine, Maria répète la pièce dans les montagnes (dans le village suisse Sils-Maria). Enfin, dans la troisième partie, Maria et Jo-Ann vont jouer dans la pièce (le projet se concrétise réellement) : la carrière de Maria (voire même sa vie en tant que femme) prend alors une nouvelle tournure. On remarque alors, rien que sur le papier (et ça prend merveilleusement vie à l’écran), à quel point le film est intelligemment bien construit et qu’il ne se contente pas de cette démonstration : il provoque à la fois de l’émotion et de véritables réflexions. J’ai parlé de découpages en parties mais en réalité on pourrait s’autoriser à parler d’actes, en écho avec la pièce évoquée. Sils Maria est alors un petit bijou qui fonctionne par de multiples interactions sans jamais avoir l’impression qu’il s’égare dans le traitement de son sujet. Il ne s’agit d’ailleurs pas que des interactions mais aussi d’intertextualités, de mises en abyme, voire même des échos, comme à la montagne (en rapport avec le lieu du récit). Le travail aurait pu être grossier avec ces différentes et même nombreuses mises en abyme notamment entre les différentes figures artistiques présentes (principalement théâtre et cinéma) ou même à travers ces grosses piques envoyées à Hollywood.

Sils Maria : Photo Kristen Stewart

On voit même des clins d’œil à Kristen Stewart herself, elle qui défendait dans les interviews avec une réelle conviction (enfin, elle donnait cette impression) le rôle de Bella dans la saga vampirique Twilight. Pourtant, le film fait preuve d’une réelle subtilité pour évoquer les fantômes du passé, la douleur et la fragilité d’une femme et actrice qui vieillit sans tomber non plus dans certains clichés. Il est également très réussi quand il brouille les pistes entre réalité et fiction, notamment la fin de la seconde partie avec la démonstration de Valentine pour contredire Maria (et la pousser dans ses retranchements) et lui montrer de nouvelles lectures d’interprétation dans une oeuvre. L’art symboliserait ici le figement du temps, le fait de rester éternel, dans un sens aussi jeune (l’opposition jeunesse / vieillesse étant évidemment présente tout le long du film pour faire ressortir d’autres thèmes plus enfouis), la vie n’étant pas capable d’offrir un tel privilège. Le scénario est donc très bien construit du début jusqu’à la fin mais sans donner l’impression d’être démonstratif. A l’image de ses ellipses et du traitement de ses thèmes, il est très fluide et ne semble jamais hautain alors qu’il aurait également pu tomber dans ce piège. La mise en scène est aussi maîtrisée, précise et à l’image des paysages montagneux et nuageux, assez aérienne. Le résultat est puissant, réussissant à mêler différentes émotions tout en gardant une certaine cohérence. Juliette Binoche est impeccable dans le rôle de Maria. Elle réussit bien à montrer le côté diva de cette star en public et en même temps de dévoiler sa fragilité et ses contradictions (pour ne pas dire ses secrets et tourments) dans une sphère privée. L’interprétation de Kristen Stewart est également très bonne et mérite d’être soulignée (surtout quand on est face à la grandiose Binoche !). Sur le papier, son personnage, Valentine, ne serait qu’une assistante, permettant surtout d’écouter les différentes plaintes de Maria. Valentine est aussi un personnage énigmatique, d’une certaine façon un fantôme, un reflet de la conscience et des propres doutes de Maria face à son passé de femme et d’actrice. Chloe Grace Moretz complète bien le casting en jouant sur plusieurs tableaux et prouve qu’elle est capable de livrer une performance remarquable lorsqu’elle est bien dirigée et en interprétant des rôles intéressants (parce que ces derniers temps, ses choix de carrière me déçoivent). Sils Maria est donc un magnifique film, abouti, curieux, délicat et lucide, dans lequel l’art et la vie se reflètent en permanence, créant un ensemble particulièrement troublant.

Sils Maria : Photo Chloë Grace Moretz